Victor, la petite fille et les primates.

Une enfant de 10 ans a été (re)trouvée vivant au milieu de ses congénères, des primates. Cela se  déroule maintenant dans une réserve naturelle à Bahraich, dans le nord de l’Inde.
Jeté sur ce globe sans forces physiques et sans idées innées, hors d’état d’obéir par lui-même aux lois constitutionnelles de son organisation, qui l’appellent au premier rang du système des êtres, l’homme ne peut trouver qu’au sein de la société la place éminente qui lui fut marquée dans la nature, et serait, sans la civilisation, un des plus faibles et des moins intelligents des animaux : vérité, sans doute, bien rebattue, mais qu’on n’a point encore rigoureusement démontrée… Les philosophes qui l’ont émise les premiers, ceux qui l’ont ensuite soutenue et propagée, en ont donné pour preuve l’état physique et moral de quelques peuplades errantes, qu’ils ont regardées comme non civilisées parce qu’elles ne l’étaient point à notre manière, et chez lesquelles ils ont été puiser les traits de l’homme dans le pur état de nature. Non, quoi qu’on en dise, ce n’est point là encore qu’il faut le chercher et l’étudier. Dans la horde sauvage la plus vagabonde comme dans la nation d’Europe la plus civilisée, l’homme n’est que ce qu’on le fait être ; nécessairement élevé par ses semblables, il en a contracté les habitudes et les besoins ; ses idées ne sont plus à lui ; il a joui de la plus belle prérogative de son espèce, la susceptibilité de développer son entendement par la force de l’imitation et l’influence de la société.” C’est ainsi que Jean Itard, médecin et spécialiste de la surdité pose les enjeux d’une question qui n’est pas encore tranchée : la question de l’inné et de l’acquis.
C’est à lui que l’abbé Sicard qui dirigeait l’Institution des sourds-muets de la rue Saint-Jacques à Paris confie Victor, le (devenu) « célèbre » enfant sauvage de l’Aveyron.

Voici ce qu’il écrit dans l’avant-propos de son Mémoire consacré au “Sauvage de l’Aveyron” : Un enfant de onze ou douze ans, que l’on avait entrevu quelques années auparavant dans les bois de la Caune, entièrement nu, cherchant des glands et des racines dont il faisait sa nourriture, fut dans les mêmes lieux, et vers la fin de l’an VII, rencontré par trois chasseurs qui s’en saisirent au moment où il grimpait sur un arbre pour se soustraire à leurs poursuites. Conduit dans un hameau du voisinage, et confié à la garde d’une veuve, il s’évada au bout d’une semaine et gagna les montagnes où il erra pendant les froids les plus rigoureux de l’hiver, revêtu plutôt que couvert d’une chemise en lambeaux, se retirant pendant la nuit dans les lieux solitaires, se rapprochant, le jour, des villages voisins, menant ainsi une vie vagabonde, jus­qu’au jour où il entra de son propre mouvement dans une maison habitée du canton de Saint-Sernin.
II y fut repris, surveillé et soigné pendant deux ou trois jours ; transféré de là à l’hospice de Saint-Affrique, puis à Rodez, où il fut gardé plusieurs mois. Pendant le séjour qu’il a fait dans ces différents endroits, on l’a vu toujours également farouche, impatient et mobile, chercher continuellement à s’échapper
[…]. Des ordres furent donnés pour que cet enfant fût amené à Paris. Il y arriva vers la fin de l’an VIII, sous la conduite d’un pauvre et respectable vieillard qui, obligé de s’en séparer peu de temps après, promit de revenir le prendre, et de lui servir de père, si jamais la Société venait à l’abandonner.
(Lire le rapport de Jean Itard sur Gallica )

Le parcours de cet enfant est rendu célèbre par l’adaptation que François Truffaut fit de son histoire dans le film L’enfant sauvage, réalisé en 1970.

François Truffaut. L'enfant Sauvage, affiche du film, 1970.
François Truffaut. L’enfant Sauvage, affiche du film, 1970.

Le film est accessible en streaming sur le site Archive.org.

1/Voir le film : l’enfant sauvage

2/ Le site à visiter :   Archive.org
Une exposition virtuelle  est consacrée à « Victor » et plus largement aux enfants sauvages qui deviennent des sujets d’observation privilégiés à la fin du XVIIIè siècle : les médecins et les philosophes se demandant de quelle manière nous acquérons nos connaissances? Quel est le rôle de la « société » (concept flou) dans notre développement cognitif et affectif?

http://www.neccessaire.com/exposition/menue1.htm
Source . Victor, l’enfant sauvage , mythe et réalité.

L’histoire de l’enfant sauvage continue de fasciner car elle interroge sans cesse la frontière entre sauvagerie et civilisation, le dernier ouvrage de l’historien Jean-Luc Chappey en témoigne : Sauvagerie et civilisation, une histoire politique de Victor de l’Aveyron. Fayard, 2017.
Toutefois, l’enfant sauvage le restera-t-il? La société savante et éclairée du début du XIXème siècle après avoir voulu l’inclure dans un projet commun le rejette : cet enfant symbolise peut-être une indépassable altérité.

Sauvagerie & civilisation. JLChappey
Sauvagerie & civilisation. JLChappey

C’est bien la question que je me suis posée en lisant ce bref article paru dans Le Figaro, qui relate les faits suivants :
Âgée d’une dizaine d’années, la jeune fille surnommée «Mowgli girl» a été retrouvée en janvier dans le nord de l’Inde. Elle semble avoir été élevée par des singes, et ne sait ni parler ni marcher correctement. Les autorités tentent de déterminer ce qui a pu lui arriver.
En Inde, un cas similaire à celui de Victor de l’Aveyron, le plus célèbre cas d’enfant sauvage découvert à la fin du XVIIIe siècle dans une forêt française, suscite fascination et stupéfaction. Une petite fille, âgée d’une dizaine d’années, a été découverte en janvier à l’état quasi sauvage dans une réserve naturelle à Bahraich, dans le nord de l’Inde. Lire la suite

Une enfant "sauvage". Mers 2017. Inde.
Une enfant « sauvage ». Mers 2017. Inde. Source

Après avoir lu quelques articles et visionné quelques vidéos, c’est la gêne, l’embarras et le malaise qui l’ont emporté.

Pourquoi affubler cette enfant d’un surnom ridicule porté par un garçon, personnage de fiction sorti de l’imagination de Rudyard Kipling? Ce chantre de l’Inde britannique et de l’impérialisme qui dans son poème Le Fardeau de l’homme blanc, parlait de « peuples sauvages et agités (…) Moitié démon, moitié enfant ». Donc, Mowgli girl au mieux c’est vulgaire!!
Ensuite les vidéos nous montrent des médecins-vétérinaires regardant et s’approchant de l’enfant avec défiance et supériorité ! Comment ne pas songer au film de D. Lynch Elephant Man?
Enfin, la fascination pour cette indépassable altérité, me met malaise : je me surprend à penser qu’il fallait peut-être mieux l’a laisser avec ses semblables (?), ses congénères (?).
Pourquoi à toute force arrimer l’enfant sauvage aux rives de notre humanité??

L’exposition de cette enfant sauvage pourrait très bien se dérouler derrière les rideaux soulevés du cirque des monstres de Barnum : une exposition pornographique qui consiste à mettre à nu une “créature” différente et semblable sans aucune considération pour la part d’humanité dont elle est porteuse.

L'enfant singe. Cirque Barnum
L’enfant singe. Cirque Barnum

Princesse Leia Organa et Osiris

Quels peuvent bien être les points communs entre un dieu égyptien et l’un des personnages centraux de la saga Star Wars? Quelles sont les parentés entre le panthéon égyptien et Stargate?

Osiris dieu du panthéon égyptien, inventeur de l'agriculture et de la religion.
Osiris dieu du panthéon égyptien, inventeur de l’agriculture et de la religion.
La princesse Leia Organa d'Alderaan, femme politique sensible née en 19 av. BY (la Bataille de Yavin) au Centre Médical de la République sur Polis Massa.
La princesse Leia Organa d’Alderaan, femme politique sensible née en 19 av. BY (la Bataille de Yavin) au Centre Médical de la République sur Polis Massa.

 

Stargate
Stargate

La réponse de l’énigme se trouve en Belgique au musée royal de Mariemont qui vous invite jusqu’au mois de novembre 2016 à  l’exposition :

DE STARGATE ™ AUX COMICS. LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015)
DE STARGATE ™ AUX COMICS. LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015)
DE STARGATE ™ AUX COMICS. LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015)

Cette exposition a été cofinancée grâce à une campagne de corwdfunding qui a permis la location de costumes et des objets originaux provenant du film Stargate et de la série Stargate SG-1, leur transport et leur assurance.

Les dieux égyptiens dans la culture geek.
Les dieux égyptiens dans la culture geek.

L’Egyptomanie concept forgée au XIXème siècle caractérise la fascination pour la culture et l’histoire de l’Egypte antique, née après la campagne de Bonaparte et l’expédition scientifique du Baron Denon s’est perpétuée au XX e siècle dans des décors de salles de cinéma et de jardins zoologiques. Le succès du film Cléopâtre réalisé par Mankiewicz en 1963 témoigne de la persistance de cette fascination pour l’histoire et la culture de l’Egypte. Dans les années 70, l’égyptomanie s’exprime différemment ; le film et la série Stargate avancent l’hypothèse de dieux astronautes.

de stargate aux comics.@P Goffaux
de stargate aux comics.@P Goffaux

L’exposition propose de vrais décors et de vrais costumes du film et de la série empruntés à des collectionneurs privés. On y retrouve par exemple les masques d’Apophis, de Râ ou encore d’Anubis. Des dieux de l’Égypte Antique transformés en personnages de fiction, et dont le rôle fictif correspond souvent au rôle mythique. À côté de Stargate, l’Égypte ancienne a aussi inspiré les auteurs de comics, de bande dessinée et même de jeux vidéos chers à la communauté geek. À côté de superhéros égyptiens comme Isis, les mythiques Batman ou Lara Croft évoluent entre les pyramides aux côté d’Osiris . La culture populaire continue de puiser dans la mythologie égyptienne comme le tout dernier X-Men Apocalypse. Une œuvre fictionnelle qui permet tout de même, comme d’autres, de susciter l’intérêt de millions de téléspectateurs pour l’Égypte ancienne. (Source)

Lara Croft et le temple d'Osiris
Lara Croft et le temple d’Osiris

L’île des esclaves oubliés.

Dessin d'une classe de CM2 de Semoy envoyés à l'occasion de la quatrième mission sur l'île de Tromelin. 2013
Dessin d’une classe de CM2 de Semoy à l’occasion de la quatrième mission sur l’île de Tromelin. 2013

Un caillou de 1 km² dont le point culminant est à 7 mètres, un minuscule récif corallien dans l’océan Indien situé à 450 km à l’Est de Madagascar et 535 km au Nord de La Réunion, nommé l’Ile de Sable puis Tromelin. L’île est aujourd’hui rattachée aux T.A.A.F. (la collectivité des Terres Australes et Antarctiques Françaises).

Trimbre du chevalier de Tromelin
Trimbre du chevalier de Tromelin

Une île corallienne : voila le décor paradisiaque de la tragédie qui s’y joue dans la nuit du 31 juillet 1761, l’Utile se brise sur le récif de corail, le gouvernail est arraché, les ponts s’effondrent. L’Utile est prisonnier au milieu des déferlantes.

Détail de la carte sur laquelle l’île de Sable, ici nommée « Islot de Sable », © BNF
Détail de la carte sur laquelle l’île de Sable, ici nommée « Islot de Sable », © BNF

 

 

Tromelin.
Tromelin.

1/ Esclaves et contrebande.

Construit et armé à Bayonne, l’Utile appareille pour l’île de France, aujourd’hui Maurice, en novembre 1760. Le navire appartient à la Compagnie française des Indes orientales : créée en 1664 par Colbert, elle dispose du monopole du commerce vers l’Afrique, l’océan Indien et les Indes. Les Mascareignes, ce groupe d’îles du sud-ouest de l’océan Indien comprenant notamment Maurice et La Réunion, ont été colonisées par la France entre la fin du XVIIe et le XVIIIe siècles. Elles représentent une étape indispensable sur la route des Indes et de la Chine.

Prise de la frégate anglaise de 44 canons
Prise de la frégate anglaise de 44 canons « the Ceylon » par la frégate française « La Vénus » au large de l’île de France (île Maurice) fin 18e siècle.

 

L’Utile une flûte de 800 tonneaux est construit pour la Marine Royale à Bayonne, il lève l’ancre pour l’île de France, qu’il atteint le 12 avril 1761 après 147 jours de navigation.

Dans l’océan Indien, le commerce des esclaves en provenance du Mozambique et de Madagascar alimente en main d’œuvre les plantations coloniales des Mascareignes. Quand, le 27 juin 1761, l’Utile est envoyé à Madagascar pour en ramener des vivres, son capitaine Jean de La Fargue a néanmoins interdiction d’y acheter des esclaves comme c’est l’usage. L’Utile n’est pas un navire négrier, mais un bâtiment de transport classique destiné à apporter aux colonies produits et matériaux de la métropole, avant d’y retourner avec une cargaison de produits coloniaux, tels que du café ou du sucre. Bénéficiant de complicités multiples, La Fargue embarque pourtant près de 160 esclaves malgaches, qu’il compte débarquer sur l’île Rodrigues. Quand il quitte Madagascar, le bateau ne suit donc pas la route habituelle vers l’île de France, mais navigue au nord, passant à proximité de l’île de Sable…

Des erreurs d’observation et l’imprudence du capitaine, qui décide de naviguer de nuit malgré les mises en garde de son premier pilote, expliquent pour partie le naufrage. (Source )

2/ Les survivants, les abandonnés.

Parmi les survivants, sur les 143 hommes qui formaient l’équipage, 21 sont morts noyés et 122 ont réussi à rejoindre l’île. Concernant les 160 esclaves, seuls 88 survivront au naufrage. 72 ont péri car, au moment du naufrage, ils sont parqués dans la cale fermée par des panneaux cloués. Ils ne peuvent s’échapper qu’une fois la coque de l’Utile disloquée.

La première urgence est de trouver de l’eau potable en creusant un puits. Après une tentative infructueuse, une « liqueur épaisse et blanche comme du lait », mélange d’eau douce et d’eau salée, est découverte par 5 mètres de profondeur dans la soirée du 3 août. En trois jours de privations, une trentaine de Malgaches sont morts. Aucun Français.

La mer rejette sur la plage des ustensiles et des aliments issus de l’épave que les rescapés récupèrent pour organiser leur survie. Ils exploitent également les maigres ressources de l’île, particulièrement les œufs des oiseaux qui y nichent en grand nombre et les tortues. Les marins cherchent, en outre, à extraire de l’épave les matériaux nécessaires à la construction d’une embarcation de fortune pour rallier Madagascar. C’est le premier lieutenant de l’Utile, Castellan du Vernet, qui en dessine le plan.

Dans une lettre qu’il adresse au ministre de la marine, M. de Sartine, Barthélémy Castellan du Vernet revient sur son inlassable énergie pour sauver les marins français (Source )

Castellan du Vernet à Sartine1. 1763
Castellan du Vernet à Sartine1. 1763
Castellan du Vernet à Sartine2. 1763
Castellan du Vernet à Sartine2. 1763

Castellan du Vernet constate vite qu’aucune pièce de charpente suffisamment longue n’a pu être récupérée pour fabriquer un bateau à même de transporter tous les survivants. En deux mois, ils construisent une embarcation de fortune baptisés La Providence. L’embarcation est mise à l’eau le 27 septembre 1761, avec à son bord cent vingt-et-un marins. Entre 60 et 80 esclaves malgaches survivants sont abandonnés sur l’île avec trois mois de vivres et la promesse de Castellan de venir les chercher. La Providence atteint Madagascar après quatre jours de mer. Dans les semaines qui suivent, l’équipage rejoint Port-Louis (Maurice). Le gouverneur de l’île de 1759 à 1766, Antoine Marie Desforges-Boucher recueille les rescapés mais refuse en revanche d’envoyer un navire pour porter secours aux esclaves.

3/ L’oubli et les traces.

Ce n’est que quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776, que le chevalier de Tromelin commandant de la corvette La Dauphine accoste sur l’Ile et recueille les survivants : sept femmes et un bébé de 8 mois.

Deux siècles et demi plus tard, au terme d’une longue enquête historique mené par Max Guérout, une mission archéologique débarque sur l’ile Tromelin pour retrouver les traces des esclaves oubliés.

Fouille à Tromelin Scène de fouille à Tromelin. © Jean-François Rebeyrotte, GRAN
Fouille à Tromelin
Scène de fouille à Tromelin.
© Jean-François Rebeyrotte, GRAN

Entre 2006 et 2013, les fouilles archéologiques conduites sur l’île de Tromelin ont permis de redonner la parole aux esclaves malgaches qui, à partir de 1761 et pendant quinze ans, ont vécu, abandonnés, sur ce minuscule écueil cerné par les déferlantes. Les campagnes de fouilles permettent de répondre aux questions suivantes : Comment les esclaves abandonnés se sont-ils nourris ? Comment s’est organisée leur vie quotidienne ? Comment conserver ce que l’épave de l’Utile a rejeté ? Qu’ont-ils faits des morts ?

Plan des fouilles
Plan des fouilles

Ces recherches sont emblématiques des travaux qui se déroulent depuis les années 2000 dans l’océan Indien sur les traces de l’esclavage colonial.

Le documentaire complet : les esclaves oubliés de l’île Tromelin sur TV5Monde

4/ L’exposition itinérante : Tromelin, l’île des esclaves oubliés.

Tromelin, l’île des esclaves oubliés  est présentée à la fois sur le territoire métropolitain et dans l’océan Indien avec une scénographie commune mais adaptée aux lieux d’accueil, ainsi que sous une forme plus légère dans l’arc antillais. Dans l’océan Indien, le musée Stella Matutina  (île de La Réunion) accueille l’exposition du 28 janvier au 30 septembre 2016. Une itinérance est prévue à Maurice et Madagascar.

Savoia Sylvain. Les esclaves oubliés de Tromelin
Savoia Sylvain. Les esclaves oubliés de Tromelin

En métropole, l’exposition reste à l’affiche au Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes jusqu’au 30 avril 2016.   Elle sera ensuite accueillie à le Maison de la communauté d’Agglomération de Lorient du 28 mai au 30 octobre 2016, puis au Musée d’Aquitaine à Bordeaux.

Forte de sa thématique universelle autour de l’esclavage, l’exposition est également présentée dans l’arc antillais dans une itinérance de panneaux déroulants dans des lieux clés de transmission du patrimoine, dont le Musée d’Archéologie et de Préhistoire de la Martinique  jusqu’au 31 mars 2016. (Source )

 

Pour aller plus loin

– Dominique Le Brun (Direction) : Les naufragés, 2014 Omnibus.

– Max Guérout et Thomas Romon, « Tromelin (océan Indien) », Les nouvelles de l’archéologie, 108/109 | 2007, mis en ligne le 27 avril 2011,: http://nda.revues.org/158

– Thomas Romon et Max Guerout, « La culture matérielle comme support de la mémoire historique : l’exemple des naufragés de Tromelin », In Situ,  20 | 2013, mis en ligne le 15 février 2013, URL : http://insitu.revues.org/10182 .

– Sylvain Savoia, Les esclaves oubliés de Tromelin ,  éditions Dupuis/Aire libre, 2015.

– Le dossier complet sur le site de l’INRAP : http://www.inrap.fr/magazine/Tromelin/Accueil#Tromelin

 

Après la Shoah 1944-1947.

Capture

Après la Shoah, 1944-1947 c’est le thème de l’exposition que vous pouvez voir au Mémorial de la Shoah à Paris cette année. Il ne s’agit pas ici de faire réfléchir à une sortie du génocide, sort-on d’un génocide même 70 ans les faits? Il s’agit ici de comprendre comment les rescapés, les réfugiés et les survivants ont voulu reprendre le cours de leur vie, retourner chez eux ou trouver un refuge, imaginer un avenir ailleurs quand l’incertitude et le chaos règnent dans une Europe dévastée, archipel de camps de différentes natures.

Après la catastrophe. La libération de l’Europe et la fin de la Seconde Guerre mondiale soulèvent un immense sentiment de soulagement, de joie, d’espoir. Pourtant, le retour à une vie normale semble à peine possible pour les Juifs d’Europe qui ont pu échapper à la destruction générale organisée par les nazis et leurs complices locaux.

En Pologne, la moitié des réfugiés revenus d’URSS et les rares survivants fuient à nouveau. En Allemagne occupée, plus de 250 000 Juifs sont parqués, comme d’autres dans des camps de personnes déplacées en attendant un lieu d’accueil ou une place pour un nouveau départ en dehors de l’Allemagne. En France, les autorités mettent sur place des dispositifs de rapatriement et de réinsertion des déportés « raciaux » qui représente une minorité des rapatriés. Bien que les Juifs aient été victimes d’une politique génocidaire, leur sort ne constitue qu’un problème parmi d’autres à l’échelle européenne.

Michel Rousso est commissaire de l’exposition, dans cette vidéo il nous explique le contexte de cette exposition : la question des réfugiés. Qu’est-ce qu’un réfugié?

Cette exposition dense, très dense, est constituée de plus de 250 photographies issues essentiellement du fonds du Mémorial de Shoah, ainsi que des documents d’archives, des films qui illustrent l’extrême diversité des situations.

Pour celles et ceux qui ne peuvent pas se rendre à l’exposition ou qui voudraient prolonger celle-ci, allez faire un tour sur le site dédié, là aussi très riche :

Après la Shoah, 1944-1947.

Une section de l’exposition est consacrée aux enfants, un dessin et une rédaction d’enfant m’ont particulièrement émue, il s’agit d’un fac similé  d’une rédaction d’une jeune adolescente inscrite dans un patronage juif de la place des Vosges en 1945.

Rédaction de Léa 11 ans, 1945.
Rédaction de Léa 11 ans, 1945.

Jérome Bosch est mort il y a 500 ans.

Jardins des délices. Détail2 Jardins des délices. Détail1

A l’occasion du cinq centième anniversaire de la mort du peintre Jérome Bosch deux expositions majeures vont être présentées.

Jérome Bosch.

La première a lieu dans la ville du peintre, Bois-le-Duc; la seconde s’ouvrira à Madrid au musée du Prado le 31 mai.

A cette occasion, replongez dans le Jardin des délices grâce à cette visite en très haute définition :

Le Jardin des délices.
Le Jardin des délices.

Ouvrez les panneaux, ce n’est pas un retable. Le Jardin des délices, est-ce vraiment si délicieux? (Source). C’est en tous les cas fascinant, comme l’ensemble de l’oeuvre de ce peintre « énigmatique ».

Graines de portraits.

Voici une manière de vous souhaiter à toutes et à tous une excellente année 2015, de vous remercier de votre fidélité et de vos remarques en savourant quelques portraits glanés cette année entre Tours, Lille, Roubaix, Quimper. Ils m’ont émue ou amusée, ils contiennent tous une parcelle de l’inextinguible beauté des sujets qui nous regardent depuis longtemps et que nous regardons maintenant.

Albert Küchler. Buste de femme de dos avec une perle dans les cheveux, 1845
Albert Küchler. Buste de femme de dos avec une perle dans les cheveux, 1845
Albert Küchler. Vieille femme italienne à la robe rouge et à la coiffure à rayures.
Albert Küchler. Vieille femme italienne à la robe rouge et à la coiffure à rayures.
Emile Vernon. Sous la lampe, 1902
Emile Vernon. Sous la lampe, 1902
Frans Depooter. Femme à la robe verte, 1934
Frans Depooter. Femme à la robe verte, 1934
John Hamilton Mortimer. Portrait présumé de lady Pigott tenant une estampe, 1775
John Hamilton Mortimer. Portrait présumé de lady Pigott tenant une estampe, 1775
Jules Boquet. La tasse bleue
Jules Boquet. La tasse bleue
Kennington. La cuisine ambulante, 1914
Kennington. La cuisine ambulante, 1914
Louis Adolphe Stritt. Le choix des broderies, vers 1930.
Louis Adolphe Stritt. Le choix des broderies, vers 1930.
Remy Cogghe. Madame reçoit, 1908
Remy Cogghe. Madame reçoit, 1908
Thomas Lawrence. Portrait de sir Georges Howland Beaumont. 1808
Thomas Lawrence. Portrait de sir Georges Howland Beaumont. 1808
Thomas Lawrence. Portrait de Charles William Bell
Thomas Lawrence. Portrait de Charles William Bell
Thomas Lawrence. Portrait des enfants d'Ascoyghe Boucherett. 1800
Thomas Lawrence. Portrait des enfants d’Ascoyghe Boucherett. 1800

 

Une mystérieuse plaque émaillée à Spézet.

Spézet est une petite ville de moins de 2 000 habitants du centre Bretagne, la rue principale est bordée de maisons très colorées qui contribuent au charme de cette commune de Haute Cornouaille. Je vous conduis à la maison bleue, vous ne pouvez pas ne pas l’apercevoir, elle est … bleue

Spezet. Maison bleue
Spezet. Maison bleue

Jusqu’à la fin du mois de septembre 2014, l’association de sauvegarde du patrimoine spézétois organise une exposition dans le cadre de la commémoration du centenaire de la première guerre mondiale. L’exposition est dense et surtout remarquable par sa qualité documentaire. Une pièce unique et très curieuse y est exposée : il s’agirait d’une partie du premier monument aux morts de la commune, très loin des réalisations habituelles, puisque les noms des soldats sont inscrits sur une plaque émaillée, la plaque comporte aussi de petits médaillons sur lesquels figurent parfois le portrait du soldat.

Spézet. Plaque émaillée. Un élément du premier monument aux morts. Exposition à la Maison Bleue
Spézet. Plaque émaillée. Un élément du premier monument aux morts. Exposition à la Maison Bleue.

La décision d’ériger un monument aux morts à Spézet pour rendre hommage aux 197 soldats « morts pour la France » est prise  le 23 février 1923.

Monument aux morts. Spézet. Délibérations du conseil municipal 1923.
Monument aux morts. Spézet. Délibérations du conseil municipal 1923.

Le prix du monument s’élève à 32 800 francs, la municipalité reçoit une subvention de 6232 francs et confie les travaux à la Société des Marbreries Générales. Cette dernière sur la demande des édiles spézétois taille la statue du poilu dans la kersantite finistérienne.

Monument aux morts de Spézet. Source.
Monument aux morts de Spézet. Source.

Mais c’est bien cette plaque émaillée dénichée chez un brocanteur de Leuhan qui retient l’intention, son bon état de conservation montrerait qu’elle n’a jamais été exposée à l’extérieur.

Spézet. Plaque émaillée, détail1.
Spézet. Plaque émaillée, détail1.
Spézet. Plaque émaillée, détail2.
Spézet. Plaque émaillée, détail2.

Ce document recèle de nombreux mystères et les questions restent pour l’instant sans réponse :

– Cette plaque est-elle antérieure au projet municipal de 1923 ?

– Pourquoi les noms de soldats ne sont indiqués par ordre alphabétique ? Quelle logique est alors à l’œuvre ? Est-ce les années de décès qui sont retenues ?

– Certains médaillons portent la mention « à la mémoire de … » : probablement que le concepteur de cette plaque ne disposait pas de tous les portraits.

– Pourquoi cette plaque réalisée à Brest par Loutrel et Mazin n’est pas complète : le projet aurait-il été abandonné avant la réalisation finale ?

– Quels chemins cette plaque a-t-elle empruntée pour venir jusqu’à nous ?

Le commentaire laissé ici par Franck David apporte plusieurs réponses : Il s’agit d’un de ces nombreux tableaux d’honneur que les mairies ont mis en place dès l’annonce des premiers morts avant que ne se pose la question d’un hommage monumental. Cela consistait parfois en de simples listes, avec la photographie du disparu, puis en des plaques émaillées. L’état de celle-ci est remarquable.

Si Vous êtes en Bretagne, n’hésitez à visiter cette belle exposition : vous y croiserez l’incroyable histoire de Pierre-Jean Boudehen un poilu revenu chez lui à la fin des combats. Je vous en parlerai …
Si vous avez des suggestions, des hypothèses ou mieux encore des réponses n’hésitez pas à les partager. Si vous, vous aussi un document rare sur cette période historique (celle du conflit et aussi celle des sorties de guerre), n’hésitez pas à laisser un message.

Une fin d’été bleue en Bretagne.

C’est dans la capitale du pays du Poher, ou du Kreiz Breizh (Centre Bretagne) que je vous invite, le seul pays du Finistère qui n’a aucun accès à la mer, la ville des Vieilles Charrues pour ceux qui aiment les concerts en plein air, Carhaix– Plouguer (prononcez en phonétique Carraie Plouguère, s’il vous plait). Je suis entrée après bien des années dans l’église Saint-Trémeur par une petite porte latérale, l’intérieur sentait cette forte odeur de pierre et de vert, minérale et florale. Le soleil de fin de matinée est venu à la rencontre d’un magnifique vitrail : le jeu de lumière s’est imprégné de l’atmosphère ecclésiale. Un instant entre sacré et profane dont je vous livre ici quelques clichés vite emprisonnés par un objectif spontané.

Eglise de Carhaix. Le vitrail1
Eglise  Saint-Trémeur de Carhaix-Plouguer. Le vitrail.

Eglise de Carhaix. Le vitrail2 Eglise de Carhaix. Le vitrail3

 

Sur ce vitrail, si vous voulez en savoir plus : Ici ou 

 

PARIS libéré, photographié, exposé au musée Carnavalet. 1944 -2014.

Si vous habitez Paris ou sa région, si vous êtes de passage par ici, ou si vous vous promenez dans le Marais, prenez quelques heures pour vous rendre au musée Carnavalet et visiter cette magnifique exposition qui est plus qu’une exposition : Paris libéré, photographie, exposé. Il s’agit d’un voyage dans le temps qui rend le passé intelligible.

Comparer les deux affiches donne à comprendre tout le sens du propos :

Libération de Paris. Affiche de l'exposition, 1944.
Libération de Paris. Affiche de l’exposition, 1944.

L’affiche de 1944 est un photomontage d’après une photographie de Renée Zuber et ouvre le 11 novembre de la même année l’exposition « Libération de Paris » conçue par François Boucher. Cette affiche en noir et blanc colorée en sépia, met en scène au premier plan un homme seul, un pistolet dans la main droite, la main gauche reposant sur l’un des sacs formant une barricade. En arrière plan on distingue Notre Dame. Cette affiche nourrit un Paris mythifié, et cette image résonne :

Delacroix. La Liberté guidant le peuple.
Delacroix. La Liberté guidant le peuple.
Mort de Baudin. Défenseur de la Loi, le député Baudin meurt pour la République.
Mort de Baudin. Défenseur de la Loi, le député Baudin meurt pour la République.

L’affiche de 2014 est d’une toute autre nature, l’homme seul et grave a laissé place quatre jeunes femmes en liesse, heureuses, l’une d’entre elles passe son bras autour du cou d’un soldat souriant, on comprend alors que chaque commémoration est l’occasion d’une réécriture de l’Histoire.

11 juin 2014 - 08 février 2015. Paris libéré, photographié, exposé. Affiche de l’exposition.
11 juin 2014 – 08 février 2015. Paris libéré, photographié, exposé. Affiche de l’exposition.

C’est une Libération glorieuse et héroïque qu’il importe de valoriser en  1944 ; cette perspective épique transparaît dans la première exposition sur la libération de Paris qui se tient au musée Carnavalet peu de temps après l’événement. 70 ans plus tard, le musée Carnavalet propose de revisiter cette exposition conçue « à chaud » avant même la fin de la guerre.

L’exposition Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé permet de s’interroger sur la restitution de la mémoire ; elle rappelle que la narration des événements peut être réactualisée en permanence.

De nombreuses citations d’historien-ne-s (parmi lesquelles Alerte Farge ou Mona Ozouf) et de philosophes ponctuent le parcours ainsi qu’un entretien avec Axel Khan mené par Catherine Tambrun qui aide à se questionner. Une des questions posées contribue à nourrir cette conscience de l’Histoire : à quoi s’expose t-on quand on visite une exposition ? Pour comprendre comment la photographie aussi fabrique l’histoire, rendez-vous au musée Carnavalet.

Paris 19 août 2014.

Je ne vous chanterai pas la sérénade du « j’aime Paris au mois d’août », mais c’est vrai j’aime le climat aoûtien de la capitale, les longues promenades, l’observation des touristes un peu perdus que je n’hésite pas à renseigner, histoire de ne pas alimenter la réputation de « sales cons » que nous avons trop souvent … J’aime moins que la bouchère, le primeur, la boulangère, le poissonnier prennent un repos bien mérité : les vacances pour moi, pas pour les autres bien sûr. Respirer l’air de Paris (pas pollué) par un vent doux (pas de canicule) et sous un ciel changeant (comme en Bretagne) rend la vie légère.

Je voulais voir le Panthéon emballé mais pas par Christo le temps d’une restauration historique.

Le monument est toujours aussi impressionnant :

Panthéon 19 aout 2014
Panthéon 19 aout 2014

Les portraits sur la bâche, les structures apparentes des travaux, les touristes, les culs des deux-roues, l’abri bus, une grosse statue devant laquelle on se photographie en espérant ou redoutant que le généreux monsieur vous pisse dessus (véridique!!), tout cela m’invite vers ce lieu  un peu solennel mais qui vit par le mouvement qu’il organise dans un premier cercle.

Panthéon Paris 19 aout 2014
Panthéon Paris 19 août 2014

Une plaque des victimes du devoir attire mon attention  quand la ville veut commémorer « Sa » libération d’août 1944 :

Plaque victime du devoir Alexandre Massiani
Plaque victime du devoir Alexandre Massiani

Poursuivant une promenade diachronique, je me renseigne sur Alexandre Massiani, gardien de la paix  et je cherche son visage :

Alexandre Massiani, Source : La Libération de Paris
Alexandre Massiani, Source : La Libération de Paris

Il a été abattu le 19 août, vers 13h30, Place du Panthéon, alors qu’il surveillait les mouvements de la garnison allemande du Sénat. Transporté à la Maison de Santé des Gardiens de la paix, il meurt  le 21.

Poursuivant ma promenade, j’entre dans le jardin du Luxembourg, la lumière du jour rend hommage au parc.
Paris, jardin du Luxembourg, 19 août 2014.

Dans ce jardin, une exposition commémore « La » libération de Paris, elle met en scène le courage du peuple de Paris, capitale outragée, capitale libérée par elle-même : le sénat libéré, dans ce lieu la République reprend ses droits.

Paris 19 aout 2014. Le sénat libéré. Exposition
Paris 19 aout 2014. Le sénat libéré. Exposition

L’exposition met en scène une libération glorieuse, une libération sui generis : Paris aux forceps se libère de la « barbarie nazie » :

Paris 19 août 2014. Le sénat libéré.2
Paris 19 août 2014. Le sénat libéré.

En ce mois d’août, je me promène à Paris et trotte dans ma caboche des formules probablement toutes faites : les commémorations sont politiques, les expositions emblématiques. Je ne pense pas que la qualité se cache aux yeux du plus grand nombre dans quelques lieux élus par des initiés autoproclamés, je veux croire que tout le monde peut (doit)avoir accès au meilleur.
Cette promenade du jour qui est l’objet de ce billet, me permet de coucher en lettres numériques ces quelques Pensées pour moi même :

– dire tout le bien de l’intelligente et enthousiasmante exposition au musée Carnavalet sur Paris libéré,  Paris photographié, Paris exposé. ALLEZ-Y!!

– dire tout le rien (l’ennui de carte postale) que j’ai éprouvé pour une exposition à succès dans un musée que j’aime arpenter : Paris 1900.