L’enfant et le néant. II. La petite fille au napalm.

Je reprends cette série de billets consacrée à la mise en scène de la souffrance des enfants pendant les conflits du XX-XXIème siècles. Pour ma part (je ne suis pas spécialiste), cette mise en scène est intimement liée à deux réalités distinctes l’une de l’autre. Une réalité liée à l’histoire des techniques, en l’occurrence celle de la photographie, l’autre à l’avènement d’une sensibilité exacerbée face à la violence belliciste dont les enfants s’imposent sans contradiction possible comme les victimes innocentes : le spectacle de leur souffrance devient dès lors insupportable au sens littéral du terme, c’est-à-dire que nos sens ne parviennent pas à soutenir la monstration du supplice infantile et nous oblige à une sorte d’examen de conscience.
L’image de la souffrance des enfants parcourt donc le temps contemporain ainsi que les espaces. Cette souffrance se donne à voir sur tous les continents et la photo qui médiatise cette douleur devient souvent iconique. Ainsi, comment ne pas penser à Kim Phuc ? Si vous ne connaissez pas son nom vous savez la souffrance de son corps et l’écho de son cri vous parvient encore.
Dans votre moteur de recherche, tapez « Guerre du Vietnam », Kim Phuc et son frère apparaissent dans les premiers résultats !
L’objet ici n’est pas de retracer, même à grands traits le déroulement de la guerre du Vietnam, mais si vous voulez vous mettre au point, voici un article court et factuel : Encyclopédie Larousse.

Elle s’appelle donc Kim Phuc, elle a 9 ans en 1972 quand son village, Trang Bang, situé dans les environs de Saïgon est la cible d’une attaque chimique : un bombardement au napalm par l’armée américaine. La petite fille est nue après avoir arraché ses vêtements en feu.

Kim Phuc brûlée au napalm. Nick Ut.
Kim Phuc brûlée au napalm. Nick Ut.

Cette photo de 1972 s’est imposée comme le symbole de la guerre du Vietnam, on la doit à Nick Ut Cong Huynh qui travaille alors pour l’agence Associated Press et qui obtient le prix Pulitzer pour cette photographie.

Nick Ut
Nick Ut

Cette image a fait le tour du monde ainsi que la vidéo montrant l’attaque et les conséquences de celle-ci sur le corps des enfants.

Mais, chaque image est aussi une mise en scène, et c’est bien de ceci dont il faut avoir conscience : alors que la vidéo britannique est en couleur la photo de Nick Ut est en noir et blanc. Dans la photographie de Nick Ut, la petite fille court vers nous hurlant de douleur, le photographe a choisi un cadrage : l’enfant les bras presque en croix occupe le centre de la composition, sa détresse vient en écho à celle des autres enfants qui fuient leur maison, les enfants courent vers nous. Cette fuite des innocents contraste singulièrement avec le pas régulier et assuré des hommes armés placés à quelques mètres derrière eux.

En 1997, la journaliste Annick Cojean s’entretient avec Kim Phuc qui décrit ainsi les premiers moments après l’attaque au napalm :
C’était un après midi étouffant du mois de juin 1972, en pleine guerre, en plein tourment. Depuis trois jours, le village subissait d’intenses bombardements d’avions sud-vietnamiens, et la population s’était réfugiée dans la pagode, endroit sacré par excellence, qu’aucun soldat, fut-il américain ne devait jamais viser. Soudain, à l’heure du déjeuner, la situation a semblé empirer, le feu s’étendre. Quelqu’un a surpris un signal de couleur lancé du ciel vers la pagode pour désigner une mire. Il a hurlé : « sortons ! Nous sommes morts si nous restons ici ! » Et la fuite s’est organisée : les enfants en premier, qui devaient courir vite ; et puis les gens âgés avec la nourriture, les adultes avec les bébés. (Source )

La question est inévitable : à quoi tient la force d’une photo ? A sa grâce, son magnétisme, son pouvoir d’interpellation ? D’où vient que, dans un déluge d’images, il en est une qui accroche le regard, imprime l’imaginaire et marque à jamais les mémoires ? Et comment expliquer qu’après avoir fait irruption dans nos vies son personnage central continue de nous hanter, qu’il devient familier et qu’on se l’approprie, qu’on se montre exigeant, qu’on souhaite entendre sa voix, donner à la photo une suite, une histoire, un destin ? Il nous a dérangés, fascinés, bouleversés ? Il n’a pas le droit de disparaître, il doit rendre des comptes ! Sa vie n’est-elle pas irrémédiablement liée à la nôtre ?
C’est à nouveau Annick Cojean qui soulève ces interrogations dans un article paru en 2012 que je vous invite à lire : ICI.

Il a fallu du temps à Kim Phuc pour accepter de se reconnaitre comme une victime de guerre, il y a quelques mois en octobre 2015, elle témoigne au festival des Octovales qui s’est tenu à Angers.

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Le Lac de Guerlédan (2015-2016)

Si vous n’êtes pas du Centre Bretagne, si vous n’avez pas fait un peu de tourisme dans le Kreiz Breizh, si vous ne regardez le 13 heures de Pernaut sur TF1 ; à ce propos avez-vous remarqué la surreprésentation des sujets traitant de la Bretagne dans cette édition ? Si vous ne connaissez pas le premier, n’avez pas arpenté le deuxième, ne regardez pas le troisième, il est fort probable que le nom de Guerlédan n’évoque rien pour vous.

Laissez vous prendre par la main, je vous y emmène.

Lac de Gerlédan. Localisation0

Le Lac de Guerlédan c’est là ! Entre la N164 qui parcourt la Bretagne de Brest à Rennes et la D767 qui rejoint Guingamp à Vannes en passant par Mûr de Bretagne, si cela ne vous évoque aucun lieu connu de vous, c’est normal ! Voici quelques cartes à différentes échelles pour mieux vous repérer.

Lac de Gerlédan. Localisation

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Lac de Gerlédan. Localisation2JPG

Le lac est à la frontière entre deux départements : Le Morbihan (petite mer en breton) et les Côtes d’Armor. Les Côtes d’Armor s’appelaient jusqu’en 1990 les Côtes-du-Nord, moi j’aimais bien cette désignation quand j’étais enfant, cela nous plaçait (même en imagination) sous des cieux septentrionaux et me rapprochait de la Cornouaille de l’autre côté de la Manche. Mais, les penseurs du marketing territorial et les édiles locaux ont décidé de rebaptiser ce coin de Bretagne « Côtes d’Armor ». Je vous invite à ce propos à lire l’article de Christian Le Bart et Thomas Procureur: Quand les Côtes du Nord sont devenues les Côtes d’Armor. Le département entre identité et attractivité .

Je m’éloigne du sujet, comme souvent ! Le lac de Guerlédan, cela me rappelle les « croisières » en vedette très très ennuyeuses pour l’enfant que j’étais, les courses en pédalo mais ça n’allait pas assez vite, les jeux dans le bois de Caurel et les baignades dans le lac beaucoup plus amusantes.

Le Lac de Guerlédan d’une superficie de 400 hectares, il s’étend sur 12 km et atteint 40 mètres de profondeur, est entièrement artificiel. Le lac sis dans la vallée du Blavet répond à trois finalités : L’alimentation en eau potable (c’est la plus grande réserve d’eau potable de la région), le développement d’activités nautiques et la production d’électricité. La construction du barrage hydro-électrique sur le cours du Blavet canalisé débute en 1923, les travaux s’achèvent en 1930. La vallée entière s’est retrouvée sous les eaux, ce que l’on peut observer sur ces trois cartes. Les cartes historiques de Cassini et d’Etat major permettent de localiser clairement le bois de Caurel et les méandres du Blavet, alors que sur la photographie aérienne rend visible la vallée ennoyée. La superposition de l’ancienne carte d’Etat major et la photographie aérienne donne la localisation précise du barrage.

Caurel Saint Aignan. Carte Cassini

Bois de Caurel. Carte d'Etat major

Guerlédan. Photo aérienne

Barrage

La mise en eau de la vallée a noyé 17 écluses et les maisons éclusières ainsi que les mines d’ardoises, cette roche métamorphique a longtemps été exploitée dans le pays du Centre Bretagne.

 

Le lac a déjà été mis à sec, la dernière fois c’était en 1985, entre mai et octobre 2015, EDF a procédé à l’examen technique du barrage en vidangeant complètement la retenue d’eau. Pendant les 6 mois d’assec, des nombreux travaux ont été réalisés, ça a surtout permis aux nombreux promeneurs de découvrir le fond du lac, d’arpenter les anciens chemins de l’halage, de marcher sur des mottes de vase asséchée et craquelée, de toucher les murs des maisons depuis longtemps englouties, d’observer les restes d’anciennes activités humaines qui gisent au fond du lac. C’est à la fois émouvant et inquiétant de penser effleurer les pignons de ces maisons plongées au fond de ce lac. Voici quelques clichés pris cet été au cours d’une promenade aérienne et aquatique

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Le début du remplissage, novembre 2015 :

Une carte interactive pour voir les photos des internautes-promeneurs :

Ar Bobl … Bonne année à tous les Bretons

Bonne année à tous les Bretons

A nos parents et à nos amis

A nos lecteurs de Bretagne et de France

A tous nos vendeurs

Au barde, au prêtre, au bourgeois

A ceux d’entre nous qui aiment nos coutumes

Bonne année à Françoise la servante

A Jeannot le paysan, mangeur de patates

Et à chacun, rouge ou noble

S’il soutient ar Bobl

Ça en jette, n’est-ce pas? Ces vœux de bonne année ont été rédigés  …. en 1913 dans le journal Ar Bobl (« le Peuple » en breton) un périodique paru entre 1904 et 1914 à Carhaix (et oui, cette ville du Centre Bretagne où se déroule le festival des Vieilles Charrues). Je vous invite à visiter le site consacré à ce journal :

Ar Bobl

Si vous êtes amateur ou amatrice de micro histoire, vous serez admiratif(ve) du remarquable travail réalisé par J.Y. Michel  qui a analysé les 502 numéros du journal. Les rubriques vous permettront de découvrir au creux du quotidien les chroniques d’une vie bretonne passée. Politique, religion, démographie, société vous saurez tout « des travaux et des jours » . C’est une plongée dans le passé avec une grosse pincée d’émotion(s). Les auteurs du site ont élaboré des nombreuses illustrations cartographiques.

Je vous laisse sur cette page de la défense de la langue bretonne : Bloavez mad … à tous

Et savourer un cliché de Charles-Augustin Lhermitte

Carhaix Plouguer en 1912. La rue Brizeux. Charles Augustin Lhermitte
Carhaix Plouguer en 1912. La rue Brizeux. Charles Augustin Lhermitte

Dans La Brousse d’Antoine BRUY.

 

Antoine Bruy. Les Maquis. Capture.
Antoine Bruy. Les Maquis. Capture.

C’est en lisant dans les Chroniques de la BNF un article intitulé Photographes en action que j’ai découvert le travail du jeune photographe Antoine Bruy, un des lauréats de la Bourse du Talent.Il appartient à cette génération qui explore toutes les possibilités du numérique en revisitant des sujets négligés, voire tombés en déshérence comme la pratique du portrait. Ces photographes « constatent la vertigineuse transformation du monde et ramènent la représentation du paysage au premier plan » (Anne Biroleau). Antoine Bruy a mené un projet fascinant mêlant à la fois portraits et carnet de route qu’il a baptisé Scrublands (Les brousses) : le photographe est parti à la rencontre de ceux et celles qui vivent en marge des villes françaises et européenne, dans un espace où la population est devenue très majoritairement urbaine. J’ai beaucoup aimé ce travail généreux et humaniste.

Antoine Bruy. Scrublands. Capture.
Antoine Bruy. Scrublands. Capture.

Pour en savoir plus sur ce projet, je vous invite à lire l’article que Konbini a consacré à ce jeune artiste et pour faire plus ample connaissance, faites un détour par son site internet : Antoine Bruy.

Les vitraux du Père Lachaise.

Cimetière du Père Lachaise. Septembre 2014.
Cimetière du Père Lachaise. Septembre 2014.

Le cimetière du Père Lachaise est un des lieux les plus fréquentés par les touristes, notamment par les touristes étrangers. Si vous vous asseyez sur un banc ou sur une marche vous entendrez, sans forcément les comprendre, des Espagnols, des Italiens, des Allemands, des Anglais, des Américains, des Russes : c’était le menu d’hier. Ce lieu est inclassable, un parc, un cimetière, un musée, un voyage dans le temps, vous pouvez l’arpenter un jour, y revenir le lendemain, entrer par une des portes latérales, ne pas suivre les allées, marcher entre les sépultures, emprunter des tours et des détours et penser s’égarer.

Plan du Père Lachaise.
Plan du Père Lachaise.

Hier, c’est la partie nord-ouest qui m’intéressait : un espace délimité parles avenues Latérale du Nord, Feuillant, Transversale n°1 et les murs d’enceinte surplombant l’avenue Gambetta et le boulevard de Ménilmontant. Une petite portion du cimetière en fin de compte. Cette fois- ci, ce n’est pas les portes des sépultures qui retenaient mon attention comme ce fut le cas lors de la précédente pérégrination (je vous en reparlerai). Ces portes souvent ouvertes, endommagées, fracturées par endroit, abandonnées laissent la possibilité d’apercevoir des vitraux, ou ce qu’il en reste. Je n’ai pas la prétention de proposer la recension exhaustive de ce patrimoine, certains le font très bien  et avec des compétences que je ne prétends pas maîtriser.

Le vitrail cassé, fendu, ébréché, en mauvais état dont les pièces absentes (volées ou égarées) provoquebien souvent une émotion plus vive au pérégrin qu’un vitrail en parfait état de conservation. Pourquoi me direz-vous ? Peut-être parce qu’il s’agit de vitraux de sépulture familiale et non d’un vitrail plus monumental d’un lieu de culte à destination d’une communauté religieuse : ces petits vitraux occupent toujours le même emplacement, au dessus de l’autel. Cette balade en cimetière a été guidée par un principe auquel je le jure (si je mens je vais en …) de ne pas avoir dérogé : ne toucher aucune porte et éviter ainsi un effet de mise en scène. Je laisse de côté ces propos quelque peu sentencieux, j’ai voulu capter et capturer le rai de lumière, voir comment la lumière fait jour dans des lieux obscurs, sans forcément y parvenir, le fiat lux se prononce sans se saisir. Mais, j’ai admiré des jeux de lumière et surtout ai été fascinée par l’inlassable et minutieuse œuvre arachnéenne, très loin du projet initial des familles qui ont bâti ces concessions, le temps passe et fait son œuvre. Voici quelques clichés des vitraux du Père Lachaise :

Les vitraux du Père Lachaise21 Les vitraux du Père Lachaise20 Les vitraux du Père Lachaise19 Les vitraux du Père Lachaise18 Les vitraux du Père Lachaise17 Les vitraux du Père Lachaise16 Les vitraux du Père Lachaise15 Les vitraux du Père Lachaise14 Les vitraux du Père Lachaise13 Les vitraux du Père Lachaise12 Les vitraux du Père Lachaise11 Les vitraux du Père Lachaise10 Les vitraux du Père Lachaise9 Les vitraux du Père Lachaise8 Les vitraux du Père Lachaise7 Les vitraux du Père Lachaise6 Les vitraux du Père Lachaise5 Les vitraux du Père Lachaise4 Les vitraux du Père Lachaise3 Les vitraux du Père Lachaise2 Les vitraux du Père Lachaise

 

La Petite Ceinture en boite.

Pierre Folk; By the Silent line.
Pierre Folk; By the Silent line.

La Petite Ceinture désigne l’ancienne voie de chemin de fer construite à Paris sous le Second Empire. Cette ligne ferroviaire de 32 km a été en service pour le transport des voyageurs jusqu’en 1934 et jusqu’aux années 1970 pour les marchandises.

Depuis 1988, on pouvait déjà se promener le long de la Coulée Verte, cet espace avait été créé par P. Mathieux et J. Vergely à l’emplacement de l’ancienne ligne de chemin qui reliait la place de la Bastille à la Varenne-Saint Maur.

Le projet de la Petite ceinture mené parla Mairie de Paris permet de se promener sur trois tronçons : dans les 16ème, 15ème et 12ème arrondissements (pour en savoir plus : le projet Petite Ceinture )

Paris. La petite ceinture. Juin 2014
Paris. La petite ceinture. Juin 2014
Paris. La petite ceinture.  Jardin potager
Paris. La petite ceinture. Jardin potager

La Petite Ceinture devient le refuge de ceux et celles qui voulant fuir le bruit urbain cherchent dans l’espace même de la ville des lieux préservés : quoi de mieux que les territoires délaissés ou abandonnés avant un prochain réaménagement ? Le photographe Pierre Folk est de ces urbains là.

Pierre Folk; By the Silent line.3Pierre Folk; By the Silent line.2Pierre Folk; By the Silent line.4Pierre Folk; By the Silent line.1

A travers ces images il y nourrit une réflexion sur le rapport de l’homme avec son environnement et dégage une mélancolie de la vie urbaine, ce besoin de quiétude cherché dans des recoins paumés où l’on a envie de se perdre : « Un de mes objectifs principaux était de rendre autant que possible cette impression d’avancer sur la voie, dans ce lieu entre deux mondes où se rencontrent la civilisation et la nature, le passé et le présent, le calme et l’agitation ». (Source). Pierre Folk a répondu aux questions de Konbini  , vous pouvez y lire l’interview.

Pierre Folk.

Bonne balade

Une fin d’été bleue en Bretagne.

C’est dans la capitale du pays du Poher, ou du Kreiz Breizh (Centre Bretagne) que je vous invite, le seul pays du Finistère qui n’a aucun accès à la mer, la ville des Vieilles Charrues pour ceux qui aiment les concerts en plein air, Carhaix– Plouguer (prononcez en phonétique Carraie Plouguère, s’il vous plait). Je suis entrée après bien des années dans l’église Saint-Trémeur par une petite porte latérale, l’intérieur sentait cette forte odeur de pierre et de vert, minérale et florale. Le soleil de fin de matinée est venu à la rencontre d’un magnifique vitrail : le jeu de lumière s’est imprégné de l’atmosphère ecclésiale. Un instant entre sacré et profane dont je vous livre ici quelques clichés vite emprisonnés par un objectif spontané.

Eglise de Carhaix. Le vitrail1
Eglise  Saint-Trémeur de Carhaix-Plouguer. Le vitrail.

Eglise de Carhaix. Le vitrail2 Eglise de Carhaix. Le vitrail3

 

Sur ce vitrail, si vous voulez en savoir plus : Ici ou 

 

PARIS libéré, photographié, exposé au musée Carnavalet. 1944 -2014.

Si vous habitez Paris ou sa région, si vous êtes de passage par ici, ou si vous vous promenez dans le Marais, prenez quelques heures pour vous rendre au musée Carnavalet et visiter cette magnifique exposition qui est plus qu’une exposition : Paris libéré, photographie, exposé. Il s’agit d’un voyage dans le temps qui rend le passé intelligible.

Comparer les deux affiches donne à comprendre tout le sens du propos :

Libération de Paris. Affiche de l'exposition, 1944.
Libération de Paris. Affiche de l’exposition, 1944.

L’affiche de 1944 est un photomontage d’après une photographie de Renée Zuber et ouvre le 11 novembre de la même année l’exposition « Libération de Paris » conçue par François Boucher. Cette affiche en noir et blanc colorée en sépia, met en scène au premier plan un homme seul, un pistolet dans la main droite, la main gauche reposant sur l’un des sacs formant une barricade. En arrière plan on distingue Notre Dame. Cette affiche nourrit un Paris mythifié, et cette image résonne :

Delacroix. La Liberté guidant le peuple.
Delacroix. La Liberté guidant le peuple.
Mort de Baudin. Défenseur de la Loi, le député Baudin meurt pour la République.
Mort de Baudin. Défenseur de la Loi, le député Baudin meurt pour la République.

L’affiche de 2014 est d’une toute autre nature, l’homme seul et grave a laissé place quatre jeunes femmes en liesse, heureuses, l’une d’entre elles passe son bras autour du cou d’un soldat souriant, on comprend alors que chaque commémoration est l’occasion d’une réécriture de l’Histoire.

11 juin 2014 - 08 février 2015. Paris libéré, photographié, exposé. Affiche de l’exposition.
11 juin 2014 – 08 février 2015. Paris libéré, photographié, exposé. Affiche de l’exposition.

C’est une Libération glorieuse et héroïque qu’il importe de valoriser en  1944 ; cette perspective épique transparaît dans la première exposition sur la libération de Paris qui se tient au musée Carnavalet peu de temps après l’événement. 70 ans plus tard, le musée Carnavalet propose de revisiter cette exposition conçue « à chaud » avant même la fin de la guerre.

L’exposition Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé permet de s’interroger sur la restitution de la mémoire ; elle rappelle que la narration des événements peut être réactualisée en permanence.

De nombreuses citations d’historien-ne-s (parmi lesquelles Alerte Farge ou Mona Ozouf) et de philosophes ponctuent le parcours ainsi qu’un entretien avec Axel Khan mené par Catherine Tambrun qui aide à se questionner. Une des questions posées contribue à nourrir cette conscience de l’Histoire : à quoi s’expose t-on quand on visite une exposition ? Pour comprendre comment la photographie aussi fabrique l’histoire, rendez-vous au musée Carnavalet.

Paris 19 août 2014.

Je ne vous chanterai pas la sérénade du « j’aime Paris au mois d’août », mais c’est vrai j’aime le climat aoûtien de la capitale, les longues promenades, l’observation des touristes un peu perdus que je n’hésite pas à renseigner, histoire de ne pas alimenter la réputation de « sales cons » que nous avons trop souvent … J’aime moins que la bouchère, le primeur, la boulangère, le poissonnier prennent un repos bien mérité : les vacances pour moi, pas pour les autres bien sûr. Respirer l’air de Paris (pas pollué) par un vent doux (pas de canicule) et sous un ciel changeant (comme en Bretagne) rend la vie légère.

Je voulais voir le Panthéon emballé mais pas par Christo le temps d’une restauration historique.

Le monument est toujours aussi impressionnant :

Panthéon 19 aout 2014
Panthéon 19 aout 2014

Les portraits sur la bâche, les structures apparentes des travaux, les touristes, les culs des deux-roues, l’abri bus, une grosse statue devant laquelle on se photographie en espérant ou redoutant que le généreux monsieur vous pisse dessus (véridique!!), tout cela m’invite vers ce lieu  un peu solennel mais qui vit par le mouvement qu’il organise dans un premier cercle.

Panthéon Paris 19 aout 2014
Panthéon Paris 19 août 2014

Une plaque des victimes du devoir attire mon attention  quand la ville veut commémorer « Sa » libération d’août 1944 :

Plaque victime du devoir Alexandre Massiani
Plaque victime du devoir Alexandre Massiani

Poursuivant une promenade diachronique, je me renseigne sur Alexandre Massiani, gardien de la paix  et je cherche son visage :

Alexandre Massiani, Source : La Libération de Paris
Alexandre Massiani, Source : La Libération de Paris

Il a été abattu le 19 août, vers 13h30, Place du Panthéon, alors qu’il surveillait les mouvements de la garnison allemande du Sénat. Transporté à la Maison de Santé des Gardiens de la paix, il meurt  le 21.

Poursuivant ma promenade, j’entre dans le jardin du Luxembourg, la lumière du jour rend hommage au parc.
Paris, jardin du Luxembourg, 19 août 2014.

Dans ce jardin, une exposition commémore « La » libération de Paris, elle met en scène le courage du peuple de Paris, capitale outragée, capitale libérée par elle-même : le sénat libéré, dans ce lieu la République reprend ses droits.

Paris 19 aout 2014. Le sénat libéré. Exposition
Paris 19 aout 2014. Le sénat libéré. Exposition

L’exposition met en scène une libération glorieuse, une libération sui generis : Paris aux forceps se libère de la « barbarie nazie » :

Paris 19 août 2014. Le sénat libéré.2
Paris 19 août 2014. Le sénat libéré.

En ce mois d’août, je me promène à Paris et trotte dans ma caboche des formules probablement toutes faites : les commémorations sont politiques, les expositions emblématiques. Je ne pense pas que la qualité se cache aux yeux du plus grand nombre dans quelques lieux élus par des initiés autoproclamés, je veux croire que tout le monde peut (doit)avoir accès au meilleur.
Cette promenade du jour qui est l’objet de ce billet, me permet de coucher en lettres numériques ces quelques Pensées pour moi même :

– dire tout le bien de l’intelligente et enthousiasmante exposition au musée Carnavalet sur Paris libéré,  Paris photographié, Paris exposé. ALLEZ-Y!!

– dire tout le rien (l’ennui de carte postale) que j’ai éprouvé pour une exposition à succès dans un musée que j’aime arpenter : Paris 1900.

 

 

 

La poule et le requin.

Aquarium Ripley's, beaucoup de monde dans le bocal.
Aquarium Ripley’s, beaucoup de monde dans le bocal.

Cela ressemble à un titre de fable et pourtant il n’en est rien. Cette histoire avait plutôt mal commencé : un hall bondé, de jeunes parents avec leur poussette, des enfants nourris sans être éduqués qui hurlent, gesticulent et vous bousculent : il y a vraiment des coups de bec qui se perdent ! Comment ne pas s’en vouloir de s’être laissée entrainer dans un lieu clos alors que le soleil brille dehors, surpeuplé quand les espaces vous appellent ?

Aquarium Ripley's Toronto.
Aquarium Ripley’s Toronto.

Je tente de regarder des aquariums et l’envie de rejoindre le monde du silence m’envahit quand je me noie dans cet insupportable brouhaha, mais des restes de bonne éducation m’interdisent de remonter le courant vers la sortie. Nous voilà en vacances à Toronto et nous plongeons dans l’aquarium Ripley’s :

Toit de l'aquarium Ripley's vu de la CN Tour
Toit de l’aquarium Ripley’s vu de la CN Tour

 

Une première partie de visite assez éprouvante, mais la tonalité a changé à l’entrée du tunnel même si les visiteurs sont très nombreux.

Aquarium. Début du tunnel.
Aquarium. Début du tunnel.

Mes yeux ont commandé le silence à mes oreilles et j’ai admiré le spectacle :