1914-1918. COMBATS et COMBATTANTS. (Première partie)

En ce jour de commémoration nationale et sans aucun survivant de cette période sanglante, saisissons l’occasion de relire quelques pages de l’inépuisable Encyclopédie de la Grande Guerre conduite sous la direction de Stéphane Audouin – Rouzeau. (Toutes les expressions mises entre guillemets sont extraites de la deuxième partie « Combattre » pages 207-393)

Puisque nous célébrons cette semaine la cessation des combats, pourquoi ne pas justement se pencher sur l’aspect central de la première Guerre Mondiale : les combats et l’expérience combattante.Au cours de la Grande Guerre la violence sur le champ de bataille subit une profonde mutation, les seuils de brutalité franchis transforment de fond en comble l’expérience de guerre et s’impose comme un tournant majeur de l’histoire de l’Europe.

LES BATAILLES DE LA GRANDE GUERRE

Comme au théâtre, il faut comprendre que la bataille correspond à une unité d’espace, à une unité des acteurs et à une unité de temps. A ce titre, une bataille se définit comme «une grande action de guerre. C’est un combat armé qui conduit, en tout ou en partie, par son général en chef, toutes ou presque toutes les armes ayant agi, tous ou la plupart des corps ayant donné ou reçu le choc, et l’un des deux ayant eu un avantage sur l’autre ». Dans cette conception la durée n’entre pas en ligne de compte. Toutefois, l’échelle de la bataille reste mesurée à l’aune d’une journée unique.

Tout change avec la Grande Guerre car nous persistons … à user du terme « bataille » pour qualifier un type d’événement guerrier qui, en fait, ne répond plus le moins du monde à la définition de la bataille admise jusque là. En effet, les grands affrontements de 1916 et, plus largement, ceux qui s’étendent de 1915 à 1918, sont-ils des batailles ? Ils sont à dire vrai « autre chose » et qui reste à définir. En prendre conscience n’est pas sans conséquence sur notre intelligence de la mutation décisive subie par l’activité guerrière au sein du monde occidental à la faveur de premier conflit mondial (p 300)

Les débuts de la guerre.

Les « batailles de frontières » : les Français les ont perdues et leur plan offensif est en miette (ce plan nommé plan XVII fondait la stratégie sur une offensive à outrance). Les pertes sont très importantes.

Songez que le pantalon porté par les soldats faisait de son porteur une cible inratable

La dernière bataille classique est celle de La Marne (septembre 1914), où s’engage le gros des armées allemande et française. Mais cette bataille emblématique fut déclenchée selon un ordre précis à une date précise, après que le général Joffre eut reçu l’information que la Ière armée allemande (celle de von Kluck) prêtait son flanc à la 6ème armée française (celle de Maunoury). Joffre décide de lancer sur lui une contre-offensive puissante.

Obus abandonnés sur le champ de bataille.


La bataille se clôt le 9 septembre, après que les corps en présence ont effectué un très grand nombre de rocades, de replis (les Allemands parcourent près de 100 km en 24 heures) ; le tout accompagné d’affrontements à la baïonnette et de corps à corps violents. Du côté français on assiste à la mise sur pied d’un transport de troupes (à vrai dire surtout symbolique) par voie de taxis afin d’éviter un débordement. C’est l’acte de naissance mythe tenace des «taxis de la Marne », mythe signifiant surtout la solidarité étroite entre les civils et les soldats français.La bataille avait été bien circonscrite, bien conduite et couronnée d’une victoire par le retrait complet des forces ennemies : c’est la dernière fois que cela se produit sur le front ouest.

Cadavre d'un soldat français dans un champ près de Muy-en-Multien (Seine-et-Marne) après la bataille de la Marne papier (matière), épreuve argentique,

Les débuts de la guerre sur le front oriental, la bataille vit encore.

En 1914  se déroule la mythique Bataille de Tannenberg.

C’est là que Hindenburg et Ludendorff arrêtent en un seul coup et en une seule bataille, l’avance de l’armée russe qui avait débuté dès le 14 août et dont les troupes avaient pénétré en Prusse-Orientale, seul endroit où, pendant toute la guerre, l’Allemagne eut à souffrir d’une invasion.

La victoire allemande entre les 23 et 30 août, est couronnée par la poursuite de l’armée russe du Niemen, finalement annihilée (au sens clausewitzien, c’est-à-dire « rendue inopérante ») par un débordement et un encerclement et enfin pressée dans les marécages des lacs Mazures entre 8 et 10 septembre 1914.

La bataille de Varsovie : les Russes forcent les Allemands entre le 09 et 20 octobre 1914 à se replier en Silésie. La bataille de Lodz entre 17 et 25 novembre, puis contre-attaque des Russes aux lacs Mazures, repoussée entre les 7 et 27 février 1915.

La « Guerre de mouvement » maintenue à l’Est culmine avec l’ « Offensive  Broussilov » du 06 juin 1916 qui parvient à prendre au piège et à faire prisonnière la IVè armée austro-hongroise tout entière. Cette offensive signe la défaite du principal allié de l’Allemagne

Artois et Champagne. : 1915

Du côté français, les batailles menées sont dominées par l’idée récurrente chez Joffre d’un retour à la « percée » : stratégie peu ingénieuse et peu efficace ; jusqu’en 1918, les ruptures limitées sur un secteur donné n’ont jamais pu être exploitées, le front se refermant aussitôt à grand renfort de transport de troupes et de feu concentré.

C’est une stratégie qui essaye de se cacher la réalité de la guerre industrialisée et de l’emploi des grandes masses, deux phénomènes induisant que les batailles ne servaient plus à rien. Pour la 1ère fois le feu domina tout.

En 1915, les pertes du côté français sont à la hauteur de l’investissement stratégique (aveugle et démesuré) : 31 000 morts par mois en moyenne (370 000 morts en 1915).

« Ce massacre de l’infanterie » commença d’éveiller les esprits. Le plus grave était que les grandes offensives préparées par Joffre n’avaient mené à aucun résultat palpable : elles n’aboutissent pas à la « percée » tant espérée.

Verdun, 1916 : « la bataille totale » : par le matériel, l’engagement physique et moral des soldats.

Félix Valloton, Verdun, 1917.

Si nous reprenons la définition classique de la « bataille » donnée au début de ce billet , celle-ci se distord : le terrain de Verdun est circonscrit (5 km² sur 10), les armées en présence rassemblent 12-13 divisions côté allemand, 9 côté français, ainsi que 3 divisions de réserve. L’unité d’espace et l’unité des acteurs semblent respectées mais ce qui change tout c’est la durée. L’attaque allemande commence le 21 février et la bataille « prend fin » le 15 décembre 1916. Cette bataille est d’une durée extraordinaire  et est marquée par des corps à corps acharnés dans les bois autour de Verdun, par la prise des forts et leur reprise (Douaumont, Vaux) et par l’éradication complète de villages entiers (Ornes, Fleury …). Et tout cela sous le feu roulant de l’artillerie (90 ans plus tard, le terrain en dunes est encore profondément marqué).

Ruines de la rue Mazel à Verdun.

La bataille de Verdun est qualifiée par les historiens de « bataille totale » par le niveau de l’engagement matériel, physique et moral des soldats dans une situation absurde : exposition pendant des semaines à un feu impitoyable constituant une vraie fournaise et rendant inutile toute avance et toute installation sur une position.

Les pertes française et allemandes s’équilibrent : autour de 250 000 morts dans chaque camp.

Cadavre d'un soldat français devant Verdun. Source: Paris, musée de l'Armée.Droits: (C) Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN - Photo musée de l'Armée.

Dans le prochain billet : La Somme.

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