Cancale, le Grouin et ta mère

 

De toute façon il fait toujours beau … parce que c’est là, parce que c’est bleu, parce que c’est ouvert et en même temps cette ouverture invite à l’introspection.

Nous voilà encore sur le fameux GR34 qui parcourt la Bretagne partant du Mont Saint Michel passant par les Côtes d’Armor, le Finistère finit dans le Morbihan.

Le mont Saint Michel vu de Cancale.
Le mont Saint Michel vu de Cancale.

Seule une minuscule portion retient aujourd’hui mon attention, celle qui joint Cancale à la pointe du Grouin, nom particulièrement laid pour un paysage singulièrement sublime … Pourtant en observant le parcours littoral je parviens à comprendre l’origine de cette toponymie : le liseré côtier fait penser (mais de très loin) à une espèce de pif mal orienté, de gros nez, Rostand pourrait même s’exclamer « c’est un roc ! … c’est un pic… c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une péninsule ! » (Il faut bien placer ses maigres lettres …).

Face à vous l’île des Landes, réserve ornithologique. En toute saison, les couleurs sont magnifiques.

Pour les gros fainéants (club auquel tout le monde est affilié un jour ou l’autre), je vous conseille de poser vos chevaux avant Cancale, ou bien chanceux vous pouvez tenter le sort et garer votre calèche à l’orée du village. Et là, si vous aimez votre prochain, vous gouterez les délices et les charmes de la promenade familiale et dominicale (je viens de commettre un pléonasme), si en revanche, vous souffrez de bouffées misanthropes (club auquel tout le monde est affilié un jour ou l’autre), cela sera insupportable : il faudra donc faire abstraction de tout : les restau pièges à gogo collés les uns aux autres proposant à des tarifs jouant crescendo les mêmes menus couleurs locales (huîtres hors de prix ou crêpes apportant les calories nécessaires à une semaine en steppe mongole) ; les poucettes ; les motards ; les commentaires à la c….(«Il fait toujours beau en Bretagne »). Mais, même le dimanche, il y a toujours un vieux et une vieille qui regardent la mer, suivez leur regard pour prendre le large.

Dites vous aussi, que vous vous trouvez dans un lieu inspirant :

Les ramasseuses d'huîtres à Cancale.
Les ramasseuses d'huîtres à Cancale.

John Singer Sargent peint en 1877, les ramasseuses d’huîtres de Cancale. J’aime cette toile à marée basse, ce groupe de femmes qui se dirige vers la mer, ce jeune enfant gardé à l’œil par sa grand-mère, se regarde dans le sable, ses orteils s’enfoncent dans les grains de silice. On sent ici l’âpreté du quotidien noyé dans une lumière azurée … Je ne sais pas si l’exceptionnelle lumière rendue pat J. Singer Sargent rendaient la vie des Cancalais moins rugueuse …

Avant de reprendre la voiture, arrêtez-vous chez Mazo (37, quai Kennedy) : the place to be pour les huîtres, les tourteaux, les araignées. C’est bon c’est frais, et ça se fout pas du chaland.

 

Le canal de Nantes à Brest. Vers Port-de-Carhaix

 

Ce canal a été construit au XIXème siècle, les travaux débutent en 1811 et l’ouvrage est inauguré en 1858 : un véritable canal impérial!! 238 écluses scandent les 365 km kilomètres. Certaines sont abandonnées, d’autres toujours en activité vers Mellionec par exemple

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Les paysages sont variés, en été tout semble rieur et en hiver certains passages offrent des vues d’une nature lourdement endormie. Il suffit pourtant de quelques rayons de soleil pour que les grasses prairies nous offrent d’épais tapis verdoyants.

Vers Port-de-Carhaix vous pourrez vous offrir quelques instants bucoliques …

Art Project, powered by Google : Google est mon ami?

Art Project, powered by Google.

Figures, Magdalena Abakanowicz. Musée Kampa
Figures, Magdalena Abakanowicz. Musée Kampa

17 musées et  google : union étrange?! Google accouche d’un Art Poject : pour des yeux de poule naïve c’est incroyable!! A disposition une galerie d’art virtuel, des centaines d’oeuvres à admirer en très (très haute) haute résolution. Les cimaises sont prestigieuses : La Tate, le Moma, Versailles (parce qu’on est un peu des coqs!!), le Rijskmuseum, Le Kampa de Prague. Le visuel s’accompagne d’un parcours multimédia plutôt bien fait : j’avoue, j’avoue j’ai été bluffée, émue d’entrer par fausse inadvertance dans ces musées (qui deviennent des mausolées) et de laisser mon regard percer ce que je n’avais pas vu. Maintenant, cela suffit-il?

Je rencontre en face à face des artistes que je ne connais pas, et les yeux se baissent devant ce sublime tableau du Caravage : Catherine d’Alexandrie ….

Caravage,Sainte Catherine d'Alexandrie
Caravage,Sainte Catherine d'Alexandrie

Voici les mots d’une voix discordante que je comprends, dont je partage en partie le point de vue : Google Art Project, vision critique.

Vivons -nous une époque épique ou sommes – nous fascinés comme des rossignols par le serpent??

Loch Coucou, j’en suis baba …

L'église du Moustoir.
L'église du Moustoir.

Encore plus que l’Armor c’est bien souvent l’Argoat (le pays de l’intérieur, littéralement celui des bois) qui en Bretagne a ma préférence en hiver, quand la nature sommeille, au printemps quand elle est luxuriante, en automne quand elle éclate en nuance jaune, ocre, rouge, vermillon … Bon bref, je me calme tout de go et en arrive au sujet du billet.

Loch Coucou.
Loch Coucou.

Pas très loin de Carhaix plaque tournante des concerts en plein air pour jeunes et moins jeunes en mal de bière et de rock éventé, se trouve Le Moustoir dans les côtes d’Armor; anciennement nommées Côtes du Nord, une appellation considérée trop dépréciative dans la course à la valorisation du patrimoine et du terroir, mais certaines pierres en conservent encore le souvenir :

Borne du canal de Nantes à Brest.
Borne du canal de Nantes à Brest.

En face de l’église, on emprunte un petit chemin qui nous conduit à travers la campagne sur les berges du canal de Nantes à Brest. Le sol est lourd, gorgé d’eau, les maisons d’écluse semblent aussi en sommeil et pourtant ça et là les signes imperceptibles mais indubitables d‘un éveil bucolique : quelques bourgeons, les odeurs de feuilles qui se ravivent après la pause hivernale.

Canal de Nantes à Brest, Le Moustoir.
Canal de Nantes à Brest, Le Moustoir.

A côté du chemin de halage, des espaces marécageux sont encore maitres du décor, la surface de l’eau est tapissée de lenticules qui y trouvent ici l’eau et la lumière suffisante à leur épanouissement.

Canal de Nantes à Brest, Chemin de halage.
Canal de Nantes à Brest, Chemin de halage.

En quittant les berges, on arpente de douces montées et les pas s’enfoncent dans un épais tapis d’herbes et de feuilles, ce qui vous donnent la sensation de fouler pieds nus une épaisse moquette moelleuse. Pendant quelques jours les hêtres et les chênes offrent encore leurs branches nues, les arbres paraissent enveloppés d’une vaporeuse ouate, une ombre diaphane qui va bientôt s’évaporer.

Arbres, promenade de Loch Coucou.
Arbres, promenade de Loch Coucou.

Ploumanach, rochers roses, vagues d’écume.

 

Ploumanach. Sur le chemin des douaniers.
Ploumanach. Sur le chemin des douaniers.

Quand il pleut partout sur l’hexagone, on est sûr que le soleil inonde la Bretagne : il ne faut jamais croire la présentatrice météo anorexique …

Je ne vais vous conter la beauté des littoraux bretons mais juste vous proposer une petite halte costarmoricaine sur l’un des amas de granit rose les plus surprenants : le complexe granitique de Ploumanach situé dans le Nord du Trégor.

Côte de granit rose.
Côte de granit rose.

Le monde se lit ici en trois couleurs : le bleu, le vert et le rose.

Rochers de Ploumanach.
Rochers de Ploumanach.

Le spectacle semblant sortir d’un autre âge enveloppe le marcheur, les rochers aux contours rabotés par l’érosion offrent des contours improbables et spectaculaires : des formes animales, des masques qui rient ou grimacent. On pourrait même penser qu’ils sont remplis d’air et changent de forme au gré des marées.

 

Ploumanach. Le Château du diable.
Ploumanach. Le Château du diable.

L’impression d’assister à une représentation offerte par toutes les puissances chtoniennes de la Terre ne quitte pas le promeneur rêvant sur le chemin des douaniers.

Ploumanach. Le phare.
Ploumanach. Le phare.

Sur la pointe la plus avancée, le phare surveille les flots, vous pourrez alors profiter d’un point de vue exceptionnel sur un tout petit archipel : les sept îles, ce sont des réserves ornithologiques ; l’île Rouzic est appelé « l’île aux oiseaux » et est occupée par des milliers de Fou de Bassan. la plus grandes des îles est l’île aux Moines (ne la confondez avec son homonyme qui se trouve dans le golfe du Morbihan), la seule accessible par l’homme, et la seule habitée. L’un des phares est habité par un gardien.

Ploumanach. Ile du Rouzic
Ploumanach. Ile du Rouzic

Ce décor fascine depuis longtemps, au XIXème siècle, le peintre Mathurin Méheut consacre plusieurs toiles au lieu :

Mathurin Méheut - Ploumanac’h, les goémoniers (201x293cm)
Mathurin Méheut - Ploumanac’h, les goémoniers (201x293cm)

Le paysage actuel.
Le paysage actuel.

Si vous voulez en savoir plus sur les toiles à thèmes géologiques.

CRIMES, DÉLITS ET CHATIMENTS : faits divers et romans policiers

Le Petit Journal : Assassinat d'un gardien de la paix par l'anarchiste Le Gagneux, 1895.
Le Petit Journal : Assassinat d'un gardien de la paix par l'anarchiste Le Gagneux, 1895.

 

Il y a une chance sur deux pour qu’une nouvelle série télé soit une série policière, à tel point que cela frise l’overdose, c’est du gavage d’oie, et pourtant la poule est une bonne cliente : des plus ringardes (Le Renard) aux plus niaises (Diane femme flic), des plus françaises (Profilage) aux plus exotiques (le commissaire Wallenberg), des plus déprimantes (Barnaby) aux plus excitantes (Dexter), des plus nostalgiques (Serpico) aux plus actuelles (Détroit 1-8-7) … je pourrais continuer longtemps, le polar j’adore et pas seulement à la télé. Le roman policier, le roman noir font aussi mes délices. A ce propos, on pourrait remonter un peu dans le temps, à la naissance du roman policier au XIXè siècle, et essayer de comprendre le lien intime voire intrinsèque qui existe entre le fait divers et le roman policier.

Sous le Second Empire, les deux  écrivains les plus lus sont Léo Lespès (son pseudo : Timothée Trimm, auteur des « Chroniques ») et Ponson du Terrail qui avec Dumas feuilletoniste est l’auteur le plus prolixe du XIXème siècle (voir les fameuses Mémoires d’un gendarme parues en 1867)

La fiction pour eux est une forme achevée de faits divers, d’où le succès des « faits divers romancés » publiés en fascicules ou en feuilleton, on assiste au XIXè siècle à la naissance de produits de « l’industrie culturelle » qui sont tôt taxés d’indignité culturelle  et donc relégués dans « les dessous honteux du journalisme et de la littérature (D. Kalifa). Ils sont vite considérés comme « pernicieux » et « démoralisateurs ». La question que posent les historiens dixneuvièmistes est de comprendre comment les faits divers relayés par la presse populaire lue au quotidien par un public de plus en plus nombreux et de plus en plus diversifié et les romans policiers permettent une connaissance du monde social. Comment le fait divers au XIXème dit une société en pleine mutation culturelle ?

Ainsi l’intérêt s’est porté sur les journaux où fourmillent les petits faits sans relief et les événements insignifiants (rixes, altercations, vols à la tire), ce que les historiens ont appelé l’infiniment petit du fait divers.

Le terme même de « fait divers » est attesté en 1863 dans le Petit Journal qui scelle avec lui un pacte plein de promesses. Il n’a du reste pas de traduction littérale en d’autres langues (les Mexicains disent « Nouvelles rouges »). Auparavant, on disait : « Anecdotes », « Nouvelles… curieuses, singulières, extraordinaires », « Faits-Paris », à l’époque de Balzac, ou encore « Canards », mot qui désigne aussi bien un type d’information que son support matériel.

La trajectoire du « fait divers » au sein des réseaux d’information est intéressante car il s’agit d’abord d’événements du quotidien sélectionnés (par qui et comment, c’est bien difficile à dire) pour leur caractère exceptionnel, surprenant : miracles, cas de possession, monstruosités, crimes et brigandages, colportés oralement, notamment lors des foires et marchés, par des conteurs forains, plus ou moins professionnalisés. Ces « nouvelles » alimentent ensuite les conversations, les « on-dit » qu’on retrouve parfois dans les correspondances jusque chez Madame de Sévigné. Il faudrait voir, d’ailleurs, les interconnexions, les faits d’imitation entre les diverses « gazettes » de la cour, de la ville ou dé la rue.

Si le terme date de la seconde moitié du XIXème, ce que nous appelons aujourd’hui le fait divers fait son apparition dans la presse de la Monarchie de Juillet (1830 – 1848) : le canard ne résiste pas à la concurrence de la grande presse partiellement créée pour domestiquer, en le colonisant, l’imaginaire populaire (M. Perrot). La chronique du fait divers s’organise peu à peu et surtout se structure ; à partir des années 1880, l’écriture se professionnalise en fondant sa stratégie sur sa capacité à dire le « vrai », et ceci quel que soit le périodique.

La chronique des faits divers résulte de l’imbrication et de la circulation de trois niveaux de récits : le tout-venant informatif (constitué de « brèves », d’entrefilets ou de « nouvelles en trois lignes » relégué en rubrique), un deuxième niveau plus souple et mobile de quelques relations (agressions, cambriolages, « drames » familiaux) capables de passer de la rubrique à l’article en fonction des besoins rédactionnels. Le troisième niveau est celui « du beau crime »

La chronique devient très codifiée (écrire vite et réactiver si besoin lieux communs d’expression et de représentation), cela produit un discours très fermé, presque plombé, sorte de prêt-à-écrire qui construit le réel en même temps qu’il le dissout au sein de matrices narratives convenues et éprouvées (D. Kalifa)

Partant du fait que le crime est une construction complexe, c’est peut-être dans les récits jugés indignes que cette construction se donne à voir de la façon la plus lisible.

Les représentations du crime proposées par les faits divers sont autant  de réalités premières, de vérités présomptives que l’expérience et le monde sensible ont ensuite pour fonction de valider.

Si l’histoire du fait divers vous intéresse, allez donc jeter un œil sur cet article de M. Perrot, disponible en ligne grâce à Persée, Faits divers et histoire au XIXème siècle.

La construction culturelle du crime.

Comment se structure la perception du réel criminel dans ces récits ?

Tout d’abord il y a une désignation des figures du risque criminel, ces risques sont alors objectivés et hiérarchisés.

Les récits de faits divers indiquent avec précision les lieux et points névralgiques de la vulnérabilité sociale. Par exemple la rue comme territoire de l’agression va s’effacer dans les années 1900 au profit de l’espace privé du foyer menacé par des cambriolages devenus d’insupportables atteintes à l’intimité et à l’intégrité physique.

Les agents acceptables du retour à l’ordre et avec eux les conceptions et modes de fonctionnement légitimes de l’ordre public évoluent ; par exemple le policier  marginalisé dans le premier tiers du XIX au profit des espions ou des mouchards entame un lent retour en scène; dans les faits divers se multiplient les mentions de commissaires expérimentés et habiles.

Ces récits sont un matériau où s’affichent explicitement les stratégies de moralisation et de normalisation par lesquelles le corps social entend réduire ses transgressions et réguler ses écarts. Exposé dans une langue élémentaire, qui est celle de l’école primaire, incarnée par des figures simples et immédiatement compréhensibles, souvent réduites à l’état de fonctions anthropomorphisées  (le Criminel, la Victime, le « Réparateur »), ordonné dans un système narratif clair et cohérent, leur programme constitue un excellent répertoire où lire, à l’échelle du siècle, l’évolution et la distribution des propriétés normatives.

Toutefois, il faut absolument s’interroger sur les usages et les modes d’appropriation de ces textes car il ne convient pas de réduire ces récits à l’état de simples instruments de contrôle idéologique et social. On peut voir dans ces récits, les aspirations (confuses et collectives) d’un corps social inégalement engagé dans un lent processus d’individuation, d’adoucissement des mœurs et de redéploiement des sensibilités

La consommation croissante des faits divers et des fictions criminelles signalent l’accélération du processus d’intégration culturelle et sociale des classes dominées

Ces récits jouent un rôle dans la constitution et la structuration de l’espace public

Le crime du Kremlin-Bicêtre (26 décembre 1897).Suppléments illustrés du Petit Journal
Le crime du Kremlin-Bicêtre (26 décembre 1897).Suppléments illustrés du Petit Journal

L’enquête, fiction – maîtresse.

Une profonde mutation culturelle.

On passe d’une forme de narration interne et monologique centrée sur la relation factuelle de l’événement criminel à des modes d’énonciation et de focalisation plus complexes et qui s’attache à suivre le cours d’un autre « événement », celui de l’enquête. Le basculement s’opère de la manière suivante : on passe d’une narration initialement focalisée sur le crime (son horreur, sa sauvagerie …), sur le procès et sur l’exécution à un récit chargé de constituer méthodiquement faits et responsabilités.

A la veille de la Grande Guerre les récits d’enquête représentent la moitié des récits de crimes publiés dans la presse nationale, récits dans lesquels la métaphore cynégétique est très présente.

Le mode de narration qui s’impose est celui du récit rétrospectif, dont les tâtonnements inductifs finissent par établir et par prouver la « vérité des faits ». Cette forme narrative s’impose comme le principal mode d’approche et compréhension et de production de savoir propre à la société moderne, elle s’inscrit dans un double contexte : celui d’une société devenue opaque et inintelligible après l’événement révolutionnaire et celui d’un monde bouleversé dans l’expérience d’espaces nouveaux (la ville, la ville moderne est celle de « l’homme dans la foule », de l’homme « sans qualités », abîmé dans un espace désormais sans traces ni indices naturels). Partant, cela permet de comprendre un sentiment de fragilité, d’incompréhension, de brouillage des identités et des appartenances qui engagent hommes de lettres et hommes de science à scruter le monde social pour tenter de le comprendre et de le corriger : ils sondent, lisent et interprètent une société devenue inintelligible.

Une fièvre d’auto-analyse qui s’empare du pays. Les justiciers du roman criminel rejoignent les hygiénistes et les observateurs (pensons ici aux travaux de Parent-Duchatelet)

L’enquête est le privilège de l’homme démocratique, individu doué de Raison, à la fois lecteur et électeur mais aussi enquêteur potentiel; même si le principe de la lecture participante relève d’un artifice. Le reporter, produit de l’école primaire et de la méritocratie républicaine, s’impose comme le représentant idéal en ce qu’il exprime et incarne « l’opinion publique », toujours représentée comme l’acteur collectif et anonyme de la démocratie. Hommage à Monsieur Lecoq personnage sortie de l’imagination du père du roman policier, Emile Gaboriau.

Prochain billet : Ça saigne à la Une, la presse aime le crime.

Le crime de Monte-Carlo. Supplément illustré du Petit Journal. Date représentée : 25 août 1907.
Le crime de Monte-Carlo. Supplément illustré du Petit Journal. Date représentée : 25 août 1907.

 

Durrat Al Bahrain, Persian Gulf : L’IMAGE DU JOUR DE LA NASA

Vous vous rappelez des World islands de Dubaï ? Regardez alors ce qui se passe à Barhein, ce royaume poursuit son projet de nouvelles îles touristiques dans le Golfe persique : on peut voir ici un vaste ensemble de onze îles dont cinq en forme de poissons ainsi que  deux marinas.

Durrat Al Bahrain, Persian Gulf : Image of the Day.

 

Saison XVIIIe au Musée du Louvre / L’Antiquité rêvée

Oui, oui, je vous vois venir, le Louvre n’a besoin d’aucun écho dans cette époque vouant un culte aux expositions monumentales, mais essayons de dépasser ces opinions tranchées et définitives drapant celui ou celle qui les porte d’une impériale condescendance … mais je m’emporte.

Vu de la basse cour le mini site dédié à cette exposition revêt plus d’un intérêt : d’abord tout le monde (entier) ne vit pas à Paris, puis ceux qui y vivent ne fréquentent pas forcément l’ambiance feutrée de l’entre soi régnant dans certaines expositions. Enfin, pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas se déplacer, ce mini site nous permet de voir de près des pièces rares accompagnées d’une courte notice ou des reproductions d’une grande qualité (comme celle de Piranèse ou d’Hubert). L’outil Zoom est l’occasion d’un contact avec l’oeuvre que ne permet pas tout le temps les déambulations rêveuses .

Un petit exemple avec Alcibiade recevant les leçons de Socrate de F.-A. Vincent (1777)

Saison XVIIIe au Musée du Louvre / L’Antiquité rêvée.

J’allais oublier avant de partir : en 2011, l’Antiquité rêvée c’est quoi?

Et si c’était çà :

Ou ça

Et dire que la femme de l’ambassadeur était déjà un puissant laxatif ….

Quant à ça :

Pour continuer à filer la métaphore sanibroyeur sfa, c’est un coup à se noyer dans les chiottes

Georges Brassens à la Cité de la musique.

Brassens et ses amis sur la plage de Sète © photographie Victor Laville
Brassens et ses amis sur la plage de Sète © photographie Victor Laville

Supplique pour être enterré à la plage de Sète

Expositions temporaires public – Cité de la musique.

Brassens à la Cité de la musique
Ce sera la grande exposition du printemps. Du 15 mars au 21 août, la Cité de la
musique présente une exposition qui s'appuie sur une profusion d'objets qui
renvoie à la multiplicité des univers de Brassens. Des concerts auront lieu dans l'exposition du 16 au 19
mars avec Emily Loizeau, la Compagnie des musiques à ouir, La pompe moderne ou
les Wampas.

Brassens, si comme la poule vous aimez : allez-y ou écouter encore ... les neiges d'antan 

Lilian Bourgeat, Decuplata.

LE CARRE – Scène nationale Château-Gontier.

Exposition du 8 janvier au 9 mars 2011.
La Chapelle du Genêteil, rue du Général Lemonnier – 53200 .

On y va le coeur léger porté par le divertissement contempler des oeuvres , et comme les sculptures de Duane Hanson, elles nous renvoient à quelque chose de nous : proche, intime et lointain; à notre propre altérité.

« L’Art de Lilian Bourgeat est faussement aimable. Il vous donne l’impression d’être attirant, accueillant, ou insignifiant tout aussi bien, selon vos croyances en art ou les critères sur lesquels vous pensez pouvoir vous appuyer pour évaluer les oeuvres, et il vous désarçonne…

La séduction immédiate occasionnée par l’exposition d’objets géants, parfaitement reproduits dans leurs formes et matériaux, l’aspect « art rigolo pour enfants de 3 à 103 ans », ne sont que des pièges.

Bourgeat ne crée pas seulement des reproductions tridimensionnelles d’objets à une échelle démultipliée, il crée un dispositif. Un dispositif qui englobe le spectateur et se joue de lui. Un dispositif ambivalent car il a désespérément besoin de spectateurs pour fonctionner.

Photographiées seules, la plupart de ses sculptures n’ont aucun intérêt ; on croit y reconnaître un objet banal, et si l’on ne dispose pas de l’indication de ses dimensions, sa parfaite reproduction le rend anodin.

Mais si une personne est photographiée à ses côtés, tout change alors : non seulement la taille de la sculpture est révélée, mais surtout les humains qui le jouxtent ou y prennent place paraissent ridicules. » […] Extrait du texte de Pascal Beausse, in catalogue « Le dîner de Gulliver »

(Source)

Lilian Bourgeat, Repas de Gulliver, 2008.
Lilian Bourgeat, Repas de Gulliver, 2008.