Les neuf Preuses

les neuf Preuses. Le château de Manta.
les neuf Preuses. Le château de Manta.

Etonnant : en écrivant ce texte, le correcteur d’orthographe souligne d’une petite vague rouge le féminin de preux. Corrigeons cette injustice et penchons nous sur le pendant féminin des Neuf Preux.

Alors que le Moyen Âge a développé l’image d’une femme soumise et chrétienne, confinée à la sphère privée et surtout non armée, voilà qu’il propose au cours de ses dernières décennies des représentations de guerrières, armées de pied en cap, images élégantes, valorisées et positives d’une Antiquité païenne, qui bénéficient d’un succès éclatant. Issues d’un modèle masculin, les Neuf Preuses acquièrent rapidement leur propre renommée en opposition totale à l’idéal féminin prôné depuis des siècles !

 Tout d’abord, l’incarnation des valeurs chevaleresques (l’honneur, la prouesse) en la personne du preux remonte au XIème siècle; au XIVème siècle, le poète Jacques de Longuyon lui donne sa forme quasi définitive dans le Vœux du paon. J. de Longuyon compose un roman en vers entre 1312 et 1313, à la cour de l’évêque de Liège, le succès est immédiat. Il réunit pour la 1ère fois des héros répartis en trois triades : païenne, juive, chrétienne.

Il établit le canon des Neuf Preux, repris par Guillaume de Machaut et Eustache Deschamps. Ce canon n’évolue plus jusqu’ à la fin du Moyen Age, sont réunis dans la première triade Hector, Alexandre et César ; dans la deuxième Josué, David et Judas Macchabée ; enfin Arthur, Charlemagne et Godefroy de Bouillon composent la dernière triade. Le succès est européen : traductions, gravures, tapisseries … jusqu’aux cartes à jouer.

Les Preux : Judas Maccabée. milieu du 16e siècle. Nouailher Colin (actif 1539-connu jusqu'en 1567).
Les Preux : Judas Maccabée. milieu du 16e siècle. Nouailher Colin (actif 1539-connu jusqu'en 1567).

Au cours de la 2ème moitié du  XIVème siècle apparaissent les Neuf Preuses issues de l’histoire ou de la mythologie antique. L’inventeur des Preuses est peut-être Jehan Le Fèvre, officier au parlement de Paris et auteur connu en son temps. Entre 1373 et 1387, il compose le Livre de Lëesce

Qui sont –elles ? On compte quatre reines preuses et cinq amazones preuses

Sémiranis, reine de Babylone.

Sémiranis.
Sémiranis.

Sinope, Hippolyte, sa sœur, Ménalippe, Lampeto et Penthésilée souveraines des Amazones.

Tomirys, qui a vaincu l’empereur perse Cyrus. Teuca reine d’Illyrie, combat contre Rome. Déiphyle, femme de Tydée roi d’Argos, qui a vaincu Thèbes.

Mais cette liste, à l’inverse de celle des Neuf Preux, ne fut jamais véritablement fixée. Dans les pays germaniques, on substitue aux Amazones et reines de l’Antiquité une triade juive avec Esther, Judith et Yael, une triade païenne avec Lucrèce, Veturia et Virginie, et une triade chrétienne avec Sainte Hélène, Sainte Brigitte, et Sainte Elisabeth.

Les Preuses sont aussi représentées en guerrières casquées, avec armure, armes, et écus armoriés.

Elles rencontrent le même succès iconographique que leur pendant masculin (les ducs de Berry et de Bourgogne possèdent des « tappiz des Neuf Preuses »). De son vivant, Jeanne d’Arc est qualifiée de « dixième Preuse ». A la suite de Jehan Le Fèvre, c’est Eustache Deschamps à la fin du XIVème siècle qui s’empare du thème, dans une balade intitulée Il est temps de faire la paix et un poème Si les héros revenaient sur terre ils seraient étonnés.

Oeuvres complètes d’Eustache Deschamps.

Au début du XVème siècle, Christine de Pizan évoque les Preuses dans son Livre de la Cité des Dames.

La sculpture s’empare du thème, le château de Coucy les met à l’honneur. Neuf statues sculptées au dessus du manteau d’une cheminée monumentale. Les statues ont aujourd’hui disparu, on peut tout de même les imaginer grâce aux dessins qu’avait réalisés Androuet du Cerceau au XVIème siècle repris au XIXème siècle par Viollet le Duc

A la Ferté - Milon, le duc d’Orléans fait ériger des statues monumentales des preuses, en 1399
A la Ferté - Milon, le duc d’Orléans fait ériger des statues monumentales des preuses, en 1399
Vue du château de la Ferte-Milon
Vue du château de la Ferte-Milon

Pour en savoir en peu plus sur cette illustration et ce château : la seigneurie de La Ferté est sans doute d’existence très ancienne, mais n’apparaît dans les textes qu’au XIe siècle. Feritas Milonis acquiert une certaine importance au XIIIe siècle et est vraisemblablement dès cette époque le chef-lieu d’une prévôté et d’une châtellenie royales. L’ancienne ville était cernée d’une enceinte urbaine, encore partiellement visible de nos jours, datée par Jean Mesqui du début du XIIIe siècle. Après 1380, le comté de Valois tombe dans l’escarcelle de Louis, frère du roi Charles VI et futur duc d’Orléans. Après 1392-1393, le prince fait débuter l’énorme chantier de la Ferté. Il termine parallèlement le château de Pierrefonds. Son assassinat par des sicaires à la solde de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, le 23 novembre 1407, vient mettre un coup d’arrêt définitif aux travaux. Le rêve de Louis d’Orléans reste inachevé. La place se révèle toutefois suffisamment puissante pour soutenir victorieusement un siège en 1423. Henri IV ordonne le démantèlement de la place en 1594. La colossale façade se dresse sur le rebord d’un vaste plateau dominant le cours de l’Ourcq. Elle mesure une centaine de mètres de long pour une quarantaine de hauteur. Un large et profond fossé sec la protège du côté extérieur. Elle est flanquée de quatre tours de formes géométriques diverses. Celle située au nord, partiellement détruite, est carrée et ses angles sont garnis de contreforts. Au centre, deux tours en amande enserrent une porte cyclopéenne en ogive défendue par un assommoir, taillée, semble-t-il, pour quelque race divine aujourd’hui disparue. Leurs éperons, très saillants, présentent la particularité d’être désaxés. Cela confère à l’ensemble un aspect très harmonieux et assez unique. La tour sud enfin, cylindrique à l’origine, est aux deux tiers dérasée. Tours et courtines possèdent la même élévation. Des mâchicoulis à quatre degrés courent ininterrompus au faîte de l’édifice. Les murailles sont percées de nombreuses fenêtres, autrefois grillées. Elles étaient sans doute, pour les plus grandes, à meneaux. Leur présence, même dans les étages inférieurs, laisse entrevoir la volonté de l’architecte de limiter la défense aux seuls sommets. La Ferté-Milon s’inscrivait donc bien dans la logique essentiellement résidentielle des plus grands chantiers contemporains. Les motifs décoratifs dispersés sur toute la façade renforcent encore cette impression. Chaque tour est dotée d’une niche au cadre ciselé, abritant la statue de l’une des Neuf Preuses, thème très couru parmi la noblesse en ce XVe siècle naissant. Au dessus de la porte enfin, trône un exceptionnel haut relief représentant le couronnement de la Vierge. La délicatesse des sculptures souligne la recherche permanente de l’esthétisme absolu

(Source)

Violet le Duc à qui l’on doit un Moyen âge totalement revisité au XIXème siècle (on aime ou pas !!), a également mis la main à la pâte en « reconstruisant » la cheminée du château de Pierrefonds. Edifice construit par Louis d’Orléans à partir de 1396.

La Salle des preuses au château de Pierrefonds après la restauration de M. E. Viollet-le-Duc
La Salle des preuses au château de Pierrefonds après la restauration de M. E. Viollet-le-Duc
Salle des Preuses du château de Pierrefonds. Planche f du "Album du cabinet d'armes de Sa Majesté l'empereur Napoléon. 1867
Salle des Preuses du château de Pierrefonds. Planche f du "Album du cabinet d'armes de Sa Majesté l'empereur Napoléon. 1867

Penthésilée, la reine des Amazones à Angers. (dans un article passionnant, S. CASSAGNES-BROUQUET analyse la tenture d’Angers mettant en scène Penthésilée)

Penthésilée, tapisserie du château d’Angers, début XVIe siècle.  Musée du château d’Angers, cliché J.-P. Cassagnes.
Penthésilée, tapisserie du château d’Angers, début XVIe siècle. Musée du château d’Angers, cliché J.-P. Cassagnes.

La tenture d’Angers adopte un fond vert sombre éclairé par de multiples bouquets de fleurs jaunes et rouges, caractéristiques du style des tapisseries dites à « mille fleurs » fort en vogue à l’extrême fin du Moyen Âge. Ces tentures, produites de façon presque industrielle dans les ateliers des lissiers du nord du royaume de France et dans les villes de Flandres et de Brabant étaient destinées à orner les demeures aristocratiques et princières. Le goût des bergeries et des pastorales, les petites touches naturalistes, évoquées à Angers par la présence de deux petits lapins dans la bordure inférieure, sont partagés par de nombreuses tentures de l’époque, dont la célèbre Dame à la Licorne, une tapisserie à peu près contemporaine de celle d’Angers. Ces décors champêtres se peuplaient parfois de motifs héraldiques à la gloire de leurs commanditaires et plus rarement, pour les ouvrages de grand prix, de personnages et de scènes historiées souvent accompagnées de légendes en vers les explicitant. Au sommet de la tenture, une inscription en langue française, tissée en lettres gothiques noires sur fond blanc, sert de légende à la scène qu’elle domine. Une élégante jeune femme, au canon très étiré selon la mode du temps, se détache sur le fond des mille fleurs ; elle porte un petit casque à l’antique, une cuirasse dorée sous une longue jupe bleue ouverte un peu au-dessous de la taille. Elle laisse apparaître une jambe protégée par une jambière de métal doré et un pied chaussé d’une botte de cavalière. L’aspect militaire de son costume n’ôte rien à l’élégance courtoise de cette héroïne qui tient dans sa main droite un bâton de commandement et un cimeterre dans la main gauche. La jeune femme s’avance avec une tranquille assurance vers le spectateur, le pied gauche en avant, le visage impassible. À l’extrême gauche de la tapisserie, on devine ses armoiries disposées sur un écu, ce sont trois têtes féminines couronnées. Cet emblème héraldique ainsi que l’inscription sommitale permettent d’identifier ce personnage de guerrière sous les traits de Penthésilée.

Au grand siège de Troie Diomèdes requis,

À terre l’abatis tant qu’il en est mémoire

Avec mon armée tant d’honneur ay acquis

Que entre les princes suis en bruyt triumfatoire.

La légende met en avant les prouesses de la reine des Amazones. Sans même qu’il soit besoin de prononcer son nom, le public aristocratique qui avait la possibilité de contempler cette tapisserie l’identifiait sans peine. La tenture n’était d’ailleurs pas isolée à l’origine. Elle devait être beaucoup plus importante et comprendre au moins une série de neuf personnages, les neuf preuses, dont seule Penthésilée a été conservée. Elle a été découpée au niveau des armoiries de la reine à une époque inconnue. Peut-être appartenait-elle à une série encore plus ample figurant les neuf figures des preux et celles des preuses

(Source)

De nombreux ordres de chevalerie se créent qui acceptent les femmes dans leurs rangs: l’ordre de la Jarretière (Angleterre), les ordres de la Passion et du Porc-Espic (France)

La mode des Neuf  Preuses résiste pendant quelques décennies dans l’Europe du Nord Ouest, avant d’être balayée par de nouvelles figures d’héroïnes, plus pacifiques et plus chrétiennes

Comment comprendre le succès des neuf Preuses ?

Suivons les hypothèses émises par la médiéviste :

Le succès des Neuf Preuses est sans aucun doute à mettre en rapport avec le contexte guerrier que connaissent les régions où il s’épanouit aux XIVe et XVe siècles. L’apparition d’un dixième preux, puis d’une dixième preuse, permet d’éclairer d’un jour nouveau cet aspect de la question. Guillaume de Machaut eut le premier l’idée d’utiliser le thème des Preux à des fins politiques en créant un dixième preux dans son poème, la Prise d’Alexandrie, sous les traits de Pierre de Lusignan. Eustache Deschamps propose avec succès le connétable du Guesclin pour tenir ce rôle. Très vite, l’idée se fait de maintenir une symétrie entre les canons masculin et féminin en inventant une dixième preuse. De son vivant même, Jeanne d’Arc est qualifiée de Preuse. Un clerc français installé à Rome évoque en 1429 l’impact de la délivrance d’Orléans et n’hésite pas à comparer Jeanne à Penthésilée, la reine des Amazones. Au même moment, Christine de Pizan la compare aux neuf Preuses en précisant qu’elle les surpasse, dans son poème intitulé le Ditié de Jehanne d’Arc dans lequel elle évoque la victoire d’Orléans et le couronnement du Dauphin.

Hester, Judith et Delbora,

Qui furent dames de grant pris,

Par lesquels Dieu restora

Son peuple, qui fort estoit pris,

Et d’autres pluseurs ay apris

Qui furent preuses, n’y ot celle,

Mains miracles en a pourpris

Plus a fait par ceste Pucelle.

On peut penser que la facilité étonnante de l’accueil fait à la pucelle de Donrémy à la cour de France avait été préparée par les décennies de succès du thème des Preuses et la mode de la egregia bellarix.

Comment interpréter ce succès ? S’agit-il d’une simple mode, ou bien révèle-t-il, à l’instar de l’intervention de Jeanne d’Arc sur la scène politique et militaire, une crise beaucoup plus profonde ? Les Amazones représentent un bouleversement de l’ordre naturel ; en refusant la destinée qui leur est assignée, ces guerrières entrent dans le monde de la barbarie pour les auteurs antiques, repris par les Pères de l’Eglise et les compilateurs médiévaux. Cependant, le caractère « extraordinaire » de ces femmes guerrières peut aussi être utilisé pour légitimer l’ordre social existant. Il convient de rappeler ici que le thème littéraire des Neuf Preuses et son illustration iconographique sont des créations d’hommes, issues de l’imaginaire masculin, même si ils sont populaires auprès des femmes de l’aristocratie. Ils apparaissent dans un contexte guerrier catastrophique qui remet en cause la place de la chevalerie dans la société des trois ordres. La chevalerie occidentale est en crise comme l’a si bien démontré en son temps Johann Huizinga : « en tant que principe militaire, la chevalerie était devenue insuffisante; la tactique avait depuis longtemps renoncé à se conformer à ses règles ; la guerre aux XIVe et XVe siècles était faite d’approches furtives, d’incursions, et de raids ». Plus récemment, Philippe Contamine s’est à nouveau interrogé sur cette crise de la chevalerie à la fin du Moyen Âge, en soulignant que si elle décline dans la réalité guerrière, la chevalerie n’en demeure pas moins un modèle toujours exalté. Pour reprendre ses termes, le « phénomène ne mord plus sur la réalité, il s’évade dans l’imaginaire ».

Château de Coucy-le-Château-Auffrique : donjon, sculptures exposées, détails. Détails : têtes d'un preux et d'une preuse provenant des cheminées.
Château de Coucy-le-Château-Auffrique : donjon, sculptures exposées, détails. Détails : têtes d'un preux et d'une preuse provenant des cheminées.

Cette crise de la chevalerie sur laquelle s’était fondé l’ensemble des valeurs des hommes de l’aristocratie de France et d’Angleterre s’est probablement doublée d’une crise de la masculinité. Pour les femmes de la noblesse française, la guerre permanente signifie souvent l’absence des hommes, temporaire ou définitive, et la nécessité d’agir par elles-mêmes. La chevalerie, déchue de son rôle militaire, demeure pourtant un idéal de vie masculin, un idéal remis en question, plus fragile, auquel les femmes sont désormais invitées à participer. De nouveaux ordres se créent qui acceptent les femmes dans leurs rangs : comme l’Ordre de la Jarretière, l’Ordre de la Passion, l’Ordre du Porc espic. La chevalerie se fait courtoise, art de vie, elle se féminise. C’est alors qu’apparaissent les premières représentations de guerrières, Preuses et Amazones, armées de pied en cap.

(Source)

Vous vous souvenez, le Minotaure nous a occupé il y a quelques semaines, vous savez aussi que le nom de cet être hybride est aussi celui d’une revue surréaliste éditée par A. Skira entre 1933 et 1939. En 1936, Raoul Ubac y entame un travail sur le thème du combat de Penthésilée, reine des Amazones, l’une des neuf Preuses de l’Autonme du Moyen Age (J. Huizinga).

Le Combat de Penthésilée I. Ubac Raoul (1910-1985)
Le Combat de Penthésilée I. Ubac Raoul (1910-1985)
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Au cœur d’une villa gallo-romaine : la villa de Loupian.

Mon coup de cœur de la semaine : un retour en Gaule romaine.

Vous connaissez le site consacré aux « Grands sites archéologiques », édité par le ministère de la Culture et de la Communication au sein du Département de l’enseignement supérieur, de la recherche et de la technologie (Secrétariat général / Service de la coordination des politiques culturelles et de l’innovation / DREST), en collaboration avec la Direction générale des patrimoines, j’ai déjà eu l’occasion de vous en parler à propos des épaves corsaires de la Natière ; voici la dernière venue : la villa de Loupian

villa loupian
villa loupian

 À l’occasion des journées nationales de l’archéologie les 21 et 22 mai, le ministère de la Culture et de la Communication lance le site Internet villa.culture.fr qui offre des restitutions 3D inédites de la villa de Loupian située dans l’Hérault. Cette production multimédia a donné lieu à une reconstitution virtuelle de grande qualité évoquant les principaux moments de l’évolution de ce grand domaine.


En cliquant sur la loupe, vous aurez accès à une vue intérieure du bâtiment sélectionné.

Qu’est-ce qu’une villa romaine ?

L’époque romaine voit l’émergence et la diffusion d’un modèle d’exploitation agricole fondé sur de grands domaines : les villas. La fouille de l’une de ces grandes exploitations, à Loupian sur le littoral languedocien, dévoile une facette du monde rural de la Gaule romaine, avec ses grands propriétaires qui partageaient leur temps entre otium (temps du repos et de l’étude) et negotium (le temps des affaires), ses domaines agricoles exploités par une main-d’œuvre d’esclaves.

Parmi les trésors de Villa-Loupian, des mosaïques polychromes exceptionnelles. Grâce à une scénographie originale ainsi qu’une très riche iconographie, le site Internet invite à la découverte d’une résidence rurale qui a été minutieusement fouillée depuis les années 60 et étudiée avec son espace domanial. La visite virtuelle de la villa reconstituée au fil des siècles, ainsi qu’un panoramique 360° des superbes mosaïques polychromes de l’Antiquité tardive dévoilent des vues exceptionnelles de cette villa. Le site présente une mine de données vivantes accessibles à tout public, témoignant du renouveau permanent de la recherche sur les villas en Gaule romaine, de l’état le plus récent des connaissances, et de la diversité des expressions architecturales à travers les provinces gauloises.


La navigation est très simple, pour visiter virtuellement la villa et explorer ses mosaïques. Sur le plan vous cliquez sur la mosaïque de votre choix (ici la mosaïque M), vous aurez une vue panoramique de l’intérieur de la villa et des fouilles qui s’y déroulent, de plus vous pourrez admirer la reconstitution de la mosaïque sur laquelle vous pouvez zoomer et lire un texte de présentation :

Texte sur la mosaïque aux chardons.
Texte sur la mosaïque aux chardons.

Le site Internet présente une mine de données vivantes et accessibles à tout public sur le renouveau permanent de la recherche sur les villas en Gaule romaine, sur l’état le plus récent des connaissances, et sur la genèse des grands domaines. Au delà de Loupian, la diversité des expressions architecturales dans les provinces gauloises est présentée à travers 14 villas réparties dans tout le territoire, sélectionnées parmi les milliers de villas localisées sur la carte archéologique nationale.

Par exemple, vous pouvez visiter une villa arverne située au sud de Clermont-Ferrand. Il s’agit d’une villa édifiée à la fin du Ier siècle sur deux hectares, cette villa occupée jusqu’au début Vème siècle fait une large part aux activités agricoles.

villa gallo romaine.  Forge à tondre
villa gallo romaine. Forge à tondre

Les fouilles ont mis à jour de nombreux indices indiquant le luxe qui caractérise cette villa, on y trouve aussi un balnéaire de 300 m² c’est-à-dire un ensemble destinée aux bains, à la toilette et abritant aussi des thermes.

villa gallo romaine beaumont, vue partielle du secteur balnéaire.
villa gallo romaine beaumont, vue partielle du secteur balnéaire.

Bonne visite ….

VILLA LOUPIAN EN LANGUEDOC.


Le maître des Cassoni Campana. Ariane à Naxos. Ariane et Bacchus.

Nous voici parvenus au dernier acte de cette histoire. Grâce à Ariane, Thésée réussit à sortir du labyrinthe construit par Dédale, un parcours plus redoutable encore que l’affrontement direct avec le monstre qui y vivait, le Minotaure.

Le maître des Cassoni Campana. Ariane à Naxos.
Le maître des Cassoni Campana. Ariane à Naxos.

Thésée quitte l’île de Minos accompagnée d’Ariane et de Phèdre. Je ne sais pas ce qui se passe sur le bateau mais l’équipage débarque à Naxos : Ariane est abandonnée et à gauche on voit le nouveau couple Phèdre et Thésée rejoindre leur bateau qui a gardé sa voile noire.

Que se passe t-il maintenant pour Ariane ? Ariane seule, abandonnée, trahie rencontre Bacchus (ou Dionysos). Voici comment celui qui nous intéresse, le maître des Cassoni Campana, met en scène cette rencontre. Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer Dionysos (« né deux fois ») conçu par Zeus et Sémélé et né de la cuisse de Jupiter, il devra échapper à l’ire d’Héra. Adulte, il découvre l’usage de la vigne, il est le dieu du vin de l’inspiration : dans l’Antiquité il était fêté au cours de grandes processions où défilaient les génies de la terre et de la fécondité : les processions bacchiques ou bacchanales.

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Ariane abandonnée par Thésée est consolée par Dionysos qui  arrive sur un char suivi d’un cortège composé de buveurs, de faunes, de faunillons, de bacchantes et de musiciens. Le char sur lequel trône un Dionysos nu et gras est décoré de pampres, le dieu est couronné de feuilles de vigne et tient un thyrse recouvert de lierre. Il est tiré par un fantastique attelage de chevaux à tête de serpent. La joyeuse troupe se déplace au rythme d’une musique entrainante : les instruments à vent et à percussion sont là pour accroître l’effet de l’ivresse. On reconnait un tambour de basque à sonnailles et une salpinx recourbée.

On trouve ici tous les attributs végétaux de Dionysos : le pampre, la pomme de pin qui exprime la pérennité de la vie végétale.

C’est Ovide qui nous raconte les amours d’Ariane et du dieu :

Cependant le dieu, sur son char, couronné de raisins, lâchait les rênes dorées aux tigres qui le traînaient. La jeune fille perdit tout à la fois les couleurs, le souvenir de Thésée, et la voix. Trois fois elle voulut fuir, trois fois la frayeur la retint. Elle frissonna, comme tremble l’épi stérile agité par le vent, comme tremble le roseau léger dans l’humide marais. Le dieu lui dit : « Je viens pour te vouer un amour plus fidèle ; cesse de craindre ; c’est Bacchus qui sera ton époux, fille de Gnosse. Comme présent je te donne le ciel ; au ciel tu seras un astre que l’on contemple ; souvent le vaisseau indécis se dirigera sur la Couronne de la Crétoise ». Il dit et, de peur que les tigres n’effraient Ariane, saute de son char (la trace de ses pas s’imprime sur le sol) ; il la serre contre sa poitrine et l’enlève (en effet elle n’aurait pu résister) ; est-il rien de difficile à la puissance d’un dieu ? Les uns chantent « Hyménée », d’autres crient « Evius, Evohé ». C’est ainsi que sur la couche sacrée s’unissent la jeune épouse et le dieu.

Ovide, Art d’aimer, I, 547-562.

Pendant qu’Ariane s’en donne à cœur joie à Naxos, Thésée et Phèdre partent vers Athènes. Vous connaissez la suite : Egée, le père de Thésée voyant la voile noire hissée croit son fils mort, il se jette du haut des murs de la ville et se noie dans la mer qui porte depuis son nom.

La rencontre d’Ariane et de Bacchus – Dionysos a souvent été mise en scène, voici quelques exemples parmi les plus célèbres.

Sebastino Ricci, Bacchus et Ariane, 1700-1710.
Sebastino Ricci, Bacchus et Ariane, 1700-1710. Source
Titien, Bacchus et Ariane, 1520-1523, National Gallery, Londres.
Titien, Bacchus et Ariane, 1520-1523, National Gallery, Londres.

Titien a une quarantaine d’année quand il peint cette huile destiné au studiolo d’Alphonse d’Este qui voulait créer dans son château de Ferrare une galerie habillée de tableaux antiques. En lisant le guide de la National Gallery, on apprend que le commanditaire aurait probablement fourni les poèmes de Catulle et d’Ovide, pour en savoir plus, vous pouvez lire cet exposé : Ariane et Bacchus.

Chez Titien, le char de Bacchus est tiré par des guépards, il ouvre la voie à un cortège se déplaçant au rythme des cymbales et des tambours où l’on rencontre des ménades et des satyres.

Le magnifique Bacchus sort de son char comme s’il volait et regarde Ariane, Ariane et Bacchus animés d’un même mouvement se détachent sur un fond bleu outremer.

Tiziano Vecellio, La Bacchanale à Andros, 1523-1525. Huile sur toile. 175 x 193 cm. Musée du Prado, Madrid.
Tiziano Vecellio, La Bacchanale à Andros, 1523-1525. Huile sur toile. 175 x 193 cm. Musée du Prado, Madrid.
Rubens Peter Paul (1592-1640)  Bacchanale et Ariane endormie (d'après Titien) Huile sur toile,  200 x 215 cm. 1628 Stockholm, Musée National.
Rubens Peter Paul (1592-1640) Bacchanale et Ariane endormie (d’après Titien) Huile sur toile, 200 x 215 cm. 1628 Stockholm, Musée National.
Natoire Charles Joseph (1700-1777), Bacchus et Ariane, 1743. Château de Versailles.
Natoire Charles Joseph (1700-1777), Bacchus et Ariane, 1743. Château de Versailles.
Van Mieris Willem, le Jeune (1662-1747). Bacchus et Ariane. 1730, Musée des Beaux Arts de Valenciennes.
Van Mieris Willem, le Jeune (1662-1747). Bacchus et Ariane. 1730, Musée des Beaux Arts de Valenciennes.
Van Everdingen Allaert (1621-1675). Bacchus et Ariane à Naxos, 1660. Allemagne, Dresde.
Van Everdingen Allaert (1621-1675). Bacchus et Ariane à Naxos, 1660. Allemagne, Dresde.

Je ne peux m’empêcher de clore ce cycle par cette formule lapidaire qui servira de morale à l’histoire : quand on se fait larguer sur une île par un merdeux qui se la joue en armure, se dire que le bon coup est à venir

Verre à pied à décor gravé. Le char de Bacchus et Ariane.
Verre à pied à décor gravé. Le char de Bacchus et Ariane.

 

Retourne ton champs pov’ Martin, t’auras les poches pleines.

Si le Sicilien met son nez dans la poubelle, le Normand retourne son champ et comme dans une fable de la Fontaine, le paysan tourne, retourne, laboure car « c’est le fonds qui manque le moins ».. bref, chez La Fontaine le pov’ Martin y retourne, y retourne et y voit pas grand chose avant la moisson prochaine. Ici, l’histoire change :

Dimanche, près de Sainte-Mère-Eglise dans la Manche, en nettoyant son champ, un homme découvre un bout de fer qui dépasse du sol. Cela lui a permis de découvrir un pot en terre cuite contenant pas moins de 40 kg de pièces romaines datant du IVe siècle après J.C

Après avoir contacté la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) et l’université de Caen, l’inventeur du trésor l’a remis à des experts. Les pièces ont ainsi été confiées au laboratoire du Centre de recherche archéologique et d’histoire des monnaies et antiquités de l’université de Caen. Là, les pièces seront nettoyées puis authentifiées par le Centre de recherche.

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Bien avant toi, l’Etat. Découverte du plus vieux texte en Europe

Une plaquette d’argile cuit vieille de plus de 3.000 ans, considérée comme le plus vieux texte écrit et déchiffrable en Europe, a été découverte dans une ancienne « décharge » du Péloponnèse, a indiqué mardi à l’AFP un archéologue, enseignant à l’Université de Missouri (USA).

Mise au jour lors de fouilles sur une colline d’Ikléna, un petit village du département de Messène, à 300 km au sud-ouest d’Athènes, cette plaquette est apparemment « un document financier » en provenance d’une ancienne ville mycénienne, a expliqué l’archéologue, Michael Cosmopoulos, joint via mail par l’AFP.

La tablette d’argile cuit a un siècle de plus que les précédentes découvertes similaires mises au jour jusqu’ici.

« Il s’agit de la plus ancienne plaquette découverte en Grèce, donc la plus ancienne en Europe », a déclaré M. Cosmopoulos dans un mail.

« Sur l’une des faces de la plaquette figurent des noms et des chiffres et sur l’autre un verbe qui renvoie au verbe confectionner », a-t-il précisé.

L’inscription sur la plaquette est en Linéaire B, une écriture utilisée par les Mycéniens de l’âge de bronze (1.600 avant notre ère), l’époque de la guerre de Troie décrite dans l’Iliade de Homère.

Les fouilles, supervisées par l’Ecole d’archéologie d’Athènes et financées en partie par la National Georgraphic Society, avaient commencé en 2006 et avaient mis au jour les ruines d’une grande structure avec des murailles immenses, des fresques et un système de drainage avancé, datant de 1550-1440 avant notre ère.

Selon M. Cosmopoulos qui dirige les fouilles, le site avait probablement été détruit aux alentours de 1400 avant notre ère avant d’être envahi par le royaume proche de Pylos, dont le roi Nestor est mentionné dans l’Iliade.

« La mise au jour de la plaquette suggère que l’écriture était beaucoup plus ancienne que ce que l’on croyait jusqu’ici », estime cet universitaire.

L’Ecole d’archéologie d’Athènes doit prochainement consacrer une publication à la découverte, déjà publiée par National Geographic, tandis que la plaquette sera présentée au public par Cynthia Shelmerdine, une spécialiste de l’écriture mycénienne de l’Université d’Austin (Texas), qui est la première à l’avoir déchiffrée, selon M. Cosmopoulos.

Copyright © 2011 AFP

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L’Empire romain dans ta poubelle.

Un site archéologique du IIe siècle a été découvert sous une décharge illégale en Campanie, dans la banlieue de Naples, à Pouzzoles, ville déjà riche d’un grand amphithéâtre, de plusieurs temples et d’un très beau marché en bord de mer.

Enfoui sous quelque cinquante-huit tonnes d’ordures, un mausolée romain du IIe siècle. Un monument d’une grande valeur archéologique, selon les premières analyses des experts, qui aurait peut-être été pillé avant d’être recyclé en décharge sauvage.

Un nouveau pavé dans la mare déjà nauséabonde de la gestion du patrimoine archéologique italien.

La crise des ordures – bien connue des Napolitains – vient de croiser inopinément celle du patrimoine historique italien. À Pozzuoli, dans la banlieue de Naples, la Guardia di Finanza a en effet découvert, mercredi, enfoui sous quelque cinquante-huit tonnes d’ordures, un mausolée romain du IIe siècle. Un bijou de haute valeur archéologique, selon les premières analyses d’experts.

C’est au cours de l’inspection d’une décharge illégale que les policiers italiens ont mis au jour le site. Il leur est apparu, en effet, qu’un bâtiment du XIXe siècle avait été partiellement abattu pour dissimuler des déchets. Et, en faisant déblayer les débris du bâtiment, ils ont découvert l’entrée ornée de marbre d’un site archéologique dont les décors en stuc sont encore partiellement conservés. « Les gravats cachaient l’entrée principale, a expliqué aux médias Michel Ciarlo, commandant de la Guardia di Finanza. Mais il existe aussi des entrées latérales qui, elles, ont été recouvertes par des amoncellements de pneus ». Il est possible en outre, selon la presse italienne, que le site ait été pillé avant d’être recouvert par la décharge. Le propriétaire et l’utilisateur du terrain sont aujourd’hui poursuivis pour violation de la législation sur la protection de l’environnement et du patrimoine archéologique national.

Patrimoine en péril

« On a raison de dire qu’en fouillant dans les ordures on peut découvrir des trésors, ironise dans Corriere del Mezzogiorno Michele Buenomo, président de l’association de défense de l’environnement Legambiente Campania. Une fois de plus, nous nous trouvons devant un acte illégal et incivique d’une exceptionnelle gravité du point de vue de l’écologie, de l’histoire et de l’art. L’épisode d’aujourd’hui témoigne aussi de la dégradation, de l’incurie et de l’abandon dont souffre souvent notre patrimoine historique et artistique. »

C’est que le mausolée de Pozzuoli s’ajoute à une longue liste de sites dégradés ou laissés à l’abandon en Italie. Une situation de crise que des effondrements successifs à Pompéi, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, ont mise sur le devant de la scène durant l’hiver 2010. Même si le gouvernement italien s’était défendu, ces dégradations sans précédent avaient provoqué un véritable tollé dans le pays et à l’étranger. Et de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer la gestion et les budgets hasardeux du gouvernement Berlusconi en la matière.

Le débat pourrait se trouver relancé sous peu. Pompéi a en effet reçu, en janvier 2011, la visite d’inspecteurs de l’Unesco. Il leur reviendra, lors de la remise de leur rapport en juin 2011, d’inscrire Pompéi sur la liste du patrimoine en péril. Une telle décision aurait certes quelque chose d’un camouflet pour les autorités italiennes ; elle serait aussi une injonction d’ensemble à préserver les trésors archéologiques du pays.

Source : Le point, 22 avril 2011.

La carte mondiale des Unes : NewseumToday’s Front Pages Map View

Newseum | Today’s Front Pages | Map View.

Ami de la presse, bouffeur inconsidéré de papier voici un site qui devrait te ravir: La carte mondiale des unes de quotidiens.

Le site du musée sur les médias de Washington a mis en ligne une carte interactive qui propose, chaque jour, la une de nombreux quotidiens paru dans le monde

Cliquez sur la carte interactive des Etats-Unis et dans la fenêtre de droite vous aurez un aperçu de la Une en question (de nombreux quotidiens sont américains sont en ligne). L’intérêt pour les êtres polyglottes, groupe très fermé auquel mon affiliation a été maintes fois refusée, est la possibilité des pouvoir consulter les unes de nombreux pays : au moins on peut choisir un pays dont on parle la langue. Pensiez-vous bien que j’essayai la langue de Molière : sur l’ « Hexagone » seul « Le Courrier Picard » est référencé. Bizarre bizarre, voilà un site qui me propose ce que je considère être une ouverture et qui, dans le même temps me contraint en réduisant la presse à un (bon) quotidien de presse régionale.

Vous pouvez vous en donner à cœur joie avec newseum ……

Le maître des Cassoni Campana. Puis Thésée tua le Minotaure

Troisième acte du drame : Thésée et le Minotaure.


Thésée et le Minotaure. Entre 1510 et 1520 collection Campana. Maître des Cassoni Campana (début 16e siècle).

Poursuivons la lecture de la légende crétoise illustrée par un artiste anonyme connu sous l’appellation « Maitre des Cassoni Campana ». Le troisième épisode présenté ici est le plus connu : Thésée et le Minotaure  Vous vous souvenez qu’à la suite du saccage d’Athènes par le roi Minos, la cité d’Attique doit verser un tribut de sept jeunes filles et sept jeunes garçons. Thésée le fils du roi d’Athènes, Egée, se porte volontaire pour se rendre en Crète.

Le Minotaure monstre né de l’amour adultérin de Pasiphaé avec un taureau sème la terreur dans la campagne crétoise en s’attaquant aux habitants, le monstre ne se nourrit que de chair fraîche et humaine.

Thésée et le Minautore. Détail Minautore.
Thésée et le Minautore. Détail Minautore.

Il a fallu capturer le monstre et l’enfermer dans le labyrinthe conçu par Dédale, l’architecture que nous avons croisés dans l’épisode précédent qui avait imaginé le leurre permettant les noces du taureau et de Pasiphaé.

Minos décide d’écarter de sa demeure cet être infamant et de l’enfermer dans un lieu aux recoins multiples, sous un toit aveugle. Dédale, très célèbre par son génie dans l’art de construire, réalise l’ouvrage, brouille les repères, et par les courbes, les sinuosités des différents chemins, il induit en erreur les regards. Comme dans les champs joue le limpide Méandre de Phrygie, qui reflue et dévale en cascades indécises, se rencontrant lui-même, voyant les ondes venir à lui, tourné tantôt vers sa source, tantôt vers la mer et le large, et agitant ses eaux hésitantes, ainsi Dédale emplit de risques d’erreur des routes innombrables. À peine put-il lui-même retrouver le seuil de son ouvrage, tant il était truffé de pièges. (Ovide, Les Métamorphoses, VIII)

Au premier plan, le bateau des Athéniens est ancré dans le port, la voile noire est remontée, les futures victimes du sacrifice attendent.

Thésée en armure se dirigent les filles de Minos : Ariane et Phèdre.

Thésée, Phèdre et Ariane.

Ariane est à gauche, sa sœur à droite, le maître des Cassoni Campana, les représentent une nouvelle fois dans la ville, elles sont en compagnie de Thésée : pourquoi ? Supposons que Thésée accostant dans le port crétois ne soit pas représenté au premier plan à gauche mais au deuxième plan à gauche. Il rencontre pour la première fois les deux princesses, on le voit de dos, après s’être entretenu avec Ariane et Phèdre, il les quitte afin de se rendre dans le labyrinthe, il est alors représenté de trois quarts. C’est là qu’on y enferma l’être à double figure, taurine et humaine. Et après que le monstre se fut repu à deux reprises de sang d’Acté, il fut vaincu lors du troisième tirage au sort, répété tous les neuf ans. Avec l’aide d’une jeune fille, grâce au fil qu’il enroula à nouveau, le fils d’Égée retrouva difficilement la porte que nul avant lui n’avait refranchie.(Ovide , Les Métamorphose, VIII)

 

Le Labyrinthe, Ariane et Phèdre.
Le Labyrinthe, Ariane et Phèdre.

C’est l’une des plus sublimes labyrinthes représentés, les labyrinthes symbolisent le long et difficile chemin de l’initiation, le héros doit s’affirmer devant les forces du chaos et de la mort.

Les deux princesses attendent à l’entrée, il est aisé de reconnaitre Ariane : à côté d’elle, encastré dans le mur, un anneau duquel se déroule le fameux « fils d’Ariane ». Quelle est la nature de la conversation entre Phèdre et Ariane ?

Thésée combat le Minotaure :

Thésée et le Minotaure. Saint-Saens Marcel Léon (1903-1979). (C) Collection Centre Pompidou, Dist. RMN / Philippe Migeat. 1943.
Thésée et le Minotaure. Saint-Saens Marcel Léon (1903-1979). (C) Collection Centre Pompidou, Dist. RMN / Philippe Migeat. 1943.

Ce qui est certain, c’est que le héros a besoin du fils pour ressortir : c’est-à-dire de l’intercession de l’âme qui lui indique la voie juste. Le labyrinthe représente aussi les pas d’une danse initiatique : « la danse de Thésée » qui, par la complication de ses pas renvoie au parcours dans le labyrinthe. De façon générale, le labyrinthe représente le voyage psychique et spirituel que l’homme doit accomplir à l’intérieur de lui-même afin d’être confronter à sa face obscure et de la combattre.

Thésée et le Minotaure. Barye Antoine Louis (1795-1874)
Thésée et le Minotaure. Barye Antoine Louis (1795-1874)

Thésée sort vainqueur du labyrinthe, entouré des deux princesses il se dirige vers le rivage et quitte l’île avec les deux sœurs, et mon petit doigt me dit qu’il y a une de trop.

Thésée, Ariane et Phèdre quittent la Crète.
Thésée, Ariane et Phèdre quittent la Crète.

Le bateau avec à bord Thésée, Ariane et Phèdre s’éloigne de la côte, la voile est noire : funeste distraction, Thésée oublie la promesse faite à son père. En cas de victoire, Thésée devait hisser une voile blanche afin que son père inquiet puisse connaitre le sort de son fils avant que le bateau n’atteigne le port d’Athènes : Le Pirée.

Pour l’instant, la seule question qui compte : qui d’Ariane ou de Phèdre ……. ?