Meneham. La côte des Légendes.

Meneham
Meneham. La Côte des Légendes.

La côte des Légendes … Quelles légendes sont ici évoquées ? Peut – être celles des naufrageurs, car ici le littoral est dangereux, la vie a été rude, sauvage ; c’est l’espace d’un quotidien râpeux et âpre où le vent a fini par tailler les visages à la serpe.

Et les naufrages. La côte des écueils, des récifs, des courants marins et des tempêtes plante la toile de fond des innombrables naufrages ;  laissons de côté les avaries techniques, les erreurs humaines et les difficultés de navigation et regardons la mer engloutir les navires quand le brouillard est à couper au couteau cette nuit de 21 novembre 1930 : un cargo baptisé « La Brière » long de 80 mètres a chargé du sucre, du cuivre, du bois et des vélos part de Rouen et doit rejoindre l’Algérie. Le bateau s’est cassé en deux sur les rochers, c’est aussi le dernier bateau pillé par les naufrageurs pagans.

Meneham est situé dans le pays Pagan, au départ c’est seulement un corps de garde : les militaires surveillent le large dans une construction qu’embrassent deux rochers posés sur une herbe rase :

Meneham. Le corps de garde.
Meneham. Le corps de garde.

Le corps de garde est entièrement construit en pierre, son but : guetter les bateaux à la dérive, défendre la côte. C’est une sorte de maison d’écho qui informe en permanence de la vie qui se déroule sur les flots.

Puis, ce corps de garde s’est peu à peu étendu et l’espace environnant  est devenu est « lieu » occupé par des paysans – pêcheurs – goémoniers. Les fours à goémons sont aussi nombreux de l’autre côté de la Bretagne, dans le Finistère sud chez les Bigoudens.

Meneham. Un four à goémons.
Meneham. Un four à goémons.

Meneham est maintenant un village reconstitué, je ne sais pas s’il est fidèle à une réalité ou si la reconstitution nous invite artificiellement à revisiter un passé idéal : dans certains maisons de pécheurs, on peut entendre une voix surgir des enceintes placées sur les murs nous racontant la vie quotidienne d’antan et avec l’accent en plus (c’est un peu chiant, voire ridicule)

Mais voici quelques vues du « village »

Meneham. Village reconstitué.
Meneham. Village reconstitué.
Meneham. Le village reconstitué.
Meneham. Le village reconstitué.

A lire : AMZER, le journal culturel du pays des Abers, c’est fourni, riche, utile et en plus gratuit …

Meneham. Village reconstitué.
Meneham. Village reconstitué.

C’est un endroit curieux, insolite, pas vraiment authentique (mais que veut dire « authentique » par les temps qui courent ?) pas plus artificiel pour autant. C’est un lieu reconstitué que je ne comprends pas vraiment.

Ariel Sharon sur un lit … de mort ??

Noam Braslavsky est un artiste israélien, il vient de produire une œuvre pour le moins énigmatique, interrogative.

A partir du 21 octobre, cette oeuvre sera exposée  à Tel Aviv, elle met en scène une installation représentant Ariel Sharon sur son lit d’hôpital. Ariel Sharon victime d’une crise cardiaque en 2006 est plongé depuis cette date dans un coma artificiel. Voici une vue fixe de l’installation.

En observant cette « image », ce sont les productions d’un autre artiste qui me sont venues en tête : celle de Duane Hanson et de ses sculptures hyperréalistes.

Mais ici, avec N. Braslavsky l’installation va plus loin que le travail de Duane Hanson, puisque Ariel Sharon qui n’est pas là est représenté vivant dans ses plus simples fonctions : il respire, ses yeux sont ouverts.

Sur le site de la BBC on peut lire un article et voir une vidéo donnant la parole à l’artiste

L’artiste parle de son installation en expliquant que cet homme n’est pas simplement un individu. Il a eu une énorme influence sur la vie de quiconque habite dans ce pays. Présenter ce leader politique dans cette situation peut déclencher tout un spectre de réactions émotionnelles renvoyant à ce que signifie le fait d’être israélien.

Je ne peux m’empêcher de songer que l’art ,opération de véridiction , dit notre monde et nous interroge sur qui nous sommes

La poule picore à La Réunion.

Evidemment, la poule n’affiche pas le menu complet de la gastronomie réunionnaise, elle en serait bien incapable, vous trouverez ici quelques adresses ou souvenirs gustatifs d’un voyage effectué  l’automne dernier..

Afin de mieux trouver son auberge, voici une table d’orientation des plus utiles :

Et quelques cartes des meilleurs restaurants.

La Réunion, adresses et cartes.
La Réunion, adresses et cartes.

On pourrait commencer par une vraie découverte, le bichique avec un arrêt au restaurant « Le Beau Vallon »

Bichiques dans son plat.
Bichiques dans son plat.

Les bichiques sont des alevins de poissons d’eau douce qui naissent en mer, les bichiques doivent se regrouper pour entamer leur remontée vers l’eau douce.

Le bichique est un précieux met de la cuisine réunionnaise, on le trouve surtout sur la côte Est. Pour le déguster, je vous invite à vous rendre à la frontière de Bras – Panon et de Saint Benoît sur les berges de la rivière des Roches, un haut lieu de la pêche artisanale. Certains pêcheurs possèdent un canal à bichique, il est  couramment délimité par des sacs de sable et des galets. La largeur est fixée à 3.50 m mais la longueur est variable. Les fortes pluies exigent un entretien constant du canal.

Canal à bichique.
Canal à bichique.

C’est dans ces goulets, que les pêcheurs prennent les bichiques. L’important est de savoir que ce sont des alevins de poissons d’eau douce qui naissent en pleine mer, ils se regroupent (au moment des nouvelles lunes) et remontent vers l’eau douce ; là les attendent les vouves : les nasses en forme de cône qui piègent le poisson. Les nasses sont (quelques fois) en fibres végétales constituées de vacoa tressé.

Vous poursuivez votre route vers le sud jusqu’à Saint Philippe, vous prenez la direction du Baril les hauts et arrêtez vous au Pinpin d’Amour chez Marie Claude. L’accueil est chaleureux, les maîtres des lieux sont au petit soin pour leur hôtes : votre soirée s’ouvrira par la dégustation d’un divin rhum arrangé et on vous racontera l’histoire du pinpin. La table et chambres d’hôtes le Pinpin d’Amour a une histoire a racontée. Elle propose aux visiteurs de déguster un bien étrange fruit : le pinpin. Pour ceux qui se promènent le long des côtes déchiquetées de Saint-Philippe, il est impossible de ne pas voir ces boules qui pendent des arbres. Le pinpin est en effet le fruit des vacoas (pandanus utilis borry), dont les silhouettes squelettiques, accrochées au sol de lave noire, semblent défier les embruns de l’océan. « Nous ne pouvons pas planter de carottes ici, ni de navet, dit Louis Damour à ses invités, il y a à peine 10 cm de terre sur la roche volcanique. » Soucieux de préserver l’environnement naturel de Saint-Philippe et d’utiliser ses trésors tout en maintenant une harmonie , Louis Damour se bat depuis 1987 pour que le pinpin et le vacoa trouve leur place dans l’agriculture de sa commune et dans la gastronomie réunionnaise (pinpindamour.com).

Arbre à pinpin.
Arbre à pinpin.

Le menu différent tous les soirs surprendra vos papilles et vos narines. Voici quelques exemples : du pinpin au thon, suivi d’un curry d’agneau qu’accompagne un lard boucanier, un fromage blanc, beignets de songe et une confiture au pinpin pour clore le dîner.Vous pouvez aussi débuter par une salade de palmiste et son pinpin, puis se régaler d’un morceau de cerf et/ou de poisson, de crevettes baba figue et terminer par une glace à la vanille.

A Bourg Murat ; sur la route des volcans, dans le Restaurant le Panoramic vous pouvez manger de délicieuses crevettes au chouchou.

Poursuivant la route vers le littoral touristique de La Réunion : Saint Gilles les Bains (c’est un peu bronze cul, beaucoup de monde et quelques fois des prix qui flambent)

Preuve par l’image :

Saint Gilles
Saint Gilles

L’hôtelière du Saint Michel ne vous réservera peut – être un accueil des plus chaleureux, cela peut même devenir ambiance banquise, mais c’est pourtant ici que le chef vous préparera les meilleurs makis de toute La Réunion, de plus, vous dinerez au bord de la piscine dans un endroit superbe.

Si vous voulez plus typique, je vous conseille de vous rendre au DCP (j’ai oublié la signification de l’acronyme) et demander à déguster de légine.

Si vous voulez vous offrir un petit plaisir, retenez un lieu : Boucan – Canot ; offrez à votre palais un tartare d’espadon et sa crème d’asperges, et commandez (à nouveau) de légine.

Il est maintenant temps de boucler le tour et de revenir à Saint Denis, là vous pouvez vous rendre chez Piat. Je n’ai pas grand-chose à dire : c’est comme un restaurant métropolitain de bonne tenue (pas gastronomique comme l’affirme la carte du lieu), mais en beaucoup plus cher…

Par contre, une adresse d’hôtel à connaitre, à retenir  Le Juliette Dodu . Vous apprendrez qui était la Dodu, vous passerez une nuit dans un endroit de rêve et vous dégusterez une magnifique petit – déjeuner :

Le Juliette Dodu. Saint Denis de la Réunion.
Le Juliette Dodu. Saint Denis de la Réunion.

S’il vous reste un temps de temps, partez flâner vers les marchés dionysiens : le grand et le petit marchés, on y trouve de la vanille (quand on s’est cassé le nez sur la porte de la coop vanille à Bras – Panon) et on se laisse embarquer par ce lieu insolite (pour une face de navet comme moi, bien entendu)

Marché de Saint Denis de la Réunion.
Marché de Saint Denis de la Réunion.
Marché de saint Denis.
Marché de saint Denis.

J’ai acheté un truc bizarre, des espèces de boules blanches vendues par une charmante dame : cette dernière m’a fait l’article de manière étonnante, ces boules blanches peuvent s’acheter par paire (la boule seule est peu efficace! ), il s’agit d’une terre blanche magique de Maurice (et moi je l’ai crue) qui peut laver le linge, mais fait aussi office d’aspirine, peut (forcément) rendre fertile ou féconde. La dame m’a dit : « ça soigne tout! Même ton slip », cet arguent massue a vaincu ma résistance.

Etre oreille, novice, avoir une allure qui invite à l’arnaque, se faire mener en bateau et en éprouver un certain contentement : c’est le luxe de l’imbécile heureux.

Mots-clefs : Cuisine Restaurants Gastronomie, La Réunion

Henri III et ses mignons. Stratégie de cour.

Henri III règne sur le bon royaume de France de 1574-1589, c’est un règne relativement long. Ce roi est le troisième fils d’Henri II et de Catherine de Médicis. Il monte sur le trône après la mort de ses deux ainés : François II et Charles IX.

 

 

Étienne Dumonstier, "Henri III, roi de France et de Pologne" 1578.
Étienne Dumonstier, « Henri III, roi de France et de Pologne » 1578.

Henri est  roi de France et de Pologne ; de Pologne me direz-vous ? Et oui car en 1573, le roi de Pologne Sigismond-Auguste II meurt. Le trône de Pologne est  électif et Catherine cherche à y caser son fils chéri. La diète polonaise qui ne voulait ni du russe Ivan le Terrible, ni d’un archiduc autrichien accepte le candidat français.

Henri III traverse et symbolise une époque troublée : celles des guerres de religion. Mais ce qui nous intéresse ici c’est le rôle joué par les favoris à la cour. Bien qu’on est beaucoup glosé, gloussé et ricaner des mignons d’Henri, il est important de comprendre que les favoris jouent un rôle social et politique : en réalité, ils représentaient les ornements de la majesté, sinon de véritables signes de puissance.

Henri III élabore un système politique fondé sur la restriction de l’accès à la personne du monarque et aux ressources de l’État ; il faut y lire la  volonté d’instaurer une distance entre sa personne et l’ensemble de ses sujets afin de court-circuiter l’autorité des grands lignages jusque là associés à l’exercice du pouvoir. La cour devient un instrument d’exaltation de la majesté royale qui s’impose face à tous les autres centres de pouvoir et de civilité du royaume, notamment les cours des rois de Navarre ou des princes lorrains.

 

 

Duc d’Epernon.

 

Jacques de Lévis, comte de Caylus.
Jacques de Lévis, comte de Caylus.

Sous Henri III, l’effectif de la maison du roi dépasse un millier de personnes, c’est l’époque où la cour s’installe définitivement à Paris.

En 1585, dans la partie publique des logis du roi, celui-ci ajoute deux antichambres en suivant le modèle anglais: chambre d’Etat et chambre d’audience.

Le développement des fêtes de cour participent à la politique royale de pacification des mœurs et des rivalités dynastiques, les festivités pour le mariage d’Anne de Joyeuse avec la demi-sœur de la reine Louise, Marguerite de Lorraine – Vaudémont (1581 )sont l’occasion d’une véritable mise en scène de la politique royale.

 

 

Anne de Joyeuse.
Anne de Joyeuse.

L’ascension politique et sociale de ces personnages participe d’une stratégie royale d’intégration politique, fondée à la fois sur l’exaltation de la souveraineté à travers l’exercice de la grâce et sur l’association directe de la noblesse au pouvoir central.

Les favoris sont utilisés comme un instrument : la rivalité d’Henri III et de son frère pour le contrôle de la cour explique le processus de factionnalisation de leurs entourages respectifs..

Les favoris sont l’exemple d’une sorte de « noblesse de service » dévouée au souverain; la position des favoris se distingue par le cumul de charges et non par la création de titres spécifiques.

En déplaçant les mécontentements sur les figures des mignons, Henri III parvient à détourner pendant quelques années les accusations de tyrannie qui agitaient le débat politique dans les années 1573 – 1576 et à préserver sa légitimité jusqu’au milieu des années 1580.

Mais accuser le roi de tyrannie, ceci est une autre histoire.

Voir l’exposition « fêtes et crimes … à la cour d’Henri III« .

Arrête de prendre la mouche. Histoire de la mouche peinte. (Première partie).

En 1646, Simon Luttichuys peint une Allégorie de la Vanité
En 1646, Simon Luttichuys peint une Allégorie de la Vanité

En 1646, Simon Luttichuys peint une Allégorie de la Vanité ; à droite, il insère une palette et quelques esquisses pour suggérer que ce coin d’atelier est celui de l’auteur, il place aussi le portrait de Van Dyck afin de dire son attachement au maître.

Cette toile est remarquable à plus d’un titre : la sphère métallique porte l’autoportrait du peintre – cela signe sa virtuosité  . Pour nous signifier qu’il a conscience de cette virtuosité, il va placer une minuscule mais très érudite marque de son talent : une mouche. Le petit insecte est le  symbole de la vanitas et l’évocation de la légende de musca depict: Pline raconte la façon dont Apelle a remporté la compétition contre Parrhasios. Le premier copie fidèlement la nature morte aux fruits et ajoute une mouche peinte avec tant de naturel que Parrhasios croit devoir la chasser d’un revers de main et admettre ainsi la supériorité de son rival.

Pline n’est pas le seul à évoquer la mouche, Vasari dans «Les Vies des meilleurs peintres, sculpteur et architectes rapporte une anecdote relative à Giotto : « Giotto dans sa jeunesse, peignit un jour de manière si frappante une mouche sur le nez d’une figure commencée par Cimabue que ce maître, en se remettant au travail, essaya plusieurs fois de la chasser avec la main avant de s’apercevoir de sa méprise » . Ici le détail condense le progrès de la peinture : cette mouche est l’emblème de la maitrise nouvelle des moyens de la représentation mimétique, comme si la conquête de la vérité en peinture était passée par cette de son détail ressemblant  (D. Arasse, Le Détail, p 120)

La mouche est comme un détail et un symbole de la capacité du peintre à tromper les yeux en faisant venir un détail de l’image vers le spectateur comme s’il sortait du tableau.  Giotto n’a jamais peint  de mouche,  ce n’est pas une pratique de son temps. La mouche devient un motif pictural qui rencontre le succès entre la moitie du Quattrocento et le début du XVIème siècle. Les exemples sont nombreux : elle peut être peinte sur le rebord de l’image, elle peut être intégrée dans la composition ou elle peut aussi être posée à même la surface du tableau.

Il est difficile de clore la liste des mouches, le motif n’est pas d’origine florentine même si Vasari me prétend. Il provient plus vraisemblablement  du Nord, des Flandres, de l’Allemagne ou de l’Italie du Nord.

Giovanni Santi, Le Christ de Pitié, 1480.
Giovanni Santi, Le Christ de Pitié, 1480.

 

Quel est le sens de cette mouche peinte sur la poitrine du Christ de Pitié ? Le savoir-faire du peintre n’est pas ici seul en jeu ? Il ne s’agit pas ici d’une démonstration du talent d’un « iconoclaste ironique ». La signication du motif réside ailleurs.

Carlo Crivelli, Sainte Catherine d'Alexandrie, vers 1491-1494, Londres.
Carlo Crivelli, Sainte Catherine d'Alexandrie, vers 1491-1494, Londres.

La mouche disproportionnée placée à gauche de Sainte Catherine d’Alexandrie peut suggérer la coexistence d’un double système de représentation désignant l’artifice d’ensemble du panneau.

La mouche que Crivelli a posée sur le parapet de la Vierge à l’œillet est intégrée à la perspective ; Jésus la regarde d’un air hostile et comme effrayé, il protège en serrant contre sa poitrine un chardonnet.

Carlo Crivelli, La Vierge à l’Enfant, vers 1480.
Carlo Crivelli, La Vierge à l’Enfant, vers 1480.

E. Panofsky a montré que la mouche apparait dans un contexte religieux : l’insecte est placé sur le crâne d’une Crucifixion peinte par M. di Giovanni.

On retrouvera le motif à plusieurs reprises. (Chez Baldung Grien, Joos Van Cleve, Guerchin, Dürer …).

La mouche a valeur morale en peinture ; elle peut être intégrée à la représentation ou feinte posée sur le tableau. Quand sa présence semble relever de l’incongruité, on peut suggérer qu’elle est là pour susciter une surprise et rappelle la nature de l’image que l’on observe : par exemple, elle rappelle chez Giovanni Santi, sous la forme d’une souillure ineffaçable sur le corps du Christ, la scandale des plaies portées par les hommes sur ce même corps. Dans une peinture de l’école de Ferrare, La Vierge à l’Enfant vers 1480, l’anonyme auteur a placé une mouche en bas à gauche du tableau, sur une toile déchirée à travers laquelle on voit la Vierge à l’Enfant. La mouche rappelle alors la mort future du Christ et la place qu’elle occupe contribue à opposer le monde de la représentation sacrée et celui du spectateur.

Anonyme de l’école de Ferrare, La Vierge à l’Enfant, 1480, Edimbourg.
Anonyme de l’école de Ferrare, La Vierge à l’Enfant, 1480, Edimbourg.

 

Il est quelques fois difficile de proposer une explication à la présence de l’insecte. Prenons par exemple le Portrait de Chartreux peint par Petrus Christus en 1446.

Petrus Christus, Portrait de Chartreux, 1446.
Petrus Christus, Portrait de Chartreux, 1446.

 

Il est impossible d’échapper à la présence de la mouche et par là elle constitue non pas un détail mais un élément important du tableau.

Daniel Arasse propose l’interprétation suivante : dans cette œuvre, trois instances travaillent conjointement. La mouche joue le rôle de memento mori, la mouche est un animal néfaste se nourrissant sur les cadavres. Ensuite, il faut se pencher sur l’identité du modèle, il s’agit de Denys le Chartreux, la mouche peut alors faire office de rappel : Denys dans son De venustate mundi décrit la beauté du monde comme une hiérarchie des beautés dont le degré le plus humble est représenté par les insectes. La mouche comme témoin de la beauté du monde. En observant l’espace occupé par la mouche, celle-ci peut être perçue comme un redoublement figuré de la signature du peintre. La mouche est placée exactement entre son nom et son prénom, c’est le signe des préoccupations artistiques de l’artiste intéressé par les problèmes de la perspective géométrique. C’est le premier des Flamands à découvrir le principe de la zone de fuite unique pour la construction perspective, un principe qui applique dès 1450. La mouche a alors valeur de signature à la fois artistique et théorique.

Donc, en résumant, la mouche fait fonction de momento mori, est une référence au sujet peint et à sa production intellectuelle, et aux recherches artistiques de l’artiste … tout ça contenu dans quelques millimètres carrés.

La mouche est ainsi un instrument polysémique, peut-on en dire autant pour la mouche du Vielleur de Georges de La Tour ?

G. de La Tour, Le Vielleur, vers 1631-1636, Nantes.
G. de La Tour, Le Vielleur, vers 1631-1636, Nantes.

 

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse chez Prud’hon.

En 1808, au temps de la gloire du Premier Empire, Pierre Paul Prud’hon peint l’enlèvement de Psyché, dans Le Musée classique du Bazar Bonne-Nouvelle, voici ce qu’on peut y lire :

Voici venir l’aimable Prud’hon, que quelques-uns osent déjà préférer à Corrège ; Prud’hon, cet étonnant mélange, Prud’hon, ce poète et ce peintre, qui, devant les David, rêvait la couleur ! Ce dessin gras, invisible et sournois, qui serpente sous la couleur, est, surtout si l’on considère l’époque, un légitime sujet d’étonnement.

Baudelaire consacre un poème à Psyché dans Spleen et Idéal, je vous le mets aux grains comme une poule gourmande.

 

 

P.-P. Prud'hon, L'enlèvement de Psyché. Salon des artistes français, Paris, 1808. Louvre.
P.-P. Prud'hon, L'enlèvement de Psyché. Salon des artistes français, Paris, 1808. Louvre.

 

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;

Ainsi qu’une beauté, sur de nombreux coussins,

Qui d’une main distraite et légère caresse

Avant de s’endormir le contour de ses seins,

 

Sur le dos satiné cde molles avalanches,

Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,

Et promène ses yeux sur les visions blanches

Qui montent dans l’azur comme des floraisons.

 

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,

Elle laisse filer une larme furtive,

Un poète pieux, ennemi du sommeil,

 

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,

Aux reflets irisés comme un fragment d’opale,

Et la mer dans son cœur loin des yeux du soleil.

 

Use toi sur le plancher. Caillebotte (1848 – 1894)

C’est une œuvre de jeunesse de Gustave Caillebotte (1848-1894) qu’il réalise et expose en 1876.

G. Caillebotte. Les raboteurs de parquet. 1875, Musée d'Orsa

Trois ouvriers travaillent dans un vaste appartement bourgeois, peut – être situé dans la plaine Monceau. Ils travaillent à genoux, le torse nu et rabotent à la force des bras le parquet de cette pièce à vivre.

Caillebotte détail fenêtre.
Caillebotte détail fenêtre.

Des rognures jonchent le parquet sur lequel se reflète la lumière d’un jour automnal; en s’approchant de la fenêtre, dans la perspective du chambranle de la fenêtre s’ouvre un ciel gris qui nous laissent apercevoir l’angle d’un toit à gauche et l’ébauche de quelles toitures à droite.

Les ouvriers travaillent à un étage noble de cet immeuble haussmannien pour ce n’est ni le second ni le quatrième car on ne devine pas le fameux balcon filant. Ainsi le lieu devient étrange. Le parquet mâtiné, tantôt mat, tantôt brillant évoluent au rythme des coups de rabots des ouvriers : il reflète une lumière indirecte qui donne à la pièce une atmosphère surannée.

Et pourtant quand on voit ces hommes jeunes à la musculature sculptée par un travail pénible et très tôt commencé, l’atmosphère de la pièce se transforme : lieu s’emplit d’une odeur musquée, de corps en sueur, les mains sont calleuses, les genoux se fatigueront. Le travail est difficile, il met les corps à l’épreuve, les vêtements des hommes sont posés au fond de la pièce à droite.

Caillebotte détail bouteille.

Ils vont se désaltérer : sur la base en pierre de la cheminée, attend une bouteille de vin et un verre. Peut s’agit-il des raisins de Montmartre … Ils pourront finir leur soirée au lapin agile….

Combien sont-ils ces nouveaux prolétaires,  à travailler dans ce Paris labouré par le projet haussmannien ? D’où viennent ces ouvriers qui construisent les immeubles ? Où vivent-ils ? Mais ceci est une autre histoire … à venir.

Pour en savoir plus :  Analyse.

Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge. Delacroix – Baudelaire.

La guerre d’indépendance de la Grèce débute en 1821, c’est ce qu’on appelle communément un conflit romantique car cette guerre a mobilisé les passions d’une jeunesse dite perdue où Lord Byron (ce n’est le seul) fait figure de héros.

Delacroix. Les massacres de Scio, 1824, Louvre.
Delacroix. Les massacres de Scio, 1824, Louvre.

Ce tableau Scène des massacres de Scio, familles grecques attendant la mort ou l’esclavage est exposé au Salon de 1824. A la fin du Salon, c’est l’Etat qui acquiert l’œuvre. Baudelaire marque la toile de ce poème :

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,

Ombragé par un bois de sapin toujours vert,

Où , sous un ciel chagrin, des fanfares étranges

Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,

Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,

Sont un écho redit par mille labyrinthes ;

C’est pour les cœurs mortels un divin opium !

C’est un cri répété par mille sentinelles,

Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;

C’est un phare allumé par mille citadelles,

Un appel de chausseurs perdus dans les grands bois !

Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage

Que nous puissions donner de notre dignité

Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge

Et vient mourir au bord de votre éternité !

Baudelaire et Delacroix ce n’est pas la dernière fois que leurs chemins se croisent.

Un blog qui lie peinture et poésie : Mabulle.com.

Les animaux au Moyen-Age (quatrième partie). Sacré Lion tête de c…

Le lion.

Eglise romane Saint-Jean-Baptiste ; commune de Grandson, canton de Vaud, Suisse
Eglise romane Saint-Jean-Baptiste ; commune de Grandson, canton de Vaud, Suisse. Source

On pourrait introduire le propos par cette formule lapidaire : le lion est partout ! Cela est un raccourci mais nullement une erreur d’appréciation : le lion véritable est présent en Occident, et surtout  les hommes et les femmes peuvent voir des lions peints, sculptés, modelés, tissés…quotidiennement

Une origine à trois voix.

Pour comprendre sa place dans le Moyen Age occidental, il faut avoir en tête que ce fauve porte la synthèse de trois ensembles culturels dont le Moyen Age est l’héritier.

Tout d’abord, l’héritage biblique. Le lion est un animal ambivalent : il peut être dangereux, cruel, brutal, rusé, impie, il incarne les forces de mal. C’est certainement ce que pense le Daniel du Rubens.

Daniel dans la fosse aux lions – Rubens, 1975, Washington, National Gallery of Art
Daniel dans la fosse aux lions – Rubens, 1975, Washington, National Gallery of Art

C’est une créature redoutable. Le Nouveau Testament fait du lion une figure du Diable. Mais, il existe aussi un bon lion, celui qui met sa force au service du bien commun, son rugissement exprime la parole de Dieu, c’est le plus courageux des animaux, à ce titre il est associé à David et à Salomon.

Trône de Salomon avec lions. Psautier cistercien dit de Bonmont.Rhin supérieur, vers 1260 Besançon, Bibliothèque municipale, ms. 54, fol. 9
Trône de Salomon avec lions. Psautier cistercien dit de Bonmont.Rhin supérieur, vers 1260 Besançon, Bibliothèque municipale, ms. 54, fol. 9

Le lion est aussi à replacer dans l’héritage des auteurs grecs et latins. Ils le connaissent bien, ils  sont même bavards, mais aucun d’entre eux ne le coiffe de la couronne du « roi des animaux », l’éléphant est préféré à cette place (comme chez Pline). Isidore de Séville dans son Histoire naturelle, commence son livre VIII sur les quadrupèdes par disserter sur le lion, il le qualifie de rex bestiarum, c’est-à-dire premier parmi les bêtes fauves mais le félin n’est pas encore roi des animaux.

Enfin, qu’en est-il chez les « barbares » germains et celtiques ? La mythologie celtique est imperméable aux traditions méditerranéennes et orientales. Le lion est absent jusqu’à la christianisation. L’ours est ici l’incontestable souverain. Chez les Germains, le lion circule discrètement, on repère sa trace chez les Varègues par exemple. Ce n’est probablement par un hasard, puisqu’ils ont tissé des liens commerciaux et culturels avec des sociétés d’Asie et du Moyen Orient.

Des lions, en veux-tu en voilà !

A  l’état sauvage, le lion a disparu d’Europe occidental depuis bien longtemps au Moyen-Age, même à l’époque romaine, on les fait venir d’Afrique du Nord ou d’Asie Mineure pour les jeux du cirque. Toutefois, le lion de chair et de poils est présent : tout d’abord parce qu’il y a les montreurs d’animaux qui se déplacent de foires en foires, ensuite parce que le fauve occupe une place de choix dans les ménageries médiévales. Il s’apparente alors un signe de pouvoir, puisque toute ménagerie est un « trésor ».

Le lion le plus fréquent est surtout le lion peint, brodé, sculpté : les images des lions sont nombreuses dans les églises, ils grimpent aux chapiteaux, mais on les trouve aussi sur les tympans, sous les porches, sur les murs. Qu’il soit entier ou hybride, ce félidé envahit l’espace religieux.Pour admirer de nombreux chapiteaux romans mettant en scène le lion, consultez le diaporama à l’adresse suivante : http://www.flickr.com/search/show/?q=chapiteaux+romans+lion

Cette abondance se retrouve aussi dans les manuscrits enluminés

Hercule et le lion de Némée Guillaume de Machaut, Confort d’ami. Reims, vers 1372-1377 Paris, BNF, département des Manuscrits, Français 1584, fol. 136

Le lion est l’animal le plus souvent mis en scène.

 

Pour admirer des nombreuses représentations, allez faire un tour sur le site de la BNF qui a consacré une exposition virtuelle très riche et accessible à tous au bestiaire médiéval : Le Bestiaire médiéval.

Cette présence léonine est aussi remarquable dans le mondes des emblèmes et des codes sociaux : de nombreux noms de baptêmes sont élaborés à partir de la racine Leo, des noms de famille intègre le mot lion (par exemple : Lionnard, Löwenstein, Leonelle). Les surnoms, les héros littéraires empruntent aussi beaucoup au lion.

Le lion est aussi la figure la plus fréquente dans les armoiries médiévale : 15% d’entre elles en sont chargées, pour donner une idée de cette part de roi, le rival du lion, l’aigle n’est que dans 3% du bestiaire héraldique. Cette domination sans partage doit être nuancée : dans les régions alpines les lions sont moins nombreux qu’en Flandre et dans l’ensemble des Pays Bas, de plus l’indice de fréquence est partout en régression partout entre le XIII et le XVI, pour M. Pastoureau cela s’explique par un répertoire des figures héraldiques beaucoup plus fourni qu’auparavant (M. Pastoureau : Une Histoire symbolique du Moyen Age occident, 2003, p 5 sq). et non par la disparition de cet animal.

Armes Wurtemberg/Bavière-Palatinat. Ibn Butlân, Tacuinum Sanitatis. Allemagne, Rhénanie, XVe siècle .Paris, BNF, département des Manuscrits, Latin 9333

Quand je serais grand je serais roi quitte à écraser la gueule des autres.

On sait maintenant l’ambivalence de la figure léonine dans le monde biblique, or la valorisation du lion est à l’œuvre dès la fin de l’époque carolingienne.

Les bestiaires latins dérivés du Physiologus ont joué ici une grande influence (si ça vous intéresse reportez vous à la première partie de cette série consacrée aux animaux au Moyen Age), le lion s’impose comme « le roi des bêtes fauves ». C’est avec les grandes encyclopédies du XIII que le lion reçoit le titre de rex animalium. Tous les auteurs (Vincent de Beauvais, Barthélemy l’Anglai, Thomas de Cantimpré) soulignent sa force, sa largesse, sa magnanimité. Dans le Roman de Renart le roi Noble jouit de ces qualités : le lion est définitivement le roi des animaux.

Comment s’arranger avec la part du lion, puisque nous savons que c’est un animal ambivalent ?

C’est au tournant des XI-XII siècles que se dessine une solution : le mauvais lion va devenir un animal à part entière, il va porter un nom qui lui est propre, c’est que que M. Pastoureau nomme un animal « soupape ». Et le gagnant est ………… le léopard, bien sûr !! Un léopard imaginaire : il possède les attributs physiques du lion (sauf la crinière) mais ne symbolise que la mauvaise part du lion. C’est un lion déchu, un demi-lion.

il faut bien que je puisse justifier un titre aussi pourri ….. donc, pour poser son arrière train sur le trône, il va bien falloir que le lion dégage son rival, celui qui lui fait le plus d’ombres, c’est le souverain incontesté jusqu’au XIIème siècle : l’ours. Le lion bénéficie d’un allié de choix dans sa course au pouvoir, son bras armé c’est l’Eglise. Pour détrôner l’ours celle-ci recourt à trois procédés. Tout d’abord, l’ours est diabolisé, parangon des vices telles que la brutalité, la goinfrerie, la lubricité, la paresse, la colère ….

Ensuite, l’Eglise s’emploie à domestiquer le plantigrade. Les vies de saint entrent en scène : de nombreux saints viennent à bout de l’animal, le soumettent. Les exemples sont nombreux, retenons ceux des saints Amand et Colomban. Le premier oblige un ours qui avait dévoré sa mule à lui porter ses bagages. Le second force un ours à lui laisser une place dans sa caverne afin d’échapper aux rigueurs du climat.

Enfin, l’ours est ridiculisé, la tendance s’alourdit après l’an Mil. Le passe temps favori est de se payer sa tête. L’église autorise pour l’ours ce qu’elle interdit ou décommande fortement pour les autres : l’ours est montré muselé, enchaîné il est le compagnon des bouffons, des jongleurs, acrobates et saltimbanques de tout registre. L’ancien animal royal, redouté et admiré devient le pote du bateleur, c’est une bête de foire, un animal de cirque qui amuse  le public et dont on rit.


Cette abdication à régner sur le monde animal provoque l’exclusion de l’ours des ménageries royales et princières : le plouc n’y a plus sa place. Cette irrémédiable perte de prestige se lit aussi dans le Roman de Renart : l’ours, Brun, n’est plus le roi, il n’est qu’un baron, de surcroit lent et lourd et est l’objet des plaisanteries de Goupil. Un seul roi : Noble, le lion.

Mots-clefs : Arts, Histoire, Moyen Age

Les animaux au Moyen-Age (troisième partie). Les procès d’animaux (suite et fin).

Qui est la victime humaine de cet homicide porcin ??

A force de balancer des articles dans tous les sens et en ayant la prétention de faire style, je me dois de vous rappeler brièvement qu’au début de l’année 1386, dans un charmant bailli normand nommé Falaise, le vicomte a fait arrêter, juger et condamner une pauvre truie, le porcin a subi tous les délicieux sévices réservés aux criminels de tous poils (ami friand de détails : reporte toi à l’article précédent sur les procès d’animaux).

La victime est un bébé de 3 mois, les archives nous livrent son nom Jean le Maux et la profession de son père, maçon. La truie a dévoré son bras et une partie du visage, l’animal n’a pas fini de bouffer la tête du poupon, mais les blessures furent « tel qu’il mourust ». Le procès dura neuf jour, la bête eut même un deffendeur, mais il ne put sauver sa cliente d’une exécution acquise d’avance. La truie apprend la sentence au fond de sa geôle (comme un humain), mais elle ne reçut aucun prêtre pour une ultime confession. Le vicomte Regnaud Rigault impose à l’exécution de l’animal la présence de plusieurs protagonistes : la propriétaire de la truie « pour lui faire honte » et celle du père de l’enfant « pour punition de n’avoir pas veillé sur son enfant ».

Mais pourquoi autant de haine pour le cochon ?

Dans ce « bestiaire judiciaire », neuf fois sur dix c’est le porc qui occupe la vedette. Michel Pastoureau avance plusieurs explications.

Tout d’abord ce qu’il appelle « la loi du nombre » : c’est le mammifère le plus abondant en Europe et surtout c’est un animal gyrovague, notre ami le cochon est un vrai vagabond. On le trouve dans les villes où il remplit souvent l’office d’éboueur : « la divagation des porcs fait partie de la vie quotidienne ».

Ensuite, la présence du porc au tribunal s’explique par sa parenté avec l’homme (par exemple, dès l’Antiquité et jusqu’au XVI, on étudie l’anatomie du corps humain à partir de la dissection du porc). La médecine moderne confirme d’ailleurs cette parenté dans l’utilisation de tissus ou d’organes porcins pour effectuer des greffes, des pansements, voire des expérimentations.

Et si cette parenté anatomique s’accompagnait d’une parenté d’une autre nature : le porc est – il comme l’homme responsable de ses actes ?

Les juristes et les théologiens se sont emparés de cette épineuse question. Pour les premiers, il faut punir les animaux coupables d’homicide ou d’infanticide, c’est pour eux une occasion de montrer que la justice est exemplaire car elle concerne tout le monde. Pour M. Pastoureau les procès faits aux animaux constituent de véritables exempla ritualisés : ils mettent en scène l’exercice parfait de la « bonne justice ».

Du côté des théologiens le son de cloche est quelque peut différents, un certain nombre affirment que l’animal comme tous les êtres vivants possèdent une âme. Cette âme est à la fois végétative (c’est-à-dire dotée du principe de nutrition, de croissance, de reproduction), sensitive (avoir des sensations). Certains animaux (parmi les plus « évolués ») ont une âme en partie intellective comme celle de l’homme. Reste maintenant à savoir si les animaux possèdent comme les hommes un principe pensant et un principe spirituel ; pour Thomas d’Aquin ces deux qualités sont intrinsèquement humaines, l’animal en est exclu. Le docteur de l’Eglise est opposé au procès d’animaux car pour lui, la bête ne peut pas distinguer le bien du mal.

Thomas d’Aquin.

Albert le Grand dit que l’animal est capable de déduction mais que les signes restent toujours des signaux et pour l’animal ceux-ci ne deviennent jamais des symboles : il y a là une frontière infranchissable entre l’homme et l’animal.

Albert le Grand.
Albert le Grand.