Nés dans la ville devenue Auschwitz.

Les archives de l’USC (Université de Californie du Sud) Shoah Foundation  constituent l’une des plus grandes collections audiovisuelles historiques au monde : elle compte près de 52 000 témoignages filmés dans 56 pays et dans 32 langues. L’Institut a une fonction de conservation mais développe aussi des programmes éducatifs qui intègrent ses archives audiovisuelles : de 1994 à 1999 les témoignages sont collectés et depuis 2000 ils sont rendus accessibles. Les récits sont centrés sur la Shoah. Les survivants rapportent leur expérience de la persécution et de la déportation, leur survie dans les camps ; ils racontent la clandestinité et la résistance, les réseaux de sauvetage…
L’un des intérêts majeurs réside dans le fait que les entretiens ouvrent aussi le temps de l’avant guerre et permettent de placer le témoignage dans le temps long de l’avant et de l’après : ces hommes et ces femmes maintenant âgés ont vécu une vie avant la déportation à laquelle il faut donner toute sa place ; la complexité d’un individu et les arcanes de son parcours ne peuvent se réduire à une seule expérience aussi traumatique et indicible soit telle. Cette évidence s’impose à la l’audition de ces témoignages. Ces témoignages sont les dernières traces des survivants qui se sont de plus en plus rares : Régine Beer vient de mourir il y a quelques jours à Anvers à l’âge de 93 ans.

Régine Beer (1920-2014)
Régine Beer (1920-2014)

L’USC, propose (en français) des vidéos des témoins nés à Auschwitz quand cette ville  s’appelait encore de son nom polonais, Oświęcim dont l’existence remonte au XIIè siècle. A la veille de la seconde guerre mondiale, 8000 juifs vivaient ici et représentaient la moitié de la population.

Nés avant Auschwitz
Nés avant Auschwitz. USC Shoah Foundation Institut

1858 témoignages sont en français et sont consacrés au temps avant la persécution, la clandestinité, les actes de résistance (notamment au sein de l’OSE : l’œuvre de secours aux enfants), l’après-guerre et la transmission de la mémoire.

Témoignages français.
Témoignages français.

 

 

 

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A Saillans, les 1 199 habitants ont tous été élus au premier tour !

Ils en avaient assez que le maire sortant décide seul : les habitants de ce village de la Drôme ont travaillé pendant des mois à une liste collégiale, et vécu une belle expérience de démocratie participative. Voilà qui fait un bien fou, merci à eux!

Pour lire la suite : A Saillans, les 1 199 habitants ont tous été élus au premier tour ! – Le nouvel Observateur.

Une phrase a retenu mon attention, j’ai fait mienne cette réflexion sage, à la fois simple et des plus ambitieuses : « Va falloir travailler ensemble, maintenant, pour l’intérêt commun !»

La déportation des enfants juifs de France.

http://tetrade.huma-num.fr/

Il s’agit ici de cartes et de mémoires. C’est l’aboutissement d’années de recherche et de compilations de données qui aboutissent à une cartographie interactive, ce projet porté depuis longtemps par Serge Klarsfeld est mis en œuvre par l’historien Jean-Luc Pinol. Cette cartographie permet de suivre l’itinéraire vers des centres de mise à mort des 11 400 enfants juifs qui, entre 1942 et 1944, ont été arrêtés en France dont environ 6 200 à Paris et plus de 700 dans sa banlieue et 4 500 en province.

Territoire et trajectoire de la déportation des enfants juifs.
Territoire et trajectoire de la déportation des enfants juifs.

L’approche spatiale de la Shoah n’a donné lieu en France qu’à une faible production cartographique. Les historiens ont jusqu’alors assez peu travaillé sur les représentations spatiales d’un phénomène où les jeux d’échelle sont pourtant fondamentaux. Si une abondante historiographie rend bien compte aujourd’hui de la dimension exceptionnelle d’un événement qui a mobilisé toutes les approches de la discipline (macro et micro-­histoire, monographie, prosopographie…), il faut noter que la cartographie des phénomènes étudiés n’a pas suivi cette évolution, privant le chercheur et, plus généralement le public, d’une dimension cognitive essentielle. Le passage au numérique n’a pas véritablement bouleversé les habitudes des acteurs de la production historique. Les cartes relatives à la Shoah en France, accessibles en ligne, demeurent rares et sont généralement statiques. Elles ne permettent pas de rendre compte de la finesse et de la complexité des phénomènes étudiés. A l’origine, il existait une carte pour Paris, le projet Tetrade élargit le champ d’investigation à l’échelle de la France métropolitaine.

Comment fonctionne cette carte interactive?

Il suffit de passer le curseur sur chaque cercle : une bulle indique le nombre d’enfants juifs qui furent arrêtés sur place, puis déportés. Un clic, et voici leurs noms, leur âge. Au 56, cours Lafayette, à Lyon : Jacques Sciandra, 17 ans. Un peu plus loin, au numéro 89 : Dario Sarfati, 1 an seulement. Plus loin encore, au numéro 175 : Lipold et Georgette Epsztajn, 12 ans et 15 ans. Tous ont quitté Lyon au printemps ou à l’été 1944 (source : le Monde). Vous pouvez essayer de faire de même à l’échelle de votre ville ou de votre région.

C’est aussi une exposition virtuelle.

Sur la page d’accueil, cliquez sur le 3ème arrondissement de Paris dans la tourmente et vous pouvez accéder à une exposition déclinée en huit principaux thèmes :

Déportation des enfants juifs. 3ème arrondissement
Déportation des enfants juifs. 3ème arrondissement

Serge Klarsfeld met en perspective le projet Tetrade

Du mémorial à la cartographie.
Du mémorial à la cartographie.

 

 

Les fantômes de la République.

Se tient en ce moment dans la salle des prévôts de l’hôtel de ville à Paris une exposition peu médiatisée (donc, vous ne patienterez pas une heure  ou deux afin de pouvoir accéder à celle-ci) mais fort intéressante sur les fusillés de la Grande Guerre, sujet très sensible dans la mémoire collective et auquel aucune expo n’avait été consacrée (du moins dans la capitale) : les fusillés de la Grande Guerre qui sont au nombre de 650 et que nous avons tendance à assimiler aux mutins de 1917.

Affiche de l'expo Fusillés pour l'exemple, 1914 2014. Les fantômes de la République

Il s’agit d’un sujet à la mémoire vive, pour s’en convaincre, je vous laisse lire cet extrait tiré d’un article du Monde et qui résume assez bien le degré de sensibilité du sujet :

En France, pas de réhabilitation morale collective, la mention « mort pour la France » est attribuée à titre exceptionnel. Le 31 octobre 2012, Kader Arif, ministre délégué auprès du ministre de la défense, chargé des anciens combattants, l’accorde à Jean-Julien Chapelant, fusillé le 11 octobre 1914. L’exposition rappelle qu’en France le sujet fut longtemps tabou d’un point de vue politique. Le premier ministre Lionel Jospin est le premier à s’exprimer en faveur d’une réhabilitation politique en 1998, provoquant un tollé au sein de la droite. Un consensus politique est atteint en 2008, lorsque Nicolas Sarkozy évoque la mémoire de « ceux qui n’ont pas tenu ». Le 7 novembre dernier, François Hollande décide d’accorder une place à l’histoire des fusillés au Musée de l’armée aux Invalides, de numériser les dossiers des conseils de guerre et de les rendre accessible au pubic. Comment ont réagi les descendants de fusillés et les associations militant pour leur réhabilitation ? « La démarche a contenté une petite part dans certaines régions, mais une fracture demeure, notamment au niveau des élus », répond Laurent Loiseau, le commissaire de l’exposition.(Le Monde, 07 février 2014)

L’exposition permet aux visiteurs d’avoir un aperçu de la recherche historique la plus récente, de comprendre comment et pourquoi ces fusillés pour l’exemple que l’inconscient a transformé en victime emblématique de l’incompétence des chefs occupent dans la mémoire collective une place disproportionnée au regard de 1.4 million de morts français.

Le parcours est jalonné de silhouettes sur le torse desquelles un document vous présente brièvement l’identité et le parcours d’un soldat fusillé.

Fusillé F. Fontanaud
Fusillé F. Fontanaud

Vous pourrez aussi lire les comptes rendus de conseil de guerre, comme celui qui concerne le soldat Florimond Alexandre Carpentier, coupable en septembre 1914 d’avoir abandonné son poste

Conseil de guerre  F. Carpentier, sept 1914
Conseil de guerre F. Carpentier, sept 1914
Conseil de guerre, F. Carpentier, sept 1914. (suite).
Conseil de guerre, F. Carpentier, sept 1914. (suite).

L’exposition permet de comprendre les mécanismes de la justice militaire en la replaçant dans un temps long, temps ouvert par la Révolution française. Elle interroge la notion d’exemplarité et surtout fait comprendre comment peuvent en temps de guerre s’articuler les justices militaire et civiles. Par exemple, les cours martiales de 1870 sont rétablies car dans l’état de siège qui est proclamé le 02 septembre 1914  les civils passent sous la coupe des militaires. Le plus urgent est alors de maintenir les hommes à leur poste, quitte à se « faire tuer sur place ». A l’encontre des soldats défaillants il s’agit d’appliquer une procédure accélérée. La suspension des recours est organisée en deux temps par Messimy, un ancien de Saint-Cyr ministre de la guerre au début du conflit puis par Millerand son successeur.

Adolphe Messimy sur le front lors de la Première Guerre mondiale
Adolphe Messimy sur le front lors de la Première Guerre mondiale

Le 06 septembre, le président de la République Raymond Poincaré signe les décrets établissant de nouveaux types de conseils de guerre : de cinq juges, les tribunaux passent à trois juges ; la défense est réduite au minimum ; l’avocat est commis d’office, même s’il ne connait rien au droit; l’instruction est inexistante et l’appel au témoin presque impossible. Le conseil de guerre rend son jugement en flagrant délit, à la majorité de deux voix contre une. La sentence n’est susceptible ni de recours en révision, ni de pourvoi en cassation et peut être exécutée aussitôt après la lecture qui en est faite au condamné. Dans les faits, le verdict ne laisse d’autres choix que l’acquittement ou la mort.

Carnet d'un officier du conseil de guerre.
Carnet d’un officier du conseil de guerre.

L’exposition interroge aussi sur la place de la peine de mort dans une société démocratique, qui plus est une société démocratique en guerre..

La dernière partie de l’exposition donne la parole aux artistes : photographes, plasticiens proposent leur travail sur la mémoire des fusillés.

Thérèse Bisch.JSource

Il vous reste encore quelques semaines pour vous rendre à l’hôtel de ville de Paris. Et pour aller plus loin : Quelle mémoire pour les fusillés de 1914-1918? Un point de vue historien. Bonnes promenade et lecture.

Le trafic aérien d’une journée en un coup d’oeil

Pour un coup d’œil vu du ciel et comprendre aussi une géographie des mobilités et de la mondialisation.

Le mouvement du monde

LE KIOSQUE MÉDIAS

Sur Wired

Dans une journée d’été typique, environ 30 000 avions traversent le ciel européen. Ce vidéo vous montre leurs trajets en seulement 2 minutes.

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TERRIENNES : Petite histoire de la condition féminine en 68 conquêtes – TV5MONDE

Je suis pas particulièrement fan des journées mondiales de ……. (et vous y mettez ce que vous voulez). Au delà de cette prise de position singulièrement audacieuse  (hum!) cette infographie est intéressante sur la condition féminine sans toutefois se hasarder à proposer  une  définition de ce concept et en employant (encore) le champ lexical de la guerre.

J’arrête mon caquètement, l’infographie est très bien faire :

TERRIENNES : Petite histoire de la condition féminine en 68 conquêtes – TV5MONDE.

Je suis inscrite à l’Ecole des filles.

Une forêt comme un palimpseste de la mythique Brocéliande, un chaos granitique à couper le souffle, vous voilà au cœur des Monts d’Arrée, ma Bretagne à moi : y pérégriner c’est voyager dans les temps géologiques au cours desquels vous pouvez entrer dans le « foyer de la Vierge », mesurer votre force ou votre habilité contre la roche tremblante. Ces temps géologiques conjugués à la poésie d’une histoire orale mais aussi à celle d’une histoire industrieuse dont les entrées de mines argentifères en conservent la trace, c’est ici que vous êtes conviés à une belle découverte tout en arts : l’École des filles. Vous êtes à Huelgoat (les « Haut bois »).

École des filles. La cour de récréation
École des filles. La cour de récréation. Source

Ce lieu ouvert de juin à septembre vous permet de découvrir des artistes contemporains mais aussi de naviguer dans des collections des XIX et XXè siècles, d’observer du mobilier traditionnel breton mais aussi des dessins, de la BD, des affiches politiques revisitées, en fin d’assister à l’été des 13 Dimanches.

Affiches politiques revisitées par Pierre Laniau. Ecole des filles. Ete 2012.
Affiches politiques revisitées par Pierre Laniau. École des filles. Eté 2012.

L’École des filles qui date de 1910 a été construite dans un contexte scolaire particulier à la Bretagne : la concurrence que se livre la République qui s’enracine et le réseau des écoles congréganistes assez puissant dans cette région. Cette école est aussi un internat qui accueille des pensionnaires de tout le Finistère, l’enseignement laïque qui y est dispensé a œuvré à l’émancipation des femmes bretonnes. L’historienne Mona Ozouf a écrit à propos de  l’École des filles de Huelgoat que celle-ci  illustre cette marche à l’égalité […] en préparant l’entrée des filles à l’École normale, et en donnant aux jeunes filles la chance d’entrer dans les premières carrières où l’égalité professionnelle des hommes et des femmes est quasi faite (Chloé Batissou, L’École des filles, 1910-2010, Cent ans d’utopie, éditions Françoise Livinec, 2010)

École des filles. salle de classe en galerie d'art.
École des filles. salle de classe en galerie d’art. Source
École des filles. Intérieur.
École des filles. Intérieur.

Dans cette vidéo, F. Livinec explique le dialogue qui s’établit entre l’Ecole et la forêt dans laquelle cette première est sise

J’ai eu la chance de découvrir la saison 2012 au beau titre de Pierre qui roule … Les figures du paysage (c’est vrai : j’aurai pu vous en parler plus tôt) et y est découvert deux jeunes artistes dont j’aimerai vous faire partager le travail.

Le premier, Christophe Chini, est tailleur de pierre depuis 1995, il a exposé des oloïdes d’une beauté minérale des plus inattendues et des plus émouvantes.

Chistophe Chini. Oloïde
Chistophe Chini. Oloïde
Oloïde exposée à l’École des filles. Eté 2012.
Oloïde exposée à l’École des filles. Eté 2012.

Le deuxième, Loïc Le Groumellec, né à Vannes en 1957, expose des toiles au minimalisme expressif, les mégalithes, maisons et croix se répètent et de l’effacement progressif de la laque noire émerge une lumière captivante et envoutante.

L. Le Groumellec. Maison. Laque sur toile
L. Le Groumellec. Maison. Laque sur toile
Loïc Le Groumellec, Mégalithes et maison, 2008. Laque sur toile.
Loïc Le Groumellec, Mégalithes et maison, 2008. Laque sur toile.

Cette vidéo, vous propose une entrée dans l’univers de l’artiste.

C. Chini et L. Le Groumellec. École des filles. Été 2012.
C. Chini et L. Le Groumellec. École des filles. Été 2012.

Je ne sais pas si la galeriste Françoise Livinec à inventé en lieu comme l’écrit Mona Ozouf, ce qui est certain c’est qu’elle l’a réanimé, au sens étymologique du terme, un grand merci à elle (un site à classer dans vos favoris ).