Toi tu votes! Toi tu votes pas!

Avant d’exercer demain mon droit de vote dans une démocratie où l’abstention ne s’abstient pas je me suis rappelée que ma grand-mère était née à une époque où elle et ses semblables n’avaient pas le droit de vote. La première fois que je suis entrée dans un isoloir c’était avec elle et j’avais 6 ans, ma grand-mère m’a dit : « un jour tu feras pareil ». Il fallait attendre 12 ans, deux fois ma vie, une éternité. Depuis je n’ai jamais manqué à mon droit.
Mais effectuons un petit retour en arrière pour nous rappeler qu’il n’existe aucun droit naturel, que l’obtention des droits est longue et souvent douloureuse : rien n’est jamais acquis aux femmes …. et aux hommes.
La question est donc de comprendre comment l’exclusion des femmes de la vie citoyenne a-t-elle été justifiée entre 1848, date de l’obtention du suffrage universel masculin et le décret du 21 avril 1944 instituant véritablement le droit de vote universel.
Voici quelques extraits qui expliquent les raisons pour lesquelles le législateur ne peut ou ne doit accorder le droit de vote à toutes les heureuses propriétaires d’un utérus.
« On a […] parfaitement raison d’exclure de la vie politique les femmes et les personnes qui, par leur peu de maturité d’esprit, ne peuvent prendre une part intelligente à la conduite des affaires publiques. »
Extrait de la thèse d’Émile Morlot (1884) : « De la capacité électorale ».
« Nous sommes disposés à accorder aux femmes tout ce que leur sexe a le droit de demander, mais en dehors de la politique (…). Donner le droit de vote aux femmes, c’est l’aventure, le saut dans l’inconnu, et nous avons le devoir de ne pas nous précipiter dans cette aventure […] Ayons le courage de rester nous-mêmes.
Armand Calmel. Sénat, séance du 5 juillet 1932, p. 1104-1105.
« II est établi qu’en temps normal les femmes sont déjà plus nombreuses que les hommes. Que sera-ce à un moment où les prisonniers et les déportés ne seront pas encore rentrés. Quels que soient les mérites des femmes, est-il bien indiqué de remplacer le suffrage masculin par le suffrage féminin ? ».
Paul Giacobbi. Assemblée consultative d’Alger, mars 1944.

Le refus du suffrage féminin repose sur un double argumentaire très ancien et qui se contredit :
Le premier argument consiste à affirmer que les femmes sont au – dessus des luttes politiques, si elles y plongeaient elles compromettraient leur dignité fondamentale d’épouses et de gardiennes du foyer familial.
Un argument de nature qui se place ici dans la droite ligne des arguments défendus par Jean-Pierre-André Amar, député de l’Isère à la Convention nationale qui se demande en 1793
Quel est le caractère propre à la femme ? Les mœurs et la nature même lui ont assigné ses fonctions : commencer l’éducation des hommes, préparer l’esprit et le cœur des enfants aux vertus publiques, les diriger de bonne heure vers le bien, élever leur âme et les instruire dans le culte politique de la liberté. Telles sont leurs fonctions, après les soins du ménage ; la femme est naturellement destinée à faire aimer la vertu. Quand elles auront rempli tous ces devoirs, elles auront bien mérité de la patrie.  (pour en savoir plus )
Les femmes sont ainsi cantonnées à un rôle « d’institutrice républicaine »

Institutrice républicaine
Institutrice républicaine

Le deuxième argument pose de fait que les femmes, différentes, immatures, influençables, inférieures, ne peuvent prendre une part intelligente et autonome à la vie publique. C’est un argument de culture qui vise par l’exclusion des femmes à protéger la bonne santé de la vie politique d’une cité. Ainsi, les femmes qui s’engagent dans la vie publique ou assistent à des débats politiques deviennent soient des enragées soient des femmes dénaturées : comprenez qu’elles se masculinisent et mettent gravement en danger les fondations de l’organisation politique et sociale.
Deux exemples datant de la période révolutionnaire permettent d’éclairer le propos. Commençons par celui des Tricoteuses :

Tricoteuses Jacobines
Tricoteuses Jacobines

On désigne sous ce surnom les femmes du peuple qui, sous la Terreur, assistaient aux exécutions capitales, mais aussi aux délibérations de l’Assemblée ou aux réunions patriotiques, sans lâcher leur tricot, destiné souvent aux soldats des armées révolutionnaires. Ces « lécheuses de guillotine » sont un des poncifs de la Terreur et une des images les plus négatives des femmes révolutionnaires. Ici, elles sont présentées comme la « claque » des révolutionnaires les plus acharnés, sous des traits durs et peu amènes. (Analyse de l’image l’histoire par l’image ).

Puis ces femmes dans un club patriotique :

Club des femmes patriotes dans une église
Club des femmes patriotes dans une église

Elles hurlent les seins à l’air, ont des physiques d’hommes mais sans l’intelligence de ces derniers : elles sont soumises aux passions et dénuées de raison parce qu’elles sont immatures et influençables.

Le fils de Paul Giaccobi évoqué plus haut se prénomme François, il est commissaire au ravitaillement et à la production et l’un des signataires du décret du 21 avril 1944. Aucune signature féminine en bas de ce décret qui stipule dans son article premier que le peuple français décidera souverainement de ses futures institutions. À cet effet, une Assemblée nationale constituante sera convoquée dès que les circonstances permettront de procéder à des élections régulières, au plus tard dans le délai d’un an après la libération complète du territoire. Elle sera élue au scrutin secret à un seul degré par tous les Français et Françaises majeurs, sous la réserve des incapacités prévues par les lois en vigueur.

La veille d’un jour de vote, j’aime à me rappeler le préambule et l’article 1er de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne écrite par Olympe de Gouges :

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la Nation, demandent à être constituées en Assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaltérables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration constamment présente à tous les membres du corps social leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes et ceux du pouvoir des hommes, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes mœurs et au bonheur de tous. En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage dans les souffrances maternelles reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de la femme et de la citoyenne :

Article 1 La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Olympe de Gouges
Olympe de Gouges

AUX URNES , CITOYENNES !!

CONNAISSANCE-DE-CAUSES 

Un travail remarquable d’analyse des discours politiques au prisme du genre.

A lire sans modération et à diffuser

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La femme est un tueur comme les autres ? Partie II.

Cette série de post consacrée à la place occupée par les femmes dans les entreprises génocidaires a été ouverte par la lecture du livre de Wendy Lower (Les Furies de Hitler). Je vous propose aujourd’hui pour mieux comprendre les mécaniques à l’œuvre dans le meurtre de masse de déplacer notre regard vers l’Afrique, le Rwanda en 1994.
Je fais partie de cette génération qui a assisté au génocide des Tutsi à la télévision, nous avons regardé ces images et avons compris qu’il s’agissait d’un massacre africain, et c’est tout ! Les journaux présentaient les « évènements rwandais » comme une guerre entre Noirs, une guerre tribale forcément. Il n’en était rien. Dans un premier temps, ce sont les livres de Jean Hatzfeld (Dans le nu de la vie. Une saison de machettes.) qui m’on fait prendre conscience que ce massacre était un génocide. Ce terme est défini juridiquement par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, en date du 9 décembre 1948, dans son article 2: le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :1) Meurtre de membres du groupe. 2) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe. 3) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle. 4) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe. 5) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.
Dans un second temps, l’essai de l’historienne Hélène Dumas, Le génocide au village, le massacre des Tutsis au Rwanda, paru aux éditions du Seuil en 2014 permet une plongée saisissante dans le massacre et une compréhension de celui-ci :

Les voisins se sont entretués : quelle est la place des femmes ? Instigatrices ? Spectatrices ? Etrangères ? Victimes ? Bourreaux ? Innocentes ? Coupables ? Le documentaire  A mots couverts tentent d’y apporter une réponse.

A mots couverts. Violaine Baraduc et Alexandre Westphal
A mots couverts. Violaine Baraduc et Alexandre Westphal

Des « femmes ordinaires » (comme les « hommes ordinaires » de C. Browning) sont dans les rangs des tueurs. Le documentaire de Violaine Baraduc et Alexandre Westphal interroge en particulier la participation des femmes condamnées pour leur participation au Génocide.
Dans l’enceinte de la prison centrale de Kigali, huit femmes incarcérées témoignent. Vingt ans après le génocide perpétré contre les Tutsi rwandais, Immaculée et ses codétenues racontent leur participation aux violences, retracent leur itinéraire meurtrier et se confient. À l’extérieur, le fils qu’Immaculée a eu avec un Tutsi occupe une place impossible entre bourreaux et victimes. Par des échanges de messages filmés, le jeune adulte et la détenue se jaugent, se redécouvrent. Les images du Rwanda d’aujourd’hui sont investies par les souvenirs des personnages. À travers eux s’écrit l’histoire du génocide, au cours duquel des « femmes ordinaires » ont rejoint les rangs des tueurs.(source )

Des femmes ordinaires
Des femmes ordinaires

Mémoires vives a reçu les deux réalisateurs qui s’interrogent sur l’implication des femmes dans le génocide des Tutsi : femmes et génocide.

C’est un entretien passionnant.

Prison de Kigali
Prison de Kigali

La femme est un tueur comme les autres ? Partie I.

La couverture de Neues Volk. Le portrait de la maternité. Allemagne, avril 1936.
La couverture de Neues Volk. Le portrait de la maternité. Allemagne, avril 1936.

De prime abord vous pourriez m’opposer que réifier la moitié de l’humanité en une seule figure fait du titre de ce billet une gageure, mais tant pis : c’est écrit, c’est ainsi! Vous pourriez également me dire que les noms Liselotte Meier, Johanna Altvater, Ilse Struwe, Erna Kürbs Petri,Vera Stähli, Gertrude Segel Landau ne vous évoquent rien et vous auriez bien raison. Cette ignorance collective, que nous partageons donc tous, en dit long sur nos sociétés qui ne veulent pas voir le criminel quand il s’agit d’une criminelle, sauf dans les cas d’infanticide. Ces noms et prénoms sont ceux de femmes allemandes qui ont participé de manière directe ou indirecte à la destruction des Juifs d’Europe. Cette cécité (ne pas voir la criminelle) trouve aussi son origine dans les mythes allemands de la femme innocente et du martyr féminin [qui] apparurent au moment de l’effondrement du Reich et de la victoire des Alliées (Wendy Lower, p 213). C’est le travail d’historiennes(ns) qui nous permet d’ôter le voile et de comprendre comment des femmes allemandes de tous âges, de toutes origines sociales ont participé activement (il faudra revenir sur cet adverbe plus tard) à l’entreprise génocidaire nazie dans les territoires occupés de Pologne. Ces noms et prénoms féminins sont l’écho de l’effroi que leur parcours criminel peut inspirer.
Comment des milliers de femmes ont participé à la Shoah? Que sont-elles devenues après la guerre ? C’est à ces questions que l’historienne Wendy Lower tente de répondre dans un essai saisissant paru chez Taillandier sous le titre (désolant qui sent la traduction littérale à plein nez) : Les Furies de Hitler.

Bund Deutscher Mäde. Ligues des jeunes filles allemandes
Bund Deutscher Mäde. Ligues des jeunes filles allemandes. Droits: http://www.europeana.eu/rights/rr-p/

Avant d’entrer plus avant dans cet essai, on pourrait se demander quelle place le féminin (comme genre), les femmes (comme catégorie) occupaient dans la propagande et le projet social du IIIème Reich? Dans un ouvrage, paru en 1998 aux éditions du Seuil, consacré à La société allemande sous le IIIè Reich, l’historien Pierre Ayçoberry consacrait quelques pages « à la conquête des femmes et de la jeunesse ». Que pouvons-nous en retenir ?
1/ Les femmes abdiquent toute vocation professionnelle et réservent leurs efforts à la sphère familiales. Elles sont à ce titre été écartées des places qu’elles occupaient dans l’élite de la fonction publique et des professions libérales. Pour éviter l’inscription des femmes dans l’enseignement supérieur, l’équivalent du ministère de l’Education nationale supprime pour les jeunes femmes, le latin pendant les cinq premières années du gymnase et les sciences pendants les trois dernières années. Cela est remplacé par l’enseignement ménager et les langues vivantes. Un barrage supplémentaire est dressé à l’entrée à l’université par la mise en place d’un numerus clausus : 10%. Celui-ci n’a pas été efficace en permanence. En revanche, les femmes ont été totalement exclues de l’appareil judiciaire.
2/ L’encadrement idéologique des femmes est de la responsabilité de deux organisations. La Frauenschaft (Organisation nationale-socialiste des femmes), créée en 1932 et se consacre à l’enseignement ménager. Après 1933, l’organisation met en place des stages de doctrine.
La Frauenwerk (l’œuvre féminine allemande) qui dispense des cours d’économie domestique. Au-delà de ces deux organisations au succès relatif, la grande majorité des militantes convaincues sont issues de la « Ligue des jeunes filles allemandes » (la Bund Deutscher Mädel).
La présidente de la Frauenschaft est Gertrud Scholtz-Klink , si elle peut incarner une certaine ascension politique féminine, sa mission principale à la tête de la Ligues des femmes nationales – socialistes est de faire la promotion de la ménagère. Elle déclare ainsi en 1934 que la mission de la femme est d’être ministre de son foyer et sa profession de répondre aux besoins de l’homme, du premier moment de sa vie jusqu’au dernier de son existence. Elle accède à une notoriété en dehors des frontières du Reich et fait l’objet de nombreux articles dans la presse étrangère. La presse française relaie les actions de Gertrud Scholtz-Klink, elle est qualifiée de Führerin par Paris Soir. Le quotidien français  lui consacre une pleine page dans son édition du samedi 03 septembre 1938. La lecture de l’article est passionnante :

Certaines femmes ont occupé des postes à responsabilité dans l’appareil d’encadrement de la société allemande, ont connu la gloire cinématographique comme Léni Riefenstahl ; mais celles qui nous intéressent ici sont le groupe formé par 30 000 femmes que la police et la SS nomment comme auxiliaires dans les bureaux de la gendarmerie, les quartiers généraux de la Gestapo et les prisons. Wendy Lower avance l’idée que pour ces 30 000 femmes aucune mise à distance psychologique n’était envisageable, et la probabilité d’une participation directe au meurtre de masse très élevée (page 23). Au-delà de ce groupe, le Reich déploie 500 000 Allemandes dans les territoires de l’Est et du Sud-Est, immense espace qui inclut les provinces polonaises annexées en 1939.

Arthur Grimm. Célébration de l'Anschluss par la ligue des jeunes filles allemandes. 16 mars 1938
Arthur Grimm. Célébration de l’Anschluss par la ligue des jeunes filles allemandes. 16 mars 1938. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

L’introduction de l’essai est fort éclairant car nous comprenons que, si peu de femmes ont été condamnées à des peines de prison ou à la peine capitale c’est qu’a perduré jusqu’à aujourd’hui une image compatissante de la femme. L’éclairage porté sur les gardiennes de camp comme Irma Grese ou Ilse Koch ont certainement empêché un débat plus nuancé sur la contribution des femmes au régime nazi et sur leur culpabilité en général (p 28). De plus, après la guerre, la femme allemande apparaît comme l’héroïne à qui il revient de lessiver le passé honteux de l’Allemagne. Il faut aussi comprendre que l’apolitisme des femmes fait partie des mythes de l’après guerre, Wendy Lower l’écrit en une phrase saisissante : Aussi longtemps que ces Allemandes seront confinées dans une sphère à part ou que leur influence politique sera minorée, la moitié de la population génocidaire sera […] innocentée des crimes de l’Etat moderne et exclue de l’histoire elle-même.

Les étudiantes du BDM s'exercent au tir avec des armes légères. Anonyme. 1936
Les étudiantes du BDM s’exercent au tir avec des armes légères. Anonyme. 1936. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

Comment appréhender le rôle des femmes dans la « Solution finale au problème juif »? Quelle place occupent-elles dans l’entreprise génocidaire ? Au lieu de classer les individus par catégories, il faut se demander qui fait quoi dans le système mis en place pour la destruction des Juifs d’Europe. Voici un exemple qui permet de comprendre cette complexité : une inspectrice en chef de l’Office centrale de sécurité du Reich décide du sort de milliers d’enfants, dans son travail elle est assistée d’environ 200 femmes; ces agents de terrain sont chargées de rassembler les preuves de la « dégénérescence raciale ». A cette fin, elles élaborent un système codé à base de couleurs pour organiser l’incarcération de plus de 2 000 enfants (juifs, tsiganes, « délinquants ») dans des camps d’internement spéciaux. Ces femmes remplissent un savoir-faire administratif jugé féminin et participent par là même à l’entreprise criminelle.
Les sources sont nombreuses mais ne sont pas forcément faciles d’accès. Wendy Lower a travaillé à partir des archives de guerre allemandes, des enquêtes menées par les Soviétiques sur les crimes de guerre nazis, les dossiers de la police secrète est-allemande, les archives S. Wiesenthal. Elle a enquêté à partir des minutes des procès et des enquêtes menées par les Autrichiens et les Allemands de l’Ouest, et enfin sur les « ego-documents » (la manière dont le sujet forge une image de lui(elle)-même à travers ses dépositions). Tous ces documents remontent à l’après-guerre. L’historienne analyse les significations différentes entre un entretien accordé à un journaliste et une déposition faite devant un juge.
La plupart des études qui portent sur le génocide des Juifs d’Europe admettent que le meurtre de masse n’aurait pu s’opérer dans une large participation de la société. Pourtant, la plupart de ces études laisse de côté la moitié de la population, comme si l’histoire des femmes se déroulait dans une sorte d’ailleurs. C’est une approche illogique et une omission inexplicable. Les destins dramatiques de ces femmes révèlent le côté le plus sombre de l’engagement féminin. (p 33). Ces femmes à travers leur métier, leur fonction, leur engagement sont mobilisées en vue de la guerre et consentent au génocide.

à suivre …

Pourquoi j’irai à la manif pour toutes de Deauville

Pourquoi j’irai à la manif pour toutes de Deauville.

Women’s Forum Global Meeting 2012 avec les deux prix Nobel de la paix, Leymah Gbowee et Shirin Ebadi

C’est en parcourant cet article au titre doucement provocateur que j’ai lu cette lumineuse définition du terme STEREOTYPES, ceux-ci sont définis  par Brigittte Gresy comme des  légitimeurs d’inégalités, qui figent femmes et hommes dans la cire des préjugés et nous paralysent dans des injonctions inexorables. Qui dit mieux?

photos : de nombreux liens brisés.

Un billet très rapide pour vous informer que de nombreux liens sont brisés sur de nombreux articles. Au delà du fait que les arcanes d’un blog à ses débuts peuvent totalement échapper à une auteure novice, le site RMN qui est une véritable mine a été entièrement refondu : entre les permaliens et les liens profonds de nombreuses images ont disparu, il faudra un peu de temps pour aller tout relire et tout récupérer dans cette biblogotheque. Je vous remercie par avance de votre indulgence et sans avance de votre fidélité.

Une poule un peu huppée,

Gallina domestica cirrata / Poule commune huppée Robert Nicolas (1614-1685)
Gallina domestica cirrata / Poule commune huppée Robert Nicolas (1614-1685)

TERRIENNES : Petite histoire de la condition féminine en 68 conquêtes – TV5MONDE

Je suis pas particulièrement fan des journées mondiales de ……. (et vous y mettez ce que vous voulez). Au delà de cette prise de position singulièrement audacieuse  (hum!) cette infographie est intéressante sur la condition féminine sans toutefois se hasarder à proposer  une  définition de ce concept et en employant (encore) le champ lexical de la guerre.

J’arrête mon caquètement, l’infographie est très bien faire :

TERRIENNES : Petite histoire de la condition féminine en 68 conquêtes – TV5MONDE.

1914 -1918. DEUIL, FILIATION ET MÉMOIRE.

British trenches at Roclincourt. Highland Cemetery now sits on the position of the German front line. Source

British trenches at Roclincourt. Highland Cemetery now sits on the position of the German front line. Source.

Je vais prendre quelques instants pour revenir sur le livre de Stéphane Audoin-Rouzeau Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014). Le but ici n’est pas de faire un compte-rendu sur la dernière parution de cet historien, d’autres le font avec beaucoup plus de talent,  mais d’essayer de comprendre la notion de « deuil de guerre » et la manière dont une famille, des proches, des intimes, des amis vivent la perte d’un soldat mort au cours de la première guerre mondiale, de cette notion en découle une autre « les cercles de deuil ».

Dammann Paul Marcel (1885-1939). Etude pour le monument aux morts de Claye-Souilly.
Dammann Paul Marcel (1885-1939). Etude pour le monument aux morts de Claye-Souilly.

Dans son denier ouvrage Stéphane Audoin-Rouzeau donne avec précaution (peut-être trop) la parole à trois hommes de sa famille qui ont connu, fait, subi la Grande Guerre : ses deux grands-pères (Max, Robert Audoin) et l’un des grands-pères de son épouse (Pierre Bazin). C’est assez curieux de rendre compte de cette lecture, car je ne peux éloigner cette impression d’intrusion, le terme est peut-être un peu fort, mais ce court texte nous place dans l’intimité d’une famille, et surtout  il met à jour  les rapports complexes et les non-dits entre les générations.

Entre les chapitres consacrés à ces anciens combattants, l’auteur tente de comprendre le rapport complexe, conflictuel et tu d’un fils (Philippe Audoin) à son père qui a fait la guerre qui n’en parle pas, si ce n’est pour évoquer ce que l’on attend d’un soldat mobilisé en 1914, quelques anecdotes en guise de péroraison d’un déjeuner familial. Et surtout c’est le fils du soldat qui ne parlera au sien de la guerre du grand-père. La question est alors de savoir comment se transmet cette mémoire (taiseuse) et quels sont les cheminements d’une histoire familiale où la Grande guerre semble avoir laissé une empreinte d’autant plus profonde que longtemps elle fut empêchée. Au fil des chapitres, les béances ouvertes et jamais refermées engendrées par ce conflit emprisonnent toute l’existence de ceux qui l’ont fait, de ceux qui l’ont subi et de tous qui, comme bloqués au moment de l’impact, ne s’en sortent pas de cette réalité.

La guerre de Max est retracée par les archives familiales et notamment les lettres que le soldat écrivit à sa fiancée Denise, elles dessinent le portrait d’un jeune homme de 23 ans et « sur tous les sujets Max est banal » (p 19) pour qui les Allemands ne sont qu’un ramassis de brutes et de barbares, ces « Boches » !

1914 l'Entrée. Carte illustrée. source BDIC
1914 l’Entrée. Carte illustrée. source BDIC

Cette haine ne le quittera pas pour « ces brutes qui menaçaient le monde », son combat est celui de la civilisation contre la barbarie et « pour la conservation entière de notre race, de nos idées, de notre culture » (p 23).

Carte photographique. Anonyme. le titre de la carte donne l'origine de l'information (les journaux). © BDIC.
Carte photographique. Anonyme. le titre de la carte donne l’origine de l’information (les journaux). © BDIC.

Stéphane Audoin-Rouzeau consacre ensuite plusieurs chapitres à la guerre et surtout à l’après guerre de son grand-père paternel : Robert Audoin né le 15 juillet 1896 qui, le 03 novembre 1917 reçoit la croix de guerre. Le 25 aout 1916 Robert fait sa rencontre avec le front que son arrière petit-fils retranscrit dans son intégralité (à lire absolument) mais dont je ne vous livre que ces phrases : « Il est 11 heures du soir. De nombreuses fusées multicolores illuminent l’horizon tout autour de nous et c’est là que je me rends compte pour la première fois de ce que c’est que le front », comme E. Jünger il subit les Orages d’acieret comme tant d’autres il en sortira traumatisé mais le « corps intact » (p49), en janvier 1920, un certificat de visité médicale précise que Robert Audoin était « sorti de la guerre sans blessures ni maladies » (p 99), c’est un homme sain, robuste et bien constitué (p99).

 La parole entre Philippe, dont l’enfance est celle des « monuments aux morts encore tout neuf » qui, adulte s’est réfugié dans le surréalisme, et son père ne sera jamais tenue. Si le père a parlé de sa guerre cela eut lieu au moment de l’enfance et de l’adolescence « et puis ce savoir guerrier transmis par Robert fut jeté par son fils à la rivière, et la guerre de Robert avec elle ». Philippe assistera au « lent écroulement de son père ». Les échecs professionnels qui se succèdent, un divorce, la séparation avec son fils et enfin le second départ à la guerre le 23 aout 1939, la captivité jusqu’en juin 1941. Pendant et après la guerre, Robert ne parvient pas à prendre un nouveau départ, « il rend ses dernières armes » (p 112) à 52 ans : il demande à son père de l’héberger lui et  sa nouvelle épouse, celui-ci accepte non sans humilier son fils qu’il méprise de tant d’échecs et de médiocrité. Le fils de Robert décrit son grand père comme un homme envahit pat par la cupidité, la méchanceté et l’orgueil à un point tel qu’aucun sentiment humain un peu sincère ne se manifestait plus en lui – sauf par pure simulation (p 117) L’auteur décrit le mur de haine qui s’installe entre le fils et le père dans la maison qu’ils occupent à la Croix-Sainte-Marthe en Seine-et-Marne et quand Robert meurt le 27 février 1957 seul Philippe marche derrière le cercueil qui mène le corps de son père vers la fosse commune. Stéphane Audoin-Rouzeau analyse l’itinéraire de son grand-père et de son père, voici ce qu’il écrit : « Seul un long travail sur le premier conflit mondial, sur les traumatisme des combattants, sur la lenteur et les faux-semblants de la sortie de la guerre, m’a permis de comprendre que Robert ne s’était sans doute jamais remis de la Grande Guerre. Après la terrible rencontre, tout semble indiquer que le jeune artilleur de 20 ans n’avait jamais pu reprendre pied » (p 118)

Georges Leroux, L'Enfer, 1917-18, huile sur toile, 114,3 x 161,3 cm, Imperial War Museum, Londres.
Georges Leroux, L’Enfer, 1917-18, huile sur toile, 114,3 x 161,3 cm, Imperial War Museum, Londres.

En 2001 parait toujours du même historien, Stéphanue Audoin-Rouzeau, Cinq deuils de guerre, cet ouvrage vient d’être réédité en septembre 2013 dans la collection Texto chez Tallandier. La première phrase de l’introduction présente le projet de l’historien : saisir au plus près, saisir au cœur la douleur laissée par la grande vague de 1914-1918, une fois celle-ci retirée comprendre comment cette guerre a chargé les vivants chargés du poids des morts. L’auteur nous invite à suivre et éprouver la béance ouverte par la mort d’un frère, d’un époux, d’un fils, d’un fiancé et de comprendre comment les survivants, surtout des survivantes doivent affronter la perte de l’être aimé. Chaque itinéraire est personnel, profondément intime et prend des formes différentes : écrire une biographie (avec quelques accents hagiographiques) ; promouvoir inlassablement l’œuvre littéraire ou poétique du disparu ; chercher quels qu’en soient les dangers ou les conséquences le corps d’un fils mort sur le champ de bataille et enterré dans un cimetière militaire proche du front ; consacrer un partie des revenus familiaux à la construction d’un monument en hommage au fils tombé à Bouchavesnes, s’engager dans un combat politique pour réhabiliter la mémoire d’un fusillé pour l’exemple. Cinq deuils et cinq parcours dont l’auteur a déjà présenté des versions abrégées : notamment Corps perdus, corps retrouvés. Trois exemples de deuils de guerre. In: Annales. Histoire, Sciences Sociales, 55e année, N. 1, 2000. pp. 47-71, consultable en ligne et que vous lire sur ce blog avec quelques illustrations en prime . Je prends le parti de picorer sans méthode et de manière un peu désordonnée dans la mesure où ce blog ne s’inscrit dans pas le cadre académique et respectable d’une quelconque recherche universitaire.

Le premier deuil est celui porté par Véra Brittain fiancée à Roland Leighton qui s’était porté volontaire et meurt à 20 ans le 23 décembre 1915. Ces jeunes gens appartiennent à l’élite britannique. Pour retracer le cheminement de son deuil, l’historien analyse son journal et également celui de la mère de Roland, cet écrit diariste achevé au début du mois d’avril 1916 est publié anonymement en mai de la même année. Le mort qui pouvait sembler désincarné (sans jeu de mot) s’impose aux vivants : ce n’est pas le corps qui est là mais les habits de Roland Leighton reçu dans le paquetage retourné à ses parents.

Robert Leighton
Robert Leighton. Source.

Le choc infligé par ce cadavre symbolique est tel que la mère de Robert en exige la destruction, en cachette de son épouse, Roland Leighton enterre l’uniforme de son fils dans le jardin familial « après que le sol eu été dégelé avec de l’eau bouillante » (p 29). Vera Brittain perd en quelques mois son fiancé enterré à Louvencourt, son frère Edward le 15 juin 1918 enterré à Granezza.

Pierre tombale de Robert Leighton au cimetière de Louvencourt.
Pierre tombale de Robert Leighton au cimetière de Louvencourt. Source.

En l’espace de deux ans et demi, la totalité de son entourage masculin a disparu. Vera qui a été infirmière pendant la guerre, entame une fois la paix revenue une longue descente aux enfers : le début des années 1920 est marqué par de nombreuses hallucinations. Puis comme tant d’autres elle part rapidement pour un « pèlerinage des tombes » avant de publier à la fin des années 1920 son Testament de jeunesse.

Vera Brittain, Testament of youth
Vera Brittain, Testament of youth

Dans le deuxième chapitre de ce livre, Stéphane Audoin-Rouzeau porte son analyse sur le deuil porté par la sœur d’Emile Clermont mort le 15 mars 1916 en Champagne, il a alors 35 ans et jouit d’une certaine notoriété dans le milieu littéraire parisien, notamment avec Amours promis . Les trois autres itinéraires de deuil sont ceux des proches de Maurice Gallé, Théophile Maupas et Primice Mendès.

La lecture de ce livre est passionnante et pourtant il « manque un quelque chose » : suivre le cheminement de cinq parcours est fort intéressant mais j’aurais voulu que l’auteur explique pourquoi ces cinq là ? Est-ce un effet de sources ? Est-ce un choix permettant de répondre à sa problématique et en ce sens ces cinq deuils seraient emblématiques non pas de la mort de masse mais de la reconstruction réussie ou pas des survivants. Quels liens un lecteur peut-il tisser entre ces cinq itinéraires post mortem ? Comme je cultive la paresse j’ai besoin que l’auteur me le dise ou au moins me mette sur la voie …

En revanche je vous laisse à la lecture stimulante d’un autre deuil de guerre, celui André Durkheim à à consulter sur l’excellent blog Enklask.

 

 

Un soldat de l’Armée Rouge viole une Polonaise

Voici l’objet de la colère de Moscou :

Un soldat soviétique violant une femme enceinte.
Un soldat soviétique violant une femme enceinte.

Je vous laisse lire l’article du blog big brower duquel ce billet est inspiré. Je me permets ce copié-collé :

Moscou a vivement réagi par l’intermédiaire de son ambassadeur à Varsovie, Alexandre Alekseev. Sur Facebook, il a expliqué être « profondément choqué par cette incartade de l’étudiant des Beaux-Arts de Gdansk, qui a insulté avec son pseudo-art la mémoire de plus de 600 000 soldats soviétiques, morts pour la liberté et l’indépendance de la Pologne ». Il a également jugé la sculpture « vulgaire » et « ouvertement blasphématoire » et a fait savoir qu’il espérait « une réaction appropriée » des autorités polonaises.

Le parquet de Gdansk doit désormais statuer sur d’éventuelles poursuites pour incitation à la haine raciale ou nationale contre l’étudiant. Lequel a défendu son œuvre, expliquant qu’il s’agissait d’un « message de paix », qui avait pour seul but de « montrer la tragédie des femmes et les horreurs de la guerre ».

Voilà qui est intéressant et suscite forcément plusieurs questions- réflexions (pas forcément de bon aloi)  :  C’est quoi le problème? Violer une femme? Ou violer une femme enceinte? Préciser que La Femme porte l’enfant de l’homme appartenant au groupe ennemi laisse perplexe. En même temps aucune guerre ne se joue sans l’image de La Femme en arrière plan, première réflexion. Pourquoi le Kremlin est si prompt à réagir? Laver l’honneur des héros libérateurs à l’Est entre 1944 et 1945? Construire inlassablement une virginité d’une Russie qui veut (re)devenir la grande Russie quand vont se tenir les J.O. à Sotchi, station balnéaire fréquentée par une kleptocratie en mal (mâle) de reconnaissance? Dans cette histoire, un petit étudiant des Beaux Arts de Gdansk n’a pas voix au chapitre, deuxième réflexion. le viol est-il inhérent à la guerre? Cette dernière question invite forcément à prendre un peu de recul, troisième réflexion qui m’invite à vous livrer deux lectures récentes. Dans son dernier ouvrage, La Fin, Ian Kershaw consacre un chapitre, à ce qu’il nomme une calamité à l’est, voilà ce qu’il écrit  en substance : la soif de vengeance était inextinguible …  phénomène de masse et acte de vengeance qui passait par la volonté d’infliger une humiliation maximale à la population masculine vaincue  (intéressant comme réflexion) le viol des femmes, jeunes et vieilles, souvent à plusieurs reprises, fut l’un des premières rencontres (gloups!!!) avec les conquérants avec les conquérants soviétiques … suivant certaines estimations (le mot dit le vide de la recherche en ce domaine pour cette époque et pour cet espace) 1.4 millions de femmes – soit un cinquième de la population féminine – furent violées au cours de ces semaines dans les provinces orientales conquises par l’Armée Rouge. Celles qui réussirent à se cacher ou à échapper à cette bestialité eurent en vérité beaucoup de chance (naïvement j’attends que l’historien s’empare du sujet, mais non, l’allusion au viol massif s’arrête là). Si l’on veut prendre un peu de recul, il faut lire l’historien Christian Ingrao, spécialiste des violences de guerre et à qui l’on doit un magistral essai sur les intellectuels de la SS (Croire et Détruire). dans un court article paru dans le monde hors série, 1914-2014, un siècle de guerre.

un siècle de guerrel’historien explique que la guerre traditionnelle édictait sans forcément la respecter  la norme de l’exclusion des femmes de la violence de la guerre. Au cours du XXème siècle les violences dirigées contre elles ont eu tendance à se généraliser, là je cite un extrait de son article « la violence à son paroxysme » : le viol de guerre, s’il n’est pas inexistant durant les deux conflits mondiaux, loin de là, n’a pas la systématicité qu’il acquiert en Yougoslavie dans les années 1990 ou dans la région des Grands Lacs africains des années 2000.

1914-1918, quelques réflexions de Jay Winter.

La semaine dernière ont eu lieu les rendez-vous de l’histoire à Blois, le thème de cette année était La Guerre. En attendant l’ouverture de nombreuses manifestations l’année prochaine puisqu’en 2014 seront célébrés le centenaire du déclenchement de la Grande Guerre et le soixante-dixième anniversaire du débarquement en Normandie; sont parus de nombreux ouvrages historiques et surtout de nombreux magazines ont fait leur couverture sur la guerre. En feuilletant les dossiers de l’Histoire, j’ai apprécié lire l’interview de l’historien Jay Winter, qui dans un essai d’histoire culturelle nous livrait un travail sur le deuil et la mémoire de la Grande Guerre. Dans l’entretien qu’il accorde au magazine il revient sur quelques idées reçues concernant la « grande saignée », son terrain de recherche est la Grande-Bretagne. Tout d’abord la guerre la plus meurtrière de l’histoire de la Grande-Bretagne n’a pas empêché  une augmentation de l’espérance de vie dans les classes populaires, l’historien avance trois explications (médicales, politiques, sexuées ou « genrées »):

  • Les médecins ont été remplacés par des sages-femmes qui profitent des progrès de l’asepsie, cela a eu un effet positif sur la mortalité infantile.
  • Le contrôle de loyers et le rationnement mis en place par le gouvernement ont paradoxalement amélioré les rations alimentaires dans les classes populaires.
  • Les allocations familiales sont directement versées aux femmes et non plus aux hommes.

Ensuite, les démocraties que sont la France et la Grande-Bretagne ont cherché à protéger le niveau de vie de leur population civile, car c’est un élément essentiel pour le moral des soldats : pourquoi continuer la guerre quand leurs familles manquaient de tout. Jay Winter conclut ainsi : Ce passage par la démographie m’a convaincu que cette amélioration du niveau de vie occupait une place centrale dans l’explication de la victoire des Alliés et de la défaites des Allemands.

Enfin, en ce qui concerne les pertes directes, Jay Winter  a mis à jour une structure sociale de la mort dans les armées britanniques. La Grande-Bretagne, avec l’Empire et les dominions mobilisent 908 400 hommes, la part des morts ou des disparus s’élève à 12%. Il constate que plus on occupe une place élevée dans la hiérarchie sociale, plus le risque de mourir au front est lui aussi élevé. De nombreux hommes des classes populaires, trop chétifs n’ont pas été mobilisés (que ce soit par l’enrôlement ou la conscription), ceux qui sont quand même partis sont souvent restés à l’arrière. Contrairement à la guerre du Vietnam où les plus pauvres, notamment les Noirs ont été les victimes les plus nombreuses, dans l’armée britannique entre 1914 et 1918, le taux de mortalité des officiers a été deux fois plus élevé que celui des hommes de troupe.

La première guerre mondiale a envahi l’espace public villageois en France comme en Angleterre où l’on compte respectivement 38 000 et 33 000 monuments au morts, sans les corps, le nom restera toujours. De nouvelles formes de deuil envahissent les sociétés après l’arrêt des combats et la signatures de traités de paix. Dans le centre Bretagne, un monument est assez remarquable et mériterait une analyse plus poussée :

Monument aux morts de Maël-Carhaix.
Monument aux morts de Maël-Carhaix.

Pour écouter des conférences qui se sont tenues à Blois, cliquez sur le logo :