Victor, la petite fille et les primates.

Une enfant de 10 ans a été (re)trouvée vivant au milieu de ses congénères, des primates. Cela se  déroule maintenant dans une réserve naturelle à Bahraich, dans le nord de l’Inde.
Jeté sur ce globe sans forces physiques et sans idées innées, hors d’état d’obéir par lui-même aux lois constitutionnelles de son organisation, qui l’appellent au premier rang du système des êtres, l’homme ne peut trouver qu’au sein de la société la place éminente qui lui fut marquée dans la nature, et serait, sans la civilisation, un des plus faibles et des moins intelligents des animaux : vérité, sans doute, bien rebattue, mais qu’on n’a point encore rigoureusement démontrée… Les philosophes qui l’ont émise les premiers, ceux qui l’ont ensuite soutenue et propagée, en ont donné pour preuve l’état physique et moral de quelques peuplades errantes, qu’ils ont regardées comme non civilisées parce qu’elles ne l’étaient point à notre manière, et chez lesquelles ils ont été puiser les traits de l’homme dans le pur état de nature. Non, quoi qu’on en dise, ce n’est point là encore qu’il faut le chercher et l’étudier. Dans la horde sauvage la plus vagabonde comme dans la nation d’Europe la plus civilisée, l’homme n’est que ce qu’on le fait être ; nécessairement élevé par ses semblables, il en a contracté les habitudes et les besoins ; ses idées ne sont plus à lui ; il a joui de la plus belle prérogative de son espèce, la susceptibilité de développer son entendement par la force de l’imitation et l’influence de la société.” C’est ainsi que Jean Itard, médecin et spécialiste de la surdité pose les enjeux d’une question qui n’est pas encore tranchée : la question de l’inné et de l’acquis.
C’est à lui que l’abbé Sicard qui dirigeait l’Institution des sourds-muets de la rue Saint-Jacques à Paris confie Victor, le (devenu) « célèbre » enfant sauvage de l’Aveyron.

Voici ce qu’il écrit dans l’avant-propos de son Mémoire consacré au “Sauvage de l’Aveyron” : Un enfant de onze ou douze ans, que l’on avait entrevu quelques années auparavant dans les bois de la Caune, entièrement nu, cherchant des glands et des racines dont il faisait sa nourriture, fut dans les mêmes lieux, et vers la fin de l’an VII, rencontré par trois chasseurs qui s’en saisirent au moment où il grimpait sur un arbre pour se soustraire à leurs poursuites. Conduit dans un hameau du voisinage, et confié à la garde d’une veuve, il s’évada au bout d’une semaine et gagna les montagnes où il erra pendant les froids les plus rigoureux de l’hiver, revêtu plutôt que couvert d’une chemise en lambeaux, se retirant pendant la nuit dans les lieux solitaires, se rapprochant, le jour, des villages voisins, menant ainsi une vie vagabonde, jus­qu’au jour où il entra de son propre mouvement dans une maison habitée du canton de Saint-Sernin.
II y fut repris, surveillé et soigné pendant deux ou trois jours ; transféré de là à l’hospice de Saint-Affrique, puis à Rodez, où il fut gardé plusieurs mois. Pendant le séjour qu’il a fait dans ces différents endroits, on l’a vu toujours également farouche, impatient et mobile, chercher continuellement à s’échapper
[…]. Des ordres furent donnés pour que cet enfant fût amené à Paris. Il y arriva vers la fin de l’an VIII, sous la conduite d’un pauvre et respectable vieillard qui, obligé de s’en séparer peu de temps après, promit de revenir le prendre, et de lui servir de père, si jamais la Société venait à l’abandonner.
(Lire le rapport de Jean Itard sur Gallica )

Le parcours de cet enfant est rendu célèbre par l’adaptation que François Truffaut fit de son histoire dans le film L’enfant sauvage, réalisé en 1970.

François Truffaut. L'enfant Sauvage, affiche du film, 1970.
François Truffaut. L’enfant Sauvage, affiche du film, 1970.

Le film est accessible en streaming sur le site Archive.org.

1/Voir le film : l’enfant sauvage

2/ Le site à visiter :   Archive.org
Une exposition virtuelle  est consacrée à « Victor » et plus largement aux enfants sauvages qui deviennent des sujets d’observation privilégiés à la fin du XVIIIè siècle : les médecins et les philosophes se demandant de quelle manière nous acquérons nos connaissances? Quel est le rôle de la « société » (concept flou) dans notre développement cognitif et affectif?

http://www.neccessaire.com/exposition/menue1.htm
Source . Victor, l’enfant sauvage , mythe et réalité.

L’histoire de l’enfant sauvage continue de fasciner car elle interroge sans cesse la frontière entre sauvagerie et civilisation, le dernier ouvrage de l’historien Jean-Luc Chappey en témoigne : Sauvagerie et civilisation, une histoire politique de Victor de l’Aveyron. Fayard, 2017.
Toutefois, l’enfant sauvage le restera-t-il? La société savante et éclairée du début du XIXème siècle après avoir voulu l’inclure dans un projet commun le rejette : cet enfant symbolise peut-être une indépassable altérité.

Sauvagerie & civilisation. JLChappey
Sauvagerie & civilisation. JLChappey

C’est bien la question que je me suis posée en lisant ce bref article paru dans Le Figaro, qui relate les faits suivants :
Âgée d’une dizaine d’années, la jeune fille surnommée «Mowgli girl» a été retrouvée en janvier dans le nord de l’Inde. Elle semble avoir été élevée par des singes, et ne sait ni parler ni marcher correctement. Les autorités tentent de déterminer ce qui a pu lui arriver.
En Inde, un cas similaire à celui de Victor de l’Aveyron, le plus célèbre cas d’enfant sauvage découvert à la fin du XVIIIe siècle dans une forêt française, suscite fascination et stupéfaction. Une petite fille, âgée d’une dizaine d’années, a été découverte en janvier à l’état quasi sauvage dans une réserve naturelle à Bahraich, dans le nord de l’Inde. Lire la suite

Une enfant "sauvage". Mers 2017. Inde.
Une enfant « sauvage ». Mers 2017. Inde. Source

Après avoir lu quelques articles et visionné quelques vidéos, c’est la gêne, l’embarras et le malaise qui l’ont emporté.

Pourquoi affubler cette enfant d’un surnom ridicule porté par un garçon, personnage de fiction sorti de l’imagination de Rudyard Kipling? Ce chantre de l’Inde britannique et de l’impérialisme qui dans son poème Le Fardeau de l’homme blanc, parlait de « peuples sauvages et agités (…) Moitié démon, moitié enfant ». Donc, Mowgli girl au mieux c’est vulgaire!!
Ensuite les vidéos nous montrent des médecins-vétérinaires regardant et s’approchant de l’enfant avec défiance et supériorité ! Comment ne pas songer au film de D. Lynch Elephant Man?
Enfin, la fascination pour cette indépassable altérité, me met malaise : je me surprend à penser qu’il fallait peut-être mieux l’a laisser avec ses semblables (?), ses congénères (?).
Pourquoi à toute force arrimer l’enfant sauvage aux rives de notre humanité??

L’exposition de cette enfant sauvage pourrait très bien se dérouler derrière les rideaux soulevés du cirque des monstres de Barnum : une exposition pornographique qui consiste à mettre à nu une “créature” différente et semblable sans aucune considération pour la part d’humanité dont elle est porteuse.

L'enfant singe. Cirque Barnum
L’enfant singe. Cirque Barnum
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Combat de coqs en Flandre, 1889. Rémy Cogghe.

R. Cogghe. Combat de coqs. Détail

Voici un post oublié au fond d’un tiroir, initialement intitulé « Une poule dans un jeu de coqs », écrit il y a quelques années et qui se fait l’écho d’une double découverte : celle du musée La Piscine de Roubaix et à l’intérieur de celle d’une huile sur toile dont le titre et la composition ont attiré une certaine curiosité typique d’un petit gallinacé à la crête en alerte, il s’agit de l’huile sur toile de Rémy Cogghe : Combat de coqs en Flandre, daté de 1889.

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889
R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889
Rémy Cogghe. Etude pour combat de coqs
Rémy Cogghe. Etude pour combat de coqs.

Rémy Cogghe est un roubaisien belge né à Mouscron en 1854, il arrive avec sa famille à Roubaix en 1857. C’est donc un jeune immigré remarqué par un bourgeois qui le présente à un riche industriel Pierre Catteau, qui devient son mécène à Roubaix puis à Paris quand le jeune artiste fréquente l’atelier de Cabanel. En 1880, il reçoit le Grand Prix de Rome de peinture décerné par l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers. Dès l’aube de sa carrière …. Il est attaché à l’appui financier du patronat textile et toute sa vie, dans toute son œuvre, il restera ce fils de tisserand pensionné par les manufacturiers d’une ville qu’il ne quittera pratiquement pas : une fidélité à Roubaix, pourtant l’artiste se détache de sa source roubaisienne ses inspirations sont rurales, campagnardes, brugeoises.

R. Cogghe, autoportrait. 1899
R. Cogghe, autoportrait. 1899

Le combat de coqs est une tradition ancienne dans le Nord de la France, il se déroule dans un gallodrome. Le combat auquel nous assistons dans ce tableau a lieu dans le gallodrome situé rue du Vieil-Abreuvoir. Les protagonistes, entendons ici les spectateurs sont tous des figures roubaisiennes. Rémy Cogghe s’inspire d’un autre artiste et sa toile n’est pas sans évoquer un naturalisme qui rappelle celui d’Emile Claus, un peintre belge.

Emile Claus, Combat de coqs, 1882 (collection particulière)
Emile Claus, Combat de coqs, 1882 (collection particulière)

On peut tenter un exercice de comparaison entre le combat de coqs d’Emile Claus qui date de 1882 et celui de Rémy Cogghe réalisé en1889. Nous sommes placés à chaque fois dans la position d’un parieur (imaginer une poule dans cette position?) qui regarderait ses congénères placés de l’autre côté du gallodrome. La mise en scène  deux artistes nous fait participer au combat, mais avec quelques différences. Dans le tableau de Rémy Cogghe l’exactitude des portraits tranche avec le flou du combat, alors que dans l’œuvre du luministe belge ce qui l’emporte c’est la netteté du combat de coqs. Cette nuance s’explique dans le projet mené par R. Cogghe, son combat de coqs est l’occasion de dresser une galerie de portraits tous roubaisiens.

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail
R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.4

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.3

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.2
Le travail mené par Dominique Vallin a permis d’identifier la plupart des hommes présents dans cette scène, l’historienne de l’art s’appuie sur les sources anciennes comme le Journal de Roubaix et se réfère aux articles signés pas Jean Duthil et Pierre Kleim. Ce dernier écrit au moment de l’exposition de la Société Artistique de Roubaix-Tourcoing : Toutes les figures du tableau de Mr Cogghe sont connues et nos concitoyens vont s’intéresser grandement à cette œuvre locale. Les expressions sont d’une justesse, d’une observation, d’un fini, qui indiquent que le peintre croit être un psychologue.
Cette assemblée constituée uniquement d’hommes réunit toutes les couches de la population : ouvriers, employés, patrons. Dans cette communion de circonstance le conflit n’existe pas, il s’agit du spectacle de la concorde.
Qui sont ces modèles de proximité ?

La poule et le requin.

Aquarium Ripley's, beaucoup de monde dans le bocal.
Aquarium Ripley’s, beaucoup de monde dans le bocal.

Cela ressemble à un titre de fable et pourtant il n’en est rien. Cette histoire avait plutôt mal commencé : un hall bondé, de jeunes parents avec leur poussette, des enfants nourris sans être éduqués qui hurlent, gesticulent et vous bousculent : il y a vraiment des coups de bec qui se perdent ! Comment ne pas s’en vouloir de s’être laissée entrainer dans un lieu clos alors que le soleil brille dehors, surpeuplé quand les espaces vous appellent ?

Aquarium Ripley's Toronto.
Aquarium Ripley’s Toronto.

Je tente de regarder des aquariums et l’envie de rejoindre le monde du silence m’envahit quand je me noie dans cet insupportable brouhaha, mais des restes de bonne éducation m’interdisent de remonter le courant vers la sortie. Nous voilà en vacances à Toronto et nous plongeons dans l’aquarium Ripley’s :

Toit de l'aquarium Ripley's vu de la CN Tour
Toit de l’aquarium Ripley’s vu de la CN Tour

 

Une première partie de visite assez éprouvante, mais la tonalité a changé à l’entrée du tunnel même si les visiteurs sont très nombreux.

Aquarium. Début du tunnel.
Aquarium. Début du tunnel.

Mes yeux ont commandé le silence à mes oreilles et j’ai admiré le spectacle :

 

photos : de nombreux liens brisés.

Un billet très rapide pour vous informer que de nombreux liens sont brisés sur de nombreux articles. Au delà du fait que les arcanes d’un blog à ses débuts peuvent totalement échapper à une auteure novice, le site RMN qui est une véritable mine a été entièrement refondu : entre les permaliens et les liens profonds de nombreuses images ont disparu, il faudra un peu de temps pour aller tout relire et tout récupérer dans cette biblogotheque. Je vous remercie par avance de votre indulgence et sans avance de votre fidélité.

Une poule un peu huppée,

Gallina domestica cirrata / Poule commune huppée Robert Nicolas (1614-1685)
Gallina domestica cirrata / Poule commune huppée Robert Nicolas (1614-1685)

Tondre, torturer et vomir.

Comment tuons-nous les animaux que nous mangeons? Y a-t-il un traitement différent dans la mise à mort entre les herbivores, les caprins et  les gallinacés, entre les animaux de boucherie et ceux qui nous chassons? Quelle place occupons-nous dans la chaine alimentaire, à priori la première mais de ça je n’en suis pas si sûre?
Je suis carnivore, j’aime la viande blanche, rouge, crue, grillée, bouillie, je ne cultive aucun interdit alimentaire imposé par un pouvoir tutélaire, ce que je ne mange pas à avoir avec des tabous. Même si je suis un être omnivore je n’avale pas mes semblables humains, je ne peux consciemment me nourrir de charognards, d’animaux de compagnie (chien, chat ou cheval), de rongeurs … Quand je mange une  « bonne viande », je remercie l’animal et j’avoue me passionner sur les mécanismes et les rites à l’œuvre dans toutes les cuisines du monde. J’aime aussi le lait et le beurre et aussi la laine des moutons. Je ne sais pas pourquoi je me sens dans l’obligation d’énoncer toutes ces précautions oratoires, probablement parce que je ne partage pas les emballements des tenants de la cause animale, parce que je me méfie d’une certaine écologie mais surtout parce que je n’ai pas pu regarder les deux vidéo qui suivent au-delà de la première minute.
Des employés qui assènent des coups de poing à la face de moutons terrifiés, les frappent avec des tondeuses électriques et un marteau, leur entaillent la chair, les piétinent ou leur plient le cou au point de le briser. Des animaux en sang, d’autres qui meurent. Voilà ce que révèlent des vidéos à la fois très violentes et choquantes, publiées mercredi 9 juillet par l’association de défense des droits des animaux PETA (People for ethical traitment of animals), à l’issue d’une vaste enquête sur la production de laine en Australie et aux États-Unis.

Pendant plus d’un an, de fin 2012 à mars 2014, trois militants de l’ONG américaine, qui milite pour une éthique dans le traitement des animaux, se sont faits passer pour des ouvriers dans 19 ateliers de tonte dans les Etats australiens de Victoria, Nouvelle Galles du Sud – les deux plus gros producteurs de laine du pays – et d’Australie-Méridionale. Ils ont filmé en caméra cachée les maltraitances perpétrées par 70 employés sur les animaux. Dans ces immenses établissements, près de 4 millions de moutons sont tondus chaque année.

Entre mi-mars et mi-mai 2014, un autre enquêteur a documenté de la même façon la maltraitance de moutons par des employés dans 14 ranchs américains, à travers Wyoming – le deuxième producteur de laine du pays – le Colorado et le Nebraska.
(Source)

Voici quelques extraits du texte que vous pouvez lire sur le site de l’association Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux.

Comme vous pouvez le voir dans ces séquences vidéo exclusives, des tondeurs de moutons ont donné de violents coups de poings au visage de ces animaux inoffensifs, les ont battus et frappés à la tête avec des cisailles en métal bien aiguisées et même avec un marteau. Ces agressions ont souvent laissé ces moutons pétrifiés saigner des yeux, du nez et de la bouche.
Un tondeur a tordu et plié le cou d’une brebis à plusieurs reprises, le lui brisant. Après que le tondeur l’ait projetée la tête la première avec un coup de pied, l’enquêteur de PETA États-Unis l’a retrouvée morte. Le tondeur s’est replié, entortillé, et balancé de tout son poids sur le cou et les pattes avant de dizaines de moutons et leur a enfoncé ses doigts dans les yeux. Les séquences vidéo de PETA US ne mettent en lumière qu’une partie de la cruauté observée dans les 19 lieux de tonte visités par les enquêteurs. Ceux-ci ont observé 70 travailleurs employés par neuf entreprises sous-traitées de tonte qui ont maltraité des moutons à Victoria et à New South Wales – les plus gros États producteurs de laine d’Australie – et dans le sud de l’Australie. Chaque année, les employés de ces sous-traitants peuvent tondre un total de plus de 4 millions de moutons.
Aux États-Unis, l’enquêteur de PETA US a documenté la maltraitance et la négligence de moutons par des employés dans 14 ranchs à travers Wyoming – le deuxième producteur de laine du pays – ainsi que dans le Colorado et le Nebraska. En 2013, 3,7 millions de moutons ont été tondus aux États-Unis.
Les moutons sont privés de nourriture et d’eau avant d’être tondus, notamment pour qu’ils se sentent faibles et ne présentent qu’une résistance minimale. Comme l’a expliqué un tondeur, « Imaginez que l’on vous agresse après… vous avoir affamé pendant 24 heures, vous ne seriez pas vraiment en mesure de lutter. »
Les tondeurs sont souvent rémunérés au volume, et non à l’heure, ce qui encourage un travail violent et à la va-vite et qui peut causer de sévères coupures sur les corps des moutons.

L’association de défense des animaux appellent les internautes a boycotter les articles contenant de la laine, la guerre du porte-monnaie menée par chaque consommateur est-elle la plus efficace? Probablement oui dans un premier temps. Peut-être serait-il plus  moderne de contraindre les ateliers de tonte à travailler dans le respect de l’intégrité animale, nous avons besoin de nous pencher collectivement sur l’éthique que nous voulons construire pour le monde animal?

1914-1918 : de la petite à la grande histoire de la Première Guerre mondiale

Je ne sais pas s’il existe « une petite histoire » parente, cousine ou rivale de « la grande histoire », c’est probablement une des raisons pour lesquelles EUROPEANA (la plus grande base de données européennes consacrée aux archives numériques des bibliothèques européennes) a lancé aujourd’hui son portail qui nous permet de découvrir, parcourir et explorer les « histoire inédites et histoires officielles de la Première Guerre mondiale ».  Si vous voulez vous plonger dans quatre années d’histoire(s) personnelles, familiales, nationales qui s’imposent comme la matrice du siècle à venir, allez faire un tour  ici :

Europeana 1914-1918 – histoires inédites et histoires officielles de la Première Guerre mondiale.

En guise d’exemple, vous pourrez suivre l’histoire de Charles Grauss qui au front,  peint et sculpte des petits animaux de fermes avec lesquelles pourrait jouer sa fille.

Les sculptures de Charles Grauss pour sa fille.
Les sculptures de Charles Grauss pour sa fille.

Belles découvertes à vous …

Sur le plancher des vaches.

On ne s’en rend pas forcément compte mais la vache est présente dans notre vie quotidienne, que l’on habite en centre-ville, dans une zone périurbaine, dans la vraie campagne, le bovidé nous accompagne à des nombreux moments. Je suis à peu près assurée que vous pourriez associer la vache à des productions de différentes natures, des plus élevées au plus humbles. On essaye pour voir?

La vache est l’actrice principale du film de Verneuil, elle s’appelle Marguerite dans La vache et le prisonnier :

La vache (Marguerite) et le prisonnier, un film d'H. Verneuil.
La vache (Marguerite) et le prisonnier, un film d’H. Verneuil.

En 1943, Bailly, prisonnier de guerre employé dans une ferme en Allemagne, parvient à s’évader en emmenant avec lui une vache qu’il prénomme Marguerite. Grâce à cette dernière, il franchit tous les barrages et réussit à gagner la France.

La vache est aussi associée à des marques alimentaires connues de tous.

Un immonde « fromage » (en est-ce un ?) dont raffolent les gastronomes en culotte courte: la vache qui rit en 1932.

La vache qui rit en 1932.
La vache qui rit en 1932.

Et qui rit aussi en 1949 :

La vache qui rit en 1949.
La vache qui rit en 1949.

Cet herbivore placide peut aussi servir de support à des campagnes de marketing : la vache Milka bien sûr ! La bonne laitière des alpages comme ambassadrice du pire des chocolats industriels (c’est ma vacherie à moi, totalement de bonne foi), celle-là, elle ne paît pas sur le plateau de Millevaches!

La vache Milka.
La vache Milka.

Peu importe, ça marche ! La gentille vache mauve permet à Milka de s’imposer comme le numéro un du chocolat en Europe (Si vous ne croyez pas ?) : Osez la tendresse!

Pourtant ce franc et généreux sourire peut cacher une vraie peau de vache. Pourtant une jolie fleur qui n’a pas inventé la poudre peut se cacher dans une peau de vache…

La vache s’est aussi retrouvée ces dernières années au centre de l’un des pires scandales alimentaires : l’épizootie de la vache folle. Elle a le dos rond et large not’vache, quand on songe que ce placide herbivore est le porte-voix des Parisiens pendant la Commune qui criaient « Mort aux vaches » (pour en savoir plus sur l’origine de cette expression : ICI ). De toute façon la vache est un sujet indémodable : nous la peignons, la sculptons depuis des milliers d’années et nous continuons à lui dédier des concours qui permettent de mesurer notre agilité. Elle a été pour certains d’entre nous, ceux qui ont vécu l’époque où les enfants étaient affublés de sous-pulls qui grattent et de pantalon patte def, le premier animal étudié dans les cours d’éveil (vieux mais intacts souvenirs de la classe de CM2). L’ancêtre du professeur des écoles en ces temps appelé « instituteur » (sans la blouse tout de même) nous faisait coller sur la page blanche de gauche dans des cahiers grands formats des documents reproduits à la ronéo, les feuilles dupliquées à l’alcool, dont ma mémoire olfactive garde encore le souvenir, présentaient une écriture mauve et élégante. La vache était aussi présentée en grand format afin de retenir la principale et incroyable découverte : la rumination.

La vache expliquée aux enfants de l'école primaire (il y a longtemps).
La vache expliquée aux enfants de l’école primaire (il y a longtemps).

 La vache nous accompagne lors de nos enfantines découvertes télévisuelles, un seul exemple pourra peut-être vous convaincre : observez la mise en scène du générique Dans les Alpes avec Annette (à écouter une unique fois pour éviter les effets d’une ritournelle entêtante).

Quel premier son animal accompagne les premières notes de musique ? Le meuglement d’une vache.

Quel est le premier animal avec lequel joue Annette en sortant de sa maisonnette?(maisonnette pour conserver la fraicheur de la rime) Un jeune veau qui rejoint le troupeau de vaches en train de paitre.

Qui conclut le générique ? Le doux meuglement d’un bovidé !

Alors êtes-vous convaincus ? Si ce n’est toujours pas le cas et que vous avez moins de quatre ans, vous pouvez plonger dans le monde merveilleux de Connie la vache cela permettra de clore la session la vache l’amie des enfants avant de passer à la version adulte, juste un plus bas.

Connie la vache.
Connie la vache.

La vache est en soi un sujet complet, complexe : elle est l’actrice principale de nombreux tableaux, nombreuses photographies, elle s’expose à la campagne dans son environnement que l’on pourrait penser naturel mais elle est aussi une vedette urbaine en chair et en os, en plastique, en papier mâché, en fibre de verre. Un courant artistique lui est même consacré : le Vach’Art. Au début des années 2000, le photographe Thierry des Ouches consacre à Paris, sur la place Vendôme, la place des joailliers qui n’a pas bâti sa réputation sur la qualité des peaux de ruminants et qui ne ressemble ni de près ni de loin à une étable (même avec un petit Jésus au centre) une surprenante exposition appelée sobrement « Vaches ». La place Vendôme place archétypale du luxe à la française ne pouvait offrir meilleur décor urbano – bucolique pour cette exposition qui s’est déroulée en 2004

Place Vendome. Paris

Exposition "Vaches", Thierry des Ouches. Source.
Exposition « Vaches », Thierry des Ouches. Source.

La vache avait déjà croisé le chemin du photographe à qui l’on doit en 1999 un magnifique livre de photo en noir et blanc consacré à ce ruminant

Thierry des Ouches. Vaches
Thierry des Ouches. Vaches
Thierry des Ouches. Vaches.
Thierry des Ouches. Vaches. Pour en savoir plus.

La décennie qui vient de s’écouler peut sonner comme une période de vaches grasses, puisque l’on assiste dans de nombreuses villes à des Cow Parade, mais comme le chauvinisme est un défaut qui ne m’étouffe pas , je vais vous entretenir de ce qui s’est passé sur le sol gaulois, avec ce courant artistique qualifié (par qui ?) de Vach’Art (je laisse à votre appréciation le sel du jeu de meuh ! Aïe, pardon, un égarement passager, un clavier qui s’emballe …)

Avec la musique de Marcel et son orchestre

Des vaches à Paris. Exposition 2006.
Des vaches à Paris. Exposition 2006.

Pour en savoir plus sur ce défilé de bovidés en tout genre : des vaches à Paris.

Toutefois le plus grand casting bovin a eu lieu au début des années 1990 dans l’ancien millénaire, à l’occasion de l’exposition Vaches d’expo où 80 artistes mettent en scène 250 vaches.

Vaches d'expo.
Vaches d’expo.

L’ouvrage Nos vaches publié aux éditions « Un sourire de toi et j’quitte ma mère » racontent les grands moments de cette aventure, je vous livre ici quelques propos de l’introduction : Les vaches sont entrées dans nos vies un jour de printemps … : tout un troupeau sagement rangé dans des cartons à dessins et qui nous meuglait son désir de paître à l’air libre ! Elles arrivèrent en peinture, en dessin, en photo, par la poste ou Internet, tuyautées par d’autres, se passant le mot comme on se refile l’adresse d’une bonne auberge … Nous sommes devenus une étable d’artistes vaches. Si vous voulez feuilleter un livre d’images de vaches c’est bien cet ouvrage que vous devez ouvrir dans l’ordre qui vous plaira de le faire, le fermer, le rouvrir au hasard, visiter la parade en commençant par la fin, lire sans ordre les textes qui accompagnent les réalisations graphiques, alors vous aurez rencontrer un troupeau de 200 têtes.

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Moi, grâce à Kiki et Albert Lemant, j’y ai rencontré mon âme sœur :

Kiki et Albert Lemant
Kiki et Albert Lemant

La vache est toujours un sujet de concours de peinture, comme celui organisé en mai 2012 à Gourin, petite ville du pays du roi Morvan dans le centre-Bretagne. Elle se rencontre aussi dans de grandes villes, tel un modèle elle se laisse nonchalamment photographier, comme celle que j’ai croisée dans la métropole lilloise cet automne en nous promenant vers la citadelle Vauban :

Coco, la vache Highland de la citadelle de Lille.
Coco, la vache Highland de la citadelle de Lille.

Après une enquête rapide la vache s’appelle Coco, c’est un taureau d’accord! Mais de la race vache Highland, il/elle a donc toute sa légitimité dans ce billet.

Et pour terminer ce tour d’horizon contemporain, deux chansons parmi tant d’autres où la vache fait danser les mots.

Avec Jean Poiret ça vous coutera mille francs :

Avec La chanson du Dimanche, vaches de tous les pays unissez-vous!

Si vous n’êtes pas convaincu de l’intérêt essentiel de ce bovidé mis en image dans des productions artistiques contemporaines, c’est que vous avez abandonné la lecture et vous n’êtes donc pas en train de lire cette phrase. En revanche si vous êtes arrivé au terme de ce billet il ne vous reste plus qu’à adopter une vache pour 20 francs  : 

Adopter une vache pour 20 francs par mois. Source.
Adopter une vache pour 20 francs par mois. Source.

Ou pour un peu plus cher, que veux-tu ma pauv’ Georgette tout augmente!

Adopter une vache  sur TF1.
Adopter une vache sur TF1. Source

On pourrait se demander pourquoi un tel succès ? La vache n’est pas le félin ou le prédateur souvent filmés par les documentaires animaliers, même avec toute la bonne volonté du monde on ne peut pas l’associer à un guépard bondissant sur sa proie ; la nature ne l’a pas non plus doté d’un regard perçant, elle ne vole pas, ne galope pas, ne se camoufle pas et ne possède aucune des aptitudes physiques que nous admirons chez de nombreuses espèces. Pourtant, la vache est là et bien là ! Il faudra remonter en plus loin dans le temps pour tenter de répondre à cette question et comprendre comment des peintres du XIXème siècle (dont certains célèbres) lui ont brossé de magnifiques portraits. En attendant pour s’entrainer à savoir à quel peintre appartient quel troupeau, rien ne vaut un quizz vache, si ça existe : la preuve par là ! QUIZZ …
Bonnes fêtes à tous et aux courageux qui sont arrivés au/à bout de ce post!