1914-1918, CULTURES DE GUERRE. Femmes, sexe et genre.

Paris pendant la guerre. Sager Xavier (1870-1930). Paris, musée de l'Armée
Paris pendant la guerre. Sager Xavier (1870-1930). Paris, musée de l’Armée

Pendant la guerre, la femme jouit, certaine envoie bouler à coups de pied dans le c… le parfait niais, une autre ressemble à une coquette au regard lascif, et que penser de ces deux femmes dont l’une arbore un canotier tout masculin ? Et si nous changions de décor ..

Trois femmes, trois activités : une ouvrière (une des fameuses « munitionnettes » travaillant dans les usines de guerre produisant des obus), une paysanne et forcément au centre comme une image de femme liant les deux autres, une mère qui allaite son nourrisson regardant sa fille lui tendre une lettre

Au second plan de l’affiche, derrière des femmes « de chair et de sang » réifiées en figure iconique, l’allégorie souveraine de la République : Marianne épaules nues, cuirassée et casquée.

Cette affiche a été réalisée à la fin du conflit par Alexandre Desvarennes. Cette affiche qui symbolise les nouvelles tâches des femmes françaises dont le texte est en anglais est la version anglaise d’un documentaire réalisé pour la section cinématographique de l’armée française. Le documentaire de propagande poursuite (encore une fois) un but bien classique, en l’occurrence il s’agit d’exalter le patriotisme et l’héroïsme. Ici, l’affiche fait la synthèse de la place nouvelle accordée à la femme pendant le temps d’un conflit et elle met en scène le dévouement nationaliste du sexe faible : observez les vêtements de ces femmes qui recomposent le drapeau tricolore.

Il n’y a ici aucun signe d’émancipation puisque l’éternel féminin prend son sens exclusif dans la maternité : la mère qui allaite est bien au centre de l’affiche, qu’elle soit ouvrière ou paysanne l’impératif de faire des enfants reste une priorité absolue, ce qui peut s’entendre dans un contexte de mort de masse. Mais contrairement à ce qui est communément admis, la guerre n’a pas favorisé le processus de l’émancipation féminine, sa fin ayant été marquée par une période de réaction à cet égard.

Dans ce propos liminaire nous posons d’emblée comme un fait acquis que la Grande guerre n’a pas émancipé les femmes, mais comment les historiens ont traité cette questions? On peut à cet égard distinguer trois grands âges historiographiques.


–          Dans les années 1970, les premiers travaux britanniques menés notamment par  (David Mitchell et Arthur Marwick découvrent des femmes à des responsabilités et à des métiers nouveaux. Ceci à conduit à nourrir une mémoire souvent hagiographique de la mobilisation féminine.

–          Dans les années 1980, on assiste à la contestation de l’idée selon laquelle la guerre aurait émanciper les femmes ; Gail Braybon ou Deborah Thom montrent dans qu’après relecture des sources et une approche posée en termes de « genre » le caractère soit provisoire soit superficiel des changements. Par sa nature et par le traumatisme qu’elle engendre, la guerre leur paraît plutôt conservatrice voire régressive en matière de rapports entre les sexes.

–          Enfin, troisième temps, dans les années 1990, Eliane Gublin, en observant la situation belge elle souligne les paradoxes des réalités quotidiennes de l’entre-deux-guerres et la persistance des discours traditionnels qui ont occulté d’importants changements dans la condition féminine, notamment en ce qui concerne le quotidien et le travail.

Mais, cette idée d’une guerre émancipatrice est assez prégnante pour tenter d’apporter des « preuves » au dossier.

L’obtention des droits politiques ne peut pas être considérée comme un récompense pour fait de guerre (06 février 1918 : le Royaume Uni universalise le suffrage masculin et instaure un suffrage féminin à partir de 30 ans ; les 1ère campagnes électorales ignorent les expériences novatrices de la guerre et construisent les électrices comme mères et épouses avant tout ; seule la mobilisation suffragiste des années 1920 conduit à l’égalité des droits politiques entre hommes et femmes).

Usine de fabrication d'armement à Lyon : les tours. Vuillard Edouard (1868-1940)
Usine de fabrication d’armement à Lyon : les tours. Vuillard Edouard (1868-1940)

Le travail à l’usine, après la démobilisation le bilan est nuancé : la baisse globale de l’activité féminine est manifeste en France et dans les autres pays européens, mais  l’expansion du travail féminin à l’usine se confirme notamment dans la grande industrie taylorisée : la métallurgie légère et l’industrie électrique confie aux femmes des travaux répétitifs non qualifiés.

Les emplois tertiaires se féminisent

En France en 1919 c’est création d’un baccalauréat féminin.

Peut-être les principales gagnantes de la guerre sont les jeunes filles de la bourgeoisie qui peuvent désormais espérer devenir des femmes actives et indépendantes.

Les travaux les plus récents (Susan Graysel) insistent sur la porosité entre le front et l’arrière : présence de nombreux hommes dans les foyers et de femmes près des lieux de bataille ; importance des correspondances. Mais, à aucun moment il ne faut oublier l’opposition entre deux types d’expériences car les hommes et les femmes vivent une chronologie différente du conflit.. La guerre remet chaque sexe à sa place (reviriliser les nations, révéler aux femmes leur « vraie nature »). Après la guerre, les femmes sont brutalement démobilisées et les hommes aspirent à une restauration (impossible) d’une pensée sociale et politique qui rétablit pour longtemps une ligne de partage entre le féminin et le masculin.

Selon G. Mosse (dont nous aurons l’occasion de reparler), la Grande Guerre  développe le mythe de la camaraderie virile et associe plus étroitement la virilité au militarisme, voire à la brutalité du combat; mais elle suscite un immense désarroi masculin et une grande nostalgie du foyer surtout à partir de 1917.

Penchons nous maintenant sur le genre dans la guerre et observons la place d’un imaginaire en termes de genre dans la culture de guerre :

–          Le discours de guerre est profondément sexualisé (angoisse d’une masculinité impuissante à défendre l’inviolabilité du corps féminin, symbole de la nation et du foyer, peut aller jusqu’à l’acquittement des mères infanticides qui ont supprimé « un petit allemand », pour preuve : La circulaire du 24 mars 1915 invite à faciliter, dans le cadre de la législation existante l’accouchement sous le secret et l’abandon de l’enfant à l’Assistance publique.

–          S’impose comme allant de soit l’équation entre pureté nationale et pureté sexuelle : dénoncer l’infidélité, la prostitution, propagande ou fantasme sur la sexualité des « non-Blancs »

Pour Françoise Thébaud il y a une double mythologie sexualisée : pureté nationale / pureté sexuelle et féminisation de l’ennemi comme décadent.

L’historienne américaine Mary Louise Roberts soutient que la reconstruction du genre sert à apaiser les anxiétés sexuelles et culturelles nées des bouleversements de la guerre et elle applique cette logique cathartique à la « garçonne ». Elle distingue trois modèles :

–          Le modèle de la femme moderne qui cristallise les peurs du changement.

–          Le modèle antagoniste et rassurant de la mère, remède moral autant que démographique.

–          Le modèle de la femme seule, active, célibataire mais chaste, qui permet aux Français de négocier le changement, de réconcilier l’ancien idéal domestique avec l’organisation sociale changeante

Et les avancées féministes dans tout ça ?

Le consentement majoritaire des féministes à la guerre est indéniable ; les féministes suspendent leurs revendications, notamment la revendication suffragiste pour parler de « devoirs » patriotiques et faire leurs preuves ; elles appellent les femmes à servir et à se mobiliser.

Certaines féministes restent fidèles à l’idéologie de la mère pacifiste : Madeleine Vernet fonde en 1917 La Mère éducative où elle milite pour une rééducation pacifiste des enfants et appelle à l’union.

Les féministes françaises de UFSF et le CNFF considèrent la guerre comme une « cause sainte » contre la barbarie et le militarisme prussien.

Le consentement de cette élite est-il celui des femmes dans leur ensemble ?

C’est surtout la résignation face à un conflit inévitable et lassitude d’un combat qui dure

Toutefois, il existe chez les féministes un pacifisme plus politique :

–          Au congrès international de La Haye pour la paix future en avril 1915 et organisé par la féministe américaine Jane Adams fondatrice en janvier du Parti de la paix aux  Etats-Unis ; cela débouche sur un Comité international des femmes pour la paix permanente et qui devient en 1919 la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté qui travaille à la dénonciation du lien entre militarisme et sujétion des femmes.

–          Hélène Brion affirme ;  « je suis ennemi de la guerre parce que féministe. La guerre est le triomphe de la force brutale, le féminisme ne peut triompher que par la force morale et la valeur intellectuelle » ; la secrétaire générale du syndicat des instituteurs et institutrices épouse une position minoritaire qui échoue devant la force des nationalismes.

Voici un texte très intéressant que je n’ai pas eu le temps de fouiller comme il se devrait mais que je livre à votre lecture.

Autochrome de la guerre 1914 1918. Groupe à l'hôpital 66 : infirmières, militaires, médecins devant une baraque
Autochrome de la guerre 1914 1918. Groupe à l’hôpital 66 : infirmières, militaires, médecins devant une baraque

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3 thoughts on “1914-1918, CULTURES DE GUERRE. Femmes, sexe et genre.

  1. moi j’ai vu les femmes travailler dans les campagnes aux champs de labours en1944 j’avais 14 ans en 1944 le mari était au front pauvre France de l’époque

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