Les animaux au Moyen-Age (troisième partie). Les procès d’animaux (suite et fin).

Qui est la victime humaine de cet homicide porcin ??

A force de balancer des articles dans tous les sens et en ayant la prétention de faire style, je me dois de vous rappeler brièvement qu’au début de l’année 1386, dans un charmant bailli normand nommé Falaise, le vicomte a fait arrêter, juger et condamner une pauvre truie, le porcin a subi tous les délicieux sévices réservés aux criminels de tous poils (ami friand de détails : reporte toi à l’article précédent sur les procès d’animaux).

La victime est un bébé de 3 mois, les archives nous livrent son nom Jean le Maux et la profession de son père, maçon. La truie a dévoré son bras et une partie du visage, l’animal n’a pas fini de bouffer la tête du poupon, mais les blessures furent « tel qu’il mourust ». Le procès dura neuf jour, la bête eut même un deffendeur, mais il ne put sauver sa cliente d’une exécution acquise d’avance. La truie apprend la sentence au fond de sa geôle (comme un humain), mais elle ne reçut aucun prêtre pour une ultime confession. Le vicomte Regnaud Rigault impose à l’exécution de l’animal la présence de plusieurs protagonistes : la propriétaire de la truie « pour lui faire honte » et celle du père de l’enfant « pour punition de n’avoir pas veillé sur son enfant ».

Mais pourquoi autant de haine pour le cochon ?

Dans ce « bestiaire judiciaire », neuf fois sur dix c’est le porc qui occupe la vedette. Michel Pastoureau avance plusieurs explications.

Tout d’abord ce qu’il appelle « la loi du nombre » : c’est le mammifère le plus abondant en Europe et surtout c’est un animal gyrovague, notre ami le cochon est un vrai vagabond. On le trouve dans les villes où il remplit souvent l’office d’éboueur : « la divagation des porcs fait partie de la vie quotidienne ».

Ensuite, la présence du porc au tribunal s’explique par sa parenté avec l’homme (par exemple, dès l’Antiquité et jusqu’au XVI, on étudie l’anatomie du corps humain à partir de la dissection du porc). La médecine moderne confirme d’ailleurs cette parenté dans l’utilisation de tissus ou d’organes porcins pour effectuer des greffes, des pansements, voire des expérimentations.

Et si cette parenté anatomique s’accompagnait d’une parenté d’une autre nature : le porc est – il comme l’homme responsable de ses actes ?

Les juristes et les théologiens se sont emparés de cette épineuse question. Pour les premiers, il faut punir les animaux coupables d’homicide ou d’infanticide, c’est pour eux une occasion de montrer que la justice est exemplaire car elle concerne tout le monde. Pour M. Pastoureau les procès faits aux animaux constituent de véritables exempla ritualisés : ils mettent en scène l’exercice parfait de la « bonne justice ».

Du côté des théologiens le son de cloche est quelque peut différents, un certain nombre affirment que l’animal comme tous les êtres vivants possèdent une âme. Cette âme est à la fois végétative (c’est-à-dire dotée du principe de nutrition, de croissance, de reproduction), sensitive (avoir des sensations). Certains animaux (parmi les plus « évolués ») ont une âme en partie intellective comme celle de l’homme. Reste maintenant à savoir si les animaux possèdent comme les hommes un principe pensant et un principe spirituel ; pour Thomas d’Aquin ces deux qualités sont intrinsèquement humaines, l’animal en est exclu. Le docteur de l’Eglise est opposé au procès d’animaux car pour lui, la bête ne peut pas distinguer le bien du mal.

Thomas d’Aquin.

Albert le Grand dit que l’animal est capable de déduction mais que les signes restent toujours des signaux et pour l’animal ceux-ci ne deviennent jamais des symboles : il y a là une frontière infranchissable entre l’homme et l’animal.

Albert le Grand.
Albert le Grand.
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