Au Moyen Age, les images entrent dans les maisons.

Le Moyen Age comme vous ne l’avez jamais vu

Depuis quelques années, dans le Languedoc-Roussillon, on redécouvre régulièrement dans de vieilles demeures médiévales, des plafonds peints. Ces peintures, datant de la fin du Moyen Âge, se trouvent principalement dans des bâtiments ayants appartenu à l’élite ecclésiastique, aristocratique ou encore à de riches marchands. Les historiens Monique Bourin et Pierre-Olivier Dittmar, nous font découvrir le sens et la fonction sociale de ces images dans l’univers domestique médiéval. En effet, ces images, proches des valeurs et des intérêts du quotidien, représentent pour le commanditaire une mise en scène de soi dans son cadre de vie habituel, mais sont aussi données à voir à tous ceux qui pénètrent dans ces salles décorées, ancêtres des murs de Facebook. Pendant longtemps, et malgré le talent de nombreux peintres qui s ’ y sont exercés, ce type d ’ art a été peu étudié car considéré comme mineur en comparaison de la grande peinture. Dans les années 1990-2000, l’anthropologie, en s’intéressant aux images dites populaires, le remet au goût du jour. (Source)

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Jérome Bosch est mort il y a 500 ans.

Jardins des délices. Détail2 Jardins des délices. Détail1

A l’occasion du cinq centième anniversaire de la mort du peintre Jérome Bosch deux expositions majeures vont être présentées.

Jérome Bosch.

La première a lieu dans la ville du peintre, Bois-le-Duc; la seconde s’ouvrira à Madrid au musée du Prado le 31 mai.

A cette occasion, replongez dans le Jardin des délices grâce à cette visite en très haute définition :

Le Jardin des délices.
Le Jardin des délices.

Ouvrez les panneaux, ce n’est pas un retable. Le Jardin des délices, est-ce vraiment si délicieux? (Source). C’est en tous les cas fascinant, comme l’ensemble de l’oeuvre de ce peintre « énigmatique ».

Paris comme vous ne l’avez jamais entendu!

Paris comme vous ne l’avez jamais entendu ! C’est l’expérience que propose la musicologue Mylène Pardoen, du laboratoire Passages XX-XXI, à travers le projet Bretez. Un nom qui n’a pas été choisi par hasard : la première reconstitution historique sonore conçue par ce collectif associant historiens, sociologues et spécialistes de la 3D, a en effet pour décor le Paris du XVIIIe siècle cartographié par le célèbre plan Turgot-Bretez de 1739 – Turgot, prévost des marchands de Paris, en étant le commanditaire, et Bretez, l’ingénieur chargé du relevé des rues et immeubles de la capitale.

Le paysage sonore a été reconstitué à partir de documents d’époque, notamment Le Tableau de Paris,publié en 1781 par Louis-Sébastien Mercier, et des travaux d’historiens comme Arlette Farge, spécialiste du XVIIIe, Alain Corbin, connu pour ses recherches sur l’histoire des sens, ou encore Youri Carbonnier, spécialiste des maisons sur les ponts. Au cours de la visite, on entend  les coups de hache d’un boucher de la rue de la Grande-Boucherie, le bruit du grattage des peaux des tanneurs de la rue de la Pelleterie, le cliquetis d’une imprimerie de la rue de Gesvres… S’y entremêlent les cris et bruits des gestes des bateliers et lavandières. S’y ajouteront d’autres acoustiques comme le bruit de sabots des chevaux, les cloches de Notre-Dame ou le chuintement des poulies du guindeau, ce grand filet qui barrait la Seine pour arrêter tout ce qui flottait.

Près de 95 % des sons sont naturels, ceux des machines comme le métier à tisser ont été enregistrés sur d’authentiques engins anciens. Seul le ronronnement de la pompe Notre-Dame, qui remontait l’eau de la Seine pour la consommation des Parisiens, a été reconstitué à partir du bruit d’un moulin à eau. « J’essaie de pousser loin le détail », avoue-t-elle.

Au total, 70 tableaux sonores ont été façonnés. Un travail collectif, insiste la chercheuse, associant des graphistes et des historiens, et parrainé par Daniel Roche, professeur honoraire d’histoire moderne au Collège de France.

« Il s’agit de la première reconstitution en 3D où l’image et le son sont conçus au même moment : le son est au centre de la création, ce n’est pas un habillage comme on le fait aujourd’hui dans de nombreuses fictions » (Source

Lien vers la vidéo.

 

Combat de coqs en Flandre, 1889. Rémy Cogghe.

R. Cogghe. Combat de coqs. Détail

Voici un post oublié au fond d’un tiroir, initialement intitulé « Une poule dans un jeu de coqs », écrit il y a quelques années et qui se fait l’écho d’une double découverte : celle du musée La Piscine de Roubaix et à l’intérieur de celle d’une huile sur toile dont le titre et la composition ont attiré une certaine curiosité typique d’un petit gallinacé à la crête en alerte, il s’agit de l’huile sur toile de Rémy Cogghe : Combat de coqs en Flandre, daté de 1889.

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889
R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889
Rémy Cogghe. Etude pour combat de coqs
Rémy Cogghe. Etude pour combat de coqs.

Rémy Cogghe est un roubaisien belge né à Mouscron en 1854, il arrive avec sa famille à Roubaix en 1857. C’est donc un jeune immigré remarqué par un bourgeois qui le présente à un riche industriel Pierre Catteau, qui devient son mécène à Roubaix puis à Paris quand le jeune artiste fréquente l’atelier de Cabanel. En 1880, il reçoit le Grand Prix de Rome de peinture décerné par l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers. Dès l’aube de sa carrière …. Il est attaché à l’appui financier du patronat textile et toute sa vie, dans toute son œuvre, il restera ce fils de tisserand pensionné par les manufacturiers d’une ville qu’il ne quittera pratiquement pas : une fidélité à Roubaix, pourtant l’artiste se détache de sa source roubaisienne ses inspirations sont rurales, campagnardes, brugeoises.

R. Cogghe, autoportrait. 1899
R. Cogghe, autoportrait. 1899

Le combat de coqs est une tradition ancienne dans le Nord de la France, il se déroule dans un gallodrome. Le combat auquel nous assistons dans ce tableau a lieu dans le gallodrome situé rue du Vieil-Abreuvoir. Les protagonistes, entendons ici les spectateurs sont tous des figures roubaisiennes. Rémy Cogghe s’inspire d’un autre artiste et sa toile n’est pas sans évoquer un naturalisme qui rappelle celui d’Emile Claus, un peintre belge.

Emile Claus, Combat de coqs, 1882 (collection particulière)
Emile Claus, Combat de coqs, 1882 (collection particulière)

On peut tenter un exercice de comparaison entre le combat de coqs d’Emile Claus qui date de 1882 et celui de Rémy Cogghe réalisé en1889. Nous sommes placés à chaque fois dans la position d’un parieur (imaginer une poule dans cette position?) qui regarderait ses congénères placés de l’autre côté du gallodrome. La mise en scène  deux artistes nous fait participer au combat, mais avec quelques différences. Dans le tableau de Rémy Cogghe l’exactitude des portraits tranche avec le flou du combat, alors que dans l’œuvre du luministe belge ce qui l’emporte c’est la netteté du combat de coqs. Cette nuance s’explique dans le projet mené par R. Cogghe, son combat de coqs est l’occasion de dresser une galerie de portraits tous roubaisiens.

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail
R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.4

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.3

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.2
Le travail mené par Dominique Vallin a permis d’identifier la plupart des hommes présents dans cette scène, l’historienne de l’art s’appuie sur les sources anciennes comme le Journal de Roubaix et se réfère aux articles signés pas Jean Duthil et Pierre Kleim. Ce dernier écrit au moment de l’exposition de la Société Artistique de Roubaix-Tourcoing : Toutes les figures du tableau de Mr Cogghe sont connues et nos concitoyens vont s’intéresser grandement à cette œuvre locale. Les expressions sont d’une justesse, d’une observation, d’un fini, qui indiquent que le peintre croit être un psychologue.
Cette assemblée constituée uniquement d’hommes réunit toutes les couches de la population : ouvriers, employés, patrons. Dans cette communion de circonstance le conflit n’existe pas, il s’agit du spectacle de la concorde.
Qui sont ces modèles de proximité ?

S’artmusée: c’est l’enfance de l’art!!

Un petit billet très rapide pour vous présenter le site S’artmusée spécialement conçu pour les enfants, le « jeune public » comme on dit aujourd’hui! En ces moments obscurs nous avons encore plus besoin de culture(s), et ce site propose un voyage-découverte d’une très grande qualité.

Capture. S'artmusée
Capture. S’artmusée

Le site propose des visites virtuelles, les enfants peuvent mener des enquêtes et entrer à pas  de poucet dans différents univers artistiques. Les jeux sont tous de bonne qualité et surtout un plus pour la rubrique les enfants artistes.

Bonne découverte à toutes et à tous.

S’artmusée: musée ludique.

Graines de portraits.

Voici une manière de vous souhaiter à toutes et à tous une excellente année 2015, de vous remercier de votre fidélité et de vos remarques en savourant quelques portraits glanés cette année entre Tours, Lille, Roubaix, Quimper. Ils m’ont émue ou amusée, ils contiennent tous une parcelle de l’inextinguible beauté des sujets qui nous regardent depuis longtemps et que nous regardons maintenant.

Albert Küchler. Buste de femme de dos avec une perle dans les cheveux, 1845
Albert Küchler. Buste de femme de dos avec une perle dans les cheveux, 1845
Albert Küchler. Vieille femme italienne à la robe rouge et à la coiffure à rayures.
Albert Küchler. Vieille femme italienne à la robe rouge et à la coiffure à rayures.
Emile Vernon. Sous la lampe, 1902
Emile Vernon. Sous la lampe, 1902
Frans Depooter. Femme à la robe verte, 1934
Frans Depooter. Femme à la robe verte, 1934
John Hamilton Mortimer. Portrait présumé de lady Pigott tenant une estampe, 1775
John Hamilton Mortimer. Portrait présumé de lady Pigott tenant une estampe, 1775
Jules Boquet. La tasse bleue
Jules Boquet. La tasse bleue
Kennington. La cuisine ambulante, 1914
Kennington. La cuisine ambulante, 1914
Louis Adolphe Stritt. Le choix des broderies, vers 1930.
Louis Adolphe Stritt. Le choix des broderies, vers 1930.
Remy Cogghe. Madame reçoit, 1908
Remy Cogghe. Madame reçoit, 1908
Thomas Lawrence. Portrait de sir Georges Howland Beaumont. 1808
Thomas Lawrence. Portrait de sir Georges Howland Beaumont. 1808
Thomas Lawrence. Portrait de Charles William Bell
Thomas Lawrence. Portrait de Charles William Bell
Thomas Lawrence. Portrait des enfants d'Ascoyghe Boucherett. 1800
Thomas Lawrence. Portrait des enfants d’Ascoyghe Boucherett. 1800

 

LE VIDEOMUSEUM

Videomuseum
Videomuseum

http://www.videomuseum.fr/

Videomuseum est un réseau de musées et d’organismes gérant des collections d’art moderne et contemporain (musées nationaux, régionaux, départementaux ou municipaux, Centre national des arts plastiques qui gère la collection nationale dite fonds national d’art contemporain (fnac), Frac, fondations) qui se sont regroupés pour développer, en commun, des méthodes et des outils utilisant les nouvelles technologies de traitement de l’information afin de mieux recenser et diffuser la connaissance de leur patrimoine muséographique. Les méthodes et outils utilisés dans ce réseau permettent :

• L’informatisation de la documentation et de la gestion des collections par le logiciel Gcoll (inventaire, photothèque, médias numériques, régie, ateliers, constats d’état, restauration, mouvements des œuvres…).

• La diffusion de la connaissance de ces mêmes collections par Internet avec le logiciel Navigart.

De chez vous, vous pouvez vous promener au gré de vos envies, de vos curiosités dans 60 collections, 23 FRAC, rencontrer 29 000 artistes et observer 315 000 œuvres.

Les  collections des FRAC
Les collections des FRAC

 

Capture Videomuseum2

 

 

J’ai ainsi découvert dans la base de recherche du MACVAL le travail des photographes François Despatin et  Christian Gobeli  réalisé en Ile-de-France dans les années 1980.

Despatin et Gobeli, la cartonnerie.
Despatin et Gobeli, la cartonnerie.

Découverte du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris

Merci à vous de promouvoir ainsi le MAHJ dont les programmations audacieuses s’adressent à tous.

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Mardi 24 juin 2014, peu avant 10 heures du matin, le quartier du Marais est déjà bien réveillé. Les commerçants ouvrent peu à peu leur boutique, les touristes parcourent le quartier à une vitesse qui semble frustrer les travailleurs déjà au pas de course. Au loin, l’architecture de Renzo Piano qui surplombe les ruelles médiévales, où se trouve au 71 rue du Temple l’Hôtel de Saint-Aignan devant lequel un petit attroupement est en train de se former. Un mois, jour pour jour après les tristes évènements qui frappèrent le musée Juif de Belgique, une petite partie de la twittosphère culture, musées et institutions culturelles, comptait bien rendre hommage aux victimes de cet attentat, qui laissa de nombreuses personnes bouleversées et encore sous le choc. Bernard Hasquenoph, fondateur de LOUVRE POUR TOUS, fut à l’initiative de ce projet qui fut mené d’une main de maître, grâce à l’aimable autorisation du…

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Je suis inscrite à l’Ecole des filles.

Une forêt comme un palimpseste de la mythique Brocéliande, un chaos granitique à couper le souffle, vous voilà au cœur des Monts d’Arrée, ma Bretagne à moi : y pérégriner c’est voyager dans les temps géologiques au cours desquels vous pouvez entrer dans le « foyer de la Vierge », mesurer votre force ou votre habilité contre la roche tremblante. Ces temps géologiques conjugués à la poésie d’une histoire orale mais aussi à celle d’une histoire industrieuse dont les entrées de mines argentifères en conservent la trace, c’est ici que vous êtes conviés à une belle découverte tout en arts : l’École des filles. Vous êtes à Huelgoat (les « Haut bois »).

École des filles. La cour de récréation
École des filles. La cour de récréation. Source

Ce lieu ouvert de juin à septembre vous permet de découvrir des artistes contemporains mais aussi de naviguer dans des collections des XIX et XXè siècles, d’observer du mobilier traditionnel breton mais aussi des dessins, de la BD, des affiches politiques revisitées, en fin d’assister à l’été des 13 Dimanches.

Affiches politiques revisitées par Pierre Laniau. Ecole des filles. Ete 2012.
Affiches politiques revisitées par Pierre Laniau. École des filles. Eté 2012.

L’École des filles qui date de 1910 a été construite dans un contexte scolaire particulier à la Bretagne : la concurrence que se livre la République qui s’enracine et le réseau des écoles congréganistes assez puissant dans cette région. Cette école est aussi un internat qui accueille des pensionnaires de tout le Finistère, l’enseignement laïque qui y est dispensé a œuvré à l’émancipation des femmes bretonnes. L’historienne Mona Ozouf a écrit à propos de  l’École des filles de Huelgoat que celle-ci  illustre cette marche à l’égalité […] en préparant l’entrée des filles à l’École normale, et en donnant aux jeunes filles la chance d’entrer dans les premières carrières où l’égalité professionnelle des hommes et des femmes est quasi faite (Chloé Batissou, L’École des filles, 1910-2010, Cent ans d’utopie, éditions Françoise Livinec, 2010)

École des filles. salle de classe en galerie d'art.
École des filles. salle de classe en galerie d’art. Source
École des filles. Intérieur.
École des filles. Intérieur.

Dans cette vidéo, F. Livinec explique le dialogue qui s’établit entre l’Ecole et la forêt dans laquelle cette première est sise

J’ai eu la chance de découvrir la saison 2012 au beau titre de Pierre qui roule … Les figures du paysage (c’est vrai : j’aurai pu vous en parler plus tôt) et y est découvert deux jeunes artistes dont j’aimerai vous faire partager le travail.

Le premier, Christophe Chini, est tailleur de pierre depuis 1995, il a exposé des oloïdes d’une beauté minérale des plus inattendues et des plus émouvantes.

Chistophe Chini. Oloïde
Chistophe Chini. Oloïde
Oloïde exposée à l’École des filles. Eté 2012.
Oloïde exposée à l’École des filles. Eté 2012.

Le deuxième, Loïc Le Groumellec, né à Vannes en 1957, expose des toiles au minimalisme expressif, les mégalithes, maisons et croix se répètent et de l’effacement progressif de la laque noire émerge une lumière captivante et envoutante.

L. Le Groumellec. Maison. Laque sur toile
L. Le Groumellec. Maison. Laque sur toile
Loïc Le Groumellec, Mégalithes et maison, 2008. Laque sur toile.
Loïc Le Groumellec, Mégalithes et maison, 2008. Laque sur toile.

Cette vidéo, vous propose une entrée dans l’univers de l’artiste.

C. Chini et L. Le Groumellec. École des filles. Été 2012.
C. Chini et L. Le Groumellec. École des filles. Été 2012.

Je ne sais pas si la galeriste Françoise Livinec à inventé en lieu comme l’écrit Mona Ozouf, ce qui est certain c’est qu’elle l’a réanimé, au sens étymologique du terme, un grand merci à elle (un site à classer dans vos favoris ).

Dévoiler le monde ?

Avant de commencer, il est d’usage de présenter quelques avertissements, je m’emploie donc à le faire sur le champ, ce blog n’est pas la page publique d’une spécialiste mais c’est celui d’une picoreuse qui sans arrières pensées va où le vent des lectures, des inspirations et des musiques la porte. Donc, vous ne trouverez pas dans ce billet des interprétations originales, des analyses iconographiques inédites, d’autres le font beaucoup mieux et avec beaucoup plus de sérieux que moi. Fin des prolégomènes, entrons dans le vif du sujet.

Je vous propose de relire la définition du  mot « voile », non pas celle d’un dictionnaire de noms communs mais de l’Encyclopédie des Symboles ( la version de 1996 parue au Livre de Poche) et de tenter une correspondance avec des œuvres d’art croisées au gré des expositions, des voyages, des découvertes et des lectures.

Que dit l’article ?

Le voile symbolise en générale l’aliénation ou le renoncement au monde extérieur, la modestie et la vertu. Autrefois, les femmes et les jeunes filles se rendaient voilées aux offices, indiquant qu’elles se détournaient de la vanité terrestre […]. Dans la vertu courtoise du Moyen Age, le voile était aussi répandu et il s’est perpétué jusqu’à aujourd’hui dans le voile de la mariée et les voiles de deuil de deuil de la veuve […] Plus profondément, le voile peut-être l’attribut de la divinité, derrière laquelle elle se dérobe tout en invitant à le soulever pour découvrir son principe si on sait s’en montrer digne. C’est ainsi qu’Isis, par exemple portait un « voile à sept couleurs » à la riche descendance : Il semble bien en effet qu’en ait dérivé à travers les siècles le voile bleu dont on dote généralement la Vierge Marie tout aussi bien que ce qu’on appelle aujourd’hui la fameuse « danse des viles ». Si celle-ci est purement considérée de nos jours comme un spectacle à connotation érotique, son origine semble remonter à un rituel à un rituel religieux où l’érotisme était en avant tout « sacré », et dont la fin introduisait à la nudité abyssal du Féminin et du Maternel. Une conception est proche est celle qu’on les hindous du « voile de la maya », le monde des phénomènes dans lequel nous vivons, la manifestation du Principe qui nous en cache la réalité pure. La maya est cependant le résultat d’un acte d’amour sans lequel l’homme n’existerait pas, ni n’aurait conscience qu’il existe une Réalité voilée […]. Le voile est donc nécessaire à l’existence, de même qu’il invite au dévoilement de la Vérité l’homme en quête de sagesse ou de réalisation de soi-même (identité de l’Atman et du Brahman, « Tu es Cela »). Cette notion d’un voile qui dérobe la splendeur de la Vérité est évidemment à l’origine du véritable ésotérisme, c’est-à-dire de toute doctrine professant qu’il existe une lumière cachée derrière les textes, les mots ou les symboles, et qu’il importer de dévoiler cette lumière en la rendant apparente. Ici, l’ésotérique est donc ce qui est « dedans » et invisible et l’exotérique ce qui est « dehors et directement visible. Pour passer de l’un à l’autre, il faut passer du regard des « yeux de la chair » à celui des « yeux du feu » et de la vision sensible à la vision du visionnaire. Dans le renversement induit par cette quête d’ordre mystique, le caché devient alors apparent tandis que l’apparent se cache à son tour. […] Dans l’Europe chrétienne, le voile est l’attribut de sainte Ludmilla qui fut étranglée avec un voile et de la margravesse Agnès d’Autriche dont on retrouva longtemps après sa mort le voile emporté par le vent, découverte légendaire qui est à l’origine de la fondation par saint Léopold de l’abbaye Klosterneuburg à l’endroit même où la découverte eut lieu

Le but n’est pas ici de commenter un article de dictionnaire, quoiqu’il y aurait fort à dire : le voile semble être exclusivement réservé à l’appareil féminin Ce qui est plus intéressant de mon point de vue est l’emploi de certaines formules comme celles-ci  : dévoiler la lumière ou encore la possibilité d’une Réalité voilée, voilà qui est plus inspirant. Cette lecture invite ainsi au voyage dans un musée imaginaire, en se remémorant les cimaises un jour visité, Mnémosyne vous prend par la main et des œuvres d’art réapparaissent à votre conscience et forme un kaléidoscope enchanteur : des œuvres religieuses, des huiles sur toile mettant en scène des mythes, des portraits, des sculptures …Allons y voir plus près.

Antonello da Messina, La Vierge de l'Annonciation. 1476, Palerme
Antonello da Messina, La Vierge de l’Annonciation. 1476, Palerme.

Le voile bleu de la Vierge Marie, pourquoi bleu ? La plus célèbre est celle L’Annonciation de la Vierge d’Antonello de Messine conservée à Palerme, l’artiste peint cette Vierge vêtue d’un voile d’un bleu intense vers 1475-1476. Le voile cerne au plus près son visage, Marie semble être surprise en pleine lecture. Il s’agit d’une composition sobre et c’est le bleu du voile qui domine la composition. Antonello de Messine ne sera pas le seul à peindre des Vierges au voile bleu. Dans l’ouvrage qu’il a consacré à la couleur Bleu, Michel Pastoureau explique que le bleu qui avait été une couleur nouvelle à partir du XIème siècle, devient une couleur morale entre le XVème et le XVIIème siècles. Pensons par exemple à Philippe de Champaigne qui s’inscrit à la fin de la période singularisée par l’historien des couleurs. Vers 1660, l’artiste peint une Vierge de Douleur actuellement conservée au Louvre et qui avait été saisie à l’église Sainte-Opportune à la Révolution. A partir des années 1645-1648, Philippe de Champaigne se rapproche de Port Royal et opère sa conversion au jansénisme (un courant rigoriste du catholicisme qui tire son nom du prêtre Cornélius Jansen et qui dans au milieu du XVIIème devient aussi le support d’une contestation politique). La palette du peintre se fait « plus sobre, plus grave, plus sombre »

Philippe de Champaigne, La Vierge de douleur au pied de la croix vers 1660, Paris, Louvre
Philippe de Champaigne, La Vierge de douleur au pied de la croix vers 1660, Paris, Louvre

Ici le voile fait office de vêtement intégral nous laissant voir le visage de douleur, les mains jointes et les pieds croisés de la Vierge, les bleus occupent une place importante, « autorisant mieux que toute autre les jeux de lumière et de saturation tout en conservant à la palette d’ensemble son caractère austère et profondément religieux ». Ici, c’est un bleu subtil car il est à la fois saturé et retenu, c’est pour M. Pastoureau « un bleu moral ». Dans les deux œuvres que nous venons de survoler le voile est peint, voyant, omniprésent, enveloppe les deux Vierges, le voile leur confère une identité religieuse, il est le sujet du tableau : enlever le voile, que resterait-il ?

La définition qui fait ici office de fil conducteur nous convie à nous interroger sur la  Réalité voilée  dont il faut, afin d’y mieux voir, ôter le voile. Une œuvre met vient à l’esprit, celle de Tintoret, Vénus et Vulcain :

Tintoret, Vénus et Vulcain, Munich
Tintoret, Vénus et Vulcain, Munich

Vous connaissez l’histoire, il s’agit de la mise en scène d’un adultère : Vulcain est averti de l’adultère de sa femme Vénus, il intervient dans le but de  surveiller sa femme alors que Mars l’amant de celle-ci se cache sous la table visiblement en train d’être trahi par un chien qui aboie dans sa direction. Vulcain penché au-dessus du lit et du corps nu de Vénus, évoque un satyre découvrant une nymphe.

Vénus couvre t-elle  sa nudité d’un voile transparent ou bien cherche t-elle au contraire à dévoiler cette nudité pour séduire Vulcain qui oublie ce qu’il est venu chercher? Il est distrait, ce qu’il voit là avec ce dévoilement le rend aveugle, il ne voit que ce qu’il y a entre les cuisses de sa femme. Observez la scène dans  le miroir et vous comprendrez ce qui va se passer dans les minutes qui suivent. Le voile ne cache plus ce qu’il est censé dissimuler et le miroir-bouclier montre le futur. La nature se révèle en se cachant, tout comme la parole désigne en se taisant, c’est la dialectique du secret et de dévoilement.

 A y voir de plus près, un voile, et pas des moindres, m’avait échappé, celui du plus célèbre portrait de l’histoire de la peinture occidentale : La Joconde de Léonard de Vinci

L. de Vinci, La Joconde,  vers 1503-1506, détail.
L. de Vinci, La Joconde, vers 1503-1506, détail.

Le voile est « fin et flou », c’est (à mon sens) D. Arasse qui en parle le mieux, et de la manière la plus sensible dans ses Histoires de peintures. Pour lui, ce portrait s’inscrit dans « le temps fugitif et présent de la grâce ».

L’art occidental du XVIème siècle a voilé les femmes, mais pas n’importe lesquelles et pas n’importe comment. Forcément, on pense immédiatement à Lucas Cranach et à ses jeunes filles à peine nubiles, posant nues dans une nature érotisée (le miel, la source qui coule …) vêtue de simple voile transparent.

Cranach l'Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery
Cranach l’Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery
Cranach l'Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washinton, National Gallery. Détail Visage avec voile
Cranach l’Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery. Détail Visage avec voile.
Cranach l'Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery. Détail Corps voilé
Cranach l’Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery. Détail Corps voilé.

Au début du XVIème, l’art européen opère quelques ruptures, le nu dans l’art de l’Europe du Nord renonce aux canons antiques, alors qu’ils s’imposent comme référence pour les artistes de la Renaissance : les formes idéales des déesses italiennes laissent place à des morphologies qui semblent bien plus humaines que divine, les hanches sont étroites, les seins sont petits et hauts placés, la taille est fine. Ce sont des femmes qui sont déshabillées et le voile transparent dont Cranach les pare n’est pas pour rien dans la séduction et la fascination qu’elles opèrent sur les spectateurs-trices. Comparons la Nymphe endormie de Cranach et la Venus de Giorgione

Giorgione et Titien La Vénus endormie, vers 1507, Paris, Louvre.
Giorgione et Titien La Vénus endormie, vers 1507, Paris, Louvre.

Pas de voile chez Giorgione, de plus le drapé rouge servant d’oreiller à la Vénus de Giorgione devient une robe identifiable grâce à la manche qui dépasse sous le bras de la nymphe de Cranach, et cette nymphe là est éveillée, elle vous fixe du regard pendant que la Venus semble bercer par les bras de Morphée. Vénus cache pudiquement son sexe tandis que la nymphe de Cranach dans un abandon tranquille pose sa main sur sa cuisse et pour recouvrir son sexe, un voile ! Le voile sur la peau s’enroule autour des bras et glisse sur une aisselle, une cuisse et se tend devant le pubis, le voile ne dissimule pas ce qu’il est censé recouvrir, il participe dès lors de la stratégie de séduction parce que Lucas Cranach l’Ancien, artiste exceptionnel menant une carrière, citoyen de Wittenberg, peintre de cour pour le compte de l’électeur Frédéric III le Sage, ami intime de Luther, donne à voir le spectacle de la nudité dévoilée.

Cranach ne se contentera de cette nymphe, et transformera à maintes reprises le corps de la femme (très jeune femme) en pur objet du désir.

Lucas Cranach l'Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel,Musée de Beaux Arts de Belgique, 1531
Lucas Cranach l’Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel,Musée de Beaux Arts de Belgique, 1531
Lucas Cranach l'Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel, Italie, Rome, Galerie Borghèse
Lucas Cranach l’Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel, Italie, Rome, Galerie Borghèse.

En écrivant ces lignes, je m’interroge : ne suis-je pas victime d’anachronisme ? Ne suis-je pas en train d’effleurer ces œuvres avec le regard de l’époque à laquelle j’appartiens, celle d’une société fascinée par la transparence ? Mais ceci est un autre sujet.

Replongeons-nous dans le XVIème siècle finissant pour admirer l’œuvre d’un anonyme qui, lui, place la femme entre deux âges

Anonyme.La Femme entre deux âges, vers 1575
Anonyme.La Femme entre deux âges, vers 1575

Aucun meuble, aucun objet. Trois personnages occupent le premier plan, ils sont de grandeur natur elle et sont représentés jusqu’à mi-jambes. Une jeune femme est au centre, face au spectateur, et nous voyons de profil, à gauche un jeune homme, à droite un vieillard, tournés l’un vers l’autre. La jeune femme n’est vêtue que d’un voile transparent qui enveloppe son corps et couvre ses cheveux;  ceux-ci sont ramenés en arrière, dégageant le front, et retombent en boucles sur les épaules. Elle porte un collier et à chaque poignet un bracelet. A son voile sont attachées deux perles, l’une sur le front, l’autre sur la gorge.

Que voit-on ? La femme, personnage central, sa nudité est sublimée par ce qui la cache et la révèle : la transparence de son voile. Le voile ici comme chez Tintoret autorise la nudité et invite à la tentation de la chair.

En pensant au voile bleu de la Vierge, un bleu intense, fascinant, j’ai rouvert le livre Couleurs de M. Pastoureau dans lequel il invite le lecteur à un voyage polychromique et universel « voir toutes les images du monde en 350 photos ».

Policiers en position anti-émeutre devant un stade, Kaboul. Ahmad Masood
Policiers en position anti-émeute devant un stade, Kaboul. Ahmad Masood.

Cette photographie me comble de perplexité car elle fonctionne par contrastes : celui des couleurs, le plus évident ; celui des pesanteurs. Je m’explique, le voile intégral bleu qui recouvre une femme semble lui conférer avec élégance et légèreté une audace, voire une force inexpugnable face à un mur de soldats dans leur « uniforme » noir matraque au poing. La légèreté du carcan, voilà un oxymore photographique qui laisse songeur ! Le voile léger qui enferme, affirmerait sa puissance voire sa liberté de mouvement face à une force monolithique noire, au même titre que l’apparente fragilité s’impose face à la puissance de feu, cela fait surgir deux autres images qui font s’affronter la fragilité et la force, la première semblant gagner la bataille médiatique :

Marc Riboud, la jeune fille à la fleur, Washington, 1967
Marc Riboud, la jeune fille à la fleur, Washington, 1967
Place Tian'anmen, 1989, un homme face aux chars du pouvoir.
Place Tian’anmen, 1989, un homme face aux chars du pouvoir.

Vous me direz que je m’éloigne (c’est la raison pour laquelle les photos sont plus petites), je dois confesser cette digression et revenir au sujet annoncé par le titre de ce billet et surtout songer à conclure cette page un peu bavarde et vous proposer deux, trois chemins forcément de traverse : la sculpture, la photographie, la peinture paysagère..

Le voile à recouvert certaines œuvres ou plus exactement certaines œuvres vous marquent parce qu’elles s’offrent derrière un voile, je pense ici à Antonio Corradini dont j’ai croisé la Femme voilée allégorie de la Pureté (intéressant quand on y songe ou révoltant quand on y pense !!)

Antonio Corradini.
Antonio Corradini.

Quand je l’ai vu, je ne me suis penchée ni sur la plaquette portant le titre de l’œuvre ni sur l’allégorie présentée dans le guide à l’usage des pérégrins, elle était là, au premier étage, dans la bibliothèque de la Ca’Rezzonico de Venise. La virtuosité de l’artiste m’a cueillie : Antonio Corradini est parvenu à rendre le marbre transparent pour laisser entrevoir tous les détails du visage sous le voile; même s’il s’agit d’une allégorie religieuse, la sculpture transmet l’image sensuelle d’une jeune femme plongée en elle-même. Je vous conseille la lecture de ce billet sur un autre blog wordpress : le jardin des arts.

Il est temps de conclure et de reposer le voile sur le monde avec cette encre de Chine de 1837 signé Fédor Pétrovitch Tolstoï :

Tolstoï F.P. Trompe-l'oeil. 1837.
Tolstoï F.P. Trompe-l’oeil. 1837.

Comme je ne pourrais pas mieux écrire que la description proposée par Anna Antonova,  je me permets de la citer in extenso : Nature morte en trompe-l’oeil, dans laquelle le peintre donne l’illusion quasi parfaite d’une feuille d’album. Avec une virtuosité exceptionnelle, le maître recouvre la feuille d’une mince pellicule d’encre blanche, créant l’impression d’un papier translucide, à travers lequel on distingue un paysage. Il déploie un art consommé pour peindre le bord déchiré, les coins cornés, le papier froissé, les pliures, et parvient à tromper le spectateur en l’incitant à soulever le papier. Les linéaments flous des arbres, des édifices anciens, des silhouettes, retiennent notre attention par leur mystère, mais la fine pellicule nous cache à jamais le tableau. Tolstoï combine magistralement la réalité et l’imagination, la précision trompeuse et l’inachèvement romantique.

Nous finissons notre voyage par un ultime voile, un voile de notre époque contemporaine, celle du XIXème siècle : le voile des âmes et des spirites.

Photographie spirite (spectre et voiles) vers 1910 Album de photographies spirites
Photographie spirite (spectre et voiles) vers 1910 . Album de photographies spirites.

Pour aller un peu plus loin :

1) Arasse Daniel : Histoires de peintures, Denoël, 2004.

2) Arasse Daniel : On n’y voit rien, Folio Essais, 2000.

3) Dictionnaire culturel du christianisme, Cerf, 1994.

4) La Russie romantique, Chefs-d’œuvre de la galerie nationale Trétiakov Moscou, Paris, 2010.

5) Malherbe Anne: La Vierge au voile, étude iconographique

http://labyrinthe.revues.org/292

6) Pastoureau Michel: Bleu, Seuil, 2000.

7) Pastoureau Michel : Couleurs, 2010.

9) Pedrocco Filippo : Ca’Rezzonico, Musée du XVIII siècle vénitien, Marsilio 2005.

10) Tristan Frédérick : L’œil d’Hermès, Arthaud, 1982.