Recherche

La Biblogotheque

d'une poule sur un mur.

Mois

septembre 2010

Les animaux au Moyen-Age (troisième partie). Les procès d’animaux.

Les procès d’animaux.

Quand on parle de symboles, d’allégories, de parodies on estime qu’il s’agit d’une  spécialité des linguistes, que cela relève de la compétence des littéraires : c’est probablement vrai. Mais quand on évoque l’histoire du symbole, là mes yeux se tournent vers un saint patron : Michel Pastoureau, ce médiéviste à qui l’on doit Une [passionnante] histoire symbolique du Moyen Age occidental, parue aux éditions du Seuil en 2004.

La première partie de l’ouvrage est consacrée à « L’animal » et s’ouvre sur les procès d’animaux. L’historien explique que cette histoire de ces procès inconnus avant le XIIIème siècle est encore à construire. Il a repéré une soixantaine de cas entre 1266 et 1586. La France n’est pas une exception en la matière, puisque des procès ont été intentés à des insectes, à des «  vers » dans les pays alpins.

Comment expliquer l’existence de ces procès ?

On l’a vu plus haut, les animaux prolifèrent au Moyen Age dans les textes, dans les images, dans les chansons, les rituels, les jurons, dans les églises, quel que soit le terrain documentaire sur lequel il s’aventure, l’historien médiéviste ne peut pas ne pas rencontrer l’animal.

Alors que l’Antiquité gréco-romaine négligeait, sacrifiait ou méprisait l’animal, celui-ci connait au cours du moyen chrétien une remarquable promotion.

Les clercs, la culture chrétienne médiévale sont curieux de l’animal, cette curiosité s’exprime à travers deux courants de pensée. Le premier courant pensant une opposition nette entre l’homme (créé à l’image de Dieu) et l’animal (créature soumise, imparfaite voire impure). L’animal est souvent sollicité, mis en scène afin de l’opposer systématiquement à l’homme. Forcément la promotion de cette irréductible opposition conduit à parler constamment de l’animal, celui est promu comme lieu de prédilection de toutes les métaphores, de tous les « exemples ». L’animal est « penser symboliquement »  (D. Sperber). Ainsi, on réprime tout comportement qui pourrait alimenter une confusion entre l’être humain et l’animal : interdiction de se déguiser en animal, interdiction d’imiter le comportement animal, interdiction de fêter ou de célébrer l’animal, interdiction d’entretenir des relations avec lui (de l’affection portée aux animaux domestiques aux crimes les plus infâmes : sorcellerie ou bestialité).

Le second courant est influencé par Aristote : l’idée d’une communauté des êtres vivants entre en résonnance avec plusieurs versets pauliniens, notamment ce passage de l’épître aux Romains (la créature elle-même sera libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu, Ro 8,21 : voilà de quoi faire chauffer les neurones des théologiens). Ainsi des questions portant sur la vie future des animaux (ressuscitent – ils ? peuvent –ils travailler le dimanche ? sont-ils des êtres moralement responsables) alimentent les débats en Sorbonne à la fin du XIIIè siècle, comme les humains, les animaux travaillent, jouent, amusent leur progéniture

Une truie qui file ou joue de la cornemuse  amuse son petit.
(http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/memoire/0086/sap01_mh046286_p.jpg)

Si les animaux portent une responsabilité morale, ils peuvent être conduits devant les tribunaux. Les procès d’animaux sont inconnus avant les années 1250, ensuite et durant trois siècles les procès d’animaux vont cernés tout l’Occident. Pour le seul royaume de France, Michel Pastoureau a repéré une soixantaine de cas (de 1266 à 1586). Tous les animaux sont susceptibles d’être jugés : des porcs, des insectes, des « vers » (les plus fréquents).

C’est l’époque au cours de laquelle l’Eglise devient un immense tribunal : création de l’officialité, institution de l’Inquisition et de la procédure par enquête.

La truie de Falaise

Le supplice de cet animal est le plus documenté du corpus établi par M. Pastoureau.

Nous sommes en 1386, à Falaise en Normandie, Pour M. Pastoureau, l’événement est des plus « insolite », laissons le décrire la scène : Une truie âgée d’environ trois ans, revêtue de vêtements d’homme, fut trainée par une jument de la place du château jusqu’au faubourg de Guilbray, où l’on avait installée un échafaud sur le champ de foire. Là, devant une foule hétérogène, composée du vicomte de Falaise et de ses  gens, d’habitants de la ville, de paysans venus de la campagne alentour et d’une multitude de cochons, le bourreau mutila la truie en lui coupant le groin et en lui tailladant une cuisse. Puis, après l’avoir affublée d’une sorte de masque à figure humaine, il la pendit par les jarrets arrière à une fourche de bois spécialement dressée à cet effet, et l’abandonna dans cette position jusqu’à ce que la mort survienne. … La jument fut rappelée, et le cadavre de la truie, après un simulacre d’étranglement, fut attaché sur une claie afin que le rituel infamant du traînage pût recommencer. Finalement, après plusieurs tours de place, les restes plus ou moins disloqués du pauvre animal furent placés sur un bûcher et brûlés.(M. Pastoureau, Les animaux célèbres, Bonneton, 201.)

Que fit –on des cendres ? Nous n’en savons rien. Ce qui est insolite ici, ce n’est par le fait qu’un animal ait été exécuté pour « mesfet » grave, mais plutôt le déguisement de la truie en hommes, les mutilations corporelles, la double traînée rituelle et surtout la présence d’autres porcins sur les lieux de l’exécution.

Les archives nous renseignent sur le bailli royal qui a commandé l’exécution : il s’agit du vicomte (les baillages se nomment vicomtés en Normandie) Regnaud Rigault qui exerça ses fonctions de 1380 à 1387. C’est probablement lui qui eut l’idée de demander aux paysans de venir assister au « spectacle » accompagnés de leurs porcs afin que les animaux goûtent à l’enseignement d’une telle exécution. Il demande aussi qu’une peinture gardant l’événement en mémoire soit réalisée dans l’église de la Trinité.

Cette peinture a disparu en 1417 au moment du siège de la ville par Henri V, roi d’Angleterre, elle a ensuite été refaite (la date est inconnue) et était visible jusqu’en 1820, date à laquelle l’église a été reblanchie à la chaux. Il reste les descriptions couchées par les érudits et écrivains, voire abbés locaux comme G. Langevin. Sa description permet la réalisation de la gravure suivante :

Exécution de la truie infanticide de Falaise. Gravure romantique de C. Lhermitte, d'apères une peinture murale du XV, vers 1840
Exécution de la truie infanticide de Falaise. Gravure romantique de C. Lhermitte, d'apères une peinture murale du XV, vers 1840

Qui est la victime humaine de cet homicide porcin ??

Dix dit Dantec (ou le contraire)

« La nationalité et le curriculum vitae des victimes, tout comme le modus operandi de l’opération qui leur avait coûté la vie, pointaient en direction de la fracture géopolitique principale, mais Verlande devinait qu’il pouvait s’agir d’un leurre, d’une erreur d’interprétation, voire d’une suite de hasards objectifs, tout était possible en ce monde qui n’offrait plus d’issue de secours […] ils pouvaient travailler pour n’importe qui ; n’importe qui ayant besoin d’une grande quantité d’explosifs modernes. Des membres des FARC contre des groupes d’autodéfense colombiens ? Des vigilantes centraméricains contre des gangs mexicains ou nicaraguayens ? Des rebelles vénézuéliens anticommunistes contre les séides du parti au pouvoir à Caracas ? Des résistants tibétains antichinois contre des groupes de soutien au régime de Pékin ? Des nationalistes antimusulmans  européens contre des membres d’une organisation islamique locale ? Le font de libération du Québec ? Les Forces canadiennes ? Des afrocentristes noirs pronazis contre des néosuprématistes blancs ultrasionistes ? Des unionistes grands-russes contre un des nombreux groupes indépendantistes de la Fédération ? La liste était longue …. »

Maurice G. Dantec, Métacortex, A. Michel, 2010, p 81

Otto Dix, La guerre, 1929, Gemäldegalerie, Dresde.
Otto Dix, La guerre, 1929, Gemäldegalerie, Dresde.

Et maintenant comptez vos morts, Dieu les reconnaitra tous !!

Les animaux au Moyen – Age (deuxième partie).

Les bestiaires.

Lapin chevauchant un chien tenant au poing un escargot .  Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 143 , fol. 165 (© Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris)
Lapin chevauchant un chien tenant au poing un escargot . Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 143 , fol. 165 (© Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris)

Au sens strict du terme, le mot « bestiaire » désigne au Moyen Age, un recueil autonome, principalement consacré à la description et à l’interprétation emblématique d’animaux, réels ou fabuleux, de « pierres »

Quelle est l’origine du bestiaire médiéval ?

Au cours du IId siècle ap JC, un auteur d’Alexandrie anonyme compose le Physiologus : c’est un mélange de citations bibliques, de légendes populaires et d’informations tirées des naturalistes antiques. Cette compilation présente des animaux dont la « nature » est le prétexte à des interprétations emblématiques. Le Physiologus connait un grand succès en Orient et en Occident, il est enrichi au fil des temps et devient la source principale des bestiaires médiévaux. Le Physiologus lègue notamment son mode de fonctionnement : chaque rubrique s’ouvre par un titre (ex : « Du chien », « De la perdrix » …) et évoque les prétendues « natures » de l’animal, puis celles–ci sont utilisées comme support à des enseignements moraux et religieux.

Prenons un exemple : le lion, poursuivi par des chasseurs efface les traces qu’il laisse avec sa queue, rappelle aux hommes que le Sauveur ne se révèle pas clairement. Peut – être un deuxième exemple : trois jours après la naissance de ses petits, le pélican s’ouvre le flanc pour les arroser et les ramener à vie, cela permet d’évoquer le sacrifice du Christ.

Les bestiaires moralisés comptent parmi les meilleurs témoins du néoplatonisme augustinien dominant avant 1250. (Jean Maurice). Dans le néoplatonisme augustinien, toute créature reflète le Créateur, l’univers naturel se transforme en un grimoire à déchiffrer. Les animaux sont alors les allégories vivantes du Créateur et de son Eglise, ils se transforment donc en signes. En fin de comptes, les bestiaires sont des ouvrages permettant de vulgariser l’exégèse

De quand date le premier bestiaire en langue vulgaire ?

Le premier bestiaire date du début du XII : il a été écrit par Philippe de Thaon, un clerc qui a vécu en Angleterre(Pour en savoir plus: http://theses.enc.sorbonne.fr/document959.html).

Le clerc élabore son bestiaire selon une double logique. Un ordre qui classe selon les espèces : les « bestes », oiseaux et pierres ; un ordre qui les classe en fonction de ce qu’ils représentent : Christ, homme ou diable. Ce classement  (cette dispositio) qui structure aussi bien les comparants que les comparés induit un mode spécifique de lecture : les « natures » étant essentiellement allégoriques, elles rendent compte de la raison d’être des bestiaires moralisés.

Au début du XIIIè siècle, trois bestiaires se succèdent : celui de Pierre de Beauvais qui a transcrit une partie du Physiologus, deux versions de son texte sont parvenues jusqu’à nous, une courte de 38 articles, une autre comportant 33 articles supplémentaires. Guillaume le Clerc, un Normand installé en Angleterre utilise une autre version du Physiologus pour écrire  vers 1210 son Bestiaire divin, il utilise des rimes consonantes et a l’ambition de dépasser la simple traduction-compilation, il va enrichir les histoires et le commentaire allégorique s’enrichit d’une portée morale ; pour les spécialistes le bestiaire de Guillaume est l’un des plus originaux.

Quelques illustrations de ce bestiaire :

Guillaume le Clerc de Normandie. Aigle chassant une colombe
Guillaume le Clerc de Normandie. Aigle chassant une colombe; bordure extérieure ; feston
Aigle ; initiale ornée ; bordure extérieure ; feston
Aigle ; initiale ornée ; bordure extérieure ; feston

 

Le Bestiaire de Cambrai écrit vers 1260 est le dernier recueil moralisé traditionnel. Les bestiaires vont peu à peu disparaitre : la montée de l’aristotélisme rend moins évidente la portée d’une interprétation allégorique. De plus, l’allégorie profane émerge lentement, les « natures » deviennent alors les supports d’un discours érotique comme dans Le Bestiaire d’amour de Richard de Fournival.

Pour lire le manuscrit : c’est sur le génial de la BNF : GALLICA :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1304386.r=Richard+Fournival.langFR

Enfin, se développe une encyclopédie d’un genre nouveau marqué par un esprit préscientifique : Le Livre du Trésor de Brunetto Latini qui ne retient que le discours zoologique. Les gloses disparaissent du genre.

Brunetto Latini
Brunetto Latini

La fin des bestiaires.

Le genre des bestiaires perd ses plumes en deux temps : les coups de boutoir sont assénés par la montée en puissance de la parodie, la « sénéfiance » se déplace : la « sénéfiance relève d’une préoccupation didactique, R. Guitte la présente comme le second terme du symbole, la leçon de morale ou de sagesse, l’application mystique et aussi l’exemple d’où est tirée une leçon et le glas sonne avec la disparition des gloses conçues dans les bestiaires comme un critère définitoire.

Pour en savoir plus sur la symbolique et le symbolisme au Moyen Age :

la suite … http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1954_num_6_1_2051

Pour circuler et feuilleter les bestiaires, la BNF propose une exposition virtuelle passionnante.

Les animaux au Moyen-Age (première partie).

Une géographie du monde animal médiéval.

Les animaux au moyen âge
Les animaux au moyen âge

De gauche à droite et de haut en bas :

Éléphant, chien, loup, chien, lapin, chèvre.

Cheval, lion, chien, bélier, puma.

Cerf, licorne, ours, dromadaire, rat.

Sanglier, vache, hérisson, écureuil, dragon.

Âne, chat, singe, agneau, loutre, sirène.

De l’animal dépendent l’alimentation, le labour, l’amendement des sols, le vêtement, l’éclairage, le transport.L’animal est aussi le prédateur, l’ennemi, le parasite, le vecteur de maladies, le dévastateur de récoltes.

C’est un référent symbolique majeur de la pensée chrétienne et de la vie sociale, on le trouve dans les bestiaires moraux, les blasons et arts religieux et profanes.

L’auroch disparaît d’Europe en 1627 (L’auroch est une vache un peu particulière, elle a deux longues cornes épaisses vissées sur la tête et semble sortir d’une peinture préhistorique. C’est pourtant dans la région de la Lozère, chez un couple de fermiers, que l’on peut en trouver un troupeau entier. Cet animal préhistorique avait cependant disparu depuis plus de 3 siècles, avant qu’il ne soit reconstitué dans les années 1930 à partir des croisements d’une dizaine de races de vaches rustiques d’Europe, du toro de combat espagnol au taureau de Camargue en passant même par le ‘highland ‘ d’Ecosse.)

Au-delà, le spectre faunique n’a pas beaucoup changé, seule l’aire d’extension des espèces est plus étendue pour le loup, le lynx, l’ours, le castor, le bison, les cétacés. Certaines espèces n’apparaissent qu’après le Moyen Age : le dindon, la pintade de Numidie, le rat surmulot, le cochon d’Inde, le rat musqué.

De l'ours et de toute sa nature .  Gaston Phébus, Livre de chasse France, début du XVe siècle Paris, BNF, département des Manuscrits, Français 616, fol. 27v.
De l’ours et de toute sa nature . Gaston Phébus, Livre de chasse France, début du XVe siècle Paris, BNF, département des Manuscrits, Français 616, fol. 27v.

C’est au cours du Moyen Age que les espèces (sauvages ou domestiques) introduites par les Romains vont se diffuser et modifier la faune :

Le rat noir qui véhicule le bacille de la peste (précédemment localisés dans les zones commerciales) sature l’Occident dès le XIème siècle.

Le chat domestique.

Le daim que l’on trouve sur les tables seigneuriales occupe les parcs à gibier d’Angleterre, il prend le pas sur les cerfs et les chevreuils.

Chien pour suivant un cerf (Psautier, XIVème siècle) © Institut de recherche et d'histoire des textes - CNRS
Chien pour suivant un cerf (Psautier, XIVème siècle) © Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS

Le paon également sur les tables des seigneurs.

PaonL’âne et le mulet également introduit par les Romains s’intègre au monde médiéval. La pintade à barbillons bleus réinvestit l’Occident vers le XIII. Le lapin n’a pas toujours été un animal familier. Au départ, on le localise en Espagne et dans le sud de la France, il franchit la Loire au IX et s’implante en Angleterre à la fin du XII.

L’Angleterre où la déforestation est précoce présente un autre spectre faunique : la rareté du sanglier, l’extinction précoce de l’ours (peut être même à la fin de l’empire romain) et du loup (vers la fin du XVème siècle) en sont les grandes caractéristiques.

La diversité du monde animal :

L’homme médiéval et le monde animal sont unis par des liens beaucoup denses que de nos jours, l’étude archéologique des ossements animaux contribue à la compréhension de ces liens. Qu’y trouve t-on ? D’abord les animaux domestiques du cheptel, de la basse cour, puis le cerf, le chevreuil et le lièvre (les plus chassés) puis le sanglier et le lapin. Chez les oiseaux : poule, oie et canard colvert, les perdrix, les colombiformes et les corvidés. Les oiseaux de prestige sur les tables seigneuriales : le héron cendré et la grue.

D’autres animaux familiers : le rat noir qui infestent les maisons, la souris, le renard (prédateur de basses-cours souvent piégés). Les reste de l’ours ne sont pas rares, le castor (pour sa fourrure et son castoréum : le castoréum est l’une des six matières premières animales de la parfumerie avec le musc, l’ambre gris, la civette, la cire d’abeille et l’hyraceum. Son odeur, agressive à l’état pur, devient agréablement douce et chaude une fois le castoréum dilué et rappelle le cuir, l’huile animale et la fourrure).

On trouve aussi des animaux qui ne sont pas familiers mais proches de l’homme : l’élan, le hérisson, l’écureuil et de nombreux oiseaux : les grives et les merles, les bécasses et les bécassines, les harles :

les cygnes, les paons :

Barthélémy l'Anglais. Livre des propriétés des choses. Reims, Bibliothèque municipale ms993, fol159
Barthélémy l’Anglais. Livre des propriétés des choses. Reims, Bibliothèque municipale ms993, fol159

les foulques :

les cigognes, tous ces oiseaux sont consommés.les oiseaux de volerie : des palombes, des éperviers et des faucons même si derniers sont moins répandus.

Bathélémy l'Anglais. Livre des propriétés des choses. Reims, Bibliothèque municipale, ms 993, fol 148v.
Bathélémy l’Anglais. Livre des propriétés des choses. Reims, Bibliothèque municipale, ms 993, fol 148v.

Sur la table de l’homme médiéval: une centaine d’espèces de mammifères plus de 200 espèces d’oiseaux, 150 espèces de poissons, liste à laquelle il faut ajouter des amphibiens, des crustacés et des mollusques.

Dans cet imposant cortège, la place de choix est tenue par les animaux du cheptel qui représentent 70 à 94% des restes d’animaux consommés. C’est le bœuf qui domine l’alimentation carnée. Le porc l’emporte avant le XIII. Les moutons et loin derrière la chèvre sont présents dans l’alimentation méditerranéenne.

Boeuf de saint Luc. © Institut de recherche et d'histoire des textes - CNRS
Boeuf de saint Luc. © Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS

Les viandes de basse-cour assurent partout un complément constant, mais faible, tandis que les produits de la chasse se concentrent, sans abonder, sur les sites seigneuriaux.(Frédérique Audouin – Rouzeau)

Les animaux de cheptel, d’élevage ou de basse-cour sont de petits formats (comme à l’Age de fer), cela contraste avec les grands animaux produits par l’Empire romain. Au Moyen Age, les bovins atteignent 1.10 mètre au garrot, les chevaux 1.35 mètre environ, les ovins 60 cm, les porcs 70 cm.

C’est avec les Temps modernes … que s’amorcera l’élévation décisive de leur (des animaux) gabarit, tandis que la faune sauvage commencera à perdre du terrain et l’éventail des viandes consommées à se restreindre singulièrement.

Tu vas pas pouvoir le Gaube(r) : c’est trop grand pour toi petit moustique.

Lac de Gaube

C’est beau, c’est grand, c’est ouvert, ça sent la résine, l’eau qui bouge et la silène acaule, la cardamine et la valérienne.

C'est pas le Canada

Non, je ne suis pas au Canada, mon gars … C’est (juste) les Pyrénées : le domaine des isards (levés trop tard pour en voir) , le paradis des marmottes (aperçues derrière des rochers … très loin … ), le pays des ours (j’aurais plus de chance d’en croiser en Croatie : mais je préfère, juste dans ce cas,  ne pas croire à ma chance).dans le ciel, des aigles royaux.

Ici, comme avant dans les cascades, de l’eau, toujours de l’eau, ça surgit, ça ressurgit, ça coule et ça travaille la roche, et les parois rocheuses :

Ça monte, le chemin n’est pas escarpé, la pente n’est pas raide pour des alpinistes chevronnés mais bien pentue pour des amateurs et amatrices pyrénéistes. De toute façon c’est pas l’exploit que retiendra notre histoire mais l’inénarrable plaisir de le vivre, l’inextinguible joie de s’en rappeler : marcher, la lumière, la musique des grands pins qui claquent au soleil, regarder, se tourner, partout nos yeux incrédules gobent le spectacle d’une nature qu’on veut enchantée.

Quelques pas, les versants s’écartent, et là

lac de gaube
lac de gaube

On se dit qu’on appartient au groupe des meilleurs marcheurs du monde, et ouais, même pas peur de le dire et d’aller y voir de plus près

lac de gaube
lac de gaube

Bien, devant tout ça on pense juste à se taire, à ranger son appareil. Mais quand même rappeler, que ni marmottes, ni isard n’ont croisé notre chemin, heureusement quelques sympathiques ruminants nous ont offert un spectacle des plus bucoliques :

Gaube les vaches
Gaube les vaches

Bon, maintenant je me tais, et je regarde.

lac de Gaube
lac de Gaube

Face à nous, la cime la plus haute des Pyrénées : Vignemale, 3 298 m, franchit pour la première fois au XIX par Anne Lyster.

Cascades des Pyrénées.

Remonter la cascade et écouter l’eau qui gronde.

Direction les Pyrénées, arrivée à l’aéroport Tarbes – Lourdes, on ne s’arrête ni à Tarbes, ni à Lourdes, on file la route en prenant la direction d’Argelès – Gazost  et on fonce toute vers Cauterets, vers un bassin encaissé à 900 mètres, vers  là où convergent trois vallées : dans la première s’écoule le gave d’Ilhéou, dans le deuxième  coule le gave du Marcadeau, la troisième vallée est celledu gave de Lutour. La rencontre des vallées donne naissance à une vingtaine de sources chaudes. Ces lieux « Caldérets », sont des « Chaudières » … ; Cauterets.

Bizarre ce nom, les sonnantes et consonances me rappellent un autre lieu : Cauterets (dans les Pyrénées) / chaud / eaux chaudes / Chaudes – Aigues  (en Auvergne). Décidément, deux pays vert et bleu.

En direction de Cauterets La route est magnifique, les vallées très encaissées, on roule, on serpente un bitume dans un décor en vert et bleu. On range son cheval ou la calèche à l’étable (voiture, en transport en commun s’est possible aussi), le parking c’est La Raillière.

Avant de commencer à grimper, une première cascade, on comprend alors qu’on est ici dans un dans hauts lieux du thermalisme, les eaux sont fortement sulfurées sodiques, pour faire plus simple : ça pu, c’est fort, une odeur de soufre vous chatouille les narines.

Le fracas de l’eau nous accompagnera tout au long de notre montée vers le pont d’Espagne. Avant d’y parvenir, on se retourne :

Encore une fois,

On poursuit la montée, sous le feuillage généreux des hêtres ; les conifères, les pins à crochets ne sont pas encore à portée de vue, les embruns provenant des cascades rafraichissent sans cesse les peines des chanceux marcheurs.

La première cascade, celle d’Escane – Gat, l’eau dans tous les sens :

A plus de 1200 mètres, nos pas se font petits devant la cascade de Ceriset, on passe devant Pouey Bacou, l’eau étincelle et trace un arc en ciel permanent : difficile à capter, intense à ressentir

Pouey Bacou.
Pouey Bacou.

Il faut toujours monter, et suivre le bruit et atteindre la source, on ne peut se contraindre : il aller voir … plus loin jusqu’à la cascade de l’ours. Les cascades s’assagissent, le lit de la rivière s’agrandit, l’eau est toujours turquoise :

Pouey  Bacou
Pouey Bacou

Et comme un joyau : la rencontre du gave de Gaube et du gave de Marcadou : un pur bijou, un diamant monté sur un anneau d’or : Le pont d’Espagne.

Pont d'Espagne.
Pont d'Espagne.

Parce qu’il est difficile de s’en lasser

Du Pont d'Espagne.
Du Pont d'Espagne.

Bon maintenant, il ne reste plus qu’à monter jusqu’au lac de Gaube.

L’Ankou vit à Bulat. Eglise de Bulat Pestivien.

Dans les Côtes d’Armor, loin de la mer  (l’Armor) au cœur de l’Argoat (l’intérieur, les terres) se dresse la plus haute flèche costarmoricaine, celle de l’église Notre Dame de Bulat. Avant d’être l’église Notre Dame, elle a été chapelle jusqu’au début du XIX siècle (1804)

Où est Bulat – Pestivien ? Cela dépend d’où l’on vient, mais le plus simple à partir de Guingamp est d’emprunter la D787 en direction de Callac / Carhaix – Plouguer sur 17 km environ, puis la D31 (sur la gauche), on poursuit la route qui mène au village de Bulat – Pestivien.

L’église est belle, austère et imposante; en empruntant le circuit  des tailleurs de pierre, la flèche se laisse admirer dans une luxuriance verdoyante :

Bulat, église , circuit des tailleurs de pierre.
Bulat, église , circuit des tailleurs de pierre.

Sur les côtés de l’église sont gravées des figures peu orthodoxes qui rappellent que nous nous trouvons sur une terre où christianisme et paganisme s’affrontent, se côtoient et s’absorbent. La figure de l’Ankou, bouche ouverte interpelle le pauvre chaland : c’est une sculpture intéressante, la mort n’est pas déguisée en grande faucheuse, elle s’incarne en squelette en « nous » montrant : le vif (ce que nous sommes) est saisi par le mort (ce que nous serons).

Ankou de Bulat.
Ankou de Bulat.

Quand on gravit les marches, nous ne sommes pas encore en haut de la flèche qui s’érige à 66 mètres, mais on peut s’arrêter sur « le chemin de ronde », le village, sa place et les alentours s’offrent à notre regard (la poule peu habituée à voler a les ergots fébriles) :

Bulat Pestivien. La campagne vue de l'église.
Bulat Pestivien. La campagne vue de l'église.
Bulat vu de l'église.
Bulat vu de l'église.

L’église est considérée comme « un joyau de la Renaissance bretonne » ; Bulat est surtout un des ateliers à partir duquel est impulsée une architecture gothique bretonne.

Bulat, entrée latérale.
Bulat, entrée latérale.

Sous ce porche, les apôtres :

Bulat le porche de l'église.
Bulat le porche de l'église.

Ici, c’est le paradis des marcheurs solitaires, l’espace semble leur appartenir : on peut être seul et pas isolé car la campagne est accueillante (même sous une fine pluie). Le bocage et les sous – bois déplient de multiples gammes de vert :

Bulat campagne verdoyante.
Bulat campagne verdoyante.

L’eau habite les toiles arachnides : on se demande qui emprisonne qui …

Bulat, eau en araignée.
Bulat, eau en araignée.

Le site de la commune

La main de Dieu touche les Rosiens.

Je sais, je sais encore un titre fumeux. Non, mais, vous pouvez me croire, c’est (presque) du sérieux.

Permettez que je conserve une once de crédibilité :

Une île volcanique dans l’océan Indien, des volcans toujours actifs, une côte aux vents : La Réunion, me direz – vous ? J’opine du chef.

Le flanc Nord du Piton de la Fournaise, la rivière de l’Est, une forêt primaire, de la canne à sucre, des champs de vanille, et une dévastatrice coulée de lave en 1977 : Sainte – Rose, allez – vous suggérer ? Je m’incline …

sainte rose

En 1977, le Piton se réveille à nouveau, la lave qui coule atteint les 1 000 degrés, elle emporte de nombreuses maisons, une partie des infrastructures subit des dommages irréparables. La roche en fusion poursuit sa course folle jusqu’à l’église et en obstrue l’entrée jusqu’au tiers. « Miraculeusement » selon certains Sainte – Rosiens, le magma en fusion s’arrête net :

Sainte Rose, entrée de l'église.

L’église est épargnée par la lave et l’incendie. Pour y entrer, on emprunte un escalier, construit sur un court chemin déblayé de la lave, en revanche celle – ci occupe toute la façade l’église sur une hauteur d’un mètre cinquante environ.

Sainte Rose, entrée de l'église.

Pour admirer des paysages où le basalte règne en maitre, empruntez le sentier littoral, vous marcherez sur des roches volcaniques refroidies :

sentier littoral.

En y réfléchissant deux secondes, le titre de ce billet n’était pas si fumeux que ça …. Sans commentaire, je rentre au clapier.

La poule à des Elne dans le cloître

Ami du jeu de mots foireux, adepte du calembour pathétique, aficionado d’honteuses billevesées, abonné à la vanne pourrie, tu viens de trouver une accueillante auberge ; car, si tu as poussé la porte de cette taverne cela ne relève pas d’une erreur d’orientation mais d’un acte conscient et réfléchi. Comme la poule, le ridicule des titres ne t effraie pas, voire, tu aurais tendance à émettre dans le huis clos de ta conscience que le saugrenu est une bonne accroche pour choper le chaland.

Elne Chevet de la cathédrale
Elne Chevet de la cathédrale

Elne dans les Pyrénées Orientales, ce n’est pas très loin de Canet Plage ou de saint Cyprien Plage, là où il y beaucoup de monde, abrite un des plus beaux  cloîtres romans des terres catalanes. Ici on est loin des foules en tong et maillot, pour ceux qui aiment le calme et la lumière : franchir la grande façade romane. G. Duby dit qu’ « une église romane est une équation  en même temps qu’une fugue et qu’une transposition de l’ordre cosmique » (L’Europe au Moyen Age), c’est en ces lieux que l’on peut véritablement comprendre et intégralement ressentir l’expression de l’historien.

Je vous invite à vous diriger vers le cloître, baigné par une lumière auguste.

Cloître d'Elne
Cloître d'Elne

Le cloître qui servait de promenade aux chanoines forme un quadrilatère et dessert différentes salles (notamment la salle capitulaire).

Cloître d'Elne vue d'une galerie
Cloître d'Elne vue d'une galerie

Ce qui frappe ici, c’est la beauté des galeries et les décors exceptionnels des chapiteaux et les « histoires » qu’ils nous racontent.

Cloître d'Elne. Chapiteaux
Cloître d'Elne. Chapiteaux

C’est une déferlante d’animaux réels, imaginaires, domestiques, familiers, étranges : des griffons à tête  de lion, des bouquetins, des aigles, des sirènes, des paons affrontés qui sont plus courants  dans les décors orientaux :

Cloître d'Elne. Paons sur chapiteau.
Cloître d'Elne. Paons sur chapiteau.

On admire aussi de nombreuses scènes tirées de l’ancien Testament ou retraçant la vie et la passion du Christ.

Adam endormi, Dieu donne naissance à Eve.

Cloître d'Elne.Quo vadis.
Cloître d'Elne.Quo vadis.

Il s’agit peut – être d’une illustration du Quo Vadis . Mais ici une seule image raconte une histoire qui se déroule en deux temps. Pierre fuyant les persécutions ordonnées par Néron rencontre le Christ et lui demande Quo Vadis, Domine ? (Où vas-tu, maître ?). Jésus lui répond qu’il part à Rome pour être crucificié de nouveau puisque Pierre a abandonné ses fidèles au moment du danger… et il disparait en laissant dans le pavement l’empreinte de ses pieds. Pierre comprend le reproche, et honteux de sa faiblesse, il retourne à Rome. Dans un deuxième temps, Pierre emmené par des soldats est bénit par le Christ avant son martyr.

Cloître d'Elne. Descente de croix
Cloître d'Elne. Descente de croix

On peut aussi admirer une descente de croix romane, la scène traduit de manière singulière la rencontre de deux moments, la simultanéité de deux sentiments : le témoignage d’un moment fondateur qui se conjugue à la conscience aiguë de la fragilité de vie.

Je ne peux m’empêcher de me demander quelle est la pertinence de mon regard, je pense qu’il est aussi acéré qu’une boule de flipper : Que comprendre des hommes et des femmes qui ont regardé les mêmes images que nous?  Et en même temps des images différentes, car il nous manque la couleur et que quelques siècles nous séparent et enfin que nous sommes en train de vivre l’une des plus grandes révolutions depuis l’invention de imprimerie, révolutions que n’ont pas traversées les artisans des édifices romans.

Michel Pastoureau explique qu’à l’époque romane la vérité se situe toujours hors de la réalité, à un niveau qui lui est supérieur (Figures romanes), avec une invitation de cette nature, je me dit alors qu’une poule du XXI siècle peut aussi voyager dans le temps.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :