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d'une poule sur un mur.

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Thiepval. Les disparus de la Somme.

Thiepval est un petit village situé dans la Somme en Picardie et qui fut l’un des théâtres de la bataille de la Somme au cours de la Grande Guerre. C’est à Pozières que les Australiens ont lancé leur force au cours de l’année 1916.

Le village de Pozières  évoque le premier engagement d’envergure des troupes australiennes sur le front occidental. Arrivés le 23 juillet 1916 et après s’être emparés de Pozières, les Australiens, épuisés par d’incessantes contre attaques d’artillerie, furent relevés le 5 septembre par les Canadiens à la Ferme du Mouquet. Trois de leurs divisions étaient passées par le secteur de Pozières et avaient subi des pertes supérieures au tiers des effectifs engagés. Quant au village, il avait totalement disparu.

Ferme du Mouquet avant et après le bombardement@musée de Thiepval.
Ferme du Mouquet avant et après le bombardement@musée de Thiepval.

En novembre 1918, les champs de bataille de la Somme ne sont plus que mares de boues traversées par des barbelés, semés de tronc d’arbres calcinés. Des milliers de soldats venus de tout l’Empire britannique sont tombés dans la Somme, leurs corps n’avaient pas été retrouvés, leurs tombes n’avaient pas été enregistrées ou avaient été perdues ou détruites pendant les combats. Certains soldats n’ont pas pu être identifiés et ont été enterrés sous une pierre tombale avec la mention « Connu de Dieu seul », ce sont les soldats portés disparus. Le Mémorial de Thiepval rend hommage aux « Disparus de la Somme »

Les disparus de la Somme. Mémorial de Thiepval
Les disparus de la Somme. Mémorial de Thiepval

C’est un monumental édifice haut de 45 m qui se tient sur une crête au sud du village de Thiepval, il domine l’horizon et se voit de très loin, il est l’œuvre de Sir E. Lutyens.

Mémorial de Thiepval
Mémorial de Thiepval

La construction débute en 1928 avec le creusement de fondations à 9 mètres de profondeur, cette partie des travaux permet de mettre à jour des tunnels et des pièces d’artillerie qui n’avaient pas explosées.

Mémorial de Thiepval. 1931, en construction
Mémorial de Thiepval. 1931, en construction.

Le centre du mémorial est surplombé par une arche de 24 mètres de hauts et repose sur des piliers dans lesquels les noms des disparus sont gravés sur de la pierre blanche de Portland.

Mémorial de Thiepval. Pierre blanche de Portland
Mémorial de Thiepval. Pierre blanche de Portland.

Ils sont nombreux les Australiens entre Pozières et Péronne en ce mois de juillet, des jeunes, des vieux en voyages organisés, des familles sur la trace de ces soldats morts si loin de chez eux, des soldats ; tous venus honorés la mémoire des morts. Ce fut un moment très émouvant.

Mémorial de Thiepval. Avant la cérémonie du 20 juillet 2016
Mémorial de Thiepval. Avant la cérémonie du 20 juillet 2016
Mémorial de Thiepval.Avant la cérémonie du 20 juillet 2016. La mise en place
Mémorial de Thiepval.Avant la cérémonie du 20 juillet 2016. La mise en place

Si vous passez par la Somme, je vous invite à visiter le tout nouveau musée de Thiepval inauguré le 02 juin 2016.

Musée de Thiepval
Musée de Thiepval

Allons Enfants de l’Acadie

Souvent je pense que la réalité des femmes et des hommes ne peut se lire avec satisfaction par l’emprunt exclusif des concepts géopolitiques. Si ces derniers sont nécessaires à un entendement du monde, ils restent inopérants à la compréhension des expériences individuelles, vous auriez beau jeu et raison de rétorquer que l’expérience d’un seul ne peut dire le tout et dès lors rejeter toute métonymie : le vécu de quelques uns ne pouvant donner sens à un destin qui englobe toute une société. Toutefois, tentons le pari de suivre pas à pas l’irruption d’une guerre d’un nouveau genre, une guerre totale,  dans le quotidien d’individus qui, par la géographie, sont éloignés des théâtres des opérations mais qui s’engageront dans un conflit très loin de chez eux. C’est l’aventure à laquelle nous convient Ici Radio Canada dans une série radio exceptionnelle.

1914-1918. Grande Guerre des Canadiens
1914-1918. Grande Guerre des Canadiens

Pour une fois, commençons en musique, en suivant la thématique « la musique au cœur des conflits au cœur patriotiques et idéologiques »  . Cliquez sur le pavé « Nous les Canadas » pour comprendre pourquoi et comment la chanson populaire est l’écho des grandes décisions nationales, se mettant ainsi au service d’une nation en guerre. Au-delà la participation à une guerre ravive avec vigueur le souvenir d’une autre. A ce titre, écouter « Allons Enfants de l’Acadie » chanté sur les airs de la Marseillaise est particulièrement saisissant.

Nous les Canadas
Nous les Canadas

Radio Canada propose ainsi une série radio et un site web sur la guerre de 1914-1918 vécue par les Canadiens français. Vous pourrez regardez les photos et écoutez des récits (ceux des familles des soldats, des collectionneurs). C’est ici tout l’intérêt car l’histoire officielle (en gros celle des manuels scolaires) interagit avec l’histoire des individus, ces hommes et ces femmes qui se sont engagé(e)s et ont sacrifié une part d’eux-mêmes.

Lisez les témoignages : Témoignages

Ecoutez les cinq épisodes

Le baptême du feu

Le 4 août 1914, le Canada entre en guerre aux côtés des Britanniques contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Partout au pays, des hommes et des femmes s’enrôlent, pour défendre leur patrie d’origine, par esprit d’aventure, par sens du devoir ou encore pour l’expérience, comme le révèlent les histoires de Richard Steacie, de Blanche Lavallée, d’Arthur Giguère ou d’Erol Lizotte. Le 20 octobre 1914, le 22e Bataillon, premier corps canadien-français, est créé. En avril 1915, les troupes canadiennes participent à leur première grande bataille à Ypres en Belgique : c’est leur baptême du feu.

Dans les tranchées

Les soldats canadiens campés dans les tranchées vivent avec les poux, les rats, la boue et le froid. Le 15 septembre 1916, le 22e Bataillon s’empare du village de Courcelette, et les Canadiens français sont enfin reconnus. Pendant ce temps, Blanche Lavallée, une infirmière de Montréal, travaille dans un des deux hôpitaux canadiens-français en banlieue de Paris. En 1916, elle y rencontre Henri Trudeau, un futur aviateur. Cette histoire d’amour durera toute une vie.

La vie au Canada

À Montréal, environ 35 000 femmes sont employées dans des usines de guerre. D’autres sont caissières ou conduisent des tramways ou encore, comme Blanche Bessette, sont marraines de guerre. En 1918, les Canadiennes obtiennent le droit de vote au fédéral. Dès 1914, les Canadiens d’origine allemande et austro-hongroise sont envoyés dans des camps d’internement, comme celui de Spirit Lake, en Abitibi. En décembre 1917, le port d’Halifax est détruit par une explosion. En Europe, le Canada gagne la bataille de Vimy, mais au prix de 3600 pertes humaines.

La crise de la conscription

À l’été 1917, le premier ministre canadien, Robert Borden, dépose une loi sur la conscription. À l’automne, le Canada remporte la victoire à Passchendaele, en Belgique, mais perd près de 3000 soldats. Borden donne le droit de vote aux soldats et se fait réélire en décembre 1917. En avril 1918, des émeutes contre l’enrôlement obligatoire éclatent à Québec. Le gouvernement impose ensuite la conscription aux fils de fermiers et aux hommes mariés sans enfants. Partout au Canada, les jeunes travailleurs refusent de partir pour la guerre.

La fin de la guerre

À partir de 1918, la grippe espagnole fait 50 millions de victimes dans le monde, dont 14 000 au Québec. Des témoins racontent comment ils ont perdu des membres de leur famille en raison de cette épidémie. La 11e heure du 11e jour du 11e mois de 1918 marque la fin de la Grande Guerre. Cent ans après le début des hostilités, la cicatrice est toujours profonde, mais les descendants de soldats canadiens-français se souviennent néanmoins fièrement de leur aïeul.

Le réchauffement planétaire vu par la NASA

Ben voilà … Que dire de plus?

Urbabillard

Les images de la NASA montrent comment la terre se réchauffe, de manière accélérée. La réalité d’aujourd’hui dépasse les projections les plus pessimistes des scientifiques du 20e siècles. Il est grand temps que les efforts tant globaux que locaux se coordonnent afin de réduire la pollution et préserver le climat.

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Un passé qui ne passe pas, l’historien dégradé.

Pour certains l’Histoire est un sport de combat pour d’autres une matière incandescente qui finit par brûler ceux qui y touchent de trop près, c’est peut-être vrai. Ce qui est avéré en revanche c’est le rapport conflictuel voire anxiogène des sociétés contemporaines à leur propre histoire récente, la nature de ce rapport est à même de renseigner sur l’état moral du corps social. Pourquoi j’écris ceci ? Pour vous informer, mais peut-être l’êtes vous déjà, de la décision politique dont est victime l’historien Jan T Gross qui a la double nationalité américaine et polonaise, cette mention ne relève pas de l’anecdote biographique, vous allez vite comprendre pourquoi.

Jan Tomasz Gross. Historien et sociologue.
Jan Tomasz Gross. Historien et sociologue.

Jan T. Gross est né à Varsovie en 1947, il enseigne l’histoire contemporaine aux Etats-Unis à l’Université de Princeton, il s’intéresse aux relations entre Juifs et Polonais en Pologne pendant et après la seconde guerre mondiale.

Depuis les années 1990, Il a publié trois ouvrages qui ont profondément remué l’opinion publique en Pologne dont je ne saurais trop vous conseiller la percutante lecture. J’en reparlerai dans les prochains billets.

Les Voisins. 10 juillet 1941. Un massacre de juifs en Pologne, chez Fayard en 2002. Vous pouvez lire ici un compte rendu critique et très intéressant qui fait la lumière sur les polémiques déclenchées par la parution de ce livre

La Peur. L’antisémitisme en Pologne après Auschwitz. Voir le compte rendu la haine après le meurtre de Jean-Yves Potel.

Moisson d’or, coédités par le Mémorial de la Shoah et Calmann-Lévy, 2014. A lire le compte rendu paru sur le site La Vie des Idées .

Jan T. Gross. Moisson d'or. Le pillage des biens juifs
Jan T. Gross. Moisson d’or. Le pillage des biens juifs.

Le premier fait la lumière sur Jedwabne, une petite ville dont les habitants polonais (sans aucune participation directe des Allemands) ont brûlé vifs, en juillet 1941, 1 600 hommes, femmes et enfants, tous Juifs, leurs voisins. La Peur (2010) s’attaque au pogrom de Kielce, où la foule, enragée par les rumeurs (« Les Juifs enlèvent les enfants chrétiens pour prendre leur sang ! »), chercha à résoudre le « problème juif » dans sa ville une fois pour toutes. Moisson d’or (2014) traite du processus d’« aryanisation sauvage » qui s’est déroulé à travers la Pologne occupée, entre 1939 et 1945, et qui a continué après la Libération.

 

Le gouvernement polonais, dirigé par le président de la République fraîchement élu, Andrzej Duda vient d’accusé l’historien d’antipatriotisme ; l’historien s’est vu retirer la croix de chevalier de l’Ordre national du mérite, distinction qui lui avait été attribuée en 1996 pour son travail sur le massacre de Jedwabne où des Polonais ont massacré leurs voisins juifs.

Jan T. Gross. Les Voisins.
Jan T. Gross. Les Voisins.

De nombreux historiens français ont déploré et condamné ce qui pourrait sembler relever d’une sanction disciplinaire. Il n’en est rien, car l’enjeu est tout autre : il s’agit du lien qu’une société « décide » d’entretenir avec son passe ! Voici quelques extraits de ce texte qui appelait le président de la République polonaise à ne pas dégrader l’historien

C’est un mauvais signe. Par ses recherches sur la Shoah et le comportement assassin de « voisins polonais » à l’égard des juifs, par ses livres et ses interventions, Gross a apporté une contribution décisive au retour lucide de la Pologne sur son passé. Ses analyses de l’histoire et de la mémoire des relations judéo-polonaises ont été largement discutées dans le cadre normal d’une activité scientifique et du débat public de la Pologne démocratique. De nombreuses autres investigations, notamment celles conduites par l’Institut de la mémoire nationale en 2001-2002, ont confirmé ses découvertes. […].

Considérer aujourd’hui que J.T. Gross aurait porté atteinte à « la réputation de la Pologne » en contribuant à cette évolution, est proprement insensé. Outre que cela menace la liberté du travail scientifique, ce geste prendrait une signification dangereuse. Ce serait revenir au vieux roman national de « la Pologne innocente et héroïque » du temps de la Pologne populaire. Un récit qui serait un grave retour en arrière.

Nous qui croyons, comme le président polonais à Jedwabne en 2001, « qu’on ne peut pas être fiers de la glorieuse histoire polonaise sans ressentir, dans le même temps, douleur et honte pour le mal fait aux autres par des Polonais », nous demandons au Président Duda de ne pas donner suite à sa démarche. Ces vingt-cinq dernières années, la Pologne s’est grandie en se penchant, comme la France et l’Allemagne, sur les pages sombres de son passé. En les assumant. Elle est la seule ex-Démocratie populaire à l’avoir fait. Elle perdrait beaucoup aux yeux du monde, en sanctionnant un historien qui n’a fait que son travail.

(Source )

 

Le gouvernement polonais tente de « verrouiller » l’histoire de cette période. Il est ainsi envisagé, comme l’a annoncé il y a deux jours Patryk Jaki, vice-ministre de la Justice, d’appliquer une peine de cinq années de prison à quiconque évoquerait les « camps polonais » plutôt que « camps nazis installés en Pologne ». Zbigniew Ziobro, ministre de la Justice a surenchéri en définissant les termes du délit éventuel : « une attribution publique, au mépris des faits, à la République de Pologne ou à la nation polonaise du fait d’avoir été coresponsable » des massacres nazis. Quand le pouvoir politique se mêle de l’histoire en imposant de démêler ce qui pour lui relever du faux et du vrai, à ce moment précis ce pouvoir s’érige en censeur et en faussaire!!!! Cela n’augure rien de bon pour le travail scientifique et la vie dans la Cité.

LES DISPARUS DE LA GRANDE GUERRE. Un webdoc exceptionnel.

700 000.
C’est avec quelques semaines de retard que je publie ce court billet pour vous présenter un webdocumentaire exceptionnel dont certains d’entre vous ont déjà entendu parler. Il s’agit d’un webdoc en ligne sur le site de l’INRAP (l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) et consacré aux 700 000 corps de soldats disparus sur la ligne de front en France au cours des batailles totales menées entre 1914 et 1918 par les armées des pays belligérants.
Pourquoi 700 000 ? L’archéologue Yves Desfossés, conservateur de l’archéologie en Champagne-Ardenne, explique que sur les 10 millions de soldats morts sur les champs de bataille, de nombreux corps n’ont jamais été récupérés. Les archéologues se fondent sur les statistiques les plus sûres, celle du Commonwealth dans la mesure où celui érige une sépulture individuelle aux soldats; il est, de ce fait, aisé de calculer la différence entre le nombre de soldats engagés et le nombre de sépultures. Le chiffre ainsi obtenu est extrapolé aux autres nations engagées dans le conflit.

700 000. Un des sites de fouille.
700 000. Un des sites de fouille.

Le webdocumentaire de 70 minutes revient sur le déroulement d’un immense chantier archéologique qui cherche les restes de ces soldats. Après une introduction, l’internaute est invité à se rendre sur 5 chantiers de fouille s’ouvre alors une expérience immersive passionnante et très émouvante. Le chantier se décline en 5 moments : Où et comment le ou les corps ont été retrouvés ? Pourquoi ont-ils été inhumés à cet endroit?Qui sont les soldats ? D’où venaient-ils ? Quelle vie ont-ils laissé derrière eux ? Les objets trouvés permettent d’identifier le soldat et de brosser le portrait de ces hommes venant tous les pays et des empires coloniaux. L’archéologie permet de nommer ces disparus, on comprend ainsi que l’angoisse profonde de tous les soldats était de mourir dans l’oubli. Le travail des archéologues, des anthropologues et des médecins légistes est essentiel et ce webdoc nous invite à les suivre et à les accompagner dans leurs questionnements et leurs hypothèses.

Cimetière de Boult sur Suippe
Cimetière de Boult sur Suippe

A Roclinourt, pris sous les bombardements ennemis, Pierre Grenier a été enseveli avec ses effets personnels et son équipement : son portefeuille avec la photo de sa famille, son porte-monnaie dans lequel il avait placé son alliance en or, un petit livre de prières… Il porte aussi sur lui une lettre, adressée à sa femme et à ses jumeaux, nés au début du conflit et qu’il ne verra jamais. L’enquête révèle en effet que trois jours après avoir écrit cette lettre, le 25 septembre 1915, Pierre Grenier disparut lors de la troisième bataille d’Artois avec 234 autres camarades de son régiment (source :
http://www.inrap.fr/700000-un-webdocumentaire-sur-les-disparus-de-la-grande-guerre-10840
Dans la Marne à Boult-sur-Suippe l’archéologue Bruno Duchêne dirige la fouille d’un cimetière de fortune où les soldats allemands étaient enterrés pendant les combats et dont une partie a été exhumée après la fin de la guerre. Les défunts proviennent soit directement du champ de bataille, soit de l’hôpital militaire allemand qui était installé dans le village. Plus de 600 tombes sont mises au jour et un millier d’objets personnels et militaires sont retrouvés par les archéologues. Les plaques d’identification des soldats, d’abord illisibles, sont envoyées au laboratoire des métaux ferreux. L’identité de l’un d’entre eux est révélée : il s’agit d’August Seelmeyer, appartenant au régiment d’artillerie allemand FAR26. Tout juste arrivé sur le front de Champagne, après seulement six jours de combat, August est frappé par un obus. Il a 19 ans.
Vous pouvez aussi vous rendre à Saint-Laurent-Blangy, dans une carrière de l’Aisne où une sépulture d’urgence a été vandalisée ou encore à Massiges.

700 000. Carte des fouilles. capture.
700 000. Carte des fouilles. capture.

A vous de partir sur les traces des soldats disparus : 

– Le webdocumentaire 700 000 
– Une présentation sur France Inter, à partir de la 33ème minute de l’émission, le Club des têtes au carré.
– La page FACEBOOK vous permettant de suivre l’actualité de ce webdoc.

L’enfant et le néant. I…

Pas de guerre sans images, cela relève du truisme. Les sociétés en guerre produisent des images, de toute nature, des conflits dans lesquels elles s’embourbent. Ces images expliquent, justifient, réfléchissent, excusent. En un mot, elles donnent à voir la manière dont nous nous mettons en scène et la manière dont nous nous représentons l’ennemi . Ces images opposent souvent la brutalité de l’ennemi à l’innocence des outragés. Nous avons tous en tête des images devenues iconiques, des symboles de « l’horreur ». La plupart du temps ce sont les femmes et les enfants qui occupent le devant de la scène. Rappelez vous cette photographie d’une femme algérienne qui symbolise l’horreur du massacre des civils en 1992 quand le Front Islamique du Salut puis le G.I.A. (Groupes Islamiques Armés) entrent en guerre contre l’Etat incarné par l’unique F.L.N.

Massacres de civils en Algérie

Maintenant, si nous évoquons le drame humain qui se joue à nos portes, à nos frontières, à nos murs de barbelés nous le qualifions de « crise des migrants ». Je ne sais pas vraiment qui en crise : certainement les hommes, les femmes, les enfants qui fuient les horreurs de la guerre, probablement notre (mon) Europe démunie, apeurée, dépassée. S’il faut trouver une image de cette déréliction qui nous enveloppe, un cliché surgit et nous envahit : celui d’un enfant échoué sur une plage dont nous connaissons l’identité légale, Aylan Kurdi.

le-corps-d-un-enfant-migrant-mort-noye-sur-une-plage-de-bodrum-au-sud-de-la-turquie-apres-le-naufrage-d-un-bateau-transportant-des-refugies-le-2-septembre-2015
le-corps-d-un-enfant-migrant-mort-noye-sur-une-plage-de-bodrum-au-sud-de-la-turquie-apres-le-naufrage-d-un-bateau-transportant-des-refugies-le-2-septembre-2015

Cette dernière photo invite inévitablement à se poser plusieurs questions :
– Pourquoi et en quoi un enfant symboliserait-il un conflit, une crise, une guerre ?
– Est-ce une nouvelle manière de représenter ce que nous jugeons insupportable ?
– Y a-t-il ici une concurrence des victimes ? En d’autres termes, maladroits j’en ai conscience, Le Dormeur du val a-t-il du céder sa place à l’Enfant échoué ?

Nous avons tous en tête des images d’enfants et de guerre, ce billet est ouvert à vos questions ou suggestions, n’hésitez pas à en faire part car il est à suivre.

L’île des esclaves oubliés.

Dessin d'une classe de CM2 de Semoy envoyés à l'occasion de la quatrième mission sur l'île de Tromelin. 2013
Dessin d’une classe de CM2 de Semoy à l’occasion de la quatrième mission sur l’île de Tromelin. 2013

Un caillou de 1 km² dont le point culminant est à 7 mètres, un minuscule récif corallien dans l’océan Indien situé à 450 km à l’Est de Madagascar et 535 km au Nord de La Réunion, nommé l’Ile de Sable puis Tromelin. L’île est aujourd’hui rattachée aux T.A.A.F. (la collectivité des Terres Australes et Antarctiques Françaises).

Trimbre du chevalier de Tromelin
Trimbre du chevalier de Tromelin

Une île corallienne : voila le décor paradisiaque de la tragédie qui s’y joue dans la nuit du 31 juillet 1761, l’Utile se brise sur le récif de corail, le gouvernail est arraché, les ponts s’effondrent. L’Utile est prisonnier au milieu des déferlantes.

Détail de la carte sur laquelle l’île de Sable, ici nommée « Islot de Sable », © BNF
Détail de la carte sur laquelle l’île de Sable, ici nommée « Islot de Sable », © BNF

 

 

Tromelin.
Tromelin.

1/ Esclaves et contrebande.

Construit et armé à Bayonne, l’Utile appareille pour l’île de France, aujourd’hui Maurice, en novembre 1760. Le navire appartient à la Compagnie française des Indes orientales : créée en 1664 par Colbert, elle dispose du monopole du commerce vers l’Afrique, l’océan Indien et les Indes. Les Mascareignes, ce groupe d’îles du sud-ouest de l’océan Indien comprenant notamment Maurice et La Réunion, ont été colonisées par la France entre la fin du XVIIe et le XVIIIe siècles. Elles représentent une étape indispensable sur la route des Indes et de la Chine.

Prise de la frégate anglaise de 44 canons
Prise de la frégate anglaise de 44 canons « the Ceylon » par la frégate française « La Vénus » au large de l’île de France (île Maurice) fin 18e siècle.

 

L’Utile une flûte de 800 tonneaux est construit pour la Marine Royale à Bayonne, il lève l’ancre pour l’île de France, qu’il atteint le 12 avril 1761 après 147 jours de navigation.

Dans l’océan Indien, le commerce des esclaves en provenance du Mozambique et de Madagascar alimente en main d’œuvre les plantations coloniales des Mascareignes. Quand, le 27 juin 1761, l’Utile est envoyé à Madagascar pour en ramener des vivres, son capitaine Jean de La Fargue a néanmoins interdiction d’y acheter des esclaves comme c’est l’usage. L’Utile n’est pas un navire négrier, mais un bâtiment de transport classique destiné à apporter aux colonies produits et matériaux de la métropole, avant d’y retourner avec une cargaison de produits coloniaux, tels que du café ou du sucre. Bénéficiant de complicités multiples, La Fargue embarque pourtant près de 160 esclaves malgaches, qu’il compte débarquer sur l’île Rodrigues. Quand il quitte Madagascar, le bateau ne suit donc pas la route habituelle vers l’île de France, mais navigue au nord, passant à proximité de l’île de Sable…

Des erreurs d’observation et l’imprudence du capitaine, qui décide de naviguer de nuit malgré les mises en garde de son premier pilote, expliquent pour partie le naufrage. (Source )

2/ Les survivants, les abandonnés.

Parmi les survivants, sur les 143 hommes qui formaient l’équipage, 21 sont morts noyés et 122 ont réussi à rejoindre l’île. Concernant les 160 esclaves, seuls 88 survivront au naufrage. 72 ont péri car, au moment du naufrage, ils sont parqués dans la cale fermée par des panneaux cloués. Ils ne peuvent s’échapper qu’une fois la coque de l’Utile disloquée.

La première urgence est de trouver de l’eau potable en creusant un puits. Après une tentative infructueuse, une « liqueur épaisse et blanche comme du lait », mélange d’eau douce et d’eau salée, est découverte par 5 mètres de profondeur dans la soirée du 3 août. En trois jours de privations, une trentaine de Malgaches sont morts. Aucun Français.

La mer rejette sur la plage des ustensiles et des aliments issus de l’épave que les rescapés récupèrent pour organiser leur survie. Ils exploitent également les maigres ressources de l’île, particulièrement les œufs des oiseaux qui y nichent en grand nombre et les tortues. Les marins cherchent, en outre, à extraire de l’épave les matériaux nécessaires à la construction d’une embarcation de fortune pour rallier Madagascar. C’est le premier lieutenant de l’Utile, Castellan du Vernet, qui en dessine le plan.

Dans une lettre qu’il adresse au ministre de la marine, M. de Sartine, Barthélémy Castellan du Vernet revient sur son inlassable énergie pour sauver les marins français (Source )

Castellan du Vernet à Sartine1. 1763
Castellan du Vernet à Sartine1. 1763
Castellan du Vernet à Sartine2. 1763
Castellan du Vernet à Sartine2. 1763

Castellan du Vernet constate vite qu’aucune pièce de charpente suffisamment longue n’a pu être récupérée pour fabriquer un bateau à même de transporter tous les survivants. En deux mois, ils construisent une embarcation de fortune baptisés La Providence. L’embarcation est mise à l’eau le 27 septembre 1761, avec à son bord cent vingt-et-un marins. Entre 60 et 80 esclaves malgaches survivants sont abandonnés sur l’île avec trois mois de vivres et la promesse de Castellan de venir les chercher. La Providence atteint Madagascar après quatre jours de mer. Dans les semaines qui suivent, l’équipage rejoint Port-Louis (Maurice). Le gouverneur de l’île de 1759 à 1766, Antoine Marie Desforges-Boucher recueille les rescapés mais refuse en revanche d’envoyer un navire pour porter secours aux esclaves.

3/ L’oubli et les traces.

Ce n’est que quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776, que le chevalier de Tromelin commandant de la corvette La Dauphine accoste sur l’Ile et recueille les survivants : sept femmes et un bébé de 8 mois.

Deux siècles et demi plus tard, au terme d’une longue enquête historique mené par Max Guérout, une mission archéologique débarque sur l’ile Tromelin pour retrouver les traces des esclaves oubliés.

Fouille à Tromelin Scène de fouille à Tromelin. © Jean-François Rebeyrotte, GRAN
Fouille à Tromelin
Scène de fouille à Tromelin.
© Jean-François Rebeyrotte, GRAN

Entre 2006 et 2013, les fouilles archéologiques conduites sur l’île de Tromelin ont permis de redonner la parole aux esclaves malgaches qui, à partir de 1761 et pendant quinze ans, ont vécu, abandonnés, sur ce minuscule écueil cerné par les déferlantes. Les campagnes de fouilles permettent de répondre aux questions suivantes : Comment les esclaves abandonnés se sont-ils nourris ? Comment s’est organisée leur vie quotidienne ? Comment conserver ce que l’épave de l’Utile a rejeté ? Qu’ont-ils faits des morts ?

Plan des fouilles
Plan des fouilles

Ces recherches sont emblématiques des travaux qui se déroulent depuis les années 2000 dans l’océan Indien sur les traces de l’esclavage colonial.

Le documentaire complet : les esclaves oubliés de l’île Tromelin sur TV5Monde

4/ L’exposition itinérante : Tromelin, l’île des esclaves oubliés.

Tromelin, l’île des esclaves oubliés  est présentée à la fois sur le territoire métropolitain et dans l’océan Indien avec une scénographie commune mais adaptée aux lieux d’accueil, ainsi que sous une forme plus légère dans l’arc antillais. Dans l’océan Indien, le musée Stella Matutina  (île de La Réunion) accueille l’exposition du 28 janvier au 30 septembre 2016. Une itinérance est prévue à Maurice et Madagascar.

Savoia Sylvain. Les esclaves oubliés de Tromelin
Savoia Sylvain. Les esclaves oubliés de Tromelin

En métropole, l’exposition reste à l’affiche au Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes jusqu’au 30 avril 2016.   Elle sera ensuite accueillie à le Maison de la communauté d’Agglomération de Lorient du 28 mai au 30 octobre 2016, puis au Musée d’Aquitaine à Bordeaux.

Forte de sa thématique universelle autour de l’esclavage, l’exposition est également présentée dans l’arc antillais dans une itinérance de panneaux déroulants dans des lieux clés de transmission du patrimoine, dont le Musée d’Archéologie et de Préhistoire de la Martinique  jusqu’au 31 mars 2016. (Source )

 

Pour aller plus loin

– Dominique Le Brun (Direction) : Les naufragés, 2014 Omnibus.

– Max Guérout et Thomas Romon, « Tromelin (océan Indien) », Les nouvelles de l’archéologie, 108/109 | 2007, mis en ligne le 27 avril 2011,: http://nda.revues.org/158

– Thomas Romon et Max Guerout, « La culture matérielle comme support de la mémoire historique : l’exemple des naufragés de Tromelin », In Situ,  20 | 2013, mis en ligne le 15 février 2013, URL : http://insitu.revues.org/10182 .

– Sylvain Savoia, Les esclaves oubliés de Tromelin ,  éditions Dupuis/Aire libre, 2015.

– Le dossier complet sur le site de l’INRAP : http://www.inrap.fr/magazine/Tromelin/Accueil#Tromelin

 

Après la Shoah 1944-1947.

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Après la Shoah, 1944-1947 c’est le thème de l’exposition que vous pouvez voir au Mémorial de la Shoah à Paris cette année. Il ne s’agit pas ici de faire réfléchir à une sortie du génocide, sort-on d’un génocide même 70 ans les faits? Il s’agit ici de comprendre comment les rescapés, les réfugiés et les survivants ont voulu reprendre le cours de leur vie, retourner chez eux ou trouver un refuge, imaginer un avenir ailleurs quand l’incertitude et le chaos règnent dans une Europe dévastée, archipel de camps de différentes natures.

Après la catastrophe. La libération de l’Europe et la fin de la Seconde Guerre mondiale soulèvent un immense sentiment de soulagement, de joie, d’espoir. Pourtant, le retour à une vie normale semble à peine possible pour les Juifs d’Europe qui ont pu échapper à la destruction générale organisée par les nazis et leurs complices locaux.

En Pologne, la moitié des réfugiés revenus d’URSS et les rares survivants fuient à nouveau. En Allemagne occupée, plus de 250 000 Juifs sont parqués, comme d’autres dans des camps de personnes déplacées en attendant un lieu d’accueil ou une place pour un nouveau départ en dehors de l’Allemagne. En France, les autorités mettent sur place des dispositifs de rapatriement et de réinsertion des déportés « raciaux » qui représente une minorité des rapatriés. Bien que les Juifs aient été victimes d’une politique génocidaire, leur sort ne constitue qu’un problème parmi d’autres à l’échelle européenne.

Michel Rousso est commissaire de l’exposition, dans cette vidéo il nous explique le contexte de cette exposition : la question des réfugiés. Qu’est-ce qu’un réfugié?

Cette exposition dense, très dense, est constituée de plus de 250 photographies issues essentiellement du fonds du Mémorial de Shoah, ainsi que des documents d’archives, des films qui illustrent l’extrême diversité des situations.

Pour celles et ceux qui ne peuvent pas se rendre à l’exposition ou qui voudraient prolonger celle-ci, allez faire un tour sur le site dédié, là aussi très riche :

Après la Shoah, 1944-1947.

Une section de l’exposition est consacrée aux enfants, un dessin et une rédaction d’enfant m’ont particulièrement émue, il s’agit d’un fac similé  d’une rédaction d’une jeune adolescente inscrite dans un patronage juif de la place des Vosges en 1945.

Rédaction de Léa 11 ans, 1945.
Rédaction de Léa 11 ans, 1945.

Jérome Bosch est mort il y a 500 ans.

Jardins des délices. Détail2 Jardins des délices. Détail1

A l’occasion du cinq centième anniversaire de la mort du peintre Jérome Bosch deux expositions majeures vont être présentées.

Jérome Bosch.

La première a lieu dans la ville du peintre, Bois-le-Duc; la seconde s’ouvrira à Madrid au musée du Prado le 31 mai.

A cette occasion, replongez dans le Jardin des délices grâce à cette visite en très haute définition :

Le Jardin des délices.
Le Jardin des délices.

Ouvrez les panneaux, ce n’est pas un retable. Le Jardin des délices, est-ce vraiment si délicieux? (Source). C’est en tous les cas fascinant, comme l’ensemble de l’oeuvre de ce peintre « énigmatique ».

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