1914 – 1918. COMBATS et COMBATTANTS (Première partie, suite et fin)

La Somme, 1916 (1 juillet – 18 novembre).

Flameng François (1856-1923), Albert (Somme), 5 août 1916.

François Flameng (1856-1923) est un peintre, graveur, illustrateur français, en 1914. Il est parmi les premiers peintres à rejoindre les missions aux armées, en qualité de peintre officiel. Cette aquerelle met en scène un village détruit, la tour de l’église a subi plusieurs bombardements et la statue du Christ fracassée à sa base semble tomber dans le vide. La toiture de l’édifice a été soufflée par la force de l’impact. Deux jeunes villageois à droite, dont l’un habillé en soldat, portent une lourde bassine : que font-ils ? Il n’y a pas de cadavre sur cette gouache, toutefois le brancard vide et maculé de sang au premier plan ne peut qu’évoquer ce soldat blessé qui a peut être été redirigé vers une des infirmeries construites à l’arrière.

Toutefois, le peintre nous livre une version « adoucie » de la violence des combats que les hommes se sont livrés dans la Somme.

Avec la guerre de position s’impose peu à peu l’idée d’ « usure », cela amène un nouveau type de guerre où la « bataille » n’avait plus ni fin, ni lieu précis, ni résultat clair et définitif.

La Somme est un exemple de non-bataille (c’est une série d’opérations préalables à une bataille qui ne put jamais avoir lieu)

Quel est l’objectif de l’offensive ?

La Rupture du front allemand en Picardie afin de se saisir des nœuds de communications adverses au nord de Saint-Quentin, dans le triangle Valenciennes Maubeuge Cambrai et de pousser jusqu’à Arras en forçant l’ennemi à un immense recul.

Les nouveaux moyens de surveillance permettent de repérer les zones et de mettre au point le déploiement des troupes. C’est ce que nous montre cette photographie aérienne prise en 1916 de la ferme Falfemont (nord de Maurepas), l’auteur de ce cliché s’appelle Emile Jolibois.

(C) Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN / image musée de l'Armée

Malgré l’engagement massif des Alliés sur la Somme (de juillet à novembre) la bataille initialement prévue ne se déroule pas. D’ailleurs les Britanniques ne parlent pas de bataille, ils emploient le terme Big push pour qualifier l’offensive. Le terme Big push s’apparente moins à une bataille (au sens traditionnel) qu’à un assaut conduit en plusieurs phases et livré contre un camp retranché.

Certains historiens ne parlent pas alors de bataille mais de siège.Plusieurs caractéristiques qui montrent que l’affrontement de 1916 en Picardie s’apparente à un siège, mais la caractéristique majeure de ce siège c’est qu’il s’est déroulé en rase campagne et non autour d’une ville ou d’une forteresse

Attaque du 10 octobre 1916 au bois Hart dans la Somme

Les fortifications enterrées des Allemands sur la Somme sont souvent situées en hauteur et coordonnées en réseaux. Les « assiégeants » ont dû mettre sur pied (dès décembre 1915) une infrastructure de siége :

Henri de Lestrange. Entrée d'une casemate : sacs de sable et rondins de bois France ; Picardie ; Somme ; Assevillers.

–         Mise en place de réseaux de tranchées très denses afin de permettre l’assaut dans les meilleures conditions possibles.

–         Préparation de fourneaux de mines.

–         Mise en place d’une infrastructure de ravitaillement (pour le seul secteur britannique : 8 nouvelles voies ferrées pour acheminer 30 trains par jour) et aussi de communication (8000 km de câbles dans le secteur anglais, dont une partie enterrée).

–         C’est la plus grande concentration d’artillerie jamais réalisée jusque là (1500 pièces côté anglais).

La « bataille » de la Somme est bien un siège … au cours duquel le défenseur n’est pas assiégé, puisqu’il lui reste possible d’ériger, une fois l’affrontement déclenché, autant de lignes de défense nouvelle que nécessaire. »

Quel est Bilan stratégique et humain ?

Une série d’assauts successifs sur les positions défensives adverses, contre des murailles adverses, murailles sans cesse reconstruites plus loin en arrière explique que cette « non-bataille » se caractérise par des pertes sans précédent. S’opère au cours de la Grande Guerre une alliance inédite celle d’une violence de masse sans précédent avec une sophistication extrême des procédures de combat (dans l’attaque comme dans la défense).

Champ de bataille de Rancourt en septembre 1916.

Au total : 1 200 000 morts, blessés ou disparus (500 000 Britanniques ; 500 000 Allemands, 200 000 Français)

De telles pertes ont imposé une immense rotation des unités : 1 500 000 Allemands ; 2 500 000 Britanniques et Français se sont relayés dans la Somme entre juillet et novembre 1916. Au total se sont 4 000 000 d’hommes environ qui ont été engagés dans ces combats.

Les changements de la guerre. La Somme ne réunit aucune des caractéristiques de ce qu’on appelait avant et en 1914 une « bataille ».Ce n’est pas seulement une différence de « degré » avec les batailles du XIXème siècle, c’est surtout une différence de « nature » : La mort de la bataille est liée à la radicalisation de la violence de la guerre

L’intensité du feu donne une supériorité écrasante à la défensive sur l’offensive et en empêchant le mouvement elle empêche aussi la bataille.

La violence du bombardement fait obstacle à terme au déplacement vers l’avant des pièces d’artillerie destinées à soutenir l’avance de l’infanterie : ainsi toute percée est impossible  tout se passe donc comme si la bataille mourait … de sa propre violence. De son surcroît de violence

Une position du 29ème régiment d'artillerie bombardée dans les environs de Saint-Pierre Vaast et Sailly-Saillisel en novembre 1916.

Pourquoi les combattants ont enduré un tel degré de souffrance?

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