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d'une poule sur un mur.

Mois

janvier 2011

Aid’Art – Galerie d’art en ligne pour les jeunes artistes

Voilà une adresse que je vous recommande. Vous voulez connaître de nouveaux artistes, vous voulez consulter des analyses picturales sérieuses et sobres : poussez la porte de Aid’ Art. Le menu « Galerie Maîtres » est particulièrement intéressant. La découverte de nouveaux artistes est tout aussi réjouissante.

Vous pouvez aussi naviguer par tags. Les reproductions sont d’une grande qualité, ce qui renforce le plaisir des yeux et ouvre l’esprit à la parole.

Aid’Art – Galerie d’art en ligne pour les jeunes artistes.

Exposition “Odilon Redon – Prince du Rêve” : Grand Palais, Galeries nationales, à Paris.

Odilon Redon, Les yeux clos, 1890.
Odilon Redon, Les yeux clos, 1890.

C’est probablement la peinture la plus connue d’Odilon Redon, artiste du XIXème siècle, mort en 1916.

Contemporain des impressionnistes (il participera en 1886 à la dernière exposition du groupe), Odilon Redon (Bordeaux 1840 – Paris 1916) demeure comme le grand artiste du mystère et du subconscient en une époque qui était surtout éprise de réel et d’objectivité. L’un des principaux acteurs de l’art au tournant des XIXe et XXe siècles, il a joué un rôle essentiel dans la genèse du symbolisme, notamment par ses fusains et ses lithographies (les célèbres Noirs) avant d’être admiré pour ses pastels et ses tableaux par les jeunes peintres de la couleur, Nabis et Fauves. Il sera ensuite considéré comme l’un des précurseurs du surréalisme.

Si vous voulez (re)découvrir cet artiste rendez vous au Grand Palais à Paris du 23 mars au 20 juin prochain ou à Montpellier au musée Fabre du 7 juillet au 16 octobre 2011.

Si vous voulez en savoir plus: le site consacré à la présentation de l’exposition.

Redon Odilon,  Caliban, petit monstre ou gnome. Dessin, 1881.
Redon Odilon, Caliban, petit monstre ou gnome. Dessin, 1881.

Je vous invite aussi  à vous balader sur ce remarquable site consacré exclusivement à Odilon Redon.

 

AndanaFilms.

 

 

Il s’agit d’une société de distribution de films documentaires.

J’avais déjà évoqué ce site pour un billet sur 1914-1918  consacré aux cultures de guerre, mais je me permets d’en faire une promotion toute désintéressée car voilà un site très intéressant pour les picoreurs et picoreuses en tout genre. dans la rubrique « Catalogue » vous aurez le choix ente plusieurs catégories de documentaires (Art, culture; Histoire; société …) et surtout la possibilité de regarder un extrait (toujours de 10 minutes) et d’accéder à la fiche du documentaire.

AndanaFilms, distribution de films documentaires français et étrangers, société, politique, histoire, art, culture, création.

1914 – 1918. Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux | Le Pays de Meaux a rendez-vous avec l’Histoire.

Montrer un chantier pour introduire le propos peut paraître surprenant mais cela permet de comprendre la construction du bâtiment conçu par l’architecte Christophe Lab

Propos liminaire fini, il s’agit ici d’un projet en phase de construction terminale et qui accueillera des expositions consacrées à la Grande Guerre. Pour l’instant je n’en pense rien, mais quelques phrases de présentation me rendent le bec dubitatif, comme celle-ci par exemple : le bâtiment affirme son horizontalité face à l’élévation du Monument américain. Le lieu d’Histoire instaure ainsi un dialogue permanent avec le lieu de Mémoire. Voici une expression « lieu de Mémoire » forgée par P. NORA et qui bien souvent a servi de paillasson à des ambitions politiques … je m’emporte, pour un peu, je pourrais voler.

Toujours est-il qu’il faut attendre l’ouverture du musée prévu le 11 novembre 2011 (presque un hapax calendaire : ça fait un peu ch… les symboles) pour juger sur pied et sur place.

Voici comment le ministère de la culture présentait le projet muséal au moment de la pose de la première pierre (en présence de Frédéric Mitterrand et de Jean-François Copé)

Une exposition permanente. L’exposition permanente s’étendra sur près de 3000 m². Une large place sera accordée à l’artillerie lourde, aux avions et aux chars.
La collection du Musée de la Grande Guerre aborde le conflit sous tous les angles et avec près de 200 uniformes, toutes les nationalités qui ont participé au conflit sont représentées : Français, Allemands, Anglais, Américains, Russes mais aussi Serbes, Canadiens, Australiens ou Néo-zélandais, sans oublier les tenues caractéristiques des tirailleurs sénégalais et nord-africains engagés au combat. Cette collection continue de s’enrichir de nouvelles acquisitions, objets parfois insolites et souvent uniques, pour n’oublier aucun aspect de la vie des soldats et des civils : matériels, armes, mais également peintures, sculptures, affiches, lettres et autres documents d’archive précieusement conservés.

Pourquoi pas, c’est peut-être un complément à  (l’excellent) Historial de la Grande Guerre.

Un lieu de compréhension. Grâce à des reconstitutions fidèles, le Musée de la Grande Guerre est davantage un lieu de compréhension qu’un lieu de recueillement et de contemplation. Il se démarque ainsi des autres lieux consacrés à la Première Guerre mondiale.
Le musée proposera une grande diversité d’outils de médiation. Un champ de bataille sera entièrement reconstitué sur 150 m2 avec, de chaque côté d’un no man’s land, une tranchée française et une tranchée allemande.
Seront également utilisées les nouvelles technologies : un espace de projection en 3D est prévu pour faire revivre l’enfer d’une tranchée. Des films réalisés à partir d’images d’archives seront projetés et des bornes multimédia interactives permettront d’approfondir le sujet.

Là je commence à tiquer, la reconstitution du champ de bataille je ne la sens pas du tout et j’imagine déjà une horde de scolaires hurlant comme des veaux. En plus je ne comprends pas en quoi ce faux champ de bataille serait un « outil de médiation » (ou si je comprends je ne préfère pas imaginer). Et pour vendre le fait que l’histoire n’est pas une affaire de vieux croulants, la présentation insiste bien sur le fait qu’il ne s’agit ni d’un lieu de « recueillement » ni d’un espace de « contemplation ». A lire la présentation, je sens sourdre en moi cette désagréable  impression que pour attirer le chaland il faudrait éloigner toute supposée odeur de naphtaline qui enrobe l’histoire et les musées …

J’arrête de geindre et vous propose d’aller faire un tour sur le site : Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux | Le Pays de Meaux a rendez-vous avec l’Histoire..

A vous de dire ce que vous en pensez …

L’empire des cartes.

L’Empire des cartes

Ce n’est pas un titre, c’est juste le plagiat du titre d’un ouvrage de Christian Jacob …


Les cartes, les représentations cartographiques, la mise à plat de l’espace m’ont toujours fascinées, Michel de Certeau dit que la carte fait de chacun de nous « un dieu voyeur », cette idée me plait et je fais miens les propos de C. Jacob « Désir de complétude, rêve d’universalité, fantasme de pouvoir où voir, d’un point de vue à tout autre interdit […] c’est posséder ». Tout ceci est très sérieux …  Mais connaissons-nous la première carte ?Que savons-nous d’elle?  L’une des « pétroglyphes » (gravures sur pierre) les plus célèbres se trouve en Italie du Nord à Capo di Ponte, au lieu-dit Bedolina, elle a été incisée sur un rocher poli par l’érosion glaciaire, ce rocher  surplombe la vallée d’une quarantaine de mètres. L’une des hypothèses avancées par les archéologues fait de cette « carte » la « représentation » des terres dans la vallée à une certaine époque de l’âge du Bronze, le rocher qui surplombe la vallée serait un poste d’observatoire idéal pour élaborer le premier « plan d’occupation des sols »

Pour en savoir plus

 

Ce sont les représentations qui retiennent mon intérêt, comme celle de Sébastien Munster au milieu du XVI, qui voit l’Europe ainsi

Dame Europe, allégorie de l'humaniste Sebastien Munster (bois gravé, 1556)
Dame Europe, allégorie de l'humaniste Sebastien Munster (bois gravé, 1556)

 

Voici un bovidé qui sert de support à une représentation cartographique :

claudio parmiggiani, zoogeografiche, 1968
claudio parmiggiani, zoogeografiche, 1968

 

 

 

Et si la carte servait de matière à des portraits ?

C’est là tout le défi de Matthew Cusick : le papier carte, la représentation plane pour donner vie ou substance ou relief à la matière humaine ou à des reconstructions mécaniques:

 

Si vous voulez en savoir plus : le site de l’artiste

Merci à buzzztech pour cette découverte …

 

1914-1918, CULTURES DE GUERRE, la caricature en Allemagne.

La caricature en guerre.

Ce billet est le compte rendu d’un article de Jean-Claude Gardes publié en 2005, dans Le Temps des médias et qui est disponible sur l’inépuisable CAIRN.

J.C. Gardes est aussi l’auteur d’une thèse parue en 1991 : L’image de la France dans la presse satirique allemande (1870-1970).

Avant de commencer, ayons en tête cette idée : Au début du XXe siècle, les journaux satiriques jouent toujours un rôle primordial, ils sont le miroir de l’opinion. Pendant la Première Guerre mondiale, la caricature prend un ton résolument polémique, agressif, et alimente la propagande contre l’ennemi. À travers elle, les dessinateurs allemands et français créent une image outrée, parfois grossière, voire grotesque, du « pays voisin », qui imprègne durablement l’imaginaire collectif des deux peuples.

Avant de franchir le Rhin, je vous laisse goûter la saveur de l’élégance gauloise

1914  Bravoure allemande. RMN Gérard Blot. 1914.
1914 ! Bravoure allemande. RMN / Gérard Blot. 1914.

Au XIXème siècle la caricature allemande se développe, elle connait une période bénie au cours de laquelle la presse lui ouvre grand ses portes, la presse satirique ou humoristique parmi laquelle on trouve « Feuilles volantes », « Le Canular » ou encore « Jacques le Véridique » connait des décennies d’expansion. Cette dynamique se poursuit aux cours des premières années du XX, c’est l’heure de gloire de l’image satirique en Allemagne. Puissante et structurée, la caricature allemande rend bien compte à partir de 1910 des grandes tensions internationales, elle perçoit bien qu’à la suite des crises marocaines et des guerres des Balkans, l’Europe en crise glisse inéluctablement vers la guerre et qu’une psychose de guerre affecte les États européens. Durant les premiers mois de l’année 1914 toutefois, les dessinateurs allemands, comme une bonne partie de l’opinion allemande, se détournent grandement des problèmes de politique internationale pour se préoccuper d’affaires somme toute mineures, du vol de La Joconde et de l’Affaire Caillaux par exemple lorsque leur regard se porte sur le voisin français.

Le massacre d'Essen, "Bah, la conscience mondiale ! Mon avocat s'appelle Poincaré. Dans Simplicissimus. Heine Thomas Theodor
Le massacre d’Essen, « Bah, la conscience mondiale ! Mon avocat s’appelle Poincaré. Dans Simplicissimus. Heine Thomas Theodor

Le déclenchement très rapide de la guerre semble surprendre les dessinateurs de plusieurs journaux, mais là aussi et comme ailleurs on observe une union nationale, le ralliement à la cause nationale est immédiat. De nombreuses feuilles volantes sont destinées aux soldats qui combattent au front, la population comme les combattants semblent avoir apprécié ce soutien psychologique : Nous devons accomplir une mission nationale. L’humour livre des batailles, apportant son soutien dans la tranchée humide. Journaux satiriques sur le front ! (in Karikatur im Weltkrieg, Leipzig 1915, p. 4. « Eine nationale Mission ist zu erfüllen. Der Humor schlägt Schlachten, im feuchten Schützenloch hilft er mit. Witzblätter an die Front ! »). D’autres spécialistes de la caricature tels Henny Moos ou Ferdinand Avanarius firent eux aussi paraître des ouvrages sur la caricature en guerre avant même la fin des hostilités.

La guerre, considérée comme une guerre défensive, provoque chez tous les artistes une « sainte colère » Le réflexe de défense de la patrie prédomine sans cesse et la quasi-totalité des artistes se rallient au célèbre appel à l’union sacrée lancé par Guillaume II le premier août : Je ne connais plus de partis, je ne connais que des Allemands

Un dessin anonyme paru dans l’illustré socialiste Der Wahre Jacob joue sur la polysémie du mot « dreschen » qui signifie à la fois « battre le blé » et « donner une raclée », et fait explicitement référence aux propos tenus par l’empereur plusieurs: Maintenant, nous allons leur mettre une raclée ! (« Nun aber wollen wir sie dreschen ! »). On y voit de solides paysans allemands en train de battre du blé sous lequel se trouvent des soldats russe, anglais et français ; la référence à la formule de Guillaume II est explicitée dans la légende : « Allez-y les enfants ! La seule solution maintenant, c’est de battre (le blé) ! Ce dessin sera repris dans une carte éditée par les Lustige Blätter : deux soldats allemands, vigoureux géants ne cessent de battre et tuer des ennemis qui s’amoncellent sur le sol comme du blé battu et invitent Bulgares et Italiens, de petite taille, à leur apporter leur soutien.

 

Les images produites au début de la guerre montrent toujours que l’ennemi sera pulvérisé, le soldat allemand est un dompteur. Une des plus célèbres cartes postales des premières semaines de guerre propose une série de quatre dessins dans lesquels un officier allemand ridiculise successivement Russe, Français, Britannique et Japonais : la légende, rythmée et rimée, devient célèbre : « À chaque tir un Russe, à chaque coup un Français, à chaque coup de pied un Britannique, à chaque claque un Japonais ».

Ici comme ailleurs, on illustre à coups de crayons la victoire certaine et prochaine contre des barbares (n’oublions que chaque nation engagée dans le conflit construit un discours centré sur la victoire de la civilisation contre la barbarie).

L’argument défendu par la France de mener une guerre au nom de la civilisation déclenche l’ire des caricaturistes allemands, le dessinateur Arthur Johnson (Kladderadatsch) peut retenir toute notre attention.

A. Jonhson Caricature : "die Zivilisierung Europas" (la civilisation européenne),
A. Jonhson Caricature : « die Zivilisierung Europas » (la civilisation européenne),

À partir de 1909, Gustav Brandt et l’artiste germano-américain Arthur Johnson deviennent les auteurs et dessinateurs leaders du journal Kladderadatsch qui, dès 1914, apporte son soutien à l’effort de guerre. Le 1er juillet 1916 débute l’offensive anglo-française sur la Somme, une des plus sanglantes batailles de la guerre de 1914-1918, qui laissa de nombreux jeunes soldats, engagés volontaires, sur le champ de bataille. Le Kladderadatsch du 23 juillet 1916 évoque cet épisode à travers une de ses cibles privilégiées : le personnage du tirailleur sénégalais. Animé de soubresauts comme s’il se livrait à une danse macabre, le soldat, engagé dans les rangs adverses, s’est mû en un être sanguinaire qui, en lieu et place du havresac réglementaire, porte le crâne d’un ennemi. Bouche et mâchoires proéminentes, anneau dans le nez, collier de dents autour du cou : c’est un cannibale. Seuls subsistent de l’uniforme régulier un porte-épée à baïonnette et la culotte garance. Créé en 1857, le corps des tirailleurs recrute dans l’ensemble de l’Afrique-Occidentale française. Le discours républicain les présente comme des modèles de l’assimilation civilisatrice. Ils sont la « force noire » prônée par Mangin et Jaurès. Or l’Allemagne voit dans le recours aux soldats d’Afrique, qu’elle considère comme des sauvages, une preuve de la barbarie française. En France en revanche, les tirailleurs sénégalais fascinent le public.

En 1915, la marque de cacao Banania a placé sur ses boîtes la figure d’un jovial tirailleur sénégalais coiffé de l’emblématique chéchia rouge à pompon (Si vous voulez en savoir plus y’a bon Banania). À la fin de la guerre, près de 600 000 tirailleurs avaient été recrutés et 430 000 engagés sur divers fronts. 82 000 y perdirent la vie.

Les caricatures suivantes sont des plus intéressantes : elles nous invitent à dresser un inventaire de la Barbarie, la France n’occupe pas la première place dans le classement.

L’ennemi, le sauvage, le barbare c’est le Russe qui occupe la place centrale du dessin et s’impose par sa taille gigantesque. Rien d’étonnant à cela. Contrairement à une idée reçue en France, notre pays n’est plus aux yeux des artistes allemands l’ennemi numéro un, Il n’est plus ce peuple hégémonique que les aînés de 1870 se plaisaient à brocarder en se référant constamment aux guerres napoléoniennes. Il n’est plus en première ligne : Les dessinateurs des Fliegende Blätter et de Der Wahre Jacob le combattent rarement seul. Aux yeux de tous, la France est incontestablement à la traîne.

Toujours est-il que la France n’est plus l’ennemi par excellence, l’ennemi héréditaire qui fait peur. Le panorama comparatif de la bassesse des belligérants ennemis rend bien compte de ce phénomène. La France suit généralement le mouvement, dépendante, voire victime, des décisions de ses « alliés », dont elle n’est alors que la fille de joie, la chair à canon dont ils ont besoin. Il en sera de même avec les États-Unis à partir de 1917. La guerre de 1914-18 marque l’aboutissement de la restructuration politique de l’Europe et du monde au début du siècle.

La stratégie militaire ennemie est la cible des caricaturistes, le nom des batailles est très rarement évoqué, on insiste peu sur les faits militaires réels, la représentation de l’ennemi et de sa stratégie joue un rôle de ciment de l’union sacrée et du soutien que chaque Allemand doit apporter aux forces combattantes. Chaque belligérant est intimement associé ou à un défaut ou à une incompétence

Le Russe est comme toujours un ivrogne, un homme sale, pouilleux – La Jugend le traite de Wladimir Lausikoff (Laus=pou) –, le Britannique est un esprit mercantile qui exploite les autres, le Français est le fanfaron par excellence (Grandebouche) qui n’est pas prêt à combattre et doit réquisitionner les souliers des civils pour son armée, puis clame victoire au moment de la retraite. Les dessinateurs ne cessent de présenter les ennemis comme des estropiés qui ne peuvent rivaliser avec l’armée allemande et ses alliées.

À l’exception des dessinateurs du Kladderadatsch, très conservateurs et qui font toujours preuve d’une grande virulence, puisant dans le réservoir mythologique de l’Allemagne pour soutenir le moral des troupes, le ton des autres artistes des grandes revues satiriques ou des illustrateurs indépendants évolue. Au cliché des soldats ennemis incompétents, fanfarons, cruels se superpose parfois et peu à peu, en raison de l’enlisement progressif de la guerre, celui du « poilu », d’un soldat ennemi qui connaît tout, comme son homologue allemand, des conditions de vie difficiles et pour lequel on éprouve malgré tout un certain respect, voire une certaine sympathie. À vrai dire, c’est encore plus dans le texte que dans l’image que cette représentation s’impose de temps en temps, notamment dans les revues telles que Ulk ou Der Wahre Jacob.

Aucune haine par exemple dans les récits de Vadding (Ulk) et d’August Säge (Der Wahre Jacob), soldats allemands et français en viennent à échanger par-delà les tranchées saucisses et bouteilles de vin ! Il est vrai que pour ces journaux, tout particulièrement pour l’organe socialiste, la France demeure le pays de la Révolution, le pays des droits de l’homme et les appels explicites à la réconciliation avec le peuple français, avec la jolie Marianne, à laquelle il est conseillé de guillotiner ses dirigeants, se font de plus en plus pressants. Ces appels ont bien entendu également pour objectif de diviser les forces ennemies ; les dissensions, réelles ou prétendues, entre les Alliés sont du reste toujours montées en épingle.

Si vous souhaitez continuez le voyage dans le monde doux – piquant de la caricature, et oui la poule ne craint pas les oxymores je vous invite à naviguer par là :

Et  feuilletez le dossier consacré à la guerre après la guerre vue par les dessinateurs de l’Humanité et du Journal.

Dernier billet sur les cultures de guerre : 1914-1918, le genre, les femmes, la guerre.

G.E Capon, 1918.
G.E Capon, 1918.

Animal – Les Arts Décoratifs – Site officiel

On n’est pas une poule picoreuse pour rien, c’est donc avec plaisir (même tardivement) que je vous invite à vous rendre au musée des arts décoratifs à Paris pour vous visiter l’exposition ANIMAL.

Théière, High Tea Pot, 2004, W. Somers, Pays Bas, @ Les Arts Décoratifs.
Théière, High Tea Pot, 2004, W. Somers, Pays Bas, @ Les Arts Décoratifs.

 

Le nouvel accrochage de la galerie d’études confronte les styles et les époques sous l’angle de l’animal : mobilier, arts de la table, mode, textile, jouets, affiche, bijoux… révèlent les façons multiples dont l’homme s’approprie l’animal et l’intègre au décor quotidien. Sept thèmes sont abordés : l’animal comme matière, parure, forme, décor, mais aussi l’animal comme miroir de l’homme, l’animal comme héros et comme créature monstrueuse.

Si vous ne pouvez pas vous y rendre ou si vous préférez rester à la maison :

Animal – Les Arts Décoratifs – Site officiel.

Si vous avez vu l’expo, qu’en avez-vous pensé?

La vache qui rit, 1949, Benjamin Rabier, Lithographie  © Les Arts Décoratifs.
La vache qui rit, 1949, Benjamin Rabier, Lithographie © Les Arts Décoratifs.

 

1914 – 1918, CULTURES DE GUERRE. Information, censure et propagande

Les peuples croient-ils à l’information censurée et manipulée qu’elle soit le fait de l’adversaire ou de leurs propres autorités politiques et militaires ?. La question est de savoir non pas pourquoi mais dans quelle mesure et jusqu’où l’information officielle est acceptable, crue et a été acceptée ?

Les peuples ne contournent-ils pas les informations officielles en rejetant le « bourrage de crâne » ? (les peuples auraient cru seulement que ce qu’ils voulaient accepter des propagandes)

L’orchestration de l’information participe de la conduite de la guerre. Les Etats passent insensiblement d’une politique pragmatique de censure (ce qu’on cache), de propagande (ce qu’on fait croire), à un « système d’information » qui, pour ne pas être totalement conscient et pensé au début du conflit, devient progressivement délibéré pour les institutions, les organismes et les médias qui le mettent en œuvre. Le but est de maîtriser les flux d’information, sinon la production de l’information stratégique sur le champ de bataille et à l’arrière. Faisons une petite mise au point sur les récits des atrocités subies par les civils belges et français du nord et qui génèrent une propagande immédiate.

Affiche américaine évoquant les atrocités allemandes en Belgique
Affiche américaine évoquant les atrocités allemandes en Belgique

 

Ces atrocités se déroulent pendant un temps très court (août – septembre) au début du conflit ne se limitent pas à un seul camp : les Alliés ont qualifié les actions allemandes comme des crimes de guerre. Ils se référaient en cela à la convention de la Haye de 1907 que les Allemands avaient signée et n’avaient à l’évidence respectée. Pendant longtemps l’historiographie a considéré que ces événements étaient une fabrication des Alliés pour mobiliser leurs opinions publiques contre l’ennemi. Aujourd’hui, les historiens travaillent à une histoire démystifiée et culturelle deces évènements.

Si vous ne vous contentez pas de picorer, je vous renvoie à la lecture de John Horne & Alan Kramer 1914, Les atrocités allemandes, Tallandier, 2005.

Les Etats ont érigé des systèmes d’information totalement sous contrôle avec journalistes en uniformes, puis accrédités, puis grâce à des correspondants de guerre seuls autorisés à visiter les champs de bataille. On assiste à un enrégimentement des presses nationales, un contrôle des agences par le pouvoir politique : par exemple l’Agence Fournier alliée à l’américaine United Press dépose ses feuilles d’info quotidiennes à la censure tous les jours pour visa avant livraison

L’encadrement des opinions dans les régimes démocratiques comme dans les régimes autoritaires a été élevé en méthode de gouvernement.

Il est possible de construire une chronologie type qui accepte quelques décalages nationaux pour la mise en place du contrôle des informations et ce en fonction de la date d’entrée en guerre des Etats.

A partir d’août 1914 jusqu’au début 1915, on note une multiplication d’organismes de presse ou de censure dans une atmosphère de consentement des sociétés. Cette mise en œuvre se veut provisoire car prévaut l’idée d’une guerre courte. Le mot d’ordre se résume en une formule lapidaire : promotion de la victoire.

En Octobre 1914 est créé le bureau central de censure en Allemagne qui intervient véritablement à partir de février 1915

En France l’organisation de l’information est centralisée et se fait dans le cadre de commissions de censure de la presse, sous la direction du bureau de la presse à Paris. Ces commission sont conçues dans le cadre des 22 régions militaires françaises, organisent un maillage géographique et administratif : région militaire, département, jusqu’à la division de places d’armes et des préfectures. On compte 5000 censeurs sur la durée de la guerre.

Au Royaume-Uni, le bureau de propagande est placé en septembre 1914 sous l’autorité de Charles Masterman qui exploite le torpillage du Lusitania en 1915 et le télégramme Zimmerman en janvier 1917 pour faire basculer l’opinion américaine vers les Alliés. La propagande du Neutral Press Committee cible les neutres, l’enjeu est de garantir les débouchés du commerce et la liberté de circulation des mers. Afin de construire une propagande efficace il a recruté des auteurs (comme John Buchan, H. G. Puits et Arthur Conan Doyle) et peintres (par exemple : Francis Dodd, Paul Nash) pour soutenir l’effort de guerre. L’objectif principal de ce département était d’encourager les Etats-Unis à écrire la guerre du côté britannique et français.

Dès le début de l’année 1915 jusqu’à la fin de l’année 1916, l’ensemble des pays belligérants mobilise l’information nationale.

En Allemagne, l’effort massif de la propagande intérieure bute sur plusieurs difficultés : la diffusion des journaux neutres, le très grand nombre de titres au sein des Etats limite l’uniformisation par la censure et l’impossibilité de censurer les débats parlementaires.

Les pouvoirs du Grand Quartier général vont se renforçant quand Hindenburg et Ludendorff arrivent à sa tête en août 1916.

En France : le système d’information s’efforce de lier la censure (qui vise d’abord la population intérieure) à la propagande qui s’adresse à l’autre, au neutre et à l’adversaire

Le contrôle postal aux armées permet de connaître l’opinion des soldats et d’interdire la diffusion de certaines idées au front. Les premières instructions sur le contrôle postal datent de décembre 1916. De 1916 à décembre 1917 : 9 commissions composées de 15 à 25 membres correspondent avec les  9 armées du front occidental, cela rend possible l’ouverture de 180 000 lettres par semaine.

Au repos, les lettres à la famille. Auteur : Terrier Henri (1887-1918)
Au repos, les lettres à la famille. Auteur : Terrier Henri (1887-1918)

 

On assiste donc à la mise en place symétrique d’un appareil de censure et de contrôle de l’opinion dans les grands Etats.

En Italie le cas est différent, à la fin de l’année 1916 c’est la création du ministère de la propagande mais jusqu’au désastre de Caporetto (octobre 1917) il n’existe pas de censure véritable et efficace.

L’opinion italienne est travaillée par la propagande allemande, animée par l’ambassade d’Allemagne et par celle de l’Institut français de Milan avec Jean Luchaire et Henri Gonse. C’est Caporetto qui pousse Orlando à mettre sur pied un sous-secrétaire pour la propagande à l’étranger et pour la presse. La propagande italienne agrège alors des mots d’ordre alliés à des slogans italiens

1916 est un grand tournant, les batailles de Verdun et de la Somme s’imposent comme de formidables batailles de l’image qui donnent lieu à des propagandes redoublées en 1916. Le 21 août 1916, sort La bataille de la Somme (voir billet précédent) le film est vu par 20 millions d’Anglais jusqu’en octobre 1916. La bataille de Verdun comme celle de la Somme représentent un sommet des mensonges sur les pertes combattantes.

En Allemagne, les services d’information insistent sur l’armée française saignée à blanc et tait les pertes allemandes, concomitamment la France dissimule les pertes alliées aux Français.

Entre 1917 et 1918, les propagandes nationales se radicalisent pour finir et sortir de la guerre. Chaque Etat éprouve des difficultés grandissantes à coordonner leurs systèmes d’information.

L’organisation du consensus et l’acceptation de la guerre passent par la répression des contestations bien davantage que par l’investissement d’une propagande délibérée à partir de la seconde moitié de 1917. L’année des « grandes fatigues des peuples » enjoints aux Etats de renforcer leur propagande et leur censure dans le but de faire tenir l’arrière et l’avant. C’est une phase d’adaptation des systèmes d’information nationaux à des défis nouveaux La propagande est réorganisée en France en mai 1918 par la création du Commissariat général de la propagande et par celle du Centre d’action de propagande interne contre l’ennemi dirigé par le commandant Chaix, sous l’autorité de la présidence du Conseil

La censure pour sa part fragmente l’opinion en décalant la prise de conscience d’un événement entre un département et un autre, prévenant ainsi les émotions à l’échelle nationale : elle occulte un fait dans une courte séquence de temps : les grèves à Paris, en Isère, dans la Nièvre et dans le Gard font l’objet d’un black-out en mai 1918.

Autocensures et propagandes spontanées des sociétés en guerre caractérisent certes la Grande Guerre, au terme de processus de mobilisations culturelles qui produisent des comportements patriotiques, des normes ou des transgressions des pratiques sociales autour d’idéal-type féminins et masculins (in Encyclopédie de la Grande Guerre, page 463)

 

Prochain billet sur les cultures de guerre :  1914-1918, la caricature en Allemagne.

Tête de Boche. Grand Roman national. La date de création varie selon les sources : 1914 ou 1915. Auteur : Bruant Aristide (1851-1925).
Tête de Boche. Grand Roman national. La date de création varie selon les sources : 1914 ou 1915. Auteur : Bruant Aristide (1851-1925).

 

1914- 1918, CULTURES DE GUERRE. Journalistes et correspondants de guerre.

Adoptons cette position de départ consistant à penser que l’information est un enjeu majeur de mobilisation des populations engagées dans l’effort de guerre, et nous serions bien naïfs (à la limite de flirter avec l’idiotie) si nous nous laissions aller à croire que l’information est et a été libre sans contrôle ni censure. Entre la réalité des combats et de la vie dans les tranchées insaisissable pour les populations de l’arrière et l’organisation de la circulation de l’information il existe des filtres imposés, inconscients, subis ou recherchés. Ces filtres sont autant de miroirs déformants qu’il convient d’analyser afin de comprendre quel a été le rôle des journalistes et des correspondants de guerre entre 1914 et 1918. Et si la Grande Guerre avait inventé les formes de la communication officielle inchangé depuis près d’un siècle ?

Pour une fois, toutes les nations belligérantes mettent en œuvre la même mobilisation : celle des hommes d’information. Aux journalistes incombent une mission patriotique. En France, un ensemble de disposition prises entre le 02 et le 05 août 1914 donne à l’autorité militaire le pouvoir d’interdire toute publication jugée nuisible à l’intérêt national et confie au Bureau de la presse du ministère de la Guerre le soin de l’organiser et d’assurer les relations entre les journaux. Cette organisation de la diffusion de l’information diffère peu de celle adoptée par l’Allemagne. En revanche au Royaume Uni, la tradition d’une expression journalistique plus libre est un peu un frein à un encadrement étroit de la presse, on assiste ici aussi à la formation d’un Bureau de la presse chargé d’orchestrer le contrôle des journaux, mais il n’est pas prévu de censure préventive.

Croquis de Lucien Jonas.André Tudesq [et] Henry Ruffin, correspondants de guerre du Journal au grand quartier anglais de l'Agence Havas.
Croquis de Lucien Jonas.André Tudesq [et
La censure est acceptée comme une nécessité nationale. En revanche, les journalistes refusent de se plier à la censure politique même si cela a été une tentation forte du gouvernement français entre 1914 et 1918.

 

La presse veut bien coopérer avec les autorités militaires, mais à condition de pouvoir informer ses lecteurs

La pénurie d’informations est importante en Allemagne, l’agence Wolf ne peut plus communiquer avec Havas ou Reuters et est privée des liaisons transocéaniques par câbles.

Les gouvernements prennent conscience de l’inconvénient d’une telle situation, ils créent tôt des commissions de presse où siègent les représentants des grands quotidiens et les militaires ; sont mises en place des conférences de presse où les journalistes sont autorisés à poser des questions. La collaboration de la presse devient plus nécessaire, dès lors que le conflit s’éternise et que le trouble des populations gagne en intensité. En France : Briand s’assure du soutien de Jean Dupuy directeur du Petit Parisien et président de la commission de la presse pour transformer le Bureau de la presse en Direction des relations avec la presse, elle-même intégré à un ensemble plus vaste, la Maison de la presse. Celle-ci est fondée en 1916 : elle rompt avec le pur contrôle répressif et cherche à associer les journalistes à l’encadrement de l’opinion.

Les correspondants de guerre sont-ils des agents de propagande ?

Les correspondants de guerre sont une poignée, seulement quelques dizaines dans chaque pays. Ils sont souvent réformés comme Albert Londres, certains sont officiers comme le lieutenant d’Entraygues du Temps, souvent ils sont non mobilisables,  ce sont des hommes d’expérience, âgés environ de quarante ans

En Allemagne et en France, les militaires considèrent les journalistes comme des gêneurs : les journalistes français sont privés de front jusqu’en 1917, au mieux ils peuvent rencontrer des poilus au repos. Cette situation est paradoxale dans la mesure où l’armée britannique accepte des correspondants français (André Tudesq du Journal) et que depuis 1916, l’armée organise des voyages sur les lignes françaises pour des représentants de la presse anglo-américaine.

Après l’offensive du Chemin des Dames, un changement d’état d’esprit s’opère :

Photographie. Paysage dévasté aux environs de l’Ailette et du mont des Singes (Picardie) Auteur : Anonyme.
Château d'Offémont.
Château d’Offémont.

Le moral des Français chancelle, l’état-major décide de faire entrer les correspondances de guerre dans leur stratégie psychologique afin qu’elles contribuent à faire tenir l’arrière. En juin 1917, lieutenant-colonel Prévost se voit confier la Mission des journalistes qui regroupe au château d’Offémont près de Compiègne une vingtaine de correspondants des quotidiens parisiens : Edouard Helsey (Le Journal) Albert Londres (Le Petit Journal), Henri Vidal (Le Matin). La Mission fonctionne jusqu’à la fin de la guerre. Le bourrage de crânes ne prend plus, il vaut mieux donc confier les récits des combats à des journalistes qui donneront à leurs comptes-rendus les accents de l’authenticité du reportage pris sur le vif.  Les journalistes sont soumis au code de justice militaire comme les officiers et sont constamment sous contrôle, par exemple, ils ne doivent donner aucun détail sur ce qu’ils ont vu. Ils restent dans le château et sont transportés périodiquement sur le front, ils observent souvent le combat de loin. Albert Londres quitte le château en juin 1918. Toutefois dans l’ensemble les correspondants se plient aux exigences patriotiques et leurs articles s’appliquent à consolider le moral de l’arrière.

Après la guerre : la donne change en fonction des pays. Du côté des vaincus, les journalistes sortent discrédités, l’effet est alors désastreux. En revanche, du côté des vainqueurs : les journalistes se disent fiers d’avoir été fidèles à leur mission de service public, c’est le même son de cloche du côte du gouvernement français qui attribue au Comité général des associations de la presse française en novembre 1920, la médaille de la reconnaissance française

Pour fermer ce billet, traversons La Manche et allons visionner quelques films d’informations. Pourquoi le Royaume-Uni, m’objecterez-vous ? Je me permettrai de formuler une double réponse : le Royaume-Uni semble avoir mieux et plus précocement intégré les journalistes l’effort de guerre, plus trivialement de nombreuses archives sont disponibles sur le web et le sont gratuitement à tout chaland, inutile de montrer ergot blanc pour y avoir accès (les archives Gaumont par exemple sont réservées aux professionnels de l’audiovisuel, ce que la poule est loin d’être … je m’égare).

BRITISH PATHE met à disposition des archives rares et étonnantes :

J’ai sélectionné plusieurs séquences :

1914-1918, War Scenes

L’armée anglaise avait mis au point un système de recrutement assez particulier, elle incorporait des hommes venant des mêmes comtés, voire des mêmes villages, l’idée était de renforcer ce que les historiens ont qualifié plus tard de solidarité du groupe primaire (le seul hic : des villages entiers ont perdu tous leurs fils au cours d’un unique assaut). La British Pathé a suivi un régiment, le 10ième régiment du Middlesex, le reportage est en deux parties :

10TH MIDDLESEX REGIMENT PART 1

10TH MIDDLESEX REGIMENT PART 2

Ces reportages sont simultanément étranges, émouvants, lointains, qu’en pensez-vous ? Le public a-t-il été convaincu ? Si oui, de quoi ?

Un petit PS pour ceux et celles qui veulent creuser les sorties de guerre des journalistes et des sportifs : démobilisation culturelle.

Prochain billet sur les cultures de guerre : 1914-1918, information, censure et propagande

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