La femme est un tueur comme les autres ? Partie II.

Cette série de post consacrée à la place occupée par les femmes dans les entreprises génocidaires a été ouverte par la lecture du livre de Wendy Lower (Les Furies de Hitler). Je vous propose aujourd’hui pour mieux comprendre les mécaniques à l’œuvre dans le meurtre de masse de déplacer notre regard vers l’Afrique, le Rwanda en 1994.
Je fais partie de cette génération qui a assisté au génocide des Tutsi à la télévision, nous avons regardé ces images et avons compris qu’il s’agissait d’un massacre africain, et c’est tout ! Les journaux présentaient les « évènements rwandais » comme une guerre entre Noirs, une guerre tribale forcément. Il n’en était rien. Dans un premier temps, ce sont les livres de Jean Hatzfeld (Dans le nu de la vie. Une saison de machettes.) qui m’on fait prendre conscience que ce massacre était un génocide. Ce terme est défini juridiquement par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, en date du 9 décembre 1948, dans son article 2: le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :1) Meurtre de membres du groupe. 2) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe. 3) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle. 4) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe. 5) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.
Dans un second temps, l’essai de l’historienne Hélène Dumas, Le génocide au village, le massacre des Tutsis au Rwanda, paru aux éditions du Seuil en 2014 permet une plongée saisissante dans le massacre et une compréhension de celui-ci :

Les voisins se sont entretués : quelle est la place des femmes ? Instigatrices ? Spectatrices ? Etrangères ? Victimes ? Bourreaux ? Innocentes ? Coupables ? Le documentaire  A mots couverts tentent d’y apporter une réponse.

A mots couverts. Violaine Baraduc et Alexandre Westphal
A mots couverts. Violaine Baraduc et Alexandre Westphal

Des « femmes ordinaires » (comme les « hommes ordinaires » de C. Browning) sont dans les rangs des tueurs. Le documentaire de Violaine Baraduc et Alexandre Westphal interroge en particulier la participation des femmes condamnées pour leur participation au Génocide.
Dans l’enceinte de la prison centrale de Kigali, huit femmes incarcérées témoignent. Vingt ans après le génocide perpétré contre les Tutsi rwandais, Immaculée et ses codétenues racontent leur participation aux violences, retracent leur itinéraire meurtrier et se confient. À l’extérieur, le fils qu’Immaculée a eu avec un Tutsi occupe une place impossible entre bourreaux et victimes. Par des échanges de messages filmés, le jeune adulte et la détenue se jaugent, se redécouvrent. Les images du Rwanda d’aujourd’hui sont investies par les souvenirs des personnages. À travers eux s’écrit l’histoire du génocide, au cours duquel des « femmes ordinaires » ont rejoint les rangs des tueurs.(source )

Des femmes ordinaires
Des femmes ordinaires

Mémoires vives a reçu les deux réalisateurs qui s’interrogent sur l’implication des femmes dans le génocide des Tutsi : femmes et génocide.

C’est un entretien passionnant.

Prison de Kigali
Prison de Kigali
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