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d'une poule sur un mur.

Mois

mai 2016

L’enfant et le néant. II. La petite fille au napalm.

Je reprends cette série de billets consacrée à la mise en scène de la souffrance des enfants pendant les conflits du XX-XXIème siècles. Pour ma part (je ne suis pas spécialiste), cette mise en scène est intimement liée à deux réalités distinctes l’une de l’autre. Une réalité liée à l’histoire des techniques, en l’occurrence celle de la photographie, l’autre à l’avènement d’une sensibilité exacerbée face à la violence belliciste dont les enfants s’imposent sans contradiction possible comme les victimes innocentes : le spectacle de leur souffrance devient dès lors insupportable au sens littéral du terme, c’est-à-dire que nos sens ne parviennent pas à soutenir la monstration du supplice infantile et nous oblige à une sorte d’examen de conscience.
L’image de la souffrance des enfants parcourt donc le temps contemporain ainsi que les espaces. Cette souffrance se donne à voir sur tous les continents et la photo qui médiatise cette douleur devient souvent iconique. Ainsi, comment ne pas penser à Kim Phuc ? Si vous ne connaissez pas son nom vous savez la souffrance de son corps et l’écho de son cri vous parvient encore.
Dans votre moteur de recherche, tapez « Guerre du Vietnam », Kim Phuc et son frère apparaissent dans les premiers résultats !
L’objet ici n’est pas de retracer, même à grands traits le déroulement de la guerre du Vietnam, mais si vous voulez vous mettre au point, voici un article court et factuel : Encyclopédie Larousse.

Elle s’appelle donc Kim Phuc, elle a 9 ans en 1972 quand son village, Trang Bang, situé dans les environs de Saïgon est la cible d’une attaque chimique : un bombardement au napalm par l’armée américaine. La petite fille est nue après avoir arraché ses vêtements en feu.

Kim Phuc brûlée au napalm. Nick Ut.
Kim Phuc brûlée au napalm. Nick Ut.

Cette photo de 1972 s’est imposée comme le symbole de la guerre du Vietnam, on la doit à Nick Ut Cong Huynh qui travaille alors pour l’agence Associated Press et qui obtient le prix Pulitzer pour cette photographie.

Nick Ut
Nick Ut

Cette image a fait le tour du monde ainsi que la vidéo montrant l’attaque et les conséquences de celle-ci sur le corps des enfants.

Mais, chaque image est aussi une mise en scène, et c’est bien de ceci dont il faut avoir conscience : alors que la vidéo britannique est en couleur la photo de Nick Ut est en noir et blanc. Dans la photographie de Nick Ut, la petite fille court vers nous hurlant de douleur, le photographe a choisi un cadrage : l’enfant les bras presque en croix occupe le centre de la composition, sa détresse vient en écho à celle des autres enfants qui fuient leur maison, les enfants courent vers nous. Cette fuite des innocents contraste singulièrement avec le pas régulier et assuré des hommes armés placés à quelques mètres derrière eux.

En 1997, la journaliste Annick Cojean s’entretient avec Kim Phuc qui décrit ainsi les premiers moments après l’attaque au napalm :
C’était un après midi étouffant du mois de juin 1972, en pleine guerre, en plein tourment. Depuis trois jours, le village subissait d’intenses bombardements d’avions sud-vietnamiens, et la population s’était réfugiée dans la pagode, endroit sacré par excellence, qu’aucun soldat, fut-il américain ne devait jamais viser. Soudain, à l’heure du déjeuner, la situation a semblé empirer, le feu s’étendre. Quelqu’un a surpris un signal de couleur lancé du ciel vers la pagode pour désigner une mire. Il a hurlé : « sortons ! Nous sommes morts si nous restons ici ! » Et la fuite s’est organisée : les enfants en premier, qui devaient courir vite ; et puis les gens âgés avec la nourriture, les adultes avec les bébés. (Source )

La question est inévitable : à quoi tient la force d’une photo ? A sa grâce, son magnétisme, son pouvoir d’interpellation ? D’où vient que, dans un déluge d’images, il en est une qui accroche le regard, imprime l’imaginaire et marque à jamais les mémoires ? Et comment expliquer qu’après avoir fait irruption dans nos vies son personnage central continue de nous hanter, qu’il devient familier et qu’on se l’approprie, qu’on se montre exigeant, qu’on souhaite entendre sa voix, donner à la photo une suite, une histoire, un destin ? Il nous a dérangés, fascinés, bouleversés ? Il n’a pas le droit de disparaître, il doit rendre des comptes ! Sa vie n’est-elle pas irrémédiablement liée à la nôtre ?
C’est à nouveau Annick Cojean qui soulève ces interrogations dans un article paru en 2012 que je vous invite à lire : ICI.

Il a fallu du temps à Kim Phuc pour accepter de se reconnaitre comme une victime de guerre, il y a quelques mois en octobre 2015, elle témoigne au festival des Octovales qui s’est tenu à Angers.

Maintenant, mais avant ?

Maintenant, mais avant c’était comment ? Cette interrogation quelque peu naïve peut très bien faire office d’introduction pour vous présenter une application développée par le vénérable IGN : Institut national de l’information géographique et forestière.
Cette application « Remonter le temps » en ligne et gratuite permet à tous de se lancer dans une comparaison de paysages à différentes époques et avec différents supports : vous choisissez un lieu ou un espace et vous pouvez dans une double fenêtre demander une comparaison des cartes anciennes et nouvelles ou encore des cartes et des photographies aériennes.
Remonter le temps.Capture.

Prenons par exemple la ville de Brest, vous savez cette sous-préfecture du Finistère, ville française de métropole la plus proche des Etats-Unis. La ville du bout de la France, en comparant deux photo aériennes on distingue très nettement l’extension du port de plaisance et la construction de la digue Jean François de la Pérouse.

Brest. Remonter le temps
Brest. Remonter le temps

Vous pouvez aussi observer les évolutions du site en mettant en miroir une carte IGN et la carte de Cassini qui date du XVIIIè siècle, comme votre souris est active su les deux cartes simultanément vous ne perdez jamais la localisation. Ici, par exemple, on voit que Brest est une ville qui s’est développée depuis l’époque moderne de part et d’autre de La Penfeld. L’outil «loupe » à droite offre la possibilité de surimposer des zones.

Brest. Remonter le temps2
Brest. Remonter le temps2

Bon voyage et belles découvertes ….

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