Le roi qui boit n’est qu’un bouffon!!

Jacob Jordaens (1593 – 1678) est un peintre flamand, ayant vécu à Anvers.

Grâce à lui on pourrait tenter un parcours historique et géographique du thème « Le roi boit » : et oui, la poule qui picore ….  va plutôt engouffrer de la frangipane jusqu’à s’en faire péter le gésier. Jacob Jordaens peint à plusieurs reprises ce sujet qui est repris par des successeurs pas tous flamands, pas tous mondialement connus.

Voici quelques évocations de la fête des Rois, le jour de l’Epiphanie. Celui qui casse son dentier sur la fève logée dans la galette est intronisé  et choisit pour reine la plus belle femme de la compagnie. La cour royale se compose des autres convives dont les charges sont, quelques fois indiquées sur des étiquettes. Mais les tableaux vont au – delà de la peinture de genre, la phrase latine ou flamande sous la tête des satyres rappellent que l’humanité vit dans l’illusion et sans illusion ….

Un carpe diem dionysiaque désespérant ou enthousiasmant : toute dépend du point de vue….

A Anvers,

Jacob Jordaens, le roi boit, vers 1640-45
Jacob Jordaens, le roi boit, vers 1640-45

A Bruxelles, on peut voir l’huile suivante (hauteur 156. largeur 210 cm)

Jacob Jordaens, le roi boit, Bruxelles, vers 1640.

Dans le cartouche en haut au centre on peut lire : « IN EEN VRY GELAG IST GOED GAST ZIJN », (Il est bon d’être invité à un bon éclat de rire, merci à François pour la traduction)

Un tableau à Saint Pétersbourg, au musée de l’Ermitage. Une huile peintre vers 1638.

Jacob Jordaens. Le roi boit . 1638 L’Ermitage, Saint-Pétersbourg, Russie.

Un peintre Molenaer, Jan Miense (1610-1668) propose sa version du roi qui boit, œuvre peinte entre 1635 et 1640.(Vienne, Collection du prince de Liechtenstein).

Molenaer, Jan Miense : le roi qui boit,  1635 - 1640. Vienne, Collection du prince de Liechtenstein
roi qui boit, 1635 – 1640. Vienne, Collection du prince de Liechtenstein

Reconnaissable à sa couronne de papier suspendue au dossier de sa chaise, la reine de la fête est la femme assise en bout de table à gauche. Au fond à droite, une femme observe la scène depuis la porte.

A Paris. En se promenant sur la toile, on rencontre d’autres versions de ce thème par J. Jordaens. Le Louvre ouvre ses portes à un spectacle  de beuveries entre amis, c’est une  huile sur toile (152 x 240). La toile a été acquise en 1793, probablement à l’époque où les armées révolutionnaires bras dessous – bras dessus marchent pour répandre la bonne parole.

J. Jordaens, le roi boit, Louvre.

A Valenciennes, au musée des beaux arts, on peut voir une toile réalisée par on ne sait qui. A lire la notice proposée par  la base Joconde, il s’agirait d’une copie d’un tableau conservé à Washington, et cette copie serait une saisie révolutionnaire.

D’après J. Jordaens, Le roi boit, mil XVII, Valenciennes

Les toiles sont grandes : une saoulerie grandeur nature. Le roi d’une laideur repoussante, gérontocrate, bouffant et ventripotent choisit (forcément) la plus belle pour aller danser …

Dans cette bacchanale, un convive expérimente le vomis en direct. Et je ne résiste pas au charme d’un dictionnaire médical qui m’explique qu’il s’agit d’un terme issu du : grec émein : vomir. Acte durant lequel le contenu de l’estomac ou d’une partie de l’intestin grêle (duodénum) est rejeté brutalement par la bouche. Les causes de vomissement sont très nombreuses. Je n’ai aucun doute sur les causes : une petite gastro, forcément !

Le miroir …. Peut changer de place tantôt à droite, tantôt en face. Quand il disparaît, il laisse visiblement la place à une porte dans la version de Molenar : une femme, dont la silhouette se dessine en arrière plan observe la scène.

Un homme à droite qui lève son verre, dans d’autres versions, son verre est une aiguière en étain qu’il brandit comme une gourde.

Ça crie, ça gueule, ça chante comme ça gerbe : Fort. Un coup à choper une carafe d’enfer ! Et à se réveiller avec le bruit d’un train freinant tentant d’éviter le précipice !

Dans cette noble assemblée, où les mains rugueuses des courtisans de pacotille rencontrent la généreuse poitrine laiteuse des comtesses d’un instant, les enfants rient, bouffent comme les vieux ou nous invitent à partager notre poids en galette. Mais, le plus fort, et vous y conviendrait, est d’accepter de gaité de cœur un bon pichet, de s’empiffrer comme on veut et de regarder une mère torchant son enfant : visiblement, le mouflet préférait avoir le cul crotté.

Bien plus tard, vers 1749, peint cette huile qu’il intitule « Le roi boit », posé maintenant sur une cimaise du musée des beaux arts de Dole.

 

François Dorbay, le roi boit, 2e moitie du XVIII, musée de Dole.

 

On retrouve ici, notre joyeuse compagnie, si les rôles n’ont pas changé, quelques menus détails signent l’époque et quelques changements dans la mise en scène font la patte de l’artiste, du moins celle de son époque …

En voilà un qui a appris à ne plus vomir sur mes pieds (ou les siens) et se soulage presque discrètement contre le mur, même si ça sent le aigre …

Le roi offre une singulière physionomie : ses ancêtres reconnaitraient – il en lui le chef iroquois? Quant le royaume de France part en quête d’Amérique, le roi qui boit est un apache gourmand … peut-être un hommage Louis Armand de Lom d’Arce, plus connu sous l’appellation de baron de Lahontan

(Le baron de La Hontan ,1666-1716, fils d’un gentilhomme ruiné du Béarn, il part à dix-sept ans pour le Canada, avec les troupes de la Marine envoyées par la France pour coloniser le pays et combattre les Iroquois. Participant aux expéditions militaires, il explore la région des grands lacs, découvre la vie des Amérindiens, et juge sévèrement les méthodes de colonisation. Il en ramène des récits de voyage qui connaîtront un grand succès au début du XVIIIe siècle . En 1693, il remplit l’office de lieutenant du roi à Terre-Neuve. Il s’enfuit la même année et parcourt l’Europe.)

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2 thoughts on “Le roi qui boit n’est qu’un bouffon!!

  1. Etant belge et vaguement néerlandophone, je propose de modifier « IN EEN VRY GELAG IST GOED GAST ZIJN  » par « In een vrij gelach is het goed een gast zijn » qui se traduirait par « Il est bon d’être invité à un bon éclat de rire ».

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