L’Empire romain dans ta poubelle.

Un site archéologique du IIe siècle a été découvert sous une décharge illégale en Campanie, dans la banlieue de Naples, à Pouzzoles, ville déjà riche d’un grand amphithéâtre, de plusieurs temples et d’un très beau marché en bord de mer.

Enfoui sous quelque cinquante-huit tonnes d’ordures, un mausolée romain du IIe siècle. Un monument d’une grande valeur archéologique, selon les premières analyses des experts, qui aurait peut-être été pillé avant d’être recyclé en décharge sauvage.

Un nouveau pavé dans la mare déjà nauséabonde de la gestion du patrimoine archéologique italien.

La crise des ordures – bien connue des Napolitains – vient de croiser inopinément celle du patrimoine historique italien. À Pozzuoli, dans la banlieue de Naples, la Guardia di Finanza a en effet découvert, mercredi, enfoui sous quelque cinquante-huit tonnes d’ordures, un mausolée romain du IIe siècle. Un bijou de haute valeur archéologique, selon les premières analyses d’experts.

C’est au cours de l’inspection d’une décharge illégale que les policiers italiens ont mis au jour le site. Il leur est apparu, en effet, qu’un bâtiment du XIXe siècle avait été partiellement abattu pour dissimuler des déchets. Et, en faisant déblayer les débris du bâtiment, ils ont découvert l’entrée ornée de marbre d’un site archéologique dont les décors en stuc sont encore partiellement conservés. « Les gravats cachaient l’entrée principale, a expliqué aux médias Michel Ciarlo, commandant de la Guardia di Finanza. Mais il existe aussi des entrées latérales qui, elles, ont été recouvertes par des amoncellements de pneus ». Il est possible en outre, selon la presse italienne, que le site ait été pillé avant d’être recouvert par la décharge. Le propriétaire et l’utilisateur du terrain sont aujourd’hui poursuivis pour violation de la législation sur la protection de l’environnement et du patrimoine archéologique national.

Patrimoine en péril

« On a raison de dire qu’en fouillant dans les ordures on peut découvrir des trésors, ironise dans Corriere del Mezzogiorno Michele Buenomo, président de l’association de défense de l’environnement Legambiente Campania. Une fois de plus, nous nous trouvons devant un acte illégal et incivique d’une exceptionnelle gravité du point de vue de l’écologie, de l’histoire et de l’art. L’épisode d’aujourd’hui témoigne aussi de la dégradation, de l’incurie et de l’abandon dont souffre souvent notre patrimoine historique et artistique. »

C’est que le mausolée de Pozzuoli s’ajoute à une longue liste de sites dégradés ou laissés à l’abandon en Italie. Une situation de crise que des effondrements successifs à Pompéi, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, ont mise sur le devant de la scène durant l’hiver 2010. Même si le gouvernement italien s’était défendu, ces dégradations sans précédent avaient provoqué un véritable tollé dans le pays et à l’étranger. Et de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer la gestion et les budgets hasardeux du gouvernement Berlusconi en la matière.

Le débat pourrait se trouver relancé sous peu. Pompéi a en effet reçu, en janvier 2011, la visite d’inspecteurs de l’Unesco. Il leur reviendra, lors de la remise de leur rapport en juin 2011, d’inscrire Pompéi sur la liste du patrimoine en péril. Une telle décision aurait certes quelque chose d’un camouflet pour les autorités italiennes ; elle serait aussi une injonction d’ensemble à préserver les trésors archéologiques du pays.

Source : Le point, 22 avril 2011.

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