Recherche

La Biblogotheque

d'une poule sur un mur.

Catégorie

1939-1945

Un passé qui ne passe pas, l’historien dégradé.

Pour certains l’Histoire est un sport de combat pour d’autres une matière incandescente qui finit par brûler ceux qui y touchent de trop près, c’est peut-être vrai. Ce qui est avéré en revanche c’est le rapport conflictuel voire anxiogène des sociétés contemporaines à leur propre histoire récente, la nature de ce rapport est à même de renseigner sur l’état moral du corps social. Pourquoi j’écris ceci ? Pour vous informer, mais peut-être l’êtes vous déjà, de la décision politique dont est victime l’historien Jan T Gross qui a la double nationalité américaine et polonaise, cette mention ne relève pas de l’anecdote biographique, vous allez vite comprendre pourquoi.

Jan Tomasz Gross. Historien et sociologue.
Jan Tomasz Gross. Historien et sociologue.

Jan T. Gross est né à Varsovie en 1947, il enseigne l’histoire contemporaine aux Etats-Unis à l’Université de Princeton, il s’intéresse aux relations entre Juifs et Polonais en Pologne pendant et après la seconde guerre mondiale.

Depuis les années 1990, Il a publié trois ouvrages qui ont profondément remué l’opinion publique en Pologne dont je ne saurais trop vous conseiller la percutante lecture. J’en reparlerai dans les prochains billets.

Les Voisins. 10 juillet 1941. Un massacre de juifs en Pologne, chez Fayard en 2002. Vous pouvez lire ici un compte rendu critique et très intéressant qui fait la lumière sur les polémiques déclenchées par la parution de ce livre

La Peur. L’antisémitisme en Pologne après Auschwitz. Voir le compte rendu la haine après le meurtre de Jean-Yves Potel.

Moisson d’or, coédités par le Mémorial de la Shoah et Calmann-Lévy, 2014. A lire le compte rendu paru sur le site La Vie des Idées .

Jan T. Gross. Moisson d'or. Le pillage des biens juifs
Jan T. Gross. Moisson d’or. Le pillage des biens juifs.

Le premier fait la lumière sur Jedwabne, une petite ville dont les habitants polonais (sans aucune participation directe des Allemands) ont brûlé vifs, en juillet 1941, 1 600 hommes, femmes et enfants, tous Juifs, leurs voisins. La Peur (2010) s’attaque au pogrom de Kielce, où la foule, enragée par les rumeurs (« Les Juifs enlèvent les enfants chrétiens pour prendre leur sang ! »), chercha à résoudre le « problème juif » dans sa ville une fois pour toutes. Moisson d’or (2014) traite du processus d’« aryanisation sauvage » qui s’est déroulé à travers la Pologne occupée, entre 1939 et 1945, et qui a continué après la Libération.

 

Le gouvernement polonais, dirigé par le président de la République fraîchement élu, Andrzej Duda vient d’accusé l’historien d’antipatriotisme ; l’historien s’est vu retirer la croix de chevalier de l’Ordre national du mérite, distinction qui lui avait été attribuée en 1996 pour son travail sur le massacre de Jedwabne où des Polonais ont massacré leurs voisins juifs.

Jan T. Gross. Les Voisins.
Jan T. Gross. Les Voisins.

De nombreux historiens français ont déploré et condamné ce qui pourrait sembler relever d’une sanction disciplinaire. Il n’en est rien, car l’enjeu est tout autre : il s’agit du lien qu’une société « décide » d’entretenir avec son passe ! Voici quelques extraits de ce texte qui appelait le président de la République polonaise à ne pas dégrader l’historien

C’est un mauvais signe. Par ses recherches sur la Shoah et le comportement assassin de « voisins polonais » à l’égard des juifs, par ses livres et ses interventions, Gross a apporté une contribution décisive au retour lucide de la Pologne sur son passé. Ses analyses de l’histoire et de la mémoire des relations judéo-polonaises ont été largement discutées dans le cadre normal d’une activité scientifique et du débat public de la Pologne démocratique. De nombreuses autres investigations, notamment celles conduites par l’Institut de la mémoire nationale en 2001-2002, ont confirmé ses découvertes. […].

Considérer aujourd’hui que J.T. Gross aurait porté atteinte à « la réputation de la Pologne » en contribuant à cette évolution, est proprement insensé. Outre que cela menace la liberté du travail scientifique, ce geste prendrait une signification dangereuse. Ce serait revenir au vieux roman national de « la Pologne innocente et héroïque » du temps de la Pologne populaire. Un récit qui serait un grave retour en arrière.

Nous qui croyons, comme le président polonais à Jedwabne en 2001, « qu’on ne peut pas être fiers de la glorieuse histoire polonaise sans ressentir, dans le même temps, douleur et honte pour le mal fait aux autres par des Polonais », nous demandons au Président Duda de ne pas donner suite à sa démarche. Ces vingt-cinq dernières années, la Pologne s’est grandie en se penchant, comme la France et l’Allemagne, sur les pages sombres de son passé. En les assumant. Elle est la seule ex-Démocratie populaire à l’avoir fait. Elle perdrait beaucoup aux yeux du monde, en sanctionnant un historien qui n’a fait que son travail.

(Source )

 

Le gouvernement polonais tente de « verrouiller » l’histoire de cette période. Il est ainsi envisagé, comme l’a annoncé il y a deux jours Patryk Jaki, vice-ministre de la Justice, d’appliquer une peine de cinq années de prison à quiconque évoquerait les « camps polonais » plutôt que « camps nazis installés en Pologne ». Zbigniew Ziobro, ministre de la Justice a surenchéri en définissant les termes du délit éventuel : « une attribution publique, au mépris des faits, à la République de Pologne ou à la nation polonaise du fait d’avoir été coresponsable » des massacres nazis. Quand le pouvoir politique se mêle de l’histoire en imposant de démêler ce qui pour lui relever du faux et du vrai, à ce moment précis ce pouvoir s’érige en censeur et en faussaire!!!! Cela n’augure rien de bon pour le travail scientifique et la vie dans la Cité.

De Guinzbourg à Kertesz.

Jusqu’au début des grandes purges staliniennes, Evguenias S Guinzbourg est membre du Parti, elle enseigne à l’université d Kazan après avoir soutenu une thèse en histoire à Leningrad, et mène une vie d’intellectuelle soviétique. En 1935 elle est privée du droit d’enseigner et est arrêtée en 1937 au motif d’ « activités contre-révolutionnaires trotskistes ».

Evguénia S Guinzbourg
Evguénia S Guinzbourg

Elle est condamnée à 10 ans de réclusion en cellule d’isolement et cinq ans de privation de ses droits civiques. Dans les souvenirs de sa déportation (Le Vertige  et Le Ciel de la Kolyma), Evguenias S Guinzbourg explique que le souvenir ses lectures la submergeant sans l’avoir appelé l’ont en quelque sorte sauvée et empêchée de sombrer dans le gouffre du goulag.

Imre Kertesz
Imre Kertesz

L’imprégnant souvenir de cette lecture lointaine est « remonté » à la surface il y a quelques jours quand j’ai ouvert les pages d’un court roman d’Imre Kertesz (1929-2016), Felszamolas traduit en français sous le titre Liquidation (Acte Sud, 2005)

Voici ce qu’il écrit et qui a produit un effet de résonance, une espèce d’onde acoustique : Je n’aurais pas cru que ce livre m’entraînerai dans ma funeste carrière. Quand je l’eus terminé, il s’endormit en moi comme tous les autres, enfoui sous les couches douces et épaisses de mes lectures successives. Des quantités de livres dorment ainsi en moi, des bons et des mauvais, de tout genre. Des phrases, des mots, des alinéas et des vers qui pareils à des locataires remuants, reviennent brusquement à la vie, errent solitaires ou entament dans ma tête de bruyants bavardages que je suis incapable de faire taire […] En tous cas la littérature est un piège qui nous retient prisonnier. La lecture est comme une drogue qui confère un agréable flou aux cruels contours de la vie (p42-43).

Après la Shoah 1944-1947.

Capture

Après la Shoah, 1944-1947 c’est le thème de l’exposition que vous pouvez voir au Mémorial de la Shoah à Paris cette année. Il ne s’agit pas ici de faire réfléchir à une sortie du génocide, sort-on d’un génocide même 70 ans les faits? Il s’agit ici de comprendre comment les rescapés, les réfugiés et les survivants ont voulu reprendre le cours de leur vie, retourner chez eux ou trouver un refuge, imaginer un avenir ailleurs quand l’incertitude et le chaos règnent dans une Europe dévastée, archipel de camps de différentes natures.

Après la catastrophe. La libération de l’Europe et la fin de la Seconde Guerre mondiale soulèvent un immense sentiment de soulagement, de joie, d’espoir. Pourtant, le retour à une vie normale semble à peine possible pour les Juifs d’Europe qui ont pu échapper à la destruction générale organisée par les nazis et leurs complices locaux.

En Pologne, la moitié des réfugiés revenus d’URSS et les rares survivants fuient à nouveau. En Allemagne occupée, plus de 250 000 Juifs sont parqués, comme d’autres dans des camps de personnes déplacées en attendant un lieu d’accueil ou une place pour un nouveau départ en dehors de l’Allemagne. En France, les autorités mettent sur place des dispositifs de rapatriement et de réinsertion des déportés « raciaux » qui représente une minorité des rapatriés. Bien que les Juifs aient été victimes d’une politique génocidaire, leur sort ne constitue qu’un problème parmi d’autres à l’échelle européenne.

Michel Rousso est commissaire de l’exposition, dans cette vidéo il nous explique le contexte de cette exposition : la question des réfugiés. Qu’est-ce qu’un réfugié?

Cette exposition dense, très dense, est constituée de plus de 250 photographies issues essentiellement du fonds du Mémorial de Shoah, ainsi que des documents d’archives, des films qui illustrent l’extrême diversité des situations.

Pour celles et ceux qui ne peuvent pas se rendre à l’exposition ou qui voudraient prolonger celle-ci, allez faire un tour sur le site dédié, là aussi très riche :

Après la Shoah, 1944-1947.

Une section de l’exposition est consacrée aux enfants, un dessin et une rédaction d’enfant m’ont particulièrement émue, il s’agit d’un fac similé  d’une rédaction d’une jeune adolescente inscrite dans un patronage juif de la place des Vosges en 1945.

Rédaction de Léa 11 ans, 1945.
Rédaction de Léa 11 ans, 1945.

La femme est un tueur comme les autres ? Partie I.

La couverture de Neues Volk. Le portrait de la maternité. Allemagne, avril 1936.
La couverture de Neues Volk. Le portrait de la maternité. Allemagne, avril 1936.

De prime abord vous pourriez m’opposer que réifier la moitié de l’humanité en une seule figure fait du titre de ce billet une gageure, mais tant pis : c’est écrit, c’est ainsi! Vous pourriez également me dire que les noms Liselotte Meier, Johanna Altvater, Ilse Struwe, Erna Kürbs Petri,Vera Stähli, Gertrude Segel Landau ne vous évoquent rien et vous auriez bien raison. Cette ignorance collective, que nous partageons donc tous, en dit long sur nos sociétés qui ne veulent pas voir le criminel quand il s’agit d’une criminelle, sauf dans les cas d’infanticide. Ces noms et prénoms sont ceux de femmes allemandes qui ont participé de manière directe ou indirecte à la destruction des Juifs d’Europe. Cette cécité (ne pas voir la criminelle) trouve aussi son origine dans les mythes allemands de la femme innocente et du martyr féminin [qui] apparurent au moment de l’effondrement du Reich et de la victoire des Alliées (Wendy Lower, p 213). C’est le travail d’historiennes(ns) qui nous permet d’ôter le voile et de comprendre comment des femmes allemandes de tous âges, de toutes origines sociales ont participé activement (il faudra revenir sur cet adverbe plus tard) à l’entreprise génocidaire nazie dans les territoires occupés de Pologne. Ces noms et prénoms féminins sont l’écho de l’effroi que leur parcours criminel peut inspirer.
Comment des milliers de femmes ont participé à la Shoah? Que sont-elles devenues après la guerre ? C’est à ces questions que l’historienne Wendy Lower tente de répondre dans un essai saisissant paru chez Taillandier sous le titre (désolant qui sent la traduction littérale à plein nez) : Les Furies de Hitler.

Bund Deutscher Mäde. Ligues des jeunes filles allemandes
Bund Deutscher Mäde. Ligues des jeunes filles allemandes. Droits: http://www.europeana.eu/rights/rr-p/

Avant d’entrer plus avant dans cet essai, on pourrait se demander quelle place le féminin (comme genre), les femmes (comme catégorie) occupaient dans la propagande et le projet social du IIIème Reich? Dans un ouvrage, paru en 1998 aux éditions du Seuil, consacré à La société allemande sous le IIIè Reich, l’historien Pierre Ayçoberry consacrait quelques pages « à la conquête des femmes et de la jeunesse ». Que pouvons-nous en retenir ?
1/ Les femmes abdiquent toute vocation professionnelle et réservent leurs efforts à la sphère familiales. Elles sont à ce titre été écartées des places qu’elles occupaient dans l’élite de la fonction publique et des professions libérales. Pour éviter l’inscription des femmes dans l’enseignement supérieur, l’équivalent du ministère de l’Education nationale supprime pour les jeunes femmes, le latin pendant les cinq premières années du gymnase et les sciences pendants les trois dernières années. Cela est remplacé par l’enseignement ménager et les langues vivantes. Un barrage supplémentaire est dressé à l’entrée à l’université par la mise en place d’un numerus clausus : 10%. Celui-ci n’a pas été efficace en permanence. En revanche, les femmes ont été totalement exclues de l’appareil judiciaire.
2/ L’encadrement idéologique des femmes est de la responsabilité de deux organisations. La Frauenschaft (Organisation nationale-socialiste des femmes), créée en 1932 et se consacre à l’enseignement ménager. Après 1933, l’organisation met en place des stages de doctrine.
La Frauenwerk (l’œuvre féminine allemande) qui dispense des cours d’économie domestique. Au-delà de ces deux organisations au succès relatif, la grande majorité des militantes convaincues sont issues de la « Ligue des jeunes filles allemandes » (la Bund Deutscher Mädel).
La présidente de la Frauenschaft est Gertrud Scholtz-Klink , si elle peut incarner une certaine ascension politique féminine, sa mission principale à la tête de la Ligues des femmes nationales – socialistes est de faire la promotion de la ménagère. Elle déclare ainsi en 1934 que la mission de la femme est d’être ministre de son foyer et sa profession de répondre aux besoins de l’homme, du premier moment de sa vie jusqu’au dernier de son existence. Elle accède à une notoriété en dehors des frontières du Reich et fait l’objet de nombreux articles dans la presse étrangère. La presse française relaie les actions de Gertrud Scholtz-Klink, elle est qualifiée de Führerin par Paris Soir. Le quotidien français  lui consacre une pleine page dans son édition du samedi 03 septembre 1938. La lecture de l’article est passionnante :

Certaines femmes ont occupé des postes à responsabilité dans l’appareil d’encadrement de la société allemande, ont connu la gloire cinématographique comme Léni Riefenstahl ; mais celles qui nous intéressent ici sont le groupe formé par 30 000 femmes que la police et la SS nomment comme auxiliaires dans les bureaux de la gendarmerie, les quartiers généraux de la Gestapo et les prisons. Wendy Lower avance l’idée que pour ces 30 000 femmes aucune mise à distance psychologique n’était envisageable, et la probabilité d’une participation directe au meurtre de masse très élevée (page 23). Au-delà de ce groupe, le Reich déploie 500 000 Allemandes dans les territoires de l’Est et du Sud-Est, immense espace qui inclut les provinces polonaises annexées en 1939.

Arthur Grimm. Célébration de l'Anschluss par la ligue des jeunes filles allemandes. 16 mars 1938
Arthur Grimm. Célébration de l’Anschluss par la ligue des jeunes filles allemandes. 16 mars 1938. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

L’introduction de l’essai est fort éclairant car nous comprenons que, si peu de femmes ont été condamnées à des peines de prison ou à la peine capitale c’est qu’a perduré jusqu’à aujourd’hui une image compatissante de la femme. L’éclairage porté sur les gardiennes de camp comme Irma Grese ou Ilse Koch ont certainement empêché un débat plus nuancé sur la contribution des femmes au régime nazi et sur leur culpabilité en général (p 28). De plus, après la guerre, la femme allemande apparaît comme l’héroïne à qui il revient de lessiver le passé honteux de l’Allemagne. Il faut aussi comprendre que l’apolitisme des femmes fait partie des mythes de l’après guerre, Wendy Lower l’écrit en une phrase saisissante : Aussi longtemps que ces Allemandes seront confinées dans une sphère à part ou que leur influence politique sera minorée, la moitié de la population génocidaire sera […] innocentée des crimes de l’Etat moderne et exclue de l’histoire elle-même.

Les étudiantes du BDM s'exercent au tir avec des armes légères. Anonyme. 1936
Les étudiantes du BDM s’exercent au tir avec des armes légères. Anonyme. 1936. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

Comment appréhender le rôle des femmes dans la « Solution finale au problème juif »? Quelle place occupent-elles dans l’entreprise génocidaire ? Au lieu de classer les individus par catégories, il faut se demander qui fait quoi dans le système mis en place pour la destruction des Juifs d’Europe. Voici un exemple qui permet de comprendre cette complexité : une inspectrice en chef de l’Office centrale de sécurité du Reich décide du sort de milliers d’enfants, dans son travail elle est assistée d’environ 200 femmes; ces agents de terrain sont chargées de rassembler les preuves de la « dégénérescence raciale ». A cette fin, elles élaborent un système codé à base de couleurs pour organiser l’incarcération de plus de 2 000 enfants (juifs, tsiganes, « délinquants ») dans des camps d’internement spéciaux. Ces femmes remplissent un savoir-faire administratif jugé féminin et participent par là même à l’entreprise criminelle.
Les sources sont nombreuses mais ne sont pas forcément faciles d’accès. Wendy Lower a travaillé à partir des archives de guerre allemandes, des enquêtes menées par les Soviétiques sur les crimes de guerre nazis, les dossiers de la police secrète est-allemande, les archives S. Wiesenthal. Elle a enquêté à partir des minutes des procès et des enquêtes menées par les Autrichiens et les Allemands de l’Ouest, et enfin sur les « ego-documents » (la manière dont le sujet forge une image de lui(elle)-même à travers ses dépositions). Tous ces documents remontent à l’après-guerre. L’historienne analyse les significations différentes entre un entretien accordé à un journaliste et une déposition faite devant un juge.
La plupart des études qui portent sur le génocide des Juifs d’Europe admettent que le meurtre de masse n’aurait pu s’opérer dans une large participation de la société. Pourtant, la plupart de ces études laisse de côté la moitié de la population, comme si l’histoire des femmes se déroulait dans une sorte d’ailleurs. C’est une approche illogique et une omission inexplicable. Les destins dramatiques de ces femmes révèlent le côté le plus sombre de l’engagement féminin. (p 33). Ces femmes à travers leur métier, leur fonction, leur engagement sont mobilisées en vue de la guerre et consentent au génocide.

à suivre …

« Jusqu’au dernier », la destruction des juifs d’Europe.

A partir de ce soir, France 2 diffuse une série documentaire exceptionnelle consacrée à la destruction des Juifs d’Europe, reprenant  ici le titre  de l’ouvrage de R. Hilberg. W Karel et C. Finger réalise ici un documentaire qui fera date car pour la première fois la Shoah est présentée dans son intégralité c’est-à-dire de l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 jusqu’à nos jours et permet de comprendre « les temps » d’un génocide. Les réalisateurs ont enquêté sur les victimes, les bourreaux et les sociétés dans lesquelles ce « crime sans nom » (W. Churchill) a pu être commis.

Jusqu'au dernier. La destruction des Juifs d'Europe
Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe. Capture

Les diffusions :

Lundi 26 janvier 2015 à partir de 22h20 – Épisodes 1 et 2
Mardi 27 janvier à partir de 20h50 – Épisodes 3, 4, 5 et 6
Mardi 3 février 2015 à partir de 23h55 – Épisodes 7 et 8

C’est l’occasion pour le grand public de faire connaissance avec les plus grands spécialistes de ce génocide et de réfléchir à l’évolution de l’historiographie sur ce sujet, et l’évolution des concepts dans la recherche scientifique.

France 2  dédie un site à la série particulièrement bien fait et qui permet d’entendre quelques très grands historiens : A. Wieviorka, Y. Chapoutot ou encore C. Ingrao.

jusqu'au dernier. Vidéos
jusqu’au dernier. Vidéos

Le site dédié sur France 2 .

Le dossier de presse.

Les faussaires de l’Histoire.

C’est le titre du documentaire réalisé par M. Prazan et co-écrit avec La spécialiste du négationnisme, V. Igounet qui sera diffusé ce soir, dimanche 28 septembre, sur France 5. Le néologisme « négationnisme » est mis au point par l’historien H. Rousso afin de désigner et combattre ceux qui nient l’existence des chambres à gaz comme mode de mise à mort et réfute la réalité de la destruction des juifs d’Europe (R. Hilberg). A ce sujet je vous conseille la lecture du magnifique essai de P. Vidal Naquet : Les Assassins de la Mémoire.

Le film retrace rigoureusement l’histoire du négationnisme, à commencer par son apparition dans l’immédiate après-guerre chez les nostalgiques du nazisme et de la collaboration. Dans les années 1970, sous l’influence d’une extrême-gauche « antisioniste », le négationnisme subit une certaine réorientation, qui s’étend ensuite jusqu’à la fin des années 1990 vers le monde arabo-musulman, portée par la star déchue du parti communiste Roger Garaudy.
Le film décortique pour mieux le comprendre et le conjurer le discours de haine qui se dissimule derrière les masques de l’historicité et du militantisme politique. Alors que disparaissent aujourd’hui les derniers rescapés du plus grand génocide du XXe siècle, ce film est aussi un cri d’alarme devant les offensives que continuent de mener, sur plusieurs continents, les faussaires de l’histoire. (Source)

Pour en savoir plus, rendez vous sur l’excellent blog Mémoires Vives qui a reçu le 14 septembre dernier, les auteurs de cet indispensable documentaire : les faussaires de l’Histoire.

 

PARIS libéré, photographié, exposé au musée Carnavalet. 1944 -2014.

Si vous habitez Paris ou sa région, si vous êtes de passage par ici, ou si vous vous promenez dans le Marais, prenez quelques heures pour vous rendre au musée Carnavalet et visiter cette magnifique exposition qui est plus qu’une exposition : Paris libéré, photographie, exposé. Il s’agit d’un voyage dans le temps qui rend le passé intelligible.

Comparer les deux affiches donne à comprendre tout le sens du propos :

Libération de Paris. Affiche de l'exposition, 1944.
Libération de Paris. Affiche de l’exposition, 1944.

L’affiche de 1944 est un photomontage d’après une photographie de Renée Zuber et ouvre le 11 novembre de la même année l’exposition « Libération de Paris » conçue par François Boucher. Cette affiche en noir et blanc colorée en sépia, met en scène au premier plan un homme seul, un pistolet dans la main droite, la main gauche reposant sur l’un des sacs formant une barricade. En arrière plan on distingue Notre Dame. Cette affiche nourrit un Paris mythifié, et cette image résonne :

Delacroix. La Liberté guidant le peuple.
Delacroix. La Liberté guidant le peuple.
Mort de Baudin. Défenseur de la Loi, le député Baudin meurt pour la République.
Mort de Baudin. Défenseur de la Loi, le député Baudin meurt pour la République.

L’affiche de 2014 est d’une toute autre nature, l’homme seul et grave a laissé place quatre jeunes femmes en liesse, heureuses, l’une d’entre elles passe son bras autour du cou d’un soldat souriant, on comprend alors que chaque commémoration est l’occasion d’une réécriture de l’Histoire.

11 juin 2014 - 08 février 2015. Paris libéré, photographié, exposé. Affiche de l’exposition.
11 juin 2014 – 08 février 2015. Paris libéré, photographié, exposé. Affiche de l’exposition.

C’est une Libération glorieuse et héroïque qu’il importe de valoriser en  1944 ; cette perspective épique transparaît dans la première exposition sur la libération de Paris qui se tient au musée Carnavalet peu de temps après l’événement. 70 ans plus tard, le musée Carnavalet propose de revisiter cette exposition conçue « à chaud » avant même la fin de la guerre.

L’exposition Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé permet de s’interroger sur la restitution de la mémoire ; elle rappelle que la narration des événements peut être réactualisée en permanence.

De nombreuses citations d’historien-ne-s (parmi lesquelles Alerte Farge ou Mona Ozouf) et de philosophes ponctuent le parcours ainsi qu’un entretien avec Axel Khan mené par Catherine Tambrun qui aide à se questionner. Une des questions posées contribue à nourrir cette conscience de l’Histoire : à quoi s’expose t-on quand on visite une exposition ? Pour comprendre comment la photographie aussi fabrique l’histoire, rendez-vous au musée Carnavalet.

Paris 19 août 2014.

Je ne vous chanterai pas la sérénade du « j’aime Paris au mois d’août », mais c’est vrai j’aime le climat aoûtien de la capitale, les longues promenades, l’observation des touristes un peu perdus que je n’hésite pas à renseigner, histoire de ne pas alimenter la réputation de « sales cons » que nous avons trop souvent … J’aime moins que la bouchère, le primeur, la boulangère, le poissonnier prennent un repos bien mérité : les vacances pour moi, pas pour les autres bien sûr. Respirer l’air de Paris (pas pollué) par un vent doux (pas de canicule) et sous un ciel changeant (comme en Bretagne) rend la vie légère.

Je voulais voir le Panthéon emballé mais pas par Christo le temps d’une restauration historique.

Le monument est toujours aussi impressionnant :

Panthéon 19 aout 2014
Panthéon 19 aout 2014

Les portraits sur la bâche, les structures apparentes des travaux, les touristes, les culs des deux-roues, l’abri bus, une grosse statue devant laquelle on se photographie en espérant ou redoutant que le généreux monsieur vous pisse dessus (véridique!!), tout cela m’invite vers ce lieu  un peu solennel mais qui vit par le mouvement qu’il organise dans un premier cercle.

Panthéon Paris 19 aout 2014
Panthéon Paris 19 août 2014

Une plaque des victimes du devoir attire mon attention  quand la ville veut commémorer « Sa » libération d’août 1944 :

Plaque victime du devoir Alexandre Massiani
Plaque victime du devoir Alexandre Massiani

Poursuivant une promenade diachronique, je me renseigne sur Alexandre Massiani, gardien de la paix  et je cherche son visage :

Alexandre Massiani, Source : La Libération de Paris
Alexandre Massiani, Source : La Libération de Paris

Il a été abattu le 19 août, vers 13h30, Place du Panthéon, alors qu’il surveillait les mouvements de la garnison allemande du Sénat. Transporté à la Maison de Santé des Gardiens de la paix, il meurt  le 21.

Poursuivant ma promenade, j’entre dans le jardin du Luxembourg, la lumière du jour rend hommage au parc.
Paris, jardin du Luxembourg, 19 août 2014.

Dans ce jardin, une exposition commémore « La » libération de Paris, elle met en scène le courage du peuple de Paris, capitale outragée, capitale libérée par elle-même : le sénat libéré, dans ce lieu la République reprend ses droits.

Paris 19 aout 2014. Le sénat libéré. Exposition
Paris 19 aout 2014. Le sénat libéré. Exposition

L’exposition met en scène une libération glorieuse, une libération sui generis : Paris aux forceps se libère de la « barbarie nazie » :

Paris 19 août 2014. Le sénat libéré.2
Paris 19 août 2014. Le sénat libéré.

En ce mois d’août, je me promène à Paris et trotte dans ma caboche des formules probablement toutes faites : les commémorations sont politiques, les expositions emblématiques. Je ne pense pas que la qualité se cache aux yeux du plus grand nombre dans quelques lieux élus par des initiés autoproclamés, je veux croire que tout le monde peut (doit)avoir accès au meilleur.
Cette promenade du jour qui est l’objet de ce billet, me permet de coucher en lettres numériques ces quelques Pensées pour moi même :

– dire tout le bien de l’intelligente et enthousiasmante exposition au musée Carnavalet sur Paris libéré,  Paris photographié, Paris exposé. ALLEZ-Y!!

– dire tout le rien (l’ennui de carte postale) que j’ai éprouvé pour une exposition à succès dans un musée que j’aime arpenter : Paris 1900.

 

 

 

Le destin des Tsiganes (Roms et Sinti) pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le destin des Tsiganes pendant la seconde guerre mondiale.
Le destin des Tsiganes pendant la seconde guerre mondiale.

Enfin un site sérieux  sur l’histoire des Tsiganes pendant la seconde guerre mondiale : il vous permettra de faire le point sur un génocide qui reste jusqu’ici très méconnu. Le Mémorial de la Shoah y est partenaire, et vous pouvez choisir de naviguer en français, en anglais et en allemand.  Ce site s’adresse à tous et pas seulement aux enseignants et aux élèves comme cela est indiqué dans la dernière phrase de la page d’accueil.  Je vous laisse le découvrir :

Home — Français.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :