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d'une poule sur un mur.

Thiepval. Les disparus de la Somme.

Thiepval est un petit village situé dans la Somme en Picardie et qui fut l’un des théâtres de la bataille de la Somme au cours de la Grande Guerre. C’est à Pozières que les Australiens ont lancé leur force au cours de l’année 1916.

Le village de Pozières  évoque le premier engagement d’envergure des troupes australiennes sur le front occidental. Arrivés le 23 juillet 1916 et après s’être emparés de Pozières, les Australiens, épuisés par d’incessantes contre attaques d’artillerie, furent relevés le 5 septembre par les Canadiens à la Ferme du Mouquet. Trois de leurs divisions étaient passées par le secteur de Pozières et avaient subi des pertes supérieures au tiers des effectifs engagés. Quant au village, il avait totalement disparu.

Ferme du Mouquet avant et après le bombardement@musée de Thiepval.
Ferme du Mouquet avant et après le bombardement@musée de Thiepval.

En novembre 1918, les champs de bataille de la Somme ne sont plus que mares de boues traversées par des barbelés, semés de tronc d’arbres calcinés. Des milliers de soldats venus de tout l’Empire britannique sont tombés dans la Somme, leurs corps n’avaient pas été retrouvés, leurs tombes n’avaient pas été enregistrées ou avaient été perdues ou détruites pendant les combats. Certains soldats n’ont pas pu être identifiés et ont été enterrés sous une pierre tombale avec la mention « Connu de Dieu seul », ce sont les soldats portés disparus. Le Mémorial de Thiepval rend hommage aux « Disparus de la Somme »

Les disparus de la Somme. Mémorial de Thiepval
Les disparus de la Somme. Mémorial de Thiepval

C’est un monumental édifice haut de 45 m qui se tient sur une crête au sud du village de Thiepval, il domine l’horizon et se voit de très loin, il est l’œuvre de Sir E. Lutyens.

Mémorial de Thiepval
Mémorial de Thiepval

La construction débute en 1928 avec le creusement de fondations à 9 mètres de profondeur, cette partie des travaux permet de mettre à jour des tunnels et des pièces d’artillerie qui n’avaient pas explosées.

Mémorial de Thiepval. 1931, en construction
Mémorial de Thiepval. 1931, en construction.

Le centre du mémorial est surplombé par une arche de 24 mètres de hauts et repose sur des piliers dans lesquels les noms des disparus sont gravés sur de la pierre blanche de Portland.

Mémorial de Thiepval. Pierre blanche de Portland
Mémorial de Thiepval. Pierre blanche de Portland.

Ils sont nombreux les Australiens entre Pozières et Péronne en ce mois de juillet, des jeunes, des vieux en voyages organisés, des familles sur la trace de ces soldats morts si loin de chez eux, des soldats ; tous venus honorés la mémoire des morts. Ce fut un moment très émouvant.

Mémorial de Thiepval. Avant la cérémonie du 20 juillet 2016
Mémorial de Thiepval. Avant la cérémonie du 20 juillet 2016
Mémorial de Thiepval.Avant la cérémonie du 20 juillet 2016. La mise en place
Mémorial de Thiepval.Avant la cérémonie du 20 juillet 2016. La mise en place

Si vous passez par la Somme, je vous invite à visiter le tout nouveau musée de Thiepval inauguré le 02 juin 2016.

Musée de Thiepval
Musée de Thiepval

Allons Enfants de l’Acadie

Souvent je pense que la réalité des femmes et des hommes ne peut se lire avec satisfaction par l’emprunt exclusif des concepts géopolitiques. Si ces derniers sont nécessaires à un entendement du monde, ils restent inopérants à la compréhension des expériences individuelles, vous auriez beau jeu et raison de rétorquer que l’expérience d’un seul ne peut dire le tout et dès lors rejeter toute métonymie : le vécu de quelques uns ne pouvant donner sens à un destin qui englobe toute une société. Toutefois, tentons le pari de suivre pas à pas l’irruption d’une guerre d’un nouveau genre, une guerre totale,  dans le quotidien d’individus qui, par la géographie, sont éloignés des théâtres des opérations mais qui s’engageront dans un conflit très loin de chez eux. C’est l’aventure à laquelle nous convient Ici Radio Canada dans une série radio exceptionnelle.

1914-1918. Grande Guerre des Canadiens
1914-1918. Grande Guerre des Canadiens

Pour une fois, commençons en musique, en suivant la thématique « la musique au cœur des conflits au cœur patriotiques et idéologiques »  . Cliquez sur le pavé « Nous les Canadas » pour comprendre pourquoi et comment la chanson populaire est l’écho des grandes décisions nationales, se mettant ainsi au service d’une nation en guerre. Au-delà la participation à une guerre ravive avec vigueur le souvenir d’une autre. A ce titre, écouter « Allons Enfants de l’Acadie » chanté sur les airs de la Marseillaise est particulièrement saisissant.

Nous les Canadas
Nous les Canadas

Radio Canada propose ainsi une série radio et un site web sur la guerre de 1914-1918 vécue par les Canadiens français. Vous pourrez regardez les photos et écoutez des récits (ceux des familles des soldats, des collectionneurs). C’est ici tout l’intérêt car l’histoire officielle (en gros celle des manuels scolaires) interagit avec l’histoire des individus, ces hommes et ces femmes qui se sont engagé(e)s et ont sacrifié une part d’eux-mêmes.

Lisez les témoignages : Témoignages

Ecoutez les cinq épisodes

Le baptême du feu

Le 4 août 1914, le Canada entre en guerre aux côtés des Britanniques contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Partout au pays, des hommes et des femmes s’enrôlent, pour défendre leur patrie d’origine, par esprit d’aventure, par sens du devoir ou encore pour l’expérience, comme le révèlent les histoires de Richard Steacie, de Blanche Lavallée, d’Arthur Giguère ou d’Erol Lizotte. Le 20 octobre 1914, le 22e Bataillon, premier corps canadien-français, est créé. En avril 1915, les troupes canadiennes participent à leur première grande bataille à Ypres en Belgique : c’est leur baptême du feu.

Dans les tranchées

Les soldats canadiens campés dans les tranchées vivent avec les poux, les rats, la boue et le froid. Le 15 septembre 1916, le 22e Bataillon s’empare du village de Courcelette, et les Canadiens français sont enfin reconnus. Pendant ce temps, Blanche Lavallée, une infirmière de Montréal, travaille dans un des deux hôpitaux canadiens-français en banlieue de Paris. En 1916, elle y rencontre Henri Trudeau, un futur aviateur. Cette histoire d’amour durera toute une vie.

La vie au Canada

À Montréal, environ 35 000 femmes sont employées dans des usines de guerre. D’autres sont caissières ou conduisent des tramways ou encore, comme Blanche Bessette, sont marraines de guerre. En 1918, les Canadiennes obtiennent le droit de vote au fédéral. Dès 1914, les Canadiens d’origine allemande et austro-hongroise sont envoyés dans des camps d’internement, comme celui de Spirit Lake, en Abitibi. En décembre 1917, le port d’Halifax est détruit par une explosion. En Europe, le Canada gagne la bataille de Vimy, mais au prix de 3600 pertes humaines.

La crise de la conscription

À l’été 1917, le premier ministre canadien, Robert Borden, dépose une loi sur la conscription. À l’automne, le Canada remporte la victoire à Passchendaele, en Belgique, mais perd près de 3000 soldats. Borden donne le droit de vote aux soldats et se fait réélire en décembre 1917. En avril 1918, des émeutes contre l’enrôlement obligatoire éclatent à Québec. Le gouvernement impose ensuite la conscription aux fils de fermiers et aux hommes mariés sans enfants. Partout au Canada, les jeunes travailleurs refusent de partir pour la guerre.

La fin de la guerre

À partir de 1918, la grippe espagnole fait 50 millions de victimes dans le monde, dont 14 000 au Québec. Des témoins racontent comment ils ont perdu des membres de leur famille en raison de cette épidémie. La 11e heure du 11e jour du 11e mois de 1918 marque la fin de la Grande Guerre. Cent ans après le début des hostilités, la cicatrice est toujours profonde, mais les descendants de soldats canadiens-français se souviennent néanmoins fièrement de leur aïeul.

Princesse Leia Organa et Osiris

Quels peuvent bien être les points communs entre un dieu égyptien et l’un des personnages centraux de la saga Star Wars? Quelles sont les parentés entre le panthéon égyptien et Stargate?

Osiris dieu du panthéon égyptien, inventeur de l'agriculture et de la religion.
Osiris dieu du panthéon égyptien, inventeur de l’agriculture et de la religion.
La princesse Leia Organa d'Alderaan, femme politique sensible née en 19 av. BY (la Bataille de Yavin) au Centre Médical de la République sur Polis Massa.
La princesse Leia Organa d’Alderaan, femme politique sensible née en 19 av. BY (la Bataille de Yavin) au Centre Médical de la République sur Polis Massa.

 

Stargate
Stargate

La réponse de l’énigme se trouve en Belgique au musée royal de Mariemont qui vous invite jusqu’au mois de novembre 2016 à  l’exposition :

DE STARGATE ™ AUX COMICS. LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015)
DE STARGATE ™ AUX COMICS. LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015)
DE STARGATE ™ AUX COMICS. LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015)

Cette exposition a été cofinancée grâce à une campagne de corwdfunding qui a permis la location de costumes et des objets originaux provenant du film Stargate et de la série Stargate SG-1, leur transport et leur assurance.

Les dieux égyptiens dans la culture geek.
Les dieux égyptiens dans la culture geek.

L’Egyptomanie concept forgée au XIXème siècle caractérise la fascination pour la culture et l’histoire de l’Egypte antique, née après la campagne de Bonaparte et l’expédition scientifique du Baron Denon s’est perpétuée au XX e siècle dans des décors de salles de cinéma et de jardins zoologiques. Le succès du film Cléopâtre réalisé par Mankiewicz en 1963 témoigne de la persistance de cette fascination pour l’histoire et la culture de l’Egypte. Dans les années 70, l’égyptomanie s’exprime différemment ; le film et la série Stargate avancent l’hypothèse de dieux astronautes.

de stargate aux comics.@P Goffaux
de stargate aux comics.@P Goffaux

L’exposition propose de vrais décors et de vrais costumes du film et de la série empruntés à des collectionneurs privés. On y retrouve par exemple les masques d’Apophis, de Râ ou encore d’Anubis. Des dieux de l’Égypte Antique transformés en personnages de fiction, et dont le rôle fictif correspond souvent au rôle mythique. À côté de Stargate, l’Égypte ancienne a aussi inspiré les auteurs de comics, de bande dessinée et même de jeux vidéos chers à la communauté geek. À côté de superhéros égyptiens comme Isis, les mythiques Batman ou Lara Croft évoluent entre les pyramides aux côté d’Osiris . La culture populaire continue de puiser dans la mythologie égyptienne comme le tout dernier X-Men Apocalypse. Une œuvre fictionnelle qui permet tout de même, comme d’autres, de susciter l’intérêt de millions de téléspectateurs pour l’Égypte ancienne. (Source)

Lara Croft et le temple d'Osiris
Lara Croft et le temple d’Osiris

Le réchauffement planétaire vu par la NASA

Ben voilà … Que dire de plus?

Urbabillard

Les images de la NASA montrent comment la terre se réchauffe, de manière accélérée. La réalité d’aujourd’hui dépasse les projections les plus pessimistes des scientifiques du 20e siècles. Il est grand temps que les efforts tant globaux que locaux se coordonnent afin de réduire la pollution et préserver le climat.

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L’enfant et le néant. II. La petite fille au napalm.

Je reprends cette série de billets consacrée à la mise en scène de la souffrance des enfants pendant les conflits du XX-XXIème siècles. Pour ma part (je ne suis pas spécialiste), cette mise en scène est intimement liée à deux réalités distinctes l’une de l’autre. Une réalité liée à l’histoire des techniques, en l’occurrence celle de la photographie, l’autre à l’avènement d’une sensibilité exacerbée face à la violence belliciste dont les enfants s’imposent sans contradiction possible comme les victimes innocentes : le spectacle de leur souffrance devient dès lors insupportable au sens littéral du terme, c’est-à-dire que nos sens ne parviennent pas à soutenir la monstration du supplice infantile et nous oblige à une sorte d’examen de conscience.
L’image de la souffrance des enfants parcourt donc le temps contemporain ainsi que les espaces. Cette souffrance se donne à voir sur tous les continents et la photo qui médiatise cette douleur devient souvent iconique. Ainsi, comment ne pas penser à Kim Phuc ? Si vous ne connaissez pas son nom vous savez la souffrance de son corps et l’écho de son cri vous parvient encore.
Dans votre moteur de recherche, tapez « Guerre du Vietnam », Kim Phuc et son frère apparaissent dans les premiers résultats !
L’objet ici n’est pas de retracer, même à grands traits le déroulement de la guerre du Vietnam, mais si vous voulez vous mettre au point, voici un article court et factuel : Encyclopédie Larousse.

Elle s’appelle donc Kim Phuc, elle a 9 ans en 1972 quand son village, Trang Bang, situé dans les environs de Saïgon est la cible d’une attaque chimique : un bombardement au napalm par l’armée américaine. La petite fille est nue après avoir arraché ses vêtements en feu.

Kim Phuc brûlée au napalm. Nick Ut.
Kim Phuc brûlée au napalm. Nick Ut.

Cette photo de 1972 s’est imposée comme le symbole de la guerre du Vietnam, on la doit à Nick Ut Cong Huynh qui travaille alors pour l’agence Associated Press et qui obtient le prix Pulitzer pour cette photographie.

Nick Ut
Nick Ut

Cette image a fait le tour du monde ainsi que la vidéo montrant l’attaque et les conséquences de celle-ci sur le corps des enfants.

Mais, chaque image est aussi une mise en scène, et c’est bien de ceci dont il faut avoir conscience : alors que la vidéo britannique est en couleur la photo de Nick Ut est en noir et blanc. Dans la photographie de Nick Ut, la petite fille court vers nous hurlant de douleur, le photographe a choisi un cadrage : l’enfant les bras presque en croix occupe le centre de la composition, sa détresse vient en écho à celle des autres enfants qui fuient leur maison, les enfants courent vers nous. Cette fuite des innocents contraste singulièrement avec le pas régulier et assuré des hommes armés placés à quelques mètres derrière eux.

En 1997, la journaliste Annick Cojean s’entretient avec Kim Phuc qui décrit ainsi les premiers moments après l’attaque au napalm :
C’était un après midi étouffant du mois de juin 1972, en pleine guerre, en plein tourment. Depuis trois jours, le village subissait d’intenses bombardements d’avions sud-vietnamiens, et la population s’était réfugiée dans la pagode, endroit sacré par excellence, qu’aucun soldat, fut-il américain ne devait jamais viser. Soudain, à l’heure du déjeuner, la situation a semblé empirer, le feu s’étendre. Quelqu’un a surpris un signal de couleur lancé du ciel vers la pagode pour désigner une mire. Il a hurlé : « sortons ! Nous sommes morts si nous restons ici ! » Et la fuite s’est organisée : les enfants en premier, qui devaient courir vite ; et puis les gens âgés avec la nourriture, les adultes avec les bébés. (Source )

La question est inévitable : à quoi tient la force d’une photo ? A sa grâce, son magnétisme, son pouvoir d’interpellation ? D’où vient que, dans un déluge d’images, il en est une qui accroche le regard, imprime l’imaginaire et marque à jamais les mémoires ? Et comment expliquer qu’après avoir fait irruption dans nos vies son personnage central continue de nous hanter, qu’il devient familier et qu’on se l’approprie, qu’on se montre exigeant, qu’on souhaite entendre sa voix, donner à la photo une suite, une histoire, un destin ? Il nous a dérangés, fascinés, bouleversés ? Il n’a pas le droit de disparaître, il doit rendre des comptes ! Sa vie n’est-elle pas irrémédiablement liée à la nôtre ?
C’est à nouveau Annick Cojean qui soulève ces interrogations dans un article paru en 2012 que je vous invite à lire : ICI.

Il a fallu du temps à Kim Phuc pour accepter de se reconnaitre comme une victime de guerre, il y a quelques mois en octobre 2015, elle témoigne au festival des Octovales qui s’est tenu à Angers.

Maintenant, mais avant ?

Maintenant, mais avant c’était comment ? Cette interrogation quelque peu naïve peut très bien faire office d’introduction pour vous présenter une application développée par le vénérable IGN : Institut national de l’information géographique et forestière.
Cette application « Remonter le temps » en ligne et gratuite permet à tous de se lancer dans une comparaison de paysages à différentes époques et avec différents supports : vous choisissez un lieu ou un espace et vous pouvez dans une double fenêtre demander une comparaison des cartes anciennes et nouvelles ou encore des cartes et des photographies aériennes.
Remonter le temps.Capture.

Prenons par exemple la ville de Brest, vous savez cette sous-préfecture du Finistère, ville française de métropole la plus proche des Etats-Unis. La ville du bout de la France, en comparant deux photo aériennes on distingue très nettement l’extension du port de plaisance et la construction de la digue Jean François de la Pérouse.

Brest. Remonter le temps
Brest. Remonter le temps

Vous pouvez aussi observer les évolutions du site en mettant en miroir une carte IGN et la carte de Cassini qui date du XVIIIè siècle, comme votre souris est active su les deux cartes simultanément vous ne perdez jamais la localisation. Ici, par exemple, on voit que Brest est une ville qui s’est développée depuis l’époque moderne de part et d’autre de La Penfeld. L’outil «loupe » à droite offre la possibilité de surimposer des zones.

Brest. Remonter le temps2
Brest. Remonter le temps2

Bon voyage et belles découvertes ….

Un passé qui ne passe pas, l’historien dégradé.

Pour certains l’Histoire est un sport de combat pour d’autres une matière incandescente qui finit par brûler ceux qui y touchent de trop près, c’est peut-être vrai. Ce qui est avéré en revanche c’est le rapport conflictuel voire anxiogène des sociétés contemporaines à leur propre histoire récente, la nature de ce rapport est à même de renseigner sur l’état moral du corps social. Pourquoi j’écris ceci ? Pour vous informer, mais peut-être l’êtes vous déjà, de la décision politique dont est victime l’historien Jan T Gross qui a la double nationalité américaine et polonaise, cette mention ne relève pas de l’anecdote biographique, vous allez vite comprendre pourquoi.

Jan Tomasz Gross. Historien et sociologue.
Jan Tomasz Gross. Historien et sociologue.

Jan T. Gross est né à Varsovie en 1947, il enseigne l’histoire contemporaine aux Etats-Unis à l’Université de Princeton, il s’intéresse aux relations entre Juifs et Polonais en Pologne pendant et après la seconde guerre mondiale.

Depuis les années 1990, Il a publié trois ouvrages qui ont profondément remué l’opinion publique en Pologne dont je ne saurais trop vous conseiller la percutante lecture. J’en reparlerai dans les prochains billets.

Les Voisins. 10 juillet 1941. Un massacre de juifs en Pologne, chez Fayard en 2002. Vous pouvez lire ici un compte rendu critique et très intéressant qui fait la lumière sur les polémiques déclenchées par la parution de ce livre

La Peur. L’antisémitisme en Pologne après Auschwitz. Voir le compte rendu la haine après le meurtre de Jean-Yves Potel.

Moisson d’or, coédités par le Mémorial de la Shoah et Calmann-Lévy, 2014. A lire le compte rendu paru sur le site La Vie des Idées .

Jan T. Gross. Moisson d'or. Le pillage des biens juifs
Jan T. Gross. Moisson d’or. Le pillage des biens juifs.

Le premier fait la lumière sur Jedwabne, une petite ville dont les habitants polonais (sans aucune participation directe des Allemands) ont brûlé vifs, en juillet 1941, 1 600 hommes, femmes et enfants, tous Juifs, leurs voisins. La Peur (2010) s’attaque au pogrom de Kielce, où la foule, enragée par les rumeurs (« Les Juifs enlèvent les enfants chrétiens pour prendre leur sang ! »), chercha à résoudre le « problème juif » dans sa ville une fois pour toutes. Moisson d’or (2014) traite du processus d’« aryanisation sauvage » qui s’est déroulé à travers la Pologne occupée, entre 1939 et 1945, et qui a continué après la Libération.

 

Le gouvernement polonais, dirigé par le président de la République fraîchement élu, Andrzej Duda vient d’accusé l’historien d’antipatriotisme ; l’historien s’est vu retirer la croix de chevalier de l’Ordre national du mérite, distinction qui lui avait été attribuée en 1996 pour son travail sur le massacre de Jedwabne où des Polonais ont massacré leurs voisins juifs.

Jan T. Gross. Les Voisins.
Jan T. Gross. Les Voisins.

De nombreux historiens français ont déploré et condamné ce qui pourrait sembler relever d’une sanction disciplinaire. Il n’en est rien, car l’enjeu est tout autre : il s’agit du lien qu’une société « décide » d’entretenir avec son passe ! Voici quelques extraits de ce texte qui appelait le président de la République polonaise à ne pas dégrader l’historien

C’est un mauvais signe. Par ses recherches sur la Shoah et le comportement assassin de « voisins polonais » à l’égard des juifs, par ses livres et ses interventions, Gross a apporté une contribution décisive au retour lucide de la Pologne sur son passé. Ses analyses de l’histoire et de la mémoire des relations judéo-polonaises ont été largement discutées dans le cadre normal d’une activité scientifique et du débat public de la Pologne démocratique. De nombreuses autres investigations, notamment celles conduites par l’Institut de la mémoire nationale en 2001-2002, ont confirmé ses découvertes. […].

Considérer aujourd’hui que J.T. Gross aurait porté atteinte à « la réputation de la Pologne » en contribuant à cette évolution, est proprement insensé. Outre que cela menace la liberté du travail scientifique, ce geste prendrait une signification dangereuse. Ce serait revenir au vieux roman national de « la Pologne innocente et héroïque » du temps de la Pologne populaire. Un récit qui serait un grave retour en arrière.

Nous qui croyons, comme le président polonais à Jedwabne en 2001, « qu’on ne peut pas être fiers de la glorieuse histoire polonaise sans ressentir, dans le même temps, douleur et honte pour le mal fait aux autres par des Polonais », nous demandons au Président Duda de ne pas donner suite à sa démarche. Ces vingt-cinq dernières années, la Pologne s’est grandie en se penchant, comme la France et l’Allemagne, sur les pages sombres de son passé. En les assumant. Elle est la seule ex-Démocratie populaire à l’avoir fait. Elle perdrait beaucoup aux yeux du monde, en sanctionnant un historien qui n’a fait que son travail.

(Source )

 

Le gouvernement polonais tente de « verrouiller » l’histoire de cette période. Il est ainsi envisagé, comme l’a annoncé il y a deux jours Patryk Jaki, vice-ministre de la Justice, d’appliquer une peine de cinq années de prison à quiconque évoquerait les « camps polonais » plutôt que « camps nazis installés en Pologne ». Zbigniew Ziobro, ministre de la Justice a surenchéri en définissant les termes du délit éventuel : « une attribution publique, au mépris des faits, à la République de Pologne ou à la nation polonaise du fait d’avoir été coresponsable » des massacres nazis. Quand le pouvoir politique se mêle de l’histoire en imposant de démêler ce qui pour lui relever du faux et du vrai, à ce moment précis ce pouvoir s’érige en censeur et en faussaire!!!! Cela n’augure rien de bon pour le travail scientifique et la vie dans la Cité.

De Guinzbourg à Kertesz.

Jusqu’au début des grandes purges staliniennes, Evguenias S Guinzbourg est membre du Parti, elle enseigne à l’université d Kazan après avoir soutenu une thèse en histoire à Leningrad, et mène une vie d’intellectuelle soviétique. En 1935 elle est privée du droit d’enseigner et est arrêtée en 1937 au motif d’ « activités contre-révolutionnaires trotskistes ».

Evguénia S Guinzbourg
Evguénia S Guinzbourg

Elle est condamnée à 10 ans de réclusion en cellule d’isolement et cinq ans de privation de ses droits civiques. Dans les souvenirs de sa déportation (Le Vertige  et Le Ciel de la Kolyma), Evguenias S Guinzbourg explique que le souvenir ses lectures la submergeant sans l’avoir appelé l’ont en quelque sorte sauvée et empêchée de sombrer dans le gouffre du goulag.

Imre Kertesz
Imre Kertesz

L’imprégnant souvenir de cette lecture lointaine est « remonté » à la surface il y a quelques jours quand j’ai ouvert les pages d’un court roman d’Imre Kertesz (1929-2016), Felszamolas traduit en français sous le titre Liquidation (Acte Sud, 2005)

Voici ce qu’il écrit et qui a produit un effet de résonance, une espèce d’onde acoustique : Je n’aurais pas cru que ce livre m’entraînerai dans ma funeste carrière. Quand je l’eus terminé, il s’endormit en moi comme tous les autres, enfoui sous les couches douces et épaisses de mes lectures successives. Des quantités de livres dorment ainsi en moi, des bons et des mauvais, de tout genre. Des phrases, des mots, des alinéas et des vers qui pareils à des locataires remuants, reviennent brusquement à la vie, errent solitaires ou entament dans ma tête de bruyants bavardages que je suis incapable de faire taire […] En tous cas la littérature est un piège qui nous retient prisonnier. La lecture est comme une drogue qui confère un agréable flou aux cruels contours de la vie (p42-43).

LES DISPARUS DE LA GRANDE GUERRE. Un webdoc exceptionnel.

700 000.
C’est avec quelques semaines de retard que je publie ce court billet pour vous présenter un webdocumentaire exceptionnel dont certains d’entre vous ont déjà entendu parler. Il s’agit d’un webdoc en ligne sur le site de l’INRAP (l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) et consacré aux 700 000 corps de soldats disparus sur la ligne de front en France au cours des batailles totales menées entre 1914 et 1918 par les armées des pays belligérants.
Pourquoi 700 000 ? L’archéologue Yves Desfossés, conservateur de l’archéologie en Champagne-Ardenne, explique que sur les 10 millions de soldats morts sur les champs de bataille, de nombreux corps n’ont jamais été récupérés. Les archéologues se fondent sur les statistiques les plus sûres, celle du Commonwealth dans la mesure où celui érige une sépulture individuelle aux soldats; il est, de ce fait, aisé de calculer la différence entre le nombre de soldats engagés et le nombre de sépultures. Le chiffre ainsi obtenu est extrapolé aux autres nations engagées dans le conflit.

700 000. Un des sites de fouille.
700 000. Un des sites de fouille.

Le webdocumentaire de 70 minutes revient sur le déroulement d’un immense chantier archéologique qui cherche les restes de ces soldats. Après une introduction, l’internaute est invité à se rendre sur 5 chantiers de fouille s’ouvre alors une expérience immersive passionnante et très émouvante. Le chantier se décline en 5 moments : Où et comment le ou les corps ont été retrouvés ? Pourquoi ont-ils été inhumés à cet endroit?Qui sont les soldats ? D’où venaient-ils ? Quelle vie ont-ils laissé derrière eux ? Les objets trouvés permettent d’identifier le soldat et de brosser le portrait de ces hommes venant tous les pays et des empires coloniaux. L’archéologie permet de nommer ces disparus, on comprend ainsi que l’angoisse profonde de tous les soldats était de mourir dans l’oubli. Le travail des archéologues, des anthropologues et des médecins légistes est essentiel et ce webdoc nous invite à les suivre et à les accompagner dans leurs questionnements et leurs hypothèses.

Cimetière de Boult sur Suippe
Cimetière de Boult sur Suippe

A Roclinourt, pris sous les bombardements ennemis, Pierre Grenier a été enseveli avec ses effets personnels et son équipement : son portefeuille avec la photo de sa famille, son porte-monnaie dans lequel il avait placé son alliance en or, un petit livre de prières… Il porte aussi sur lui une lettre, adressée à sa femme et à ses jumeaux, nés au début du conflit et qu’il ne verra jamais. L’enquête révèle en effet que trois jours après avoir écrit cette lettre, le 25 septembre 1915, Pierre Grenier disparut lors de la troisième bataille d’Artois avec 234 autres camarades de son régiment (source :
http://www.inrap.fr/700000-un-webdocumentaire-sur-les-disparus-de-la-grande-guerre-10840
Dans la Marne à Boult-sur-Suippe l’archéologue Bruno Duchêne dirige la fouille d’un cimetière de fortune où les soldats allemands étaient enterrés pendant les combats et dont une partie a été exhumée après la fin de la guerre. Les défunts proviennent soit directement du champ de bataille, soit de l’hôpital militaire allemand qui était installé dans le village. Plus de 600 tombes sont mises au jour et un millier d’objets personnels et militaires sont retrouvés par les archéologues. Les plaques d’identification des soldats, d’abord illisibles, sont envoyées au laboratoire des métaux ferreux. L’identité de l’un d’entre eux est révélée : il s’agit d’August Seelmeyer, appartenant au régiment d’artillerie allemand FAR26. Tout juste arrivé sur le front de Champagne, après seulement six jours de combat, August est frappé par un obus. Il a 19 ans.
Vous pouvez aussi vous rendre à Saint-Laurent-Blangy, dans une carrière de l’Aisne où une sépulture d’urgence a été vandalisée ou encore à Massiges.

700 000. Carte des fouilles. capture.
700 000. Carte des fouilles. capture.

A vous de partir sur les traces des soldats disparus : 

– Le webdocumentaire 700 000 
– Une présentation sur France Inter, à partir de la 33ème minute de l’émission, le Club des têtes au carré.
– La page FACEBOOK vous permettant de suivre l’actualité de ce webdoc.

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