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d'une poule sur un mur.

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Mythologie

Princesse Leia Organa et Osiris

Quels peuvent bien être les points communs entre un dieu égyptien et l’un des personnages centraux de la saga Star Wars? Quelles sont les parentés entre le panthéon égyptien et Stargate?

Osiris dieu du panthéon égyptien, inventeur de l'agriculture et de la religion.
Osiris dieu du panthéon égyptien, inventeur de l’agriculture et de la religion.
La princesse Leia Organa d'Alderaan, femme politique sensible née en 19 av. BY (la Bataille de Yavin) au Centre Médical de la République sur Polis Massa.
La princesse Leia Organa d’Alderaan, femme politique sensible née en 19 av. BY (la Bataille de Yavin) au Centre Médical de la République sur Polis Massa.

 

Stargate
Stargate

La réponse de l’énigme se trouve en Belgique au musée royal de Mariemont qui vous invite jusqu’au mois de novembre 2016 à  l’exposition :

DE STARGATE ™ AUX COMICS. LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015)
DE STARGATE ™ AUX COMICS. LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015)
DE STARGATE ™ AUX COMICS. LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015)

Cette exposition a été cofinancée grâce à une campagne de corwdfunding qui a permis la location de costumes et des objets originaux provenant du film Stargate et de la série Stargate SG-1, leur transport et leur assurance.

Les dieux égyptiens dans la culture geek.
Les dieux égyptiens dans la culture geek.

L’Egyptomanie concept forgée au XIXème siècle caractérise la fascination pour la culture et l’histoire de l’Egypte antique, née après la campagne de Bonaparte et l’expédition scientifique du Baron Denon s’est perpétuée au XX e siècle dans des décors de salles de cinéma et de jardins zoologiques. Le succès du film Cléopâtre réalisé par Mankiewicz en 1963 témoigne de la persistance de cette fascination pour l’histoire et la culture de l’Egypte. Dans les années 70, l’égyptomanie s’exprime différemment ; le film et la série Stargate avancent l’hypothèse de dieux astronautes.

de stargate aux comics.@P Goffaux
de stargate aux comics.@P Goffaux

L’exposition propose de vrais décors et de vrais costumes du film et de la série empruntés à des collectionneurs privés. On y retrouve par exemple les masques d’Apophis, de Râ ou encore d’Anubis. Des dieux de l’Égypte Antique transformés en personnages de fiction, et dont le rôle fictif correspond souvent au rôle mythique. À côté de Stargate, l’Égypte ancienne a aussi inspiré les auteurs de comics, de bande dessinée et même de jeux vidéos chers à la communauté geek. À côté de superhéros égyptiens comme Isis, les mythiques Batman ou Lara Croft évoluent entre les pyramides aux côté d’Osiris . La culture populaire continue de puiser dans la mythologie égyptienne comme le tout dernier X-Men Apocalypse. Une œuvre fictionnelle qui permet tout de même, comme d’autres, de susciter l’intérêt de millions de téléspectateurs pour l’Égypte ancienne. (Source)

Lara Croft et le temple d'Osiris
Lara Croft et le temple d’Osiris

Sous les crampons, un temple antique.

© Denis Gliksman/Inrap
© Denis Gliksman/Inrap

Comme quoi un terrain de foot peut receler quelques trésors inattendus. Comme le veut la procédure lorsqu’un terrain fait l’objet d’un projet commercial, le ministère de la Culture et de la Communication – en l’occurrence, la Direction régionale des affaires culturelles de Picardie – déclenche une procédure de diagnostic archéologique préalable. Le but est de s’assurer que le sol ne recèle pas de traces ou de vestiges archéologiques. Ici, l’emprise totale (c’est-à-dire la quantité de sol occupé par la fouille) est de vingt-deux hectares. Elle correspond à la surface occupée jusque là par deux terrains de football (un terrain adultes, un terrain enfants) et un parking. C’est en sondant le terrain, à cinquante centimètres à peine de la terre végétale, au ras du sol foulé par les footballeurs, que les archéologues chargés du diagnostic tombent sur un vestige protohistorique inattendu : un imposant griffon assis, les ailes déployées.

Véronique Brunet-Gaston, archéologue responsable d’opération Inrap est sollicitée pour expertiser le griffon, en tant que chercheur spécialisé en architecture antique et blocs architecturaux à l’Inrap. On est bien en Gaule romaine, mais le style de la statuaire s’inspire du grand art romain ou grec.

Le sanctuaire
Ce sanctuaire, compris dans une enceinte de 70 m x 105 m, possède deux petits pavillons à l’arrière, dont seules les fondations sont conservées. Au centre, la Cella, puissante plateforme maçonnée, est accessible par un escalier en façade. Elle constitue le cœur du sanctuaire où était érigée la statue d’une divinité. Les archéologues y ont découvert de nombreux éléments de balustrade à décor de « S » affrontés et de lances, ainsi que des éléments de placage en marbre.
Pour lire la suite

L’Empire romain dans ta poubelle.

Un site archéologique du IIe siècle a été découvert sous une décharge illégale en Campanie, dans la banlieue de Naples, à Pouzzoles, ville déjà riche d’un grand amphithéâtre, de plusieurs temples et d’un très beau marché en bord de mer.

Enfoui sous quelque cinquante-huit tonnes d’ordures, un mausolée romain du IIe siècle. Un monument d’une grande valeur archéologique, selon les premières analyses des experts, qui aurait peut-être été pillé avant d’être recyclé en décharge sauvage.

Un nouveau pavé dans la mare déjà nauséabonde de la gestion du patrimoine archéologique italien.

La crise des ordures – bien connue des Napolitains – vient de croiser inopinément celle du patrimoine historique italien. À Pozzuoli, dans la banlieue de Naples, la Guardia di Finanza a en effet découvert, mercredi, enfoui sous quelque cinquante-huit tonnes d’ordures, un mausolée romain du IIe siècle. Un bijou de haute valeur archéologique, selon les premières analyses d’experts.

C’est au cours de l’inspection d’une décharge illégale que les policiers italiens ont mis au jour le site. Il leur est apparu, en effet, qu’un bâtiment du XIXe siècle avait été partiellement abattu pour dissimuler des déchets. Et, en faisant déblayer les débris du bâtiment, ils ont découvert l’entrée ornée de marbre d’un site archéologique dont les décors en stuc sont encore partiellement conservés. « Les gravats cachaient l’entrée principale, a expliqué aux médias Michel Ciarlo, commandant de la Guardia di Finanza. Mais il existe aussi des entrées latérales qui, elles, ont été recouvertes par des amoncellements de pneus ». Il est possible en outre, selon la presse italienne, que le site ait été pillé avant d’être recouvert par la décharge. Le propriétaire et l’utilisateur du terrain sont aujourd’hui poursuivis pour violation de la législation sur la protection de l’environnement et du patrimoine archéologique national.

Patrimoine en péril

« On a raison de dire qu’en fouillant dans les ordures on peut découvrir des trésors, ironise dans Corriere del Mezzogiorno Michele Buenomo, président de l’association de défense de l’environnement Legambiente Campania. Une fois de plus, nous nous trouvons devant un acte illégal et incivique d’une exceptionnelle gravité du point de vue de l’écologie, de l’histoire et de l’art. L’épisode d’aujourd’hui témoigne aussi de la dégradation, de l’incurie et de l’abandon dont souffre souvent notre patrimoine historique et artistique. »

C’est que le mausolée de Pozzuoli s’ajoute à une longue liste de sites dégradés ou laissés à l’abandon en Italie. Une situation de crise que des effondrements successifs à Pompéi, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, ont mise sur le devant de la scène durant l’hiver 2010. Même si le gouvernement italien s’était défendu, ces dégradations sans précédent avaient provoqué un véritable tollé dans le pays et à l’étranger. Et de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer la gestion et les budgets hasardeux du gouvernement Berlusconi en la matière.

Le débat pourrait se trouver relancé sous peu. Pompéi a en effet reçu, en janvier 2011, la visite d’inspecteurs de l’Unesco. Il leur reviendra, lors de la remise de leur rapport en juin 2011, d’inscrire Pompéi sur la liste du patrimoine en péril. Une telle décision aurait certes quelque chose d’un camouflet pour les autorités italiennes ; elle serait aussi une injonction d’ensemble à préserver les trésors archéologiques du pays.

Source : Le point, 22 avril 2011.

Le maître des Cassoni Campana. Puis Thésée tua le Minotaure

Troisième acte du drame : Thésée et le Minotaure.


Thésée et le Minotaure. Entre 1510 et 1520 collection Campana. Maître des Cassoni Campana (début 16e siècle).

Poursuivons la lecture de la légende crétoise illustrée par un artiste anonyme connu sous l’appellation « Maitre des Cassoni Campana ». Le troisième épisode présenté ici est le plus connu : Thésée et le Minotaure  Vous vous souvenez qu’à la suite du saccage d’Athènes par le roi Minos, la cité d’Attique doit verser un tribut de sept jeunes filles et sept jeunes garçons. Thésée le fils du roi d’Athènes, Egée, se porte volontaire pour se rendre en Crète.

Le Minotaure monstre né de l’amour adultérin de Pasiphaé avec un taureau sème la terreur dans la campagne crétoise en s’attaquant aux habitants, le monstre ne se nourrit que de chair fraîche et humaine.

Thésée et le Minautore. Détail Minautore.
Thésée et le Minautore. Détail Minautore.

Il a fallu capturer le monstre et l’enfermer dans le labyrinthe conçu par Dédale, l’architecture que nous avons croisés dans l’épisode précédent qui avait imaginé le leurre permettant les noces du taureau et de Pasiphaé.

Minos décide d’écarter de sa demeure cet être infamant et de l’enfermer dans un lieu aux recoins multiples, sous un toit aveugle. Dédale, très célèbre par son génie dans l’art de construire, réalise l’ouvrage, brouille les repères, et par les courbes, les sinuosités des différents chemins, il induit en erreur les regards. Comme dans les champs joue le limpide Méandre de Phrygie, qui reflue et dévale en cascades indécises, se rencontrant lui-même, voyant les ondes venir à lui, tourné tantôt vers sa source, tantôt vers la mer et le large, et agitant ses eaux hésitantes, ainsi Dédale emplit de risques d’erreur des routes innombrables. À peine put-il lui-même retrouver le seuil de son ouvrage, tant il était truffé de pièges. (Ovide, Les Métamorphoses, VIII)

Au premier plan, le bateau des Athéniens est ancré dans le port, la voile noire est remontée, les futures victimes du sacrifice attendent.

Thésée en armure se dirigent les filles de Minos : Ariane et Phèdre.

Thésée, Phèdre et Ariane.

Ariane est à gauche, sa sœur à droite, le maître des Cassoni Campana, les représentent une nouvelle fois dans la ville, elles sont en compagnie de Thésée : pourquoi ? Supposons que Thésée accostant dans le port crétois ne soit pas représenté au premier plan à gauche mais au deuxième plan à gauche. Il rencontre pour la première fois les deux princesses, on le voit de dos, après s’être entretenu avec Ariane et Phèdre, il les quitte afin de se rendre dans le labyrinthe, il est alors représenté de trois quarts. C’est là qu’on y enferma l’être à double figure, taurine et humaine. Et après que le monstre se fut repu à deux reprises de sang d’Acté, il fut vaincu lors du troisième tirage au sort, répété tous les neuf ans. Avec l’aide d’une jeune fille, grâce au fil qu’il enroula à nouveau, le fils d’Égée retrouva difficilement la porte que nul avant lui n’avait refranchie.(Ovide , Les Métamorphose, VIII)

 

Le Labyrinthe, Ariane et Phèdre.
Le Labyrinthe, Ariane et Phèdre.

C’est l’une des plus sublimes labyrinthes représentés, les labyrinthes symbolisent le long et difficile chemin de l’initiation, le héros doit s’affirmer devant les forces du chaos et de la mort.

Les deux princesses attendent à l’entrée, il est aisé de reconnaitre Ariane : à côté d’elle, encastré dans le mur, un anneau duquel se déroule le fameux « fils d’Ariane ». Quelle est la nature de la conversation entre Phèdre et Ariane ?

Thésée combat le Minotaure :

Thésée et le Minotaure. Saint-Saens Marcel Léon (1903-1979). (C) Collection Centre Pompidou, Dist. RMN / Philippe Migeat. 1943.
Thésée et le Minotaure. Saint-Saens Marcel Léon (1903-1979). (C) Collection Centre Pompidou, Dist. RMN / Philippe Migeat. 1943.

Ce qui est certain, c’est que le héros a besoin du fils pour ressortir : c’est-à-dire de l’intercession de l’âme qui lui indique la voie juste. Le labyrinthe représente aussi les pas d’une danse initiatique : « la danse de Thésée » qui, par la complication de ses pas renvoie au parcours dans le labyrinthe. De façon générale, le labyrinthe représente le voyage psychique et spirituel que l’homme doit accomplir à l’intérieur de lui-même afin d’être confronter à sa face obscure et de la combattre.

Thésée et le Minotaure. Barye Antoine Louis (1795-1874)
Thésée et le Minotaure. Barye Antoine Louis (1795-1874)

Thésée sort vainqueur du labyrinthe, entouré des deux princesses il se dirige vers le rivage et quitte l’île avec les deux sœurs, et mon petit doigt me dit qu’il y a une de trop.

Thésée, Ariane et Phèdre quittent la Crète.
Thésée, Ariane et Phèdre quittent la Crète.

Le bateau avec à bord Thésée, Ariane et Phèdre s’éloigne de la côte, la voile est noire : funeste distraction, Thésée oublie la promesse faite à son père. En cas de victoire, Thésée devait hisser une voile blanche afin que son père inquiet puisse connaitre le sort de son fils avant que le bateau n’atteigne le port d’Athènes : Le Pirée.

Pour l’instant, la seule question qui compte : qui d’Ariane ou de Phèdre ……. ?

Le maître des Cassoni Campana. Alors Minos attaqua Athènes.

Deuxième acte du drame : la prise d’Athènes par Minos.

La prise d'Athènes par Minos, roi de Crète. Entre 1510 et 1520 Collection Campana. Maître des Cassoni Campana (début 16e siècle).
La prise d'Athènes par Minos, roi de Crète. Entre 1510 et 1520 Collection Campana. Maître des Cassoni Campana (début 16e siècle).

Apollodore nous le disait : Poséidon a donné au roi Minos la maîtrise des mers, cela lui permet de mener une politique impérialiste.

Minos un roi légendaire de Crète est  considéré le plus souvent comme un fils de Zeus et d’Europe, il aurait vécu trois générations avant la guerre de Troie. Son nom évoque la « thalassocratie crétoise ». Historiquement, dès le second millénaire, la Crète avec sa flotte exerça en mer Égée une hégémonie militaire et économique dont bénéficia la légende de Minos. Cette rivalité entre ce roi et l’Athènes d’Égée sert de cadre à plusieurs des récits légendaires contenus dans la suite du livre 7 des Métamorphoses d’Ovide.

Et pourtant – tant il est vrai qu’il n’existe aucun plaisir sans ombre, et qu’au bonheur vient se mêler quelque inquiétude – la joie d’Égée, son fils une fois retrouvé, ne fut pas exempte de souci. Minos prépare la guerre. Sa puissance lui vient de ses troupes et de sa flotte bien sûr, mais sa colère paternelle surtout le rend fort : il cherche à venger dans une guerre juste le meurtre d’Androgée. Cependant au préalable il s’attache des forces alliées en vue de la guerre, et sa flotte rapide, qui fonde sa puissance, sillonne les mers.

(Livre7, vers 453 à 460)

Sans entrer dans le détail, Androgée est un des fils de Minos et de Pasiphaé qui participe à Athènes à des jeux organisés par Égée. Androgée est vainqueur, les Athéniens sont piqués au vif et Egée le roi d’Athènes fait tuer le jeune homme. Pour venger son fils, Minos mène une expédition contre Athènes, et remporta finalement la victoire, ce qui lui permit de percevoir de la part des Athéniens un tribut (sept jeunes gens et sept jeunes filles livrés en pâture au Minotaure).

Quelle peut être la signification de ce tribut ? Pierre Sauzeau propose plusieurs hypothèses ou perspectives.

Une perspective rituelle et réaliste : il est possible de voir dans cette scène un souvenir de sacrifices humains. Cette hypothèse est renforcée depuis quelques années par les découvertes archéologiques en Crète : squelettes d’enfants portants des traces de couteau etc. Mais, aux dernières nouvelles, ces découvertes auraient été surinterprétées.

Une perspective symbolique et initiatique : ces groupes de jeunes, mâles et femelles, qui vont dans une grotte sont caractéristiques de ce type d’histoires (cf. Petit Poucet). À gauche, une scène de siège très violente. La ville (= Athènes) est en fait une cité flamande précisément évoquée. Au centre Minos est reconnaissable à l’étendard qui porte sont nom. Les prisonniers ne sont pas tous des jeunes gens.

(D’après … source)

La prise d'Athènes par Minos. Détail du siège.
La prise d'Athènes par Minos. Détail du siège.

Ce qui frappe dans cette œuvre, c’est la scène qui se déroule à gauche à l’arrière plan : la violence de la prise de la ville.

Le siège de la ville semble avoir été long, les tentes de l’armée sont plantées au pied des murailles athéniennes. L’armée crétoise est solidement armée : arbalètes, arquebuses, bombarde ou balistes assurent aux Crétois une évidente supériorité.

Minos a gagné la guerre, il faut maintenant attendre le temps de la délivrance : cette lourde tâche pèsera sur les épaules de l’héroïque Thésée.

Le maitre des Cassoni Campana. Et Pasiphaé tomba amoureuse du taureau.

Une reine infidèle, un roi aux ambitions expansionnistes,  un monstre, une fille ingénieuse, un héros tiède

Ce n’est pas difficile de comprendre qui sont les personnages se cachant derrière ces expressions un peu rapides : je vous propose de suivre l’histoire de Pasiphaé qui de ces amours divines engendra le Minotaure et de d’assister aux conséquences de cette funeste engeance. Essayons d’entrer dans l’histoire en suivant le chemin tracé par un artiste : Le maitre des Cassoni Campana.

C’est en visitant l’incroyable musée du Petit Palais à Avignon que j’ai découvert cet artiste.

 

Les amours de Pasiphaé. Entre 1510 et 1520 Collection Campana.Maître des Cassoni Campana (début 16e siècle)
Les amours de Pasiphaé. Entre 1510 et 1520 Collection Campana.Maître des Cassoni Campana (début 16e siècle)

Avant de débuter cette visite, les quatre panneaux exposés dans ce musée, sont des cassones.Un cassone (ou coffano, ou forziere) est un coffre de mariage, où la jeune mariée range son linge. Une partie de la dot de l’épouse ; objet d’ostentation ou d’apparat, il est commandé par le mari, à un artiste qui reste pour nous le plus souvent anonyme, et décoré de scènes mythologiques, chevaleresques ou bibliques destinées à rappeler la morale du mariage (Orphée et Eurydice, Argonautiques, Suzanne et les vieillards, Esther et Assuerus, Thésée, Didon et Lucrèce, Procris etc.) ; mais c’est aussi un lieu intime, décoré à l’intérieur des premiers nus de la peinture florentine.

(Source)

Premier acte du drame : les amours de Pasiphaé.

Les amours de Pasiphaé. Entre 1510 et 1520 Collection Campana.Maître des Cassoni Campana (début 16e siècle) Détail
Les amours de Pasiphaé. Entre 1510 et 1520 Collection Campana.Maître des Cassoni Campana (début 16e siècle) Détail

Où sommes-nous ? Dans un décor idéalisé où l’artiste fait la démonstration de la sa maitrise de l’art de la perspective. Les éléments qui retiennent l’attention :

L’entrée d’un palais, des escaliers permettant d’accéder à un jardin privé, une loggia où se trouve une femme qui regarde. C’est Pasiphaé, l’épouse du roi de Crète Minos.

Pour comprendre ce panneau qui ornait un coffre de mariage, plongeons nous dans la lecture du récit d’Apollodore d’Athènes :

II, 1, 3. Entre-temps, Astérion était mort sans laisser de descendants. Minos se proposa pour être roi, mais le trône lui fut refusé. Il soutenait que les dieux eux-mêmes lui avaient confié le royaume; et, pour le prouver, il déclara qu’il obtiendrait d’eux tout ce qu’il leur demanderait. C’est pourquoi il fit un sacrifice à Poséidon, et pria que des flots de la mer apparaisse un taureau, en promettant qu’il le sacrifierait aussitôt. Et voilà que Poséidon lui envoie un très beau taureau : Minos obtint le règne, mais il conserva ce taureau parmi ses bêtes, et en immola un autre. Ayant obtenu le contrôle des mers, Minos se rendit très vite maître de presque toutes les îles. Poséidon, furieux que Minos ne lui ait pas sacrifié le taureau, fit en sorte que Pasiphaé tombe amoureuse de l’animal. La jeune femme, donc, amoureuse du taureau, trouva un allié en Dédale, l’architecte qui avait été banni d’Athènes pour homicide. Il construisit une vache de bois montée sur des roulettes ; l’intérieur était creux, et elle était recouverte d’une peau de bovidé ; il la mit dans le pré où le taureau avait l’habitude de paître, et Pasiphaé y entra. Quand le taureau s’en approcha, il la monta, comme s’il s’agissait d’une vraie vache. Ainsi la jeune femme mit au monde Astérion, dit le Minotaure : il avait la tête d’un taureau et le corps d’un homme. Minos, suivant les conseils de certains oracles, le tint reclus dans le labyrinthe, construit par Dédale ; avec son grouillement de méandres, il était impossible de trouver la sortie. Nous reparlerons du Minotaure, d’Androgée, de Phèdre et d’Ariane, quand nous raconterons l’histoire de Thésée.

(Source)

Poséidon va se servir de l’épouse pour se venger.

Le texte permet de comprendre le déroulement des scènes : la même femme, le même homme et le même bovidé sont représentés à plusieurs moments.

La scène au fond à gauche montre un sacrifice : Pasiphaé et un prête (ou Minos ?) procède au sacrifice de la bête, mais ce n’est pas celle réclamée par le dieu de la mer.

Les amours de Pasiphaé. Détail sacrifice.
Les amours de Pasiphaé. Détail sacrifice.

Sur le sol gît l’animal sacrifié, le bûcher est prêt à accueillir l’offrande : une vache marron égorgée est couchée sur le sol, le beau taureau blanc observe la scène.

Lançons nous dans une lecture circulaire et revenons au premier plan, Pasiphaé semble subjuguer par l’animal, elle ne le quitte pas des yeux, l’animal la fixe. Toujours au premier plan, la femme et le taureau sont encore  face à face et surtout se rapprochent : Pasiphaé munie d’une petite serpe que l’on distingue dans sa main droite, vient de couper de l’herbe qu’elle offre au taureau qui lui mange dans la main.

Les amours de Pasiphaé. Détail taureau, Pasiphaé.
Les amours de Pasiphaé. Détail taureau, Pasiphaé.

Au second plan à droite, le taureau suit Pasiphéa, celle-ci s’entretient comme en secret avec un homme, si l’on suit la lecture d’Apollodore il s’agit de Dédale, lui et la reine mettent au point le plan qui aboutira à l’accouplement de la femme et de l’animal En revanche, je ne m’explique pas la nature de l’instrument qu’il a en main, cela ressemble étrangement à un trident ; or le trident est le symbole de Poséidon (Dédale et Poséidon seraient-ils de mèche ? Si c’est le cas, quelle est la finalité de cette alliance ?)

Détail Neptune inspire à Pasiphae une passion pour l'animal
Détail Neptune inspire à Pasiphae une passion pour l’animal

Dernier moment : l’accouplement. Pour le comprendre revenons au premier plan : un homme abat une vache rousse, celle – ci servira de nouvelle peau à Pasiphaé. C’est au second plan que l’on voit qu’il s’agit d’un leurre permettant l’accouplement : les pans de la robe de Pasiphaé sont visibles sur le poitrail de la bête. L’artiste escamote l’accouplement, il le suggère en plaçant le couple de « vrai – faux » bovidés à l’orée d’un dense massif forestier.

Vous vous rappelez le regard que Pasiphaé lance au taureau (premier plan à droite), regardez la reine d’un peu plus près maintenant : elle est enceinte, les signes de grossesse sont visibles sur son corps, son ventre est lourd, elle s’appuie sur une canne. Si l’artiste a caché l’accouplement il nous montre les conséquences de celui-ci : la future naissance d’Astérion.

Les représentations des ces amours interdites ont maintes fois été source d’inspiration : si vous voulez voir ou revoir d’autres représentations, c’est par ICI

Il est difficile pour mieux comprendre les productions artistiques de faire l’impasse sur le contexte culturel, économique ou politique dans lequel elles ont éclos, je vous conseille la lecture de l‘article de J.B. Delzant. L’auteur y explique comment l’Italie de la fin de Moyen-âge et du début de la Renaissance est traversée et travaillée par les mythes antiques et notamment par l’épopée troyenne.

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