1914-1918, quelques réflexions de Jay Winter.

La semaine dernière ont eu lieu les rendez-vous de l’histoire à Blois, le thème de cette année était La Guerre. En attendant l’ouverture de nombreuses manifestations l’année prochaine puisqu’en 2014 seront célébrés le centenaire du déclenchement de la Grande Guerre et le soixante-dixième anniversaire du débarquement en Normandie; sont parus de nombreux ouvrages historiques et surtout de nombreux magazines ont fait leur couverture sur la guerre. En feuilletant les dossiers de l’Histoire, j’ai apprécié lire l’interview de l’historien Jay Winter, qui dans un essai d’histoire culturelle nous livrait un travail sur le deuil et la mémoire de la Grande Guerre. Dans l’entretien qu’il accorde au magazine il revient sur quelques idées reçues concernant la « grande saignée », son terrain de recherche est la Grande-Bretagne. Tout d’abord la guerre la plus meurtrière de l’histoire de la Grande-Bretagne n’a pas empêché  une augmentation de l’espérance de vie dans les classes populaires, l’historien avance trois explications (médicales, politiques, sexuées ou « genrées »):

  • Les médecins ont été remplacés par des sages-femmes qui profitent des progrès de l’asepsie, cela a eu un effet positif sur la mortalité infantile.
  • Le contrôle de loyers et le rationnement mis en place par le gouvernement ont paradoxalement amélioré les rations alimentaires dans les classes populaires.
  • Les allocations familiales sont directement versées aux femmes et non plus aux hommes.

Ensuite, les démocraties que sont la France et la Grande-Bretagne ont cherché à protéger le niveau de vie de leur population civile, car c’est un élément essentiel pour le moral des soldats : pourquoi continuer la guerre quand leurs familles manquaient de tout. Jay Winter conclut ainsi : Ce passage par la démographie m’a convaincu que cette amélioration du niveau de vie occupait une place centrale dans l’explication de la victoire des Alliés et de la défaites des Allemands.

Enfin, en ce qui concerne les pertes directes, Jay Winter  a mis à jour une structure sociale de la mort dans les armées britanniques. La Grande-Bretagne, avec l’Empire et les dominions mobilisent 908 400 hommes, la part des morts ou des disparus s’élève à 12%. Il constate que plus on occupe une place élevée dans la hiérarchie sociale, plus le risque de mourir au front est lui aussi élevé. De nombreux hommes des classes populaires, trop chétifs n’ont pas été mobilisés (que ce soit par l’enrôlement ou la conscription), ceux qui sont quand même partis sont souvent restés à l’arrière. Contrairement à la guerre du Vietnam où les plus pauvres, notamment les Noirs ont été les victimes les plus nombreuses, dans l’armée britannique entre 1914 et 1918, le taux de mortalité des officiers a été deux fois plus élevé que celui des hommes de troupe.

La première guerre mondiale a envahi l’espace public villageois en France comme en Angleterre où l’on compte respectivement 38 000 et 33 000 monuments au morts, sans les corps, le nom restera toujours. De nouvelles formes de deuil envahissent les sociétés après l’arrêt des combats et la signatures de traités de paix. Dans le centre Bretagne, un monument est assez remarquable et mériterait une analyse plus poussée :

Monument aux morts de Maël-Carhaix.
Monument aux morts de Maël-Carhaix.

Pour écouter des conférences qui se sont tenues à Blois, cliquez sur le logo :

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