1914-1918. COMBATS et COMBATTANTS (Troisième partie : le Trench Art)

Restons dans les tranchées et posons nous les questions suivantes : Que faisaient les hommes entre deux assauts ? Ils écrivaient. Oui, et beaucoup. A qui pensaient-ils ? Leurs proches, probablement. Que faisaient-ils quand ils ne combattaient pas ?Ils ont transformés les objets à leur portée, c’est pour cette raison que les historiens et/ou les anthropologues affirment que la guerre transforme la matière.Cette affirmation peut sembler confuse, obscure, insensée. La guerre est un agent destructeur de notre histoire et pourtant la guerre moderne recèle en elle le pouvoir de refaçonner les plus petits objets qui lui sont intimement liées, ces objets peuvent être de petite taille :

 

Douille gravée. Laiton. Collection particulière.Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr

Observons cette douille gravée : une jeune femme mince, vêtue d’une simple tunique dont l’une des manches retombantes offre le spectacle d’une frêle épaule. Elle est assise, presque absente, ses cuisses tenues par des porte jarretelles, elle regarde au loin, les jambes entrouvertes : à quelle femme pensait le soldat qui a transformé la cartouche en porte – souvenir ?

La guerre va produire une culture matérielle considérable et inédite : les douilles d’obus vides, les fusées – la partie supérieure qui coiffe les obus – les munitions, les décorations, les pièces de monnaies et d’autres objets métalliques sont ainsi transformés en vases, en encriers, en presse-papiers, en briquets, en bagues ou en modèles miniatures de char, d’avions…

Les objets fabriqués par les soldats acquièrent une dimension sociale importante et variable qui englobe l’utilisation à laquelle ils sont destinés et dépasse également cette destination première.

Les « objets » de guerre peuvent être de petite taille (éclat d’obus), de taille intermédiaire (un char) ou de grande taille (un champ de bataille dans son ensemble).Ils ont  tous une même caractéristique essentielle : ils sont les produits d’une action humaine et non de processus naturels.

Hauteur 7 cm Largeur 15 cm.Inscription : "Et quand je pense qu'avec ça ils font des bagues".Cuivre. Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris)

Dès 1914 Le trench art (art / artisanat de tranchée) constitue une forme complexe de culture matérielle il s’agit d’objets tridimensionnels fabriqués lors de différentes périodes (1914 – 1945) par des soldats, des prisonniers de guerres, des civils, des internés. C’est bien la guerre qui est à l’origine de la fabrication de chacun de ses objets, d’autant plus étonnant les poilus se servent des moyens du bord pour fabriquer ces objets. De plus, afin de ne pas alourdir leur équipement, ils limitent au maximum leurs ustensiles et ont surtout recours aux outils qui composent l’attirail standard du soldat : ils emploient par exemple leur cousette ou leur couteau pour graver et leur casque comme récipient pour fondre le métal. Le métal récupéré des balles de fusils, des boutons d’uniformes sont fondus pour être transformés en bagues d’aluminium, de cuivre ou d’étain.

Ensemble de bagues réalisées à partir de métal récupéré.

Le trench art fabriqué par les soldats était produit au front, derrière les lignes, par les soldats en activité, par des blessés et par des prisonniers de guerre. Chaque objet appartient à une sous – catégorie car ils ont été fabriqués dans des contextes différents, façonnés par des hommes de différentes nationalités et produits dans des contextes différents ; ils revêtent tous alors des significations également différentes.

Certains objets sont fabriqués sur commande et destinés à la vente, d’autres pour le troc et l’échange, d’autres comme souvenirs. Ils sont fabriqués à l’occasion d’une période de rééducation physique ou mentale dans les hôpitaux

Le trench art appartient à une catégorie plus large que l’on peut désigner comme des « souvenirs de guerre » : morceaux d’obus, obus, attirail militaire. Tous pouvaient constituer des objets – souvenirs personnels à jamais liés aux circonstances de leur acquisition.

Briquet de tranchée. Hauteur 6.3 cm - Largeur 4.7 cm Laiton gravé. Collection particulière Copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux.

 

Le briquet combine quant à lui signification collective et individuelle. Il peut être perçu comme un motif patriotique symbolisant le pays que les soldats défendent ou comme l’évocation d’une féminité qui fait défaut au front. Les blés et la vigne incarnant la terre nourricière et la femme la fécondité, l’ensemble du motif peut être interprété comme une allégorie de la nation, c’est-à-dire un rappel des valeurs pour lesquelles les poilus combattent. Toutefois, il peut aussi simplement représenter une femme au bain et remémorer à son auteur les joies de la vie civile, de la famille, suggérer le désir sexuel ou l’envie d’une présence féminine.(Source )

Dans le prochain billet : l’organisation des combats (sur mer, sur terre, dans les airs).


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