1914-1918. COMBATS et COMBATTANTS (quatrième partie)

L’ORGANISATION DES COMBATS

Edward Alexander Wadsworth, Dazzle-ships in Drydock at Liverpool (Navires camouflés en cale sèche à Liverpool), 1919, huile sur toile, 304,8 x 243,8 cm, National Gallery of Canada, Ottawa.© SESAM, Paris, 1998.© National Gallery of Canada, Ottawa. Transfert des œuvres canadiennes commémoratives de la guerre, 1921.
Edward Alexander Wadsworth, Dazzle-ships in Drydock at Liverpool (Navires camouflés en cale sèche à Liverpool), 1919, huile sur toile, 304,8 x 243,8 cm, National Gallery of Canada, Ottawa.© SESAM, Paris, 1998.© National Gallery of Canada, Ottawa. Transfert des œuvres canadiennes commémoratives de la guerre, 1921.

Edward Alexander Wadsworth (1889-1949) est l’un des fondateurs du vorticisme .Pendant la guerre il est mobilisé dans la Navy, il sert en Méditerranée, sur l’île de Mudros, puis, à son retour en Grande-Bretagne, il est chargé de superviser le camouflage des navires à Bristol et à Liverpool

1.LE COMBAT NAVAL.

La fascination pour la puissance navale a éclos bien avant 1914, l’ouvrage de l’amiral Mahan, La puissance navale dans l’histoire écrit en 1880, rencontre un très grand succès : pour l’auteur, la création et le maintien d’une puissante marine de guerre sont l’expression de forces profondes (la position géographiques, un certain seuil de pauvreté qui pousserait les populations à se tourner vers la mer); c’est surtout la possibilité  d’acquérir des intérêts supérieurs au-delà des mers.

C’est à l’inspiration de Mahan que l’Allemagne se décide à créer une flotte de haute mer.

La mutation technique au début du XXème siècle entraîne une relance de la course aux armements. L’âpreté de la compétition navale caractérise la période 1906-1904 : toutes les grandes marines se lancent dans la construction de Dreadnought et de croiseurs de bataille en 1914 : la Royal Navy a remporté cette course (20 Dreadnought, 9 croiseurs de bataille). Elle concentre le gros de ses forces en mer du Nord, dans les Orcades ou le Rosyth.

8-8-14, canons des super-dreadnoughts anglais de 13,5 pouces : [photographie de presse
Tugs, Edward Alexander Wadsworth. Réalisation :1918.


Wadsworth développe un art de la géométrie poussé jusqu’à l’abstraction

Sa toile […] montre quatre ouvriers au travail sur une coque. Au-dessus d’eux se dresse la proue monumentale, comme le veut le format de la toile. La dissymétrie y triomphe, fragmentation de rectangles et de trapèzes, obliques rompues, morcellement des surfaces – si efficace qu’au centre de la toile, il est difficile de distinguer les superstructures. Les ouvriers se perdent eux-mêmes dans ce paysage mécanique

(source)

Le Jutland

Le 31 mai 1916 la Grand Fleet menée par l’amiral Beatty rencontre la Hochseeflotte commandée par l’amiral Hipper.Pour mieux comprendre le déroulement de la bataille, suivons les propos de Philippe Masson :

« Au cours d’une première phase, Hipper entraîne Beatty vers le gros de la flotte de haute mer, forte de seize Dreadnought, six cuirassés anciens et onze croiseurs légers. Au cours de cette passe d’armes, le tir allemand se révèle excellent et, à une heure d’intervalle, les deux croiseurs de bataille Indefatigable et Queen Mary disparaissent dans d’énormes explosions. Le second acte de la bataille se joue vers 17 heures, quand la force d’éclairage britannique entre en contact avec le gros de la flotte allemande. Aussitôt Beatty effectue, lui aussi, un demi-tour et s’efforce d’attirer la Hochseeflotte en direction de la Grand Fleet […] ce qui va l’amener à barrer la route à la flotte allemande. Une bonne visibilité donne aux Allemands l’occasion de démontrer la qualité de leur tir. Trois croiseurs-cuirassés sont coulés ou désemparés et le croiseur […] Invicible […] disparaît dans un énorme nuage de fumée. La position de la flotte allemande n’en est pas moins critique. Elle bute sur l’interminable ligne britannique […] A l’aube, la mer est vide […]. La bataille du Jutland est terminée. »(Encyclopédie de la Grande Guerre, 1914-1918, pages 318-320)

2. LES TRANCHEES.

Ce qu’on appellera plus tard « la tranchée » apparaît à la bataille de Moukden en février-mars 1905 au cours de la guerre russo-japonaise.

De nombreux articles sont parus sur les tranchées, leur logique organisationnelle, on trouve sans problème des écrits sur la vie des soldats dans les tranchées, ce qui suit sera donc très (trop) court, et pourra être lu comme rappels indispensables pour ceux et celles qui veulent se documenter sur les tranchées.

Au cours de la Grande Guerre l’enterrement de l’infanterie dans les tranchées est érigé en système, un système qui atteint une extension spatiale et un degré de sophistication sans précédent. Cela renouvelle en profondeur les modes d’affrontement.

Autochrome de la guerre 1914-1918. Soldats dans une tranchée Samama Chikli, Albert ; Opérateur, date de la prise vue, 1916

La conception des tranchées prend sa source dans la défense improvisée mise en œuvre par les fantassins au lendemain de la bataille de la Marne (septembre 1914). Les soldats épuisés creusent spontanément « des trous de renard » destinés à se protéger des projectiles ; progressivement reliés entre eux, ces trous individuels forment les 1ères tranchées. Les fantassins allemands (mieux entraînés aux fortifications de campagne) semblent avoir donné l’exemple de cet enterrement systématique.

Les tranchées de 1914-1918 portent un coup décisif à la tradition de combat du monde occidental, centré sur un mode d’affrontement très violent mais très bref, sur un espace limité : la bataille.

Pour approfondir votre lecture

La tranchée est la structure tutélaire de la supériorité de la défense sur l’attaque, quelle soit française ou allemande elle revêt la même physionomie : les premières positions sont reliées aux tranchées de soutien formant la 2ème ligne par des boyaux perpendiculaires. La 2ème ligne est généralement établie à contre-pente pour éviter les tirs adverses et l’observation et elles sont protégées par un nouveau réseau de barbelés. La 2ème ligne est raccordée à une tranchée de réserve d’où partent de nouveaux boyaux permettant d’acheminer les soldats vers les cantonnements de repos.

Tranchée française des Flandres.

Les belligérants sont séparés par une zone de danger extrême : le no man’s land ; sur le front ouest sa largeur peut varier de quelques centaines de mètres (dans les zones de plaines) à quelques dizaines de mètres (en forêts ou en montagne).

Photo prise de la première ligne de tranchées françaises [hérisson devant la tranchée
Les Allemands sont les premiers à introduire le béton, ils sont à l’origine de la systématisation du principe de défense en profondeur : sur le front ouest à partir de 1916, des lignes successives de tranchées, séparées de 2 à 3 km, épaulées par des postes de mitrailleuses bétonnés, leur permettaient de laisser le terrain à l’adversaire en cas d’attaque, de se regrouper sur des positions bien préparées, puis de contre-attaquer.

La ligne Hindenburg construite à partir de 1916 est composée de zones fortifiées installées en arrière du front sur une largeur de 15 km ; cette ligne est établie entre la mer du Nord et Verdun.

Quand la guerre s’enlise, la sophistication des tranchées croît : tireurs d’élites, patrouilles envoyées dans le no man’s land et destinées à faire des prisonniers.

La tranchées entraîne l’évolution des techniques d’assaut : la plus symbolique est tactique du barrage roulant mise en œuvre à partir de 1916, elle consiste en un intense bombardement préliminaire

C’est peut –être le spectacle dantesque du feu roulant qui a inspiré Georges Leroux quand il peint l’Enfer :

Georges Leroux, L'Enfer, 1917-18, huile sur toile, 114,3 x 161,3 cm, Imperial War Museum, Londres.© Imperial War Museum.
Georges Leroux, L’Enfer, 1917-18, huile sur toile, 114,3 x 161,3 cm, Imperial War Museum, Londres.© Imperial War Museum.

Comme de nombreux peintres engagés dans les services de camouflage (celui-ci fait aussi de grands progrès pendant la Grande Guerre), Georges Leroux trace des croquis sur le vif, ce fut le cas pour l’Enfer qui est le souvenir d’un groupe de soldats français se protégeant dans un grand trou d’obus plein d’eau croisé au cours d’une mission de reconnaissance.

3. ARTILLERIE ET MITRAILLEUSES

Les deux grandes armes de domination du champ de bataille. Ensemble, elles sont à l’origine du blocage stratégique apparu fin 1914 ; blocage lui-même lié à cette supériorité défensive sur l’offensive, c’est bien la caractéristique majeure de la Grande Guerre jusqu’au tardif renversement de l’été 1918.

La mitrailleuse est une arme assez récente en 1914. En été 1914, on compte 12 000 mitrailleuses Maschinengewehr 08 dans l’infanterie allemande. En 1915, l’armée allemande adopte la Bergmann (plus légère), tandis que l’armée britannique choisit la Vickers

Les possibilités techniques sont démultipliés car avec une cadence de tir : 400 à 600 coups minute, les mitrailleuses sont en mesure d’interdire tout franchissement du no man’s land.Toutefois leur  maniement délicat exige des serveurs spécialisés. De plus c’est un arme encombrante de 40 à 60 kg, d’où leur utilisation surtout défensive à partir d’abris camouflés

70 à 80% des blessures de la Grande Guerre sont infligées par les obus.

Collection d’obus allemands qui n’ont pas éclaté. Auteur : Cuville, Fernand (photographe), 1917.

L’obus est l’arme principale de ces années de guerre, il est conçu pour soutenir des forces en mouvement.

Les canons « à tir rapide » grâce à leurs freins hydrauliques évitant d’avoir à ramener le canon en position de tir après chaque coup peuvent tirer des obus à haute vitesse sur des cibles visibles, selon une basse trajectoire (le « 75 » français, le meilleur canon de l’époque, léger et mobile, groupé en petites batteries pour le soutien immédiat à l’avance de l’infanterie, est capable de tirer à la cadence élevée de 8 coups par minute sur une courte période, avec une portée maximale de 1800 mètres)

L’artillerie lourde

Artilleur dans la culasse d’un canon de 320 mm d’artillerie lourde à grande puissance. Auteur anonyme, 1917 (avril ?).

Le début de la guerre de position rend plus indispensable une artillerie lourde puissante, devenue nécessaire pour atteindre les abris profondément enfouis et frapper les positions arrière de l’ennemi.

Le bombardement de masse est la réponse tactique principale à la prolongation du blocage stratégique; l’artillerie lourde, jusqu’ici utilisée dans la défense dans la défense des positions permanentes, prenait la place de l’artillerie de campagneL’artillerie lourde domine les différentes formes de tirs (de représailles, de concentration, de destruction, de barrage …) sur le champ de bataille et dans le bombardement des villes : celui de Paris entre le 23 mars et le 09 août 1918 par 4 canons lourds installés dans l’Aisne, tirent 300 obus de 125 kg à une distance de 140 km provoque la mort de 256 personnes et 620 blessés

4. AVIONS ET CHARS

Retour d’un vol de nuit . François FLAMENG, 1918

En 1914, la France dispose de 162 appareils. En 1918, elle en a 11 836, dont 3 437 au front: ces chiffres suffisent. La progression est comparable du côté des Empires centraux et du Commonwealth.

Le couple char – avion apparaît à la faveur des deux dernières années de la Grande Guerre. En 1914,  Le rôle de l’avion se limite aux missions de reconnaissance, aux liaisons et au guidage de l’artillerie. 1916 marque une mutation capitale car la vitesse augmente, l’agilité et la capacité d’ascension est plus rapide … s’ouvre une période de spécialisation des appareils et une série d’innovations capitales : les mitrailleuses synchronisées avec l’hélice, les viseurs de bombardement, les caméras, les balles incendiaires et antiblindages

Sydney Carline, The Destruction of the Turkish Transport in the Gorge of the Wadi Fara, Palestine, 1918 (La destruction du convoi turc dans les gorges de Wadi Fara, Palestine, 1918), 1920, tempera, 120 x 120 cm, Imperial War Museum, Londres.
Sydney Carline, The Destruction of the Turkish Transport in the Gorge of the Wadi Fara, Palestine, 1918 (La destruction du convoi turc dans les gorges de Wadi Fara, Palestine, 1918), 1920, tempera, 120 x 120 cm, Imperial War Museum, Londres.

Sydney Carline (1884-1929) a servi comme pilote, alors que son frère Richard, lui aussi peintre, était mitrailleur. Tous deux ont combattu dans des escadrilles en France et au Moyen-Orient. La toile, l’une des plus spectaculaires du genre aérien, décrit l’une des attaques lancées contre les troupes turques alors qu’elles se replient vers la vallée du Jourdain en septembre 1918. Le site est celui des gorges de Wadi Fara, les appareils des SE5s, l’épisode daté et situé : la toile s’inscrit dans la tradition de la peinture de batailles au sens le plus immédiat du mot. Elle raconte, à partir des souvenirs d’un témoin oculaire, le peintre-pilote en personne.

(Source : http://www.art-ww1.com/fr/texte/059text.html)

Les belligérants se livrent une compétition technologique sans merci : la mise au point de nouveaux modes de propulsion donne un avantage technique considérable aux Allemands

En 1917, l’action des avions est de plus en plus liée à celle des chars

5.LES ARMES CHIMIQUES

Assaut avec masque à gaz.Scott Georges Bertin (1873-1942), (C) Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN

Leur apparition provoque un choc brutal au sein des instances militaires et de l’opinion publique alliée.« Il faut saisir l’ampleur du culte voué à l’offensive au sein des états-majors au début des hostilités pour embrasser pleinement la déconvenue extraordinaire que provoqua l’enlisement des combats sur l’ensemble des fronts au début de l’année 1915 ».(Encyclopédie de la Grande Guerre)

Masque à gaz M2 avec étui.Crédit photographique  Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN / Emilie Cambier

Il fallait une arme inédite et « providentielle, l’arme chimique fut l’une des voies suivies pour tenter de reconquérir le mouvement. »

L’ensemble des belligérants utilise l’arme chimique, les chiffres suivants permettent d’en mesurer l’ampleur : 1915, 3 600 tonnes de substances chimiques ; 1917, 35 000 tonnes et 1918, 59 000 tonnes.

François Flameng. Soldats allemands avec cuirasse de tranchée et masque à gaz, août 1917
François Flameng. Soldats allemands avec cuirasse de tranchée et masque à gaz, août 1917

François Flameng (que nous avons croisé dans l’un des précédents billets) nous fait voir dans cette aquarelle deux soldats allemands sortant de leur trou de tranchées armés de leur masque à gaz. La simple observation de ces deux soldats nous indique que la nature de la guerre a change : les hommes s’enterrent, la tranchée devient un abri et une base pour l’offensive, les armes sont de plus en plus sophistiquées. Flameng est français, il représente des soldats allemands, il aurait pu représenter des soldats français : cette aquarelle signe par elle-même et la nationalité de son auteur la compétition acharnée que se livrent les Etats pour gagner une guerre dont le sens échappe à tous.

Avec l’usage de l’arme chimique, les états major ouvrent la boite de Pandore, par exemple Fritz Jacob Haber (directeur du Kaiser Wilhem Institut) propose de diffuser le gaz non pas au moyen de grenades, mais directement depuis des cylindres pressurisés placés dans les tranchées et de laisser le nuage de gaz flotter au gré du vent vers les lignes ennemies. Pour le commandement allemand l’intérêt unique est d’exploiter l’effet de surprise que provoquerait la nuée toxique : le 22 avril 1915 : 150 tonnes de chlore contenues dans 5830 cylindres sont libérés dans l’atmosphère sur un front de 6 km de large, depuis Steenstraat sur le canal de l’Yser jusqu’à l’est de Poelcappelle. 15 mn plus tard l’infanterie allemande sort des tranchées et commence sa progression au-delà du nuage de gaz. L’effet du chlore est immédiat (les troupes françaises abandonnent sans résistance). En avançant s’ouvre un paysage d’apocalypse :

Les morts au teint verdâtre côtoient les agonisants secoués de spasmes violents la bouche remplie d’un liquide jaunâtre. L’attaque fait de 2000 à 5000 morts et 10 000 blessés.Du côté français, Joffre donne son accord au mois d’août pour la production de 50 000 obus sz 75 mm emplis de tétrachlorosulfure de carbone.

Pour les Britanniques, le problème se pose en d’autres termes car pour la production industrielle du chlore, il n’existe que deux usines dans l’empire: on décide cependant de destiner l’intégralité de la production de chlore à un usage militaire. Le 18 juin 1915, le Royaume Uni décide la création d’une direction du matériel chimique de guerre (DMCG) placée sous la tutelle du ministère de la Guerre avec le colonel Ozil à sa tête. C’est la Grande Bretagne (le 25 septembre 1915) qui mène la 1ère véritable offensive chimique alliée près de Loos se soldant par des pertes considérables chez les Allemands.

Ainsi, en quelques mois et à l’encontre de toutes les prévisions des experts allemands, les Alliés sont en mesure de répondre aux initiatives chimiques de l’ennemi car le but ultime de la recherche scientifique : accroître le potentiel militaire de ces armes. L’obus chimique devient peu à peu le vecteur dominant de la guerre chimique. En 1916 on assiste à une innovation française déterminante : le toxique employé (le phosgène : puissant et pernicieux) et la structure même de l’obus permettant d’augmenter la quantité de gaz dans la munition. Cet obus est la 1ère munition chimique véritablement létale de la guerre.

Les Etats en guerre se livrent une véritable course à la toxicité ; les Allemands mettent au point un nouveau gaz dévastateur, l’ypérite qui devient aussi une arme de harcèlement et altère les conditions de combats pour l’ennemi qui doit porter des gants, des guêtres, des lunettes de protection.

Le gaz est l’arme de l’attrition.

6. CAMOUFLAGE

Avant tout fait de nature, le camouflage comme fait de culture systématisé procède du nouvel âge de la guerre que représente 14-18. Emblématique progéniture de la guerre moderne, totale, mécanisée, conduisant le tragique échec de la guerre de mouvement au profit d’une guerre de position et d’observation, le camouflage signe le caractère à la fois régressif, progressiste et transgressif de la 1ère Guerre Mondiale. Encyclopédie de la Grande Guerre p . 287

Pièce de 240 sous camouflage (filets de camouflage, sacs de sable).

Le camouflage s’impose comme un renversement axiologique, il est né de la prise de conscience du pouvoir mortifère du champ de bataille (pensons aux grandes offensives fin août 1914 et à l’extension aérienne de l’espace guerrier.). En instaurant le « voir et combattre sans être vu » le camouflage met fin à la tradition du voir et se faire voir. On assiste donc à un renversement de valeurs sans précédent, que seule la révélation de la puissance dévastatrice et meurtrière de la guerre industrielle aura rendu admissible et possible.

Guiraud de Scévola est un peintre portraitiste mondain, canonnier il est promu rapidement capitaine en devenant l’inventeur officiel du camouflage  (ceci est aujourd’hui controversé, l’inventeur du camouflage est peut-être Louis Guingot)  : si vous voulez creuser G. de Scévola a l’appui du général Castelnau et persuade le haut commandement de la valeur stratégique du camouflage. Se met alors en place une unité comptant 125 réservistes territoriaux, un atelier central à Paris et trois ateliers secondaires (Amiens, Nancy et Châlons-sur-Marne) Le camouflage devient un instrument obligé de guerre.

La Grande Guerre renverse les codes et inverse la réalité : on passe d’un art de la dissimilation à la science du camouflage, à partir de 1917, pour toute réalisation importante, les équipes de camouflage travaillent en relation avec la section de photographie aérienne chargée d’exécuter les prises de vue par divers éclairages à différentes altitudes, tant des emplacements à camoufler que des installations camouflées.

Le camouflage, en convertissant ses unités en des corps de faussaires, aura ainsi transformé la guerre, son paysage comme sa conduite, en un vaste trompe-l’œil, en un immense piège optique et auditif.

La guerre est art, plus la létalité est écrasante plus les formes esthétiques deviennent élaborées

Dans le prochain billet : Démobilisations et victimes de guerre.

Advertisements

2 thoughts on “1914-1918. COMBATS et COMBATTANTS (quatrième partie)

  1. J’ai en ma possession un original de la photographie de l’artilleur « testant » la culasse d’un canon de 320 mm en s’installant à l’intérieur. J’aimerais beaucoup savoir où vous avez trouvé la vôtre (§ « artillerie lourde ») ! Pour info, l’aventureux artilleur répondait au beau nom de Marcel Coeur. Merci de votre réponse !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s