Vous souvenez-vous de la chanson de Barbara, Göttingen ? Première partie.

En ré-écoutant la grande Dame Brune ; le troisième couplet a suscité ma curiosité, elle chante :

Ils savent mieux que nous, je pense,

L´histoire de nos rois de France,

Herman, Peter, Helga et Hans,

A Göttingen

Pourquoi ses enfants de Teutons serait mieux que « nous » « notre histoire (très) nationale ?Du coup, les questions arrivent : Göttingen un lieu de l’éducation allemande ? Pourquoi toujours au XXè siècle (et surtout après 1945), ce lieu fait figure de culture, de connaissances, d’apprentissage âpres de l’histoire ?

En remontant le temps, concordance et télescopage des époques, je me suis vite rendu compte que Göttingen  se place au centre d’un réseau universitaire international construit au XVIIIè siècle.

Avant 1734, Göttingen est une petite ville protestante comptant 3 500 habitants, située dans l’Electorat de Hanovre. Cette bourgade n’a aucune importance ni à l’échelle du Saint-Empire auquel elle appartient, ni à l’échelle de l’Europe ; les lieux qui comptent dans la République des Lettres sont ailleurs, pourtant en 1750, cette ville accueillera 600 étudiants sur une population de 8 500 habitants et sera un des centres reconnus (encore aujourd’hui) de production et de diffusion du savoir. La ville a réussi à se faire un nom sur la carte de la République des Lettres.

L’histoire commence en 1714 l’Électeur de Hanovre accède au trône d’Angleterre (pourquoi lui ? me direz vous ? ce sera l’objet d’un prochain billet) sous le nom de Georges I (c’est la famille qui règne toujours au Royaume-Uni). A ce moment le Hanovre acquiert une dimension internationale.

En 1734 Münchhausen fonde l’université, cela répond à plusieurs raisons. D’abord, tous les Électorats ont une université, dans tout l’Empire on en compte 36, le but est politique : fonder une université qui supplante celle de Halle en Prusse, il s’agit pour le successeur de Georges I, Georges II d’affirmer symboliquement sur le roi de Prusse, les universités participent à la lutte politique qui se déploie à l’échelle impériale. La deuxième raison est économique : les étudiants quittaient le Hanovre pour se former ailleurs, l’électorat voyait partir une partie de sa future élite (la fuite des cerveaux ne date pas de notre siècle !!). Enfin, cette fondation doit aussi permettre de répondre à des besoins administratifs, il s’agit de donner aux étudiants la formation la mieux adaptée aux besoins de l’administration du Hanovre car depuis le départ du roi, l’administration du territoire revenait aux fonctionnaires du Hanovre.

Le lien dynastique avec l’Angleterre sera exploité afin d’intégrer Göttingen dans le circuit européen du savoir, autour de l’université on trouve donc une bibliothèque, un journal savant et une Académie des sciences ; ce sont les quatre piliers de la République des Lettres. L’originalité à Göttingen est que ces quatre institutions sont toutes concentrées en un même lieu et forme la clé de voute du système. C’est L’Europe qui vient à Göttingen, le corps professoral se caractérise par son cosmopolitisme, des Anglais, Hollandais, Suisses, Français, Italiens, Hongrois. La diversité des origines et des itinéraires des professeurs sont une garantie pour les étudiants de pouvoir rencontrer l’Europe à Gottingën : Schlözer, par exemple, qui était précepteur en Suède, a longtemps séjourné en Russie oùil était attaché à l’Académie de Pétersbourg. La bibliothèque est l’une des plus universelles d’Europe : quand Cambridge compte 30 000 ouvrages à la fin du XVIIIème siècle, 150 000 ouvrages sont sur les rayons de la bibliothèque de Göttingen. La bibliothèque a réussi à s’intégrer au marché européen du livre, le premier bibliothécaire, Heyne, est nommé en 1763 et développe une politique d’acquisition originale, grâce à son réseau il s’adresse directement aux aux libraires implantés dans différents pays, son principal interlocuteur est la firme Bauer et Treuttel installée à Strasbourg est. Efficacité et étendue des réseaux tissés avec les libraires européens, la bibliothèque est devenue un centre de diffusion dans l’Empire et au-delà. Une dimension internationale acquise au terme d’une série d’opérations mettant en jeu des hommes et des livres.

C.G. Heyne, biblothécaire de Göttingen
C.G. Heyne, bibliothécaire de Göttingen.

En 1739, est mis en œuvre un journal savant sont la finalité est de rendre compte des nouveautés les plus importantes de l’université et de rendre visible l’activité scientifique qui se déroule à l’échelle locale, ce journal est ainsi un instrument de promotion de la production des professeurs. Le tirage du journal est élevé : 650 exemplaires. Il publie entre 600 et 800 comptes rendus par an, la moitié portant sur des ouvrages venant hors de l’Empire, cela est possible car Göttingen est relié au grandes de l’édition dont Leipzig, Londres et Paris. De plus, les journaux offrent des suppléments composés à partir de comptes rendus publiés dans d’autres revus. Le savoir circule et Göttingen devient un des lieux de validation et de légitimation du savoir.

En 1751, s’ouvre une Société Royales des Sciences. Les académies sont les seules institutions savantes qui formaient une communauté à l’échelle européenne et offraient la possibilité de participer à des projets scientifiques internationaux. Enfin la mise en place d’une nouvelle revue en latin permettait aux étudiants et aux savants ne lisant pas l’allemand d’avoir accès aux publications des professeurs

Quel bilan peut-on tirer de cette stratégie universitaire et savante. Pour faire bref, c’est une réussite. Göttingen qui compte 800 étudiants en 1790 est parvenue à détourner vers elle une partie des étudiants des universités rivales. Ensuite, l’université a réussi à convaincre les étudiants de familles aisées et de l’aristocratie de s’y inscrire (les étudiants nobles paient des droits plus importants que les autres : ils sont 13% à Göttingen dans la 2ème ½ du XVIII contre 4% à Halle). Enfin, Göttingen se hisse rapidement au rang de capitales des Lumières allemandes (Aufklärung), les acteurs et les porteurs de celle-ci sont dans cette université (Thomasius, Wolf, E. Kant). L’inscription de Göttingen sur la carte des circulations internationales relève d’un véritable processus de fabrication : les promoteurs de l’université ont cherché et appliqué un ensemble de recettes pour faire sortir une ville de l’anonymat et la constituer en métropole européenne du savoir.

Tout ça, nous a quelque peu éloigner de la chanson de Barbara, qui aborde bien d’autres thèmes.

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s