TALES FROM A HARD CITY

En 2006 dans Fucking Sheffield, le réalisateur Kim Flitcroft nous proposait une plongée dans la Sheffield post-acier et suivait le quotidien de Cassi, Mick, Stevlor et Glen, respectivement « lap » danseuse, toxico, photographe, revenant. L’ancienne capitale mondiale de l’acier sort à peine de la crise industrielle qui a ravagé le tissu industriel et donc le tissu social et le fantôme de The full Monty n’a pas encore disparu.
Dix ans auparavant, le cinéaste avait déjà ausculté Sheffield dont le cœur avait cessé de battre en suivant les itinéraires et quelques fois les errances de quatre personnages à la fois touchants et grotesques par leur naïveté ou leur suffisance : les héros de ces « contes d’une ville difficile » qui se débattent dans un quotidien marqué par l’apprêté sont tous attachants.

Le premier que nous croisons dans Tales From a Hard City, est Glen un jeune homme à la dérive dont la mère, qui ouvre le film par une chanson a capella, reste le dernier rempart avant la chute dont on ne sait pas si elle adviendra.

Il ne travaille pas, a quitté l’école très jeune, et aime le karaoké. Il vit chez son père avec qui il a des relations houleuses voire violentes.

Son quotidien est rythmé par l’herbe qu’il fume abondamment, les larcins et vols qu’il commet avec ses compagnons d’addiction. Il s’enfonce dans la spirale de l’endettement, des dettes de pauvres qui le conduiront à devoir accepter leur remboursement soit pécuniairement soit par un emprisonnement de 28 jours. Mais Glen veut être chanteur, il est heureux quand il chante, cela se voit à l’écran : il s’épanouit car il s’exprime.

Paul, est ancien boxeur qui se lance avec fougue, détermination, candeur et inconscience dans une carrière d’acteur.
On fait sa connaissance dans un garage, l’homme observe un modèle de voiture qui semble retenir son attention et on s’apprête à assister à une vente chez un concessionnaire locale

En fait, il n’en est rien Paul veut parrainer une voiture : en échange d’une voiture le gérant pourra bénéficier de sa notoriété d’acteur et de modèle. Paul se lance alors dans une opération de placement de produit, c’est-à-dire de lui-même auprès du vendeur. Cette scène à la fois pathétique et hilarante provoque une certaine gêne chez les spectateurs.

Paul, contrairement à Glen qui est à la dérive, prend soin de sa personne et se regarde, il veut devenir célèbre car il a l’étoffe d’une star, d’un très grand acteur : il en est convaincu. La réception d’un script le conforte dans ses choix et les factures qui s’accumulent seront bientôt réglées. Il veut jouer le rôle d’un super flic plus fort que tous « les as de Scotland Yard », vêtu d’un « T shirt blanc transparent » et arrachera au(x) criminel(s) des aveux qui seront obtenus « par la psychologie »

 

Michelle a une vingtaine d’années comme les deux autres personnages, elle est repérée par Wayne un patron de bar qui veut en faire une star. La jeune femme entre dans la lumière après un passage en prison : cette incarcération de quelques jours pour « danse provocante » s’est déroulée en Grèce, pendant ses vacances.

 

A son retour, Wayne le tenancier flaire le bon filon : la jolie blonde rebaptisée et relookée par ses soins sera une chanteuse sexy. Ils convoquent deux auteurs qui écrivent alors le premier (et unique ?) album de la nouvelle Sarah Michelle : Dirty Dance. Non ! Ce n’est pas une blague.

Wayne Chadwick fait se produire la jeune chanteuse dans différentes discothèques mettant en scène ses propres fantasmes sexuels souvent bien proches du viol en réunion : il visionne ensuite les vidéos des performances de la jeune femme, il s’entoure alors de ses deux fils. Mais on pourrait ici taxer mes propos d’anachroniques surtout par les temps qui courent, ce n’est pas grave. Car je les maintiendrais


Quels sont les liens entre ces différents personnages ? Outre le fait qu’ils appartiennent aux classes sociales du Yorkshire qui ont subi de plein fouet la désindustrialisation menée à marche forcée par les gouvernements de M. Thatcher, cette femme et ces hommes de la même génération vont se croiser un soir dans un bar : le Fountain Bar. Le réalisateur, Kim Flitcroft nous permet de les suivre dans un nouveau contexte : ils sont filmés dans leurs relations et interrelations la nuit comme s’ils s’extrayaient d’un quotidien diurne un peu glauque, ils se dévoilent. Glen Brodie, Sarah Smith, Paul Wallace se ressemblent car ils partagent les mêmes rêves de gloire et de lumière.

Le film est réalisé en 1994 et dans les années 1990, les termes « people » ou « célébrités » ne sont pas encore entrés dans la langue commune de notre « médiamanie ». Pourtant ils rêvent tous d’être des « peoples » : chanteur, acteur, danseuse. C’est Glen qui l’exprime le plus clairement dans une pièce obscure. La vie est un songe.

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