Exhibition: ‘Wayne Sorce: Urban Color’ at Joseph Bellows Gallery, La Jolla, California

Wayne Sorce (1946-2015), photographe. Les couleurs urbaines de Chicago et New York sur une décennie (1975-1986)

Art Blart

Exhibition dates: 21st October – 30th November 2017

Wayne Sorce. 'Vinegar Hill, New York' 1985

Wayne Sorce
Vinegar Hill, New York
1985
Digital chromogenic print
20 x 24 inches

These remind me very strongly of the 1970s urban Americana colour work of Stephen Shore. Most of them are successful, well seen, well photographed colour images that evince a certain period in the American cultural landscape.

When they work – as in the formal Vinegar Hill, New York (1985, above) or the more abstract Vinegar Hill, New York (1985, below); the colourful, planar Varick Street, New York (1984); the duo-chromatic L.B. Oil, New York (1984); the magnificently shadowed, geometric Halsted Street, Chicago (1978); and my particular favourite (because of the light), Under the EL, Chicago (1978) – they work superbly. When they don’t work – as in Blankets, New York (1986) or Barbers, New York (1985) – they feel a bit flat.

It’s so hard to put a body…

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Au Moyen Age, les images entrent dans les maisons.

Le Moyen Age comme vous ne l’avez jamais vu

Depuis quelques années, dans le Languedoc-Roussillon, on redécouvre régulièrement dans de vieilles demeures médiévales, des plafonds peints. Ces peintures, datant de la fin du Moyen Âge, se trouvent principalement dans des bâtiments ayants appartenu à l’élite ecclésiastique, aristocratique ou encore à de riches marchands. Les historiens Monique Bourin et Pierre-Olivier Dittmar, nous font découvrir le sens et la fonction sociale de ces images dans l’univers domestique médiéval. En effet, ces images, proches des valeurs et des intérêts du quotidien, représentent pour le commanditaire une mise en scène de soi dans son cadre de vie habituel, mais sont aussi données à voir à tous ceux qui pénètrent dans ces salles décorées, ancêtres des murs de Facebook. Pendant longtemps, et malgré le talent de nombreux peintres qui s ’ y sont exercés, ce type d ’ art a été peu étudié car considéré comme mineur en comparaison de la grande peinture. Dans les années 1990-2000, l’anthropologie, en s’intéressant aux images dites populaires, le remet au goût du jour. (Source)

Kreizh au KuB

KuB ! Un acronyme bien entendu, mais mâtiné d’une langue régionale. « Ku » pour culture et « B » pour Bretagne (ou Breizh).
KUB est LE webmédia breton de la culture, ce qui ne veut surtout pas dire qu’il s’agit d’un webmédia de la culture bretonne !

Le webmédia breton de la culture.

L’ambition de cette plateforme est non seulement d’accueillir mais aussi de permettre la diffusion de la création culturelle en Bretagne. Et oui, les Bretons peuvent chanter d’autres refrains que « ils ont des chapeaux, vive la … »

Après la version test lancée en avril 2017, la nouvelle née KuB vient de paraître avec pour ambition d’exposer des œuvres singulières, peu ou pas visibles sur les écrans traditionnels, avec une attention particulière apportée aux nouvelles écritures.
À l’occasion du lancement de sa nouvelle version, KuB fait une tournée en Bretagne et vient à la rencontre des espaces de culture et des acteurs culturels bretons. Ses responsables étaient dernièrement au théâtre du Pays de Morlaix. Porté par le Contrat d’objectifs et de Moyens et dans le cadre du Projet audiovisuel breton, KuB, basé à Vannes, est conventionné par l’État et la Région pour éditer des programmes sur le web, pour améliorer la visibilité des événements et des artistes de Bretagne mais aussi pour accompagner des projets sous forme de coproduction, de coédition. Le site dispose déjà de 400 vidéos il s’articule autour de 5 grands thèmes : les arts, les gens, les territoires, l’histoire, les collections.


Aujourd’hui ce sont « Les Gens » qui ont retenu mon attention et notamment la rubrique « Le Travail », je vous invite à aller jeter vos deux yeux sur « Les Mémoires Vives », une série de six portraits d’ouvrières réalisée par Cécile Borne et Thierry Salvert .

Ces ouvrières parlent de leur condition. L’évolution des pratiques, des techniques, des produits… Le travail qui se complexifie, s’accélère. Des jeunes femmes qui se forment, intègrent les gestes, acquièrent l’expérience, cherchent à obtenir un CDI, à prendre de l’ancienneté. Accomplir son travail, s’accomplir par le travail. Passer sa vie au travail. Attendre la retraite. Thématiques connues mais vécues différemment au gré des caractères, des situations et des âges. Ces voix intérieures se confient pendant qu’on voit les corps au travail. Travailler avec une machine au risque de devenir machine.
Cet article présente le travail des deux artistes : ICI

Bon voyage et belles découvertes.

Jérome Bosch est mort il y a 500 ans.

Jardins des délices. Détail2 Jardins des délices. Détail1

A l’occasion du cinq centième anniversaire de la mort du peintre Jérome Bosch deux expositions majeures vont être présentées.

Jérome Bosch.

La première a lieu dans la ville du peintre, Bois-le-Duc; la seconde s’ouvrira à Madrid au musée du Prado le 31 mai.

A cette occasion, replongez dans le Jardin des délices grâce à cette visite en très haute définition :

Le Jardin des délices.
Le Jardin des délices.

Ouvrez les panneaux, ce n’est pas un retable. Le Jardin des délices, est-ce vraiment si délicieux? (Source). C’est en tous les cas fascinant, comme l’ensemble de l’oeuvre de ce peintre « énigmatique ».

Combat de coqs en Flandre, 1889. Rémy Cogghe.

R. Cogghe. Combat de coqs. Détail

Voici un post oublié au fond d’un tiroir, initialement intitulé « Une poule dans un jeu de coqs », écrit il y a quelques années et qui se fait l’écho d’une double découverte : celle du musée La Piscine de Roubaix et à l’intérieur de celle d’une huile sur toile dont le titre et la composition ont attiré une certaine curiosité typique d’un petit gallinacé à la crête en alerte, il s’agit de l’huile sur toile de Rémy Cogghe : Combat de coqs en Flandre, daté de 1889.

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889
R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889
Rémy Cogghe. Etude pour combat de coqs
Rémy Cogghe. Etude pour combat de coqs.

Rémy Cogghe est un roubaisien belge né à Mouscron en 1854, il arrive avec sa famille à Roubaix en 1857. C’est donc un jeune immigré remarqué par un bourgeois qui le présente à un riche industriel Pierre Catteau, qui devient son mécène à Roubaix puis à Paris quand le jeune artiste fréquente l’atelier de Cabanel. En 1880, il reçoit le Grand Prix de Rome de peinture décerné par l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers. Dès l’aube de sa carrière …. Il est attaché à l’appui financier du patronat textile et toute sa vie, dans toute son œuvre, il restera ce fils de tisserand pensionné par les manufacturiers d’une ville qu’il ne quittera pratiquement pas : une fidélité à Roubaix, pourtant l’artiste se détache de sa source roubaisienne ses inspirations sont rurales, campagnardes, brugeoises.

R. Cogghe, autoportrait. 1899
R. Cogghe, autoportrait. 1899

Le combat de coqs est une tradition ancienne dans le Nord de la France, il se déroule dans un gallodrome. Le combat auquel nous assistons dans ce tableau a lieu dans le gallodrome situé rue du Vieil-Abreuvoir. Les protagonistes, entendons ici les spectateurs sont tous des figures roubaisiennes. Rémy Cogghe s’inspire d’un autre artiste et sa toile n’est pas sans évoquer un naturalisme qui rappelle celui d’Emile Claus, un peintre belge.

Emile Claus, Combat de coqs, 1882 (collection particulière)
Emile Claus, Combat de coqs, 1882 (collection particulière)

On peut tenter un exercice de comparaison entre le combat de coqs d’Emile Claus qui date de 1882 et celui de Rémy Cogghe réalisé en1889. Nous sommes placés à chaque fois dans la position d’un parieur (imaginer une poule dans cette position?) qui regarderait ses congénères placés de l’autre côté du gallodrome. La mise en scène  deux artistes nous fait participer au combat, mais avec quelques différences. Dans le tableau de Rémy Cogghe l’exactitude des portraits tranche avec le flou du combat, alors que dans l’œuvre du luministe belge ce qui l’emporte c’est la netteté du combat de coqs. Cette nuance s’explique dans le projet mené par R. Cogghe, son combat de coqs est l’occasion de dresser une galerie de portraits tous roubaisiens.

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail
R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.4

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.3

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.2
Le travail mené par Dominique Vallin a permis d’identifier la plupart des hommes présents dans cette scène, l’historienne de l’art s’appuie sur les sources anciennes comme le Journal de Roubaix et se réfère aux articles signés pas Jean Duthil et Pierre Kleim. Ce dernier écrit au moment de l’exposition de la Société Artistique de Roubaix-Tourcoing : Toutes les figures du tableau de Mr Cogghe sont connues et nos concitoyens vont s’intéresser grandement à cette œuvre locale. Les expressions sont d’une justesse, d’une observation, d’un fini, qui indiquent que le peintre croit être un psychologue.
Cette assemblée constituée uniquement d’hommes réunit toutes les couches de la population : ouvriers, employés, patrons. Dans cette communion de circonstance le conflit n’existe pas, il s’agit du spectacle de la concorde.
Qui sont ces modèles de proximité ?

Made in Algeria – Genealogie d’un territoire au MuCEM

Le blog de JL Cougy est impressionnant à plus d’un titre, j’admire cette culture de l’Encyclopédie. Cet article est une fois encore une invitation au voyage. Merci à lui

En revenant de l'expo !

Du 20 janvier au 2 mai 2016, le MuCEM (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) présente à Marseille « Made in Algeria, généalogie d’un territoire » une exposition « dédiée à la cartographie et à son développement dont la conquête et l’expansion française en Algérie ont été le moteur ».

Reinier et losua Ottens, Nouvelle carte du royaume d'Alger divisée en toutes ses provinces, Amsterdam, vers 1750 - : Provenance : Bibliothèque nationale de France © BnF Reinier et losua Ottens, Nouvelle carte du royaume d’Alger divisée en toutes ses provinces, Amsterdam, vers 1750. Bibliothèque nationale de France © BnF

Le projet a été imaginé par le MuCEM en collaboration avec l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), la Bibliothèque nationale de France (BnF) et avec le soutien du  Ministère de la Culture de la République et de l’Ambassade de France à Alger.

Horace Vernet, Prise de Bône, 27 mars 1832, 1835. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot Horace Vernet, Prise de Bône, 27 mars 1832, 1835. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

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Boules et grosses roues.

Tous les jours en parisienne de l’Est, une engeance qui fraye rarement avec ses congénères de l’Ouest, au même titre que la rive gauche regarde sans la franchir la rive droite, je traverse la place de la Nation et admire le soleil qui se lève dans le dos de la Marianne sculptée par Jules Dalou ; regardant rapidement au rythme du chaland pressé les colonnes du Trône à la cime desquelles les statues de Philippe Auguste et Saint Louis nous surplombent. Quand la promeneuse remonte le boulevard Diderot ou le boulevard Saint-Antoine et arrive place de la Nation, elle ne peut s’empêcher d’admirer l’imposante Marianne juchée sur un globe reposant sur un attelage conduit par des lions en apparat.

Nation après une giboulée
La place de la Nation après une giboulée

Sans se baigner dans les flots de l’histoire, la promeneuse a vite fait de comprendre qu’elle est face au triomphe de la République. J’avoue lui jeter un coup d’œil tous les matins depuis des années, y admirer son ombre dans les lumières de la place. J’ai vu de nombreuses personnes la photographier au mois de décembre … allez savoir pourquoi.

Je m’éloigne du titre tout en traction de ce billet et revient à un propos plus bucolique pour les citadins, plus dramatique pour les hôtes d’un jour : les paysans venus en tracteur depuis la Bretagne.

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Les tracteurs entre les deux colonnes de la place de la Nation.

Tous les engins agricoles pavoisaient aux couleurs du gwen a du, entre les roues arrières étaient inscrits les noms des villages et des petites villes du Kreiz Breizh, je les ai reconnus parce que j’en viens de ce centre Bretagne : Glomel, Berrien, Carnoet …

 

Il régnait une atmosphère étrange entre les fumées des roues incendiées, rien de festif mais de l’épuisement et de la colère, s’il n’est pas suicidaire ce cocktail risque de s’avérer explosif. Les indigènes ont regardé tous ces tracteurs avec étonnement, certains avec la même curiosité qu’un spectacle de la foire du Trône peut offrir. Mais à Paris tout continue … les boulistes qui occupent quelques dizaines de mètres carrés dans les arbres et deux boulevards circulaires ont joué et compté leurs points, comme hier et comme demain.

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Les boulistes et les paysans : une place, deux mondes.

 

 

Habillage et redémarrage… 2016

Avant tout, merci aux fidèles, aux abonnés, aux chalands de passage, aux passantes, aux butineurs qui se sont arrêté(e)s ici par choix, par hasard, et reparti(e)s par monts et par vaux ; à vous, à eux, à tous je vous souhaite la plus belle et la plus douce année qui s’ouvre aujourd’hui.

Après quelques mois d’absence loin de l’écran, sous d’autres sphères, je vais tenter d’alimenter ce blog en colorant les articles de notes plus personnelles, de prises de vues, de sons et d’émotions. Cela aboutira en toute vraisemblance à moins d’ordonnancement, moins de constructions cohérentes, mais peut-être que la ligne droite dessine circonvolutions et chemins de traverses01 janvier 2016

A vous tous,  mes vœux de Paris, du pont Alexandre III entre le Grand Palais et les Invalides …

 

 

La Bibliothèque du Vatican sur mon divan.

Ne cherchez pas un crypto-sens à ce titre, rien de psychanalytique ici, juste une accroche un peu boiteuse pour vous présenter un trésor à portée de clavier.
La visite du Vatican avait ébloui la voyageuse sceptique que je suis, j’avais été impressionnée par la démonstration de puissance de l’Eglise (c’est bien la finalité de la mise en scène me direz vous), l’attrait que l’Ecclesia a exercée sur les génies de la Renaissance.  Peintures, fresques, stucs, marbre sculpté, pierres précieuses, voûtes, voussures, piliers, plafonds, murs richement et magnifiquement décorés, on  parvient même à s’extraire de la foule pour contempler tant de beauté(s). C’est vrai, le pas se fait lent, le torticolis guette les promeneurs insouciants, mais comment ne pas s’émouvoir devant cette merveille d’architecture et d’art décoratif qu’est la Bibliothèque apostolique Vaticane?

Bibliothèque apostolique vaticane. plafond
Bibliothèque apostolique vaticane. Plafond.

L’histoire de la Bibliothèque vaticane débute lorsque le pape Sylvestre Ier (314-335) investit la basilique Saint-Jean de Latran à Rome. Construite sous l’empereur Constantin Ier, la basilique accueille dès le milieu du IVe siècle un scrinium sanctum, collection réunissant à la fois des livres et des documents d’archives.
Sous Sixte V, la Bibliothèque apostolique vaticane est déjà la plus vaste de son époque, bientôt riche d’une extraordinaire collection d’ouvrages antiques et médiévaux en latin et en grec. Elle accueillera par la suite d’innombrables chefs-d’œuvre fondateurs de l’histoire culturelle et religieuse de l’humanité, venus d’Europe et d’ailleurs, comme en témoigne l’acquisition de l’un des quatorze codex précolombiens.
Depuis 2006, elle abrite les papyrus Bodmer XIV-XV, écrits en Égypte vers 180-200, qui contiennent la quasi-intégralité des évangiles de Jean et de Luc.
Grâce à son fonds unique, la Bibliothèque du Vatican s’impose comme l’un des plus riches conservatoires de l’art littéraire et de l’illustration de l’Antiquité tardive à la Renaissance.

D’après la définition qui en est donnée par le Saint Siège, la Bibliothèque apostolique du Vatican, « illustre instrument de l’Eglise pour le développement, la conservation et la diffusion de la culture […] offre, en ses différentes services, de riches trésors de science et d’art aux savants qui recherchent la vérité ». Cet établissement, dont l’administration est régie par des actes propres, est, en même temps et indissolublement, une institution de conservation et de recherche. Ses missions principales sont au nombre de quatre :
1/ Conserver et préserver les trésors culturels qui lui sont confiés.
2/ Accroître ses collections de manuscrits, d’imprimés et d’objets en effectuant acquisitions et échanges, et en recueillant des dons, toujours en fonction du matériel déjà conservé et conformément aux finalité de l’établissement.
3/ Développer la connaissance de ces matériaux en favorisant les travaux du personnel scientifique ordinaire ou extraordinaire et leur publication.
4/ Mettre à la disposition des chercheurs qualifiés du monde entier les documents originaux ou leur reproduction, en fournissant une assistance technique et scientifique nécessaire et en mettant à jour les instruments de recherche adéquats (Source).

Voici une très longue digression pour en venir au cœur du sujet : la diffusion numérique du/des savoirs. Depuis quelques mois maintenant cette bibliothèque, l’une des plus importantes du monde a commencé un travail de numérisation de ses manuscrits les plus précieux, 4 500 manuscrits ont été numérisés, la bibliothèque en compte 82 000. Un site internet est dédié à la diffusion des manuscrits : DIGITALVATLIB (http://digital.vatlib.it/)

Bibliothèque vaticane. Recherche numérique
Bibliothèque vaticane. Recherche numérique. Capture.

Vous pouvez feuilleter au gré de vos envies ou consulter un manuscrit plus précisément classée dans une des cinq collections. La recherche se fait en italien, en anglais, en mandarin (moins pratique pour une poule gauloise).

Mishneh Torah. Ross.498
Mishneh Torah. Ross.498

La résolution est en très haute définition, cela permet de zoomer  (sans les effets de pixellisation) sur les illustrations, d’observer de près les détails, les couleurs, la composition. Vous pourrez ainsi découvrir des manuscrits sur le monde précolombien, d’autres illustrés par Botticelli.

Vous pourrez ainsi mettre en regard les manuscrits et les articles qui vous aurez lus, comme par exemple l’article de Pierre de Nolhac sur les “Peintures des manuscrits de Vigile” et le manuscrit Vatica Latini 3225 (vat.lat.3225)

vat lat.3225.XXVIIr
vat lat.3225.XXVIIr

Bonnes découvertes

 

 

Opicinus, un fou à la curie d’Avignon?

Je vous invite à lire ou à feuilleter comme une étape gourmande le magnifique ouvrage écrit par Laurent Baridon  Un atlas imaginaire. Cartes allégoriques et satiriques paru chez Citadelles et Mazenod.
La « carte » qui ouvre le premier chapitre intitulé  « l’imaginaire des cartes » est celle réalisée par Opicinus de Canistris composée vers 1335 et qui est aujourd’hui conservée à Rome dans la Bibliothèque Vaticane (Ms. Vaticanus Latinus 6435). Un choc en forme d’hallucinations cartographiques : que vois-je ? Où dois-je me trouver ? Que m’indique cette carte, moi qui suis plus au fait de la lecture d’une carte IGN ?

Opicinus de Canistris. Voll 77, bibliothèque vaticane
Opicinus de Canistris. Voll 77, bibliothèque vaticane

Je ne distingue qu’un face à face, un tête à tête entre un homme et une femme, mais à y regarder de plus près c’est une toute autre réalité qui se dévoile. L’homme encapuchonné, est-il tonsuré, est assis et ses pieds reposent sur un socle, il regarde droit devant lui, dans une attitude extatique. Sa main droite serrée est reliée à son corps par un étrange cordon ombilical dont la terminaison figure un petit animal. Tous les doigts sont repliés, sauf le majeur pointant vers un petit élément blanc, Sicilia. En face, une femme, coiffée d’une mitre dont les contours dessinés hors du cadre sont le support de cette formule « eccl[es]ia lib[er]a a seductore » (« l’Eglise libérée du séducteur »). A priori voilà formulée une étrange pensée : une femme coiffée d’une mirte, une femme évêque ; cela frise l’hérésie, c’est la présence de l’homme qui pourrait faire « songer » qu’il s’agit d’une femme, il n’en est rien. La femme, figure allégorique de l’Ecclesia, l’Eglise, c’est-à-dire la communauté des croyants, est bottée, italienne et grecque, se courbe vêtue d’une simple cape. Elle semble même vouloir s’en dévêtir : observez le sens de son pas et ses épaules dénudée. L’Eglise- Femme se penche et porte avec/en elle le Sauveur : comment ne pas attirer son regard vers  le Christ en majesté inscrit en astre?

Maintenant pivotez la carte. Que voyez-vous ? N’est-ce pas l’Afrique du Nord regardant vers l’Europe méditerranéenne ?

 

opicinus de canistris vol 77.
opicinus de canistris vol 77.

Qui est donc Opicinius ?

Opicinius ou Opicino est né à Pavie au XIIè siècle finissant, il devient prêtre quand la ville est l’un des théâtres de la lutte entre les Gibelins et les Guelfes. Le jeune prêtre formé à Gênes au dessin et à la cartographie, tombe sous le coup d’une accusation de simonie, excommunié pat l’évêque il trouve refuge à Avignon après avoir longtemps errer avec de nombreux mystiques mendiants. C’est une époque de privation qui le marque beaucoup. En 1329 il travaille à la Pénitencierie pontificale. Nous sommes dans les années 1330 et Opicinuo peint un tableau pour remercier le pape Jean XXII qui l’a nommé comme scribe.

Les plaignants qui le poursuivaient à Pavie retrouve sa trace en 1331, la procédure pour simonie reprend cette fois ci en Avignon. Son état de santé psychique se détériore jusqu’à la crise de 1334 : il sombre dans un état stuporeux, d’angoisses, accompagné d’hallucinations, il reçoit l’extrême onction. Quand il reprend conscience, il est muet et privé de sa main droite et est persuadé de devoir accomplir une mission après avoir vu dans le ciel des vases et la Vierge. Il commence à dessiner ses cartes en 1335, il continue ce travail de cartographe jusqu’à sa mort vers 1353, les nombreux commentaires dont il surcharge ses cartes permettent de retracer son parcours.

Son travail de cartographe est indépendant de sa charge, Opicino commence à produire des dessins à caractère religieux, souvent sous forme de roues et de cercles, ainsi que des cartes anthropomorphiques représentant l’Europe et l’Afrique du Nord comme deux personnages tournés l’un vers l’autre et parfois entourés de monstres marins.

Deux manuscrits issus de cette activité graphique ont été conservés par l’administration pontificale dont relevait l’auteur et à sa suite par la Bibliothèque vaticane. Un volume en parchemin, Pal. lat. 1993, contient 52 planches qui ont été publiées par Richard G. Salomon en 1936. Le codex en papier Vat. lat. 6435, retrouvé plus tardivement, contient des textes plus abondants entre lesquels apparaissent une trentaine de cartes et dessins. Ces documents étranges conservés dans le secret des collections de la Bibliothèque vaticane sont tous consacrés à la Méditerranée ; la carte du folio 77 est l’une des plus complètes et aussi des plus annotées.
Les territoires sont anatomisés. Si l’on prend l’exemple de l’Afrique, le continent apparait sous la forme d’un Maure que l’on pourrait prendre pour un moine, ses genoux correspondent aux cotes libyennes, vers Benghazi et sa main droite correspond à Carthage. Le plus troublant est la carte dans les cartes : la carte dessinée en blanc cerné de noir se superpose à deux autres, teintées de brun et de gris foncé. Les personnifications de l’Europe et de l’Afrique sont redessinées mais inversées selon un axe de report qui passe par le sexe de deux personnages, selon une ligne qui va de Venise à Benghazi. On retrouve à l’encre brune une partie de la tête de l’Eglise Europe et du Maure Afrique dans l’est de la mer Noire, leurs corps sont représentés mais ils disparaissent sous les corps-continents figurés en blanc. Les formes teintées d’encre grise correspondent aux parties maritimes de la carte inversée dessinée à l’encre brune. On peut aussi distinguer le négatif des côtes : la tête d’un diable de profil apparaît dans le dessin de la côte orientale de la Méditerranée, son nez correspond au golfe d’Antalya et Chypre prend la forme d’une oreille pointue. La barbe du diable orne la mer Egée, ses cheveux flottent de part et d’autre de la Bretagne.

opicinus de canistris vol 77. Carte inversée
opicinus de canistris vol 77. Carte inversée?

Pour Muriel Laharie, ce prêtre est en proie à des hallucinations cartographiques qui sont liés aux événements qui marquent sa vie. Ce qui demeure passionnant c’est la manière d’anatomiser les territoires et d’en donner une image sexuée.

Plus nous aiguisons notre regard, plus cette carte parle et devient même très bavarde.

 

En savoir plus :

– Barion L :Un atlas imaginaire. Cartes allégoriques et satiriques, Citadelles et Mazenod.2011
– Gandelman Claude. « Le texte littéraire comme carte anthropomorphe : d’Opicinus de Canistris à Finnegans Wake ». In: Littérature, N°53, 1984. Le lieu / La scène. pp. 3-17. [En ligne] http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/litt_0047-4800_1984_num_53_1_2213
– Laharie M., Roux G : Art Et Folie Au Moyen Age – Aventures Et Énigmes D’opicinus De Canistris (1296-Vers 1351)
– Piron S, « Muriel Laharie, Le Journal singulier d’Opicinus de Canistris (1337-vers 1341). Vaticanus latinus 6435 », Revue de l’histoire des religions [En ligne], 3 | 2010, mis en ligne le 01 octobre 2013,URL : http://rhr.revues.org/7633