L’ENFANT ET LE NÉANT. III. DÉFLAGRATIONS.

L’excellente et jeune maison d’éditions Anamosa  vient de faire paraître  Déflagrations, dessins d’enfants, guerre d’adultes . Des nuées d’avions envahissent le ciel sous un soleil éclatant, des yeux sidérés et un bras d’où une tulipe a poussé, des balles, ou des machettes, qui touchent là le ventre, là le cou, des mains qui s’agrippent dans la fuite… Déflagrations, c’est la guerre des adultes vue à hauteur d’enfants à travers plus de 150 dessins. De la Première Guerre mondiale à la Syrie contemporaine, les scènes et les motifs se répètent inlassablement dans un trait tantôt clinique, onirique, flamboyant, drôle ou macabre. (Source ). C’est Zérane S Girardeau  qui porte le projet et s’est entourée d’une équipe d’historien-nes, notamment Manon Pignot spécialiste de l’enfance en guerre. Enfin, c’est la très regrettée François Héritier  qui a préfacé l’ouvrage et était la marraine de l’exposition qui se déroule à la médiathèque de Strasbourg jusqu’au 16 décembre prochain.
Ce projet permet de faire un pas de côté, de concevoir le passé « autrement » : laisser l’histoire surplombante, celle faite par « le haut », celle des discours et des productions à destination des enfants (scolaires, familiales, institutionnelles, idéologiques) plutôt que celle de leur réception. La prise en compte du dessin comme source va de pair avec la prise en compte de la parole enfantine comme témoignage, c’est-à-dire de l’enfant comme acteur social de l’histoire. Si sur la période, les guerres prise en compte (de la « Grande guerre » à la guerre en Syrie) sont différentes, en revanche le phénomène guerrier reste immuable.

L’UNICEF estime à près de 250 millions le nombre d’enfants dans le monde grandissant dans des zones et pays touchés par des conflits. Près de 125 millions d’entre eux sont directement impactés par la violence.
Le ciblage des populations civiles, la circulation accrue des armes de petits calibres et le déplacement des affrontements vers les lieux de vie et de refuge des populations ont un impact dévastateur sur les enfants. Sont également apparues de nouvelles tendances inquiétantes, notamment les enlèvements de masse et la montée d’une extrême violence visant les enfants. Le Droit International Humanitaire est régulièrement piétiné, du Yémen à la Syrie en passant par le Nigéria.
Les enfants peuvent être exposés à des situations différentes lors des conflits : déplacés ou réfugiés avec leurs familles et perdre leur maison et tous leurs bien ; séparés de leurs parents ; enrôlés par des groupes armés ; souffrir de violences sexuelles ou de torture ; ces enfants peuvent également être témoins d’homicide, de décès, de blessures infligées à eux-mêmes ou à leur famille. Ils sont extrêmement vulnérables, en raison de leur âge et de leur dépendance aux adultes. Par ailleurs la majorité des conflits ont actuellement lieu dans des pays où les enfants étaient déjà en situation de précarité, comme c’est le cas en République Centrafricaine, au Soudan du Sud ou encore au Nigéria, aggravant les risques auxquels ils sont déjà confrontés.
Les bombardements, ainsi que les risques liés aux engins non explosés, sont également le quotidien de ces enfants. La destruction de leur environnement devient courant. En Syrie, des enfants de 5 ans sont capables de citer le modèle des armes avec lesquelles ils sont attaqués.

Les 150 dessins d’enfants sont organisés par thème dans le recueil : les combats, la captivité, le feu. Le regard et l’importance que l’on porte aux ce type de dessin a évolué au cours de la dernière décennie : la Cour pénale internationale a, pour la première fois, accepté 500 dessins d’enfants illustrant le conflit au Darfour comme pièces à conviction.
L’ouvrage accompagne aussi une exposition  comme je l’écrivais plus haut.

Cette exposition est une traversée des temps et des territoires au milieu de dessins réalisés par des enfants témoins, victimes, parfois acteurs des guerres, conflits et crimes de masse de 1914 à aujourd’hui. Ce langage à la fois universel et infiniment personnel qu’est l’expression graphique laisse voir les expériences traumatiques, les cultures de guerre et de résistance, la mort et la vie, l’effroi et le rêve, les armes et le soleil, le feu, les corps, l’arbre. Voir et recevoir les traces graphiques laissées par les enfants projetés dans les violences de masse est d’abord un chemin de connaissance et reconnaissance de leur expérience totale, de leurs mémoires et expressions. Les exposer est un devoir et un hommage à l’acte de dessiner de ces enfants. L’exposition présente plus de 200 dessins d’enfants. La diversité du corpus permet de traverser plus de trente guerres, et d’esquisser des thématiques isolées ou partagées au milieu de cette communauté d’expériences individuelles. Musées, bibliothèques nationales, institutions internationales, ONG, associations petites et grandes, éditeurs, médecins, psychologues, correspondants de guerre, artistes chacun d’eux a contribué à ce que ces dessins, même à l’état de traces, nous accompagnent encore. (Source)

Quelques articles à lire
Article de Télérama
Slate : Les enfants syriens, la guerre et le dessin
Unicef : Enfants et conflits

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Mémoire en eaux troubles

Une certaine dit : la France n’était pas responsable du Vél’ d’Hiv.

source

Sommes-nous collectivement condamné-e-s à être les otages de ces « assassins de la mémoire » ??

Dans le discours de 16 juillet 1995 que j’ai écouté en direct dans mes jeunes années, le président de la République Jacques Chirac (pour qui je n’avais pas voté) appelait à la vigilance et reconnaissait la responsabilité de la France dans cette rafle.

http://www.ina.fr/video/CAB95040420
http://www.ina.fr/video/CAB95040420

Ce jour-là, je l’ai remercié : l’Etat en reconnaissant une part de notre histoire, nous a fait grandir car reconnaitre signifiait s’émanciper de cette France « du chagrin et de la pitié ». Je suis de ce pays, de cette histoire, moi qui suis née bien longtemps après cette guerre : cette histoire n’est pas un fardeau, c’est un héritage, raison pour laquelle le mot « repentance » ne revêt aucune signification.

Alors quand certain-e-s jouent les apprentis sorciers de la discorde nationale, je me permets de penser que les seul-e-s que nous n’entendons pas suffisamment dans l’espace médiatique sont les historien-ne-s, les vrais, pas les autoproclamés des émissions de talk show !

La France n’était pas responsable du Vél’ d’Hiv : cette énième saillie pose encore une fois la nature des relations troubles que le « personnel » politique entretient avec le passé instrumentalisé par certains au gré des basses opportunités.

Voici le texte du discours prononcé le 16 juillet 1995 et l’analyse de l’historienne Annette Wieviorka.

Monsieur le Maire, Monsieur le Président, Monsieur l’Ambassadeur, Monsieur le Grand Rabbin, Mesdames, Messieurs,
Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l’idée que l’on se fait de son pays.
Ces moments, il est difficile de les évoquer, parce que l’on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l’horreur, pour dire le chagrin de celles et ceux qui ont vécu la tragédie. Celles et ceux qui sont marqués à jamais dans leur âme et dans leur chair par le souvenir de ces journées de larmes et de honte.
Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français.
Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 450 policiers et gendarmes français, sous l’autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis.
Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police.
On verra des scènes atroces : les familles déchirées, les mères séparées de leurs enfants, les vieillards — dont certains, anciens combattants de la Grande Guerre, avaient versé leur sang pour la France — jetés sans ménagement dans les bus parisiens et les fourgons de la Préfecture de Police.
On verra, aussi, des policiers fermer les yeux, permettant ainsi quelques évasions.
Pour toutes ces personnes arrêtées, commence alors le long et douloureux voyage vers l’enfer. Combien d’entre-elles ne reverront jamais leur foyer ? Et combien, à cet instant, se sont senties trahies ? Quelle a été leur détresse ?
La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux.
Conduites au Vélodrome d’hiver, les victimes devaient attendre plusieurs jours, dans les conditions terribles que l’on sait, d’être dirigées sur l’un des camps de transit — Pithiviers ou Beaune-la-Rolande — ouverts par les autorités de Vichy.
L’horreur, pourtant, ne faisait que commencer.
Suivront d’autres rafles, d’autres arrestations. À Paris et en province. Soixante-quatorze trains partiront vers Auschwitz. Soixante-seize mille déportés juifs de France n’en reviendront pas.
Nous conservons à leur égard une dette imprescriptible.
La Torah fait à chaque juif devoir de se souvenir. Une phrase revient toujours qui dit : « N’oublie jamais que tu as été un étranger et un esclave en terre de Pharaon ».
Cinquante ans après, fidèle à sa loi, mais sans esprit de haine ou de vengeance, la Communauté juive se souvient, et toute la France avec elle. Pour que vivent les six millions de martyrs de la Shoah. Pour que de telles atrocités ne se reproduisent jamais plus. Pour que le sang de l’holocauste devienne, selon le mot de Samuel Pisar, le « sang de l’espoir ».
Quand souffle l’esprit de haine, avivé ici par les intégrismes, alimenté là par la peur et l’exclusion. Quand à nos portes, ici même, certains groupuscules, certaines publications, certains enseignements, certains partis politiques se révèlent porteurs, de manière plus ou moins ouverte, d’une idéologie raciste et antisémite, alors cet esprit de vigilance qui vous anime, qui nous anime, doit se manifester avec plus de force que jamais.
En la matière, rien n’est insignifiant, rien n’est banal, rien n’est dissociable. Les crimes racistes, la défense de thèses révisionnistes, les provocations en tout genre — les petites phrases, les bons mots — puisent aux mêmes sources.
Transmettre la mémoire du peuple juif, des souffrances et des camps. Témoigner encore et encore. Reconnaître les fautes du passé, et les fautes commises par l’Etat. Ne rien occulter des heures sombres de notre Histoire, c’est tout simplement défendre une idée de l’Homme, de sa liberté et de sa dignité. C’est lutter contre les forces obscures, sans cesse à l’œuvre.
Cet incessant combat est le mien autant qu’il est le vôtre.
Les plus jeunes d’entre nous, j’en suis heureux, sont sensibles à tout ce qui se rapporte à la Shoah. Ils veulent savoir. Et avec eux, désormais, de plus en plus de Français décidés à regarder bien en face leur passé.
La France, nous le savons tous, n’est nullement un pays antisémite.
En cet instant de recueillement et de souvenir, je veux faire le choix de l’espoir.
Je veux me souvenir que cet été 1942, qui révèle le vrai visage de la « collaboration », dont le caractère raciste, après les lois anti-juives de 1940, ne fait plus de doute, sera, pour beaucoup de nos compatriotes, celui du sursaut, le point de départ d’un vaste mouvement de résistance.
Je veux me souvenir de toutes les familles juives traquées, soustraites aux recherches impitoyables de l’occupant et de la milice, par l’action héroïque et fraternelle de nombreuses familles françaises.
J’aime à penser qu’un mois plus tôt, à Bir Hakeim, les Français libres de Koenig avaient héroïquement tenu, deux semaines durant, face aux divisions allemandes et italiennes.
Certes, il y a les erreurs commises, il y a les fautes, il y a une faute collective. Mais il y a aussi la France, une certaine idée de la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie. Cette France n’a jamais été à Vichy. Elle n’est plus, et depuis longtemps, à Paris. Elle est dans les sables libyens et partout où se battent des Français libres. Elle est à Londres, incarnée par le Général de Gaulle. Elle est présente, une et indivisible, dans le cœur de ces Français, ces « Justes parmi les nations » qui, au plus noir de la tourmente, en sauvant au péril de leur vie, comme l’écrit Serge Klarsfeld, les trois-quarts de la communauté juive résidant en France, ont donné vie à ce qu’elle a de meilleur. Les valeurs humanistes, les valeurs de liberté, de justice, de tolérance qui fondent l’identité française et nous obligent pour l’avenir.
Ces valeurs, celles qui fondent nos démocraties, sont aujourd’hui bafouées en Europe même, sous nos yeux, par les adeptes de la « purification ethnique ». Sachons tirer les leçons de l’Histoire. N’acceptons pas d’être les témoins passifs, ou les complices, de l’inacceptable.
C’est le sens de l’appel que j’ai lancé à nos principaux partenaires, à Londres, à Washington, à Bonn. Si nous le voulons, ensemble nous pouvons donner un coup d’arrêt à une entreprise qui détruit nos valeurs et qui, de proche en proche risque de menacer l’Europe tout entière.

Un passé qui ne passe pas, l’historien dégradé.

Pour certains l’Histoire est un sport de combat pour d’autres une matière incandescente qui finit par brûler ceux qui y touchent de trop près, c’est peut-être vrai. Ce qui est avéré en revanche c’est le rapport conflictuel voire anxiogène des sociétés contemporaines à leur propre histoire récente, la nature de ce rapport est à même de renseigner sur l’état moral du corps social. Pourquoi j’écris ceci ? Pour vous informer, mais peut-être l’êtes vous déjà, de la décision politique dont est victime l’historien Jan T Gross qui a la double nationalité américaine et polonaise, cette mention ne relève pas de l’anecdote biographique, vous allez vite comprendre pourquoi.

Jan Tomasz Gross. Historien et sociologue.
Jan Tomasz Gross. Historien et sociologue.

Jan T. Gross est né à Varsovie en 1947, il enseigne l’histoire contemporaine aux Etats-Unis à l’Université de Princeton, il s’intéresse aux relations entre Juifs et Polonais en Pologne pendant et après la seconde guerre mondiale.

Depuis les années 1990, Il a publié trois ouvrages qui ont profondément remué l’opinion publique en Pologne dont je ne saurais trop vous conseiller la percutante lecture. J’en reparlerai dans les prochains billets.

Les Voisins. 10 juillet 1941. Un massacre de juifs en Pologne, chez Fayard en 2002. Vous pouvez lire ici un compte rendu critique et très intéressant qui fait la lumière sur les polémiques déclenchées par la parution de ce livre

La Peur. L’antisémitisme en Pologne après Auschwitz. Voir le compte rendu la haine après le meurtre de Jean-Yves Potel.

Moisson d’or, coédités par le Mémorial de la Shoah et Calmann-Lévy, 2014. A lire le compte rendu paru sur le site La Vie des Idées .

Jan T. Gross. Moisson d'or. Le pillage des biens juifs
Jan T. Gross. Moisson d’or. Le pillage des biens juifs.

Le premier fait la lumière sur Jedwabne, une petite ville dont les habitants polonais (sans aucune participation directe des Allemands) ont brûlé vifs, en juillet 1941, 1 600 hommes, femmes et enfants, tous Juifs, leurs voisins. La Peur (2010) s’attaque au pogrom de Kielce, où la foule, enragée par les rumeurs (« Les Juifs enlèvent les enfants chrétiens pour prendre leur sang ! »), chercha à résoudre le « problème juif » dans sa ville une fois pour toutes. Moisson d’or (2014) traite du processus d’« aryanisation sauvage » qui s’est déroulé à travers la Pologne occupée, entre 1939 et 1945, et qui a continué après la Libération.

 

Le gouvernement polonais, dirigé par le président de la République fraîchement élu, Andrzej Duda vient d’accusé l’historien d’antipatriotisme ; l’historien s’est vu retirer la croix de chevalier de l’Ordre national du mérite, distinction qui lui avait été attribuée en 1996 pour son travail sur le massacre de Jedwabne où des Polonais ont massacré leurs voisins juifs.

Jan T. Gross. Les Voisins.
Jan T. Gross. Les Voisins.

De nombreux historiens français ont déploré et condamné ce qui pourrait sembler relever d’une sanction disciplinaire. Il n’en est rien, car l’enjeu est tout autre : il s’agit du lien qu’une société « décide » d’entretenir avec son passe ! Voici quelques extraits de ce texte qui appelait le président de la République polonaise à ne pas dégrader l’historien

C’est un mauvais signe. Par ses recherches sur la Shoah et le comportement assassin de « voisins polonais » à l’égard des juifs, par ses livres et ses interventions, Gross a apporté une contribution décisive au retour lucide de la Pologne sur son passé. Ses analyses de l’histoire et de la mémoire des relations judéo-polonaises ont été largement discutées dans le cadre normal d’une activité scientifique et du débat public de la Pologne démocratique. De nombreuses autres investigations, notamment celles conduites par l’Institut de la mémoire nationale en 2001-2002, ont confirmé ses découvertes. […].

Considérer aujourd’hui que J.T. Gross aurait porté atteinte à « la réputation de la Pologne » en contribuant à cette évolution, est proprement insensé. Outre que cela menace la liberté du travail scientifique, ce geste prendrait une signification dangereuse. Ce serait revenir au vieux roman national de « la Pologne innocente et héroïque » du temps de la Pologne populaire. Un récit qui serait un grave retour en arrière.

Nous qui croyons, comme le président polonais à Jedwabne en 2001, « qu’on ne peut pas être fiers de la glorieuse histoire polonaise sans ressentir, dans le même temps, douleur et honte pour le mal fait aux autres par des Polonais », nous demandons au Président Duda de ne pas donner suite à sa démarche. Ces vingt-cinq dernières années, la Pologne s’est grandie en se penchant, comme la France et l’Allemagne, sur les pages sombres de son passé. En les assumant. Elle est la seule ex-Démocratie populaire à l’avoir fait. Elle perdrait beaucoup aux yeux du monde, en sanctionnant un historien qui n’a fait que son travail.

(Source )

 

Le gouvernement polonais tente de « verrouiller » l’histoire de cette période. Il est ainsi envisagé, comme l’a annoncé il y a deux jours Patryk Jaki, vice-ministre de la Justice, d’appliquer une peine de cinq années de prison à quiconque évoquerait les « camps polonais » plutôt que « camps nazis installés en Pologne ». Zbigniew Ziobro, ministre de la Justice a surenchéri en définissant les termes du délit éventuel : « une attribution publique, au mépris des faits, à la République de Pologne ou à la nation polonaise du fait d’avoir été coresponsable » des massacres nazis. Quand le pouvoir politique se mêle de l’histoire en imposant de démêler ce qui pour lui relever du faux et du vrai, à ce moment précis ce pouvoir s’érige en censeur et en faussaire!!!! Cela n’augure rien de bon pour le travail scientifique et la vie dans la Cité.

La femme est un tueur comme les autres ? Partie II.

Cette série de post consacrée à la place occupée par les femmes dans les entreprises génocidaires a été ouverte par la lecture du livre de Wendy Lower (Les Furies de Hitler). Je vous propose aujourd’hui pour mieux comprendre les mécaniques à l’œuvre dans le meurtre de masse de déplacer notre regard vers l’Afrique, le Rwanda en 1994.
Je fais partie de cette génération qui a assisté au génocide des Tutsi à la télévision, nous avons regardé ces images et avons compris qu’il s’agissait d’un massacre africain, et c’est tout ! Les journaux présentaient les « évènements rwandais » comme une guerre entre Noirs, une guerre tribale forcément. Il n’en était rien. Dans un premier temps, ce sont les livres de Jean Hatzfeld (Dans le nu de la vie. Une saison de machettes.) qui m’on fait prendre conscience que ce massacre était un génocide. Ce terme est défini juridiquement par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, en date du 9 décembre 1948, dans son article 2: le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :1) Meurtre de membres du groupe. 2) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe. 3) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle. 4) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe. 5) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.
Dans un second temps, l’essai de l’historienne Hélène Dumas, Le génocide au village, le massacre des Tutsis au Rwanda, paru aux éditions du Seuil en 2014 permet une plongée saisissante dans le massacre et une compréhension de celui-ci :

Les voisins se sont entretués : quelle est la place des femmes ? Instigatrices ? Spectatrices ? Etrangères ? Victimes ? Bourreaux ? Innocentes ? Coupables ? Le documentaire  A mots couverts tentent d’y apporter une réponse.

A mots couverts. Violaine Baraduc et Alexandre Westphal
A mots couverts. Violaine Baraduc et Alexandre Westphal

Des « femmes ordinaires » (comme les « hommes ordinaires » de C. Browning) sont dans les rangs des tueurs. Le documentaire de Violaine Baraduc et Alexandre Westphal interroge en particulier la participation des femmes condamnées pour leur participation au Génocide.
Dans l’enceinte de la prison centrale de Kigali, huit femmes incarcérées témoignent. Vingt ans après le génocide perpétré contre les Tutsi rwandais, Immaculée et ses codétenues racontent leur participation aux violences, retracent leur itinéraire meurtrier et se confient. À l’extérieur, le fils qu’Immaculée a eu avec un Tutsi occupe une place impossible entre bourreaux et victimes. Par des échanges de messages filmés, le jeune adulte et la détenue se jaugent, se redécouvrent. Les images du Rwanda d’aujourd’hui sont investies par les souvenirs des personnages. À travers eux s’écrit l’histoire du génocide, au cours duquel des « femmes ordinaires » ont rejoint les rangs des tueurs.(source )

Des femmes ordinaires
Des femmes ordinaires

Mémoires vives a reçu les deux réalisateurs qui s’interrogent sur l’implication des femmes dans le génocide des Tutsi : femmes et génocide.

C’est un entretien passionnant.

Prison de Kigali
Prison de Kigali

La femme est un tueur comme les autres ? Partie I.

La couverture de Neues Volk. Le portrait de la maternité. Allemagne, avril 1936.
La couverture de Neues Volk. Le portrait de la maternité. Allemagne, avril 1936.

De prime abord vous pourriez m’opposer que réifier la moitié de l’humanité en une seule figure fait du titre de ce billet une gageure, mais tant pis : c’est écrit, c’est ainsi! Vous pourriez également me dire que les noms Liselotte Meier, Johanna Altvater, Ilse Struwe, Erna Kürbs Petri,Vera Stähli, Gertrude Segel Landau ne vous évoquent rien et vous auriez bien raison. Cette ignorance collective, que nous partageons donc tous, en dit long sur nos sociétés qui ne veulent pas voir le criminel quand il s’agit d’une criminelle, sauf dans les cas d’infanticide. Ces noms et prénoms sont ceux de femmes allemandes qui ont participé de manière directe ou indirecte à la destruction des Juifs d’Europe. Cette cécité (ne pas voir la criminelle) trouve aussi son origine dans les mythes allemands de la femme innocente et du martyr féminin [qui] apparurent au moment de l’effondrement du Reich et de la victoire des Alliées (Wendy Lower, p 213). C’est le travail d’historiennes(ns) qui nous permet d’ôter le voile et de comprendre comment des femmes allemandes de tous âges, de toutes origines sociales ont participé activement (il faudra revenir sur cet adverbe plus tard) à l’entreprise génocidaire nazie dans les territoires occupés de Pologne. Ces noms et prénoms féminins sont l’écho de l’effroi que leur parcours criminel peut inspirer.
Comment des milliers de femmes ont participé à la Shoah? Que sont-elles devenues après la guerre ? C’est à ces questions que l’historienne Wendy Lower tente de répondre dans un essai saisissant paru chez Taillandier sous le titre (désolant qui sent la traduction littérale à plein nez) : Les Furies de Hitler.

Bund Deutscher Mäde. Ligues des jeunes filles allemandes
Bund Deutscher Mäde. Ligues des jeunes filles allemandes. Droits: http://www.europeana.eu/rights/rr-p/

Avant d’entrer plus avant dans cet essai, on pourrait se demander quelle place le féminin (comme genre), les femmes (comme catégorie) occupaient dans la propagande et le projet social du IIIème Reich? Dans un ouvrage, paru en 1998 aux éditions du Seuil, consacré à La société allemande sous le IIIè Reich, l’historien Pierre Ayçoberry consacrait quelques pages « à la conquête des femmes et de la jeunesse ». Que pouvons-nous en retenir ?
1/ Les femmes abdiquent toute vocation professionnelle et réservent leurs efforts à la sphère familiales. Elles sont à ce titre été écartées des places qu’elles occupaient dans l’élite de la fonction publique et des professions libérales. Pour éviter l’inscription des femmes dans l’enseignement supérieur, l’équivalent du ministère de l’Education nationale supprime pour les jeunes femmes, le latin pendant les cinq premières années du gymnase et les sciences pendants les trois dernières années. Cela est remplacé par l’enseignement ménager et les langues vivantes. Un barrage supplémentaire est dressé à l’entrée à l’université par la mise en place d’un numerus clausus : 10%. Celui-ci n’a pas été efficace en permanence. En revanche, les femmes ont été totalement exclues de l’appareil judiciaire.
2/ L’encadrement idéologique des femmes est de la responsabilité de deux organisations. La Frauenschaft (Organisation nationale-socialiste des femmes), créée en 1932 et se consacre à l’enseignement ménager. Après 1933, l’organisation met en place des stages de doctrine.
La Frauenwerk (l’œuvre féminine allemande) qui dispense des cours d’économie domestique. Au-delà de ces deux organisations au succès relatif, la grande majorité des militantes convaincues sont issues de la « Ligue des jeunes filles allemandes » (la Bund Deutscher Mädel).
La présidente de la Frauenschaft est Gertrud Scholtz-Klink , si elle peut incarner une certaine ascension politique féminine, sa mission principale à la tête de la Ligues des femmes nationales – socialistes est de faire la promotion de la ménagère. Elle déclare ainsi en 1934 que la mission de la femme est d’être ministre de son foyer et sa profession de répondre aux besoins de l’homme, du premier moment de sa vie jusqu’au dernier de son existence. Elle accède à une notoriété en dehors des frontières du Reich et fait l’objet de nombreux articles dans la presse étrangère. La presse française relaie les actions de Gertrud Scholtz-Klink, elle est qualifiée de Führerin par Paris Soir. Le quotidien français  lui consacre une pleine page dans son édition du samedi 03 septembre 1938. La lecture de l’article est passionnante :

Certaines femmes ont occupé des postes à responsabilité dans l’appareil d’encadrement de la société allemande, ont connu la gloire cinématographique comme Léni Riefenstahl ; mais celles qui nous intéressent ici sont le groupe formé par 30 000 femmes que la police et la SS nomment comme auxiliaires dans les bureaux de la gendarmerie, les quartiers généraux de la Gestapo et les prisons. Wendy Lower avance l’idée que pour ces 30 000 femmes aucune mise à distance psychologique n’était envisageable, et la probabilité d’une participation directe au meurtre de masse très élevée (page 23). Au-delà de ce groupe, le Reich déploie 500 000 Allemandes dans les territoires de l’Est et du Sud-Est, immense espace qui inclut les provinces polonaises annexées en 1939.

Arthur Grimm. Célébration de l'Anschluss par la ligue des jeunes filles allemandes. 16 mars 1938
Arthur Grimm. Célébration de l’Anschluss par la ligue des jeunes filles allemandes. 16 mars 1938. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

L’introduction de l’essai est fort éclairant car nous comprenons que, si peu de femmes ont été condamnées à des peines de prison ou à la peine capitale c’est qu’a perduré jusqu’à aujourd’hui une image compatissante de la femme. L’éclairage porté sur les gardiennes de camp comme Irma Grese ou Ilse Koch ont certainement empêché un débat plus nuancé sur la contribution des femmes au régime nazi et sur leur culpabilité en général (p 28). De plus, après la guerre, la femme allemande apparaît comme l’héroïne à qui il revient de lessiver le passé honteux de l’Allemagne. Il faut aussi comprendre que l’apolitisme des femmes fait partie des mythes de l’après guerre, Wendy Lower l’écrit en une phrase saisissante : Aussi longtemps que ces Allemandes seront confinées dans une sphère à part ou que leur influence politique sera minorée, la moitié de la population génocidaire sera […] innocentée des crimes de l’Etat moderne et exclue de l’histoire elle-même.

Les étudiantes du BDM s'exercent au tir avec des armes légères. Anonyme. 1936
Les étudiantes du BDM s’exercent au tir avec des armes légères. Anonyme. 1936. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

Comment appréhender le rôle des femmes dans la « Solution finale au problème juif »? Quelle place occupent-elles dans l’entreprise génocidaire ? Au lieu de classer les individus par catégories, il faut se demander qui fait quoi dans le système mis en place pour la destruction des Juifs d’Europe. Voici un exemple qui permet de comprendre cette complexité : une inspectrice en chef de l’Office centrale de sécurité du Reich décide du sort de milliers d’enfants, dans son travail elle est assistée d’environ 200 femmes; ces agents de terrain sont chargées de rassembler les preuves de la « dégénérescence raciale ». A cette fin, elles élaborent un système codé à base de couleurs pour organiser l’incarcération de plus de 2 000 enfants (juifs, tsiganes, « délinquants ») dans des camps d’internement spéciaux. Ces femmes remplissent un savoir-faire administratif jugé féminin et participent par là même à l’entreprise criminelle.
Les sources sont nombreuses mais ne sont pas forcément faciles d’accès. Wendy Lower a travaillé à partir des archives de guerre allemandes, des enquêtes menées par les Soviétiques sur les crimes de guerre nazis, les dossiers de la police secrète est-allemande, les archives S. Wiesenthal. Elle a enquêté à partir des minutes des procès et des enquêtes menées par les Autrichiens et les Allemands de l’Ouest, et enfin sur les « ego-documents » (la manière dont le sujet forge une image de lui(elle)-même à travers ses dépositions). Tous ces documents remontent à l’après-guerre. L’historienne analyse les significations différentes entre un entretien accordé à un journaliste et une déposition faite devant un juge.
La plupart des études qui portent sur le génocide des Juifs d’Europe admettent que le meurtre de masse n’aurait pu s’opérer dans une large participation de la société. Pourtant, la plupart de ces études laisse de côté la moitié de la population, comme si l’histoire des femmes se déroulait dans une sorte d’ailleurs. C’est une approche illogique et une omission inexplicable. Les destins dramatiques de ces femmes révèlent le côté le plus sombre de l’engagement féminin. (p 33). Ces femmes à travers leur métier, leur fonction, leur engagement sont mobilisées en vue de la guerre et consentent au génocide.

à suivre …

Les faussaires de l’Histoire.

C’est le titre du documentaire réalisé par M. Prazan et co-écrit avec La spécialiste du négationnisme, V. Igounet qui sera diffusé ce soir, dimanche 28 septembre, sur France 5. Le néologisme « négationnisme » est mis au point par l’historien H. Rousso afin de désigner et combattre ceux qui nient l’existence des chambres à gaz comme mode de mise à mort et réfute la réalité de la destruction des juifs d’Europe (R. Hilberg). A ce sujet je vous conseille la lecture du magnifique essai de P. Vidal Naquet : Les Assassins de la Mémoire.

Le film retrace rigoureusement l’histoire du négationnisme, à commencer par son apparition dans l’immédiate après-guerre chez les nostalgiques du nazisme et de la collaboration. Dans les années 1970, sous l’influence d’une extrême-gauche « antisioniste », le négationnisme subit une certaine réorientation, qui s’étend ensuite jusqu’à la fin des années 1990 vers le monde arabo-musulman, portée par la star déchue du parti communiste Roger Garaudy.
Le film décortique pour mieux le comprendre et le conjurer le discours de haine qui se dissimule derrière les masques de l’historicité et du militantisme politique. Alors que disparaissent aujourd’hui les derniers rescapés du plus grand génocide du XXe siècle, ce film est aussi un cri d’alarme devant les offensives que continuent de mener, sur plusieurs continents, les faussaires de l’histoire. (Source)

Pour en savoir plus, rendez vous sur l’excellent blog Mémoires Vives qui a reçu le 14 septembre dernier, les auteurs de cet indispensable documentaire : les faussaires de l’Histoire.

 

Tondre, torturer et vomir.

Comment tuons-nous les animaux que nous mangeons? Y a-t-il un traitement différent dans la mise à mort entre les herbivores, les caprins et  les gallinacés, entre les animaux de boucherie et ceux qui nous chassons? Quelle place occupons-nous dans la chaine alimentaire, à priori la première mais de ça je n’en suis pas si sûre?
Je suis carnivore, j’aime la viande blanche, rouge, crue, grillée, bouillie, je ne cultive aucun interdit alimentaire imposé par un pouvoir tutélaire, ce que je ne mange pas à avoir avec des tabous. Même si je suis un être omnivore je n’avale pas mes semblables humains, je ne peux consciemment me nourrir de charognards, d’animaux de compagnie (chien, chat ou cheval), de rongeurs … Quand je mange une  « bonne viande », je remercie l’animal et j’avoue me passionner sur les mécanismes et les rites à l’œuvre dans toutes les cuisines du monde. J’aime aussi le lait et le beurre et aussi la laine des moutons. Je ne sais pas pourquoi je me sens dans l’obligation d’énoncer toutes ces précautions oratoires, probablement parce que je ne partage pas les emballements des tenants de la cause animale, parce que je me méfie d’une certaine écologie mais surtout parce que je n’ai pas pu regarder les deux vidéo qui suivent au-delà de la première minute.
Des employés qui assènent des coups de poing à la face de moutons terrifiés, les frappent avec des tondeuses électriques et un marteau, leur entaillent la chair, les piétinent ou leur plient le cou au point de le briser. Des animaux en sang, d’autres qui meurent. Voilà ce que révèlent des vidéos à la fois très violentes et choquantes, publiées mercredi 9 juillet par l’association de défense des droits des animaux PETA (People for ethical traitment of animals), à l’issue d’une vaste enquête sur la production de laine en Australie et aux États-Unis.

Pendant plus d’un an, de fin 2012 à mars 2014, trois militants de l’ONG américaine, qui milite pour une éthique dans le traitement des animaux, se sont faits passer pour des ouvriers dans 19 ateliers de tonte dans les Etats australiens de Victoria, Nouvelle Galles du Sud – les deux plus gros producteurs de laine du pays – et d’Australie-Méridionale. Ils ont filmé en caméra cachée les maltraitances perpétrées par 70 employés sur les animaux. Dans ces immenses établissements, près de 4 millions de moutons sont tondus chaque année.

Entre mi-mars et mi-mai 2014, un autre enquêteur a documenté de la même façon la maltraitance de moutons par des employés dans 14 ranchs américains, à travers Wyoming – le deuxième producteur de laine du pays – le Colorado et le Nebraska.
(Source)

Voici quelques extraits du texte que vous pouvez lire sur le site de l’association Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux.

Comme vous pouvez le voir dans ces séquences vidéo exclusives, des tondeurs de moutons ont donné de violents coups de poings au visage de ces animaux inoffensifs, les ont battus et frappés à la tête avec des cisailles en métal bien aiguisées et même avec un marteau. Ces agressions ont souvent laissé ces moutons pétrifiés saigner des yeux, du nez et de la bouche.
Un tondeur a tordu et plié le cou d’une brebis à plusieurs reprises, le lui brisant. Après que le tondeur l’ait projetée la tête la première avec un coup de pied, l’enquêteur de PETA États-Unis l’a retrouvée morte. Le tondeur s’est replié, entortillé, et balancé de tout son poids sur le cou et les pattes avant de dizaines de moutons et leur a enfoncé ses doigts dans les yeux. Les séquences vidéo de PETA US ne mettent en lumière qu’une partie de la cruauté observée dans les 19 lieux de tonte visités par les enquêteurs. Ceux-ci ont observé 70 travailleurs employés par neuf entreprises sous-traitées de tonte qui ont maltraité des moutons à Victoria et à New South Wales – les plus gros États producteurs de laine d’Australie – et dans le sud de l’Australie. Chaque année, les employés de ces sous-traitants peuvent tondre un total de plus de 4 millions de moutons.
Aux États-Unis, l’enquêteur de PETA US a documenté la maltraitance et la négligence de moutons par des employés dans 14 ranchs à travers Wyoming – le deuxième producteur de laine du pays – ainsi que dans le Colorado et le Nebraska. En 2013, 3,7 millions de moutons ont été tondus aux États-Unis.
Les moutons sont privés de nourriture et d’eau avant d’être tondus, notamment pour qu’ils se sentent faibles et ne présentent qu’une résistance minimale. Comme l’a expliqué un tondeur, « Imaginez que l’on vous agresse après… vous avoir affamé pendant 24 heures, vous ne seriez pas vraiment en mesure de lutter. »
Les tondeurs sont souvent rémunérés au volume, et non à l’heure, ce qui encourage un travail violent et à la va-vite et qui peut causer de sévères coupures sur les corps des moutons.

L’association de défense des animaux appellent les internautes a boycotter les articles contenant de la laine, la guerre du porte-monnaie menée par chaque consommateur est-elle la plus efficace? Probablement oui dans un premier temps. Peut-être serait-il plus  moderne de contraindre les ateliers de tonte à travailler dans le respect de l’intégrité animale, nous avons besoin de nous pencher collectivement sur l’éthique que nous voulons construire pour le monde animal?

Génocides et prévention des crimes contre l’Humanité

Les Itinéraires de Citoyenneté.

Voilà une proposition d’itinéraires bienvenue pour les amateurs d’histoire contemporaine et les curieux en tout genre. A partir de cette fenêtre interactive vous pourrez choisir votre parcours et avoir accès à une documentation précieuse et des résumés sérieux ainsi que des propositions bibliographiques.

Génocides et crimes contre l'humanitéIl s’agit bien évidemment d’une première approche, mais cette étape s’avère essentielle pour, dans l’océan des publications et la masse documentaire à disposition des internautes, ne pas se tromper ni se laisser fourvoyer par des prises de positions « scientifiquement » douteuses par des auteurs se vociférant historiens.

Lampédusa et Léonarda vs XVIIIè siècle. Partie II : le contrôle et l’encadrement des étrangers.

Au cours des XVIIème et XVIIIè siècle la surveillance des étrangers dont nous avons tenté une définition juridique dans un billet précédent s’inscrit dans le renforcement du contrôle de la mobilité des personnes. Plusieurs facteurs expliquent le renforcement de ce contrôle :

  • Une centralisation étatique accrue.
  • La généralisation des procédures écrites.
  • La promotion d’agents spécialisés dans ce domaine.
  • Une police spécifique pour les étrangers qui va contribuer à singulariser les étrangers parmi les migrants.

Les étrangers en tant que fauteurs de trouble sont la cible particulière des agents d’espionnage, et la surveillance des non – régnicoles concerne surtout certains lieux : les capitales, les grandes villes et dans celles-ci les hôtels, les auberges, et les garnis.

Pas d'auberge sans permission du Roy.

La police parisienne va servir de modèle aux autres souverains européens, notamment à  Marie – Thérèse.

Marie-Thérèse de Habsbourg (1717-1780), impératrice d'Autriche
Marie-Thérèse de Habsbourg (1717-1780), impératrice d’Autriche

C’est sous la lieutenance d’Antoine de Sartine de 1759 à 1774  que le système de contrôle connait des perfectionnements notables.

Source :
M. de Sartines, les mains liées derrière le dos.

Mais remontons un peu plus loin dans le temps. Dans le royaume de France, la base du dispositif de surveillance est la tenue des registres des logeurs qui doivent enregistrer tous les nouveaux venus dans leur(s) établissement(s)et faire appliquer les ordres de la cour.

Edit de 1693L’édit de 1693, ordonne de porter quotidiennement un extrait des registres signalant de nouvelles arrivées chez le commissaire. Un édit que vous pouvez consulter sur le site Gallica : ICI .

En 1708, la création d’un nouveau corps d’inspecteurs de police contribue à cette rationalisation des pratiques de contrôle en marche au XVIIIè siècle.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8623594t.r=cr%C3%A9ation+inspecteur+de+police+1708.langFR
Création du corps des inspecteurs, 1708.

En 1725, le Bureau des fonds est placé sous la dépendance du ministre des Affaires étrangères et en 1752, un inspecteur spécifique est affecté à la surveillance des étrangers dans la capitale avec une attention particulière pour les ambassadeurs et les ministres (et oui, on l’oublie mais c’est aussi une grande époque d’espionnage).

A une époque où le pouvoir rationalise ses pratiques de surveillance et de contrôle dans le royaume de France comme ailleurs en Europe, deux catégories sont soumises à une surveillance particulière : les Juifs et les Roms (vous voyez on y revient). On va juste prendre deux exemples :

Les Juifs de la péninsule ibérique. Ils ont le droit d’effectuer de courts séjours en Espagne et au Portugal pour des raisons commerciales et doivent se munir d’un permis de séjour, ils sont appelés les « Juifs de signal » et sont considérés comme des étrangers à haut risque, vecteur d’hérésie. A ce titre, ils sont astreints au port de signes distinctifs, de plus, ils s’engagent à ne pas parler de religion et à quitter le pays à la fin de la période accordée. Enfin, ils se voient attacher un familier qui les suit dans leurs déplacements, l’attestation de départ est fournie au capitaine du navire par le familier, la présence du juif ne peut pas excéder 6 à 8 mois. Pendant leur séjour les commerçants juifs ne bénéficient d’aucune juridiction consulaire et n’ont aucune protection.

Les Juifs. Miniature espagnole du XV siècle
Les Juifs. Miniature espagnole du XV siècle

Pour Claire Auzias, les Tsiganes subissent le douteux privilège d’être une ethnie sans territoire et sont stigmatisés pour pratiquer deux sortes de nomadisme : un nomadisme structurel, au XVIIIème siècle, ils se déplacent en groupe et ont à leur tête ont un chef dont le qualificatif peut être « duc », « comte » ou « capitaine ». Les Roms pratiquent également un nomadisme conjoncturel. Ce groupe est soumis par les États à un traitement particulier qui est la traduction d’une législation répressive, au même titre que celle qui criminalise les pauvres et les vagabonds. Dans le royaume de France, selon la déclaration de Colbert, les bohémiens sont condamnés aux galères, les femmes enfermées dans les hôpitaux, les enfants élevés sont élevés dans la religion catholique. Que se passe-t-il ailleurs ? En Norvège, l’ordonnance de 1687 stipule l’arrestation des bohémiens – roms – , les biens du groupe sont saisis et leur chef exécuté. En Suisse dans l’État de Berne l’arrêté de 1727 interdit de séjour les Tsiganes, les hommes qui y contreviendraient auraient une oreille coupée, les femmes âgées de plus de 15 ans seraient arrêtées. L’Espagne quant à elle mène une politique d’expulsion collective. En Autriche,  en Allemagne ou en Russie, le despotisme éclairé déclare vouloir garantir la sécurité et le bien être des Tsiganes en le sédentarisant brutalement , c’est le cas de Frédéric II en 1768, de Marie- Thérèse en 1773 et de Joseph II en 1782, l’effet de ces politiques restent limitées (ce sera l’objet d’un prochain billet).

Un soldat de l’Armée Rouge viole une Polonaise

Voici l’objet de la colère de Moscou :

Un soldat soviétique violant une femme enceinte.
Un soldat soviétique violant une femme enceinte.

Je vous laisse lire l’article du blog big brower duquel ce billet est inspiré. Je me permets ce copié-collé :

Moscou a vivement réagi par l’intermédiaire de son ambassadeur à Varsovie, Alexandre Alekseev. Sur Facebook, il a expliqué être « profondément choqué par cette incartade de l’étudiant des Beaux-Arts de Gdansk, qui a insulté avec son pseudo-art la mémoire de plus de 600 000 soldats soviétiques, morts pour la liberté et l’indépendance de la Pologne ». Il a également jugé la sculpture « vulgaire » et « ouvertement blasphématoire » et a fait savoir qu’il espérait « une réaction appropriée » des autorités polonaises.

Le parquet de Gdansk doit désormais statuer sur d’éventuelles poursuites pour incitation à la haine raciale ou nationale contre l’étudiant. Lequel a défendu son œuvre, expliquant qu’il s’agissait d’un « message de paix », qui avait pour seul but de « montrer la tragédie des femmes et les horreurs de la guerre ».

Voilà qui est intéressant et suscite forcément plusieurs questions- réflexions (pas forcément de bon aloi)  :  C’est quoi le problème? Violer une femme? Ou violer une femme enceinte? Préciser que La Femme porte l’enfant de l’homme appartenant au groupe ennemi laisse perplexe. En même temps aucune guerre ne se joue sans l’image de La Femme en arrière plan, première réflexion. Pourquoi le Kremlin est si prompt à réagir? Laver l’honneur des héros libérateurs à l’Est entre 1944 et 1945? Construire inlassablement une virginité d’une Russie qui veut (re)devenir la grande Russie quand vont se tenir les J.O. à Sotchi, station balnéaire fréquentée par une kleptocratie en mal (mâle) de reconnaissance? Dans cette histoire, un petit étudiant des Beaux Arts de Gdansk n’a pas voix au chapitre, deuxième réflexion. le viol est-il inhérent à la guerre? Cette dernière question invite forcément à prendre un peu de recul, troisième réflexion qui m’invite à vous livrer deux lectures récentes. Dans son dernier ouvrage, La Fin, Ian Kershaw consacre un chapitre, à ce qu’il nomme une calamité à l’est, voilà ce qu’il écrit  en substance : la soif de vengeance était inextinguible …  phénomène de masse et acte de vengeance qui passait par la volonté d’infliger une humiliation maximale à la population masculine vaincue  (intéressant comme réflexion) le viol des femmes, jeunes et vieilles, souvent à plusieurs reprises, fut l’un des premières rencontres (gloups!!!) avec les conquérants avec les conquérants soviétiques … suivant certaines estimations (le mot dit le vide de la recherche en ce domaine pour cette époque et pour cet espace) 1.4 millions de femmes – soit un cinquième de la population féminine – furent violées au cours de ces semaines dans les provinces orientales conquises par l’Armée Rouge. Celles qui réussirent à se cacher ou à échapper à cette bestialité eurent en vérité beaucoup de chance (naïvement j’attends que l’historien s’empare du sujet, mais non, l’allusion au viol massif s’arrête là). Si l’on veut prendre un peu de recul, il faut lire l’historien Christian Ingrao, spécialiste des violences de guerre et à qui l’on doit un magistral essai sur les intellectuels de la SS (Croire et Détruire). dans un court article paru dans le monde hors série, 1914-2014, un siècle de guerre.

un siècle de guerrel’historien explique que la guerre traditionnelle édictait sans forcément la respecter  la norme de l’exclusion des femmes de la violence de la guerre. Au cours du XXème siècle les violences dirigées contre elles ont eu tendance à se généraliser, là je cite un extrait de son article « la violence à son paroxysme » : le viol de guerre, s’il n’est pas inexistant durant les deux conflits mondiaux, loin de là, n’a pas la systématicité qu’il acquiert en Yougoslavie dans les années 1990 ou dans la région des Grands Lacs africains des années 2000.