Connaissez – vous le régiment de la calotte?

Pour le rencontrer commençons par une oraison funèbre …..

Celle du général Aimon Ier en 1731 : Vers la fin du règne de Louis XIV, en 1702, un jour que Torsac, des gardes du corps, Aimon, portemanteau du roi, Saint-Martin, des mousque­taires, et plusieurs autres officiers se trouvaient réunis, ces messieurs firent mille plaisanteries sur une migraine dont l’un d’eux souffrait, et proposèrent d’apposer une calotte de plomb sur la tête du malade. La conversation s’échauffa. L’idée en naquit de corriger les mœurs, de combattre par l’arme du ridicule les styles alors à la mode et d’ériger un tribunal opposé à celui de l’Académie. Pour mener à bien une pareille entreprise, il fallait des troupes éprouvées. Aussi ne jugea-t-on pas pouvoir mieux faire que de créer un régiment où l’on incorporerait les personnes qui se distingueraient par l’extravagance de leurs discours et de leurs actions. La conséquence de ce choix fut que le nom de la nouvelle milice était tout trouvé on la baptisa Régiment de la calotte.

Le Régiment de la calotte ou les stratégies aristocratiques de la gaieté française (1702 – 1752).

il s’agit d’ une société de rieurs fondée en 1702 par Phillipe Emmanuel de La Place de Torsac et Étienne Isidore Théophile Aymon, qui exerce la « police du ridicule » au sein de la cour et de la haute société parisienne.

Cette société arbore deux signes de reconnaissance : la Calotte entendu ici ne possède pas de connotation religieuse mais est plutôt un révélateur de folie: le remède contre l’esprit qui s’évapore, la chape de plomb placée sur la tête du malade. Le deuxième signe de reconnaissance calottin est le « brevet » : des  poèmes d’une 50aine de vers, quelques fois petits textes en prose, énumérant les travers qui distinguent la victime de la satire.

le dictionnaire critique de la langue française (1787 – 1788) définit ainsi  le mot calotte :  Petit bonet qui ne couvre que le haut de la tête. Calote de satin, de marroquin, de drap, etc. — Calote à oreilles, grande calote qui couvre les oreilles. — Les Cardinaux portent la calote rouge. — Et quand on dit que le Pape a donné la calote à quelqu’un, on veut dire qu’il l’a élevé à la dignité de Cardinal. On dit familièrement, de quelqu’un qui a la tête légère, qu’il aurait besoin d’une calote de plomb.
Pendant un temps, c’était une fureur en France de doner des brevets de la calote, d’enrôler dans le Régiment imaginaire de la calote, c. à. d., de la folie. Ainsi, doner la calote, ou un brevet de la calote, c’était déclarer un homme fort extravagant. — De là calotin, homme extravagant ou noté et décrié; et calotine, pièce de vers mordante et satirique.

La deuxième partie de la définition est assez explicite elle permet de comprendre que le brevet est un détournement satirique de la lettre patente. Le projet est stratégique: ramener le rire dans le champ de la tradition.

Obtenir son brevet : a quoi ressemble l’écriture calottine?

Elle répond tout d’abord à des règles bien précises. Pour le brevet, l’introduction et la conclusion sont immuables dans leur formulation :

« De par le dieu porte marotte

Nous, général de la calotte

Toujours empli des grands égard

Qu’on doit avoir pour … (ici le nom de « breveté »)

Sur ce mes chers frères

Le grand dieu de la raillerie

Qu’il vous donne joie et santé.

La teneur des textes est aussi très codifiée,  il convient de maintenir le rire dans une forme bienséante

Selon A. de Baeque, tous les textes illustrent un « obsédante purification de la langue et des esprits » « émanation d’une éthique dont le rire est le garant » : les écrivains calottins, tout en se plaçant sous les auspices du dieu de la folie, se réclament d’une forme supérieure de sagesse, car les  calottins identifient leur rire à la manifestation supérieure du « bel esprit »

Deux groupes distincts dans le Régiment de la calotte :

Les « beaux esprits » qui écrivent les brevets : les calottins effectifs, le Régiment réel.

  • Ceux qui détiennent et définissent l’institution calottine par la cérémonie du rire
  • Ceux qui écrivent les brevets : les écrivains

Les victimes qui les reçoivent : le Régiment imaginaire.

Les auteurs célèbres de brevets  : les abbés Gacon, Plantavit de la Pause; les poète Pierre Charles Roy ou encore Desfontaines, Bosc du Bouchet, Alexis Piron, Louis Fuzelier (quatre auteurs dont les brevets ont été joués à l’Opéra comique).

La mort du fou.

En 1748, les calottins commettent une maladresse fatale en s’attaquant à la marquise de Pompadour : cela sonne leur ultime carillonnement.

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