Une invitation à entrer dans mon panthéon en chansons. C’est le pronaos que j’espère en couleurs  avec des souvenirs et des regrets forcément. Toutes ces chansons ont un gout de première fois, certaines j’en ai conscience ont un fort goût de décalage.

La Grande Sophie : Suzanne.
Un matin très tôt, la radio est toujours branchée sur  France Inter dans la cuisine de la maison familiale, le jour au plus long pointe son nez, il est avant 6 heures cette mi-juillet . J’entends pour la première fois cette chanson avant de partir en voiture vers la Corrèze.

Adele : Rolling in the deep.
Je ne sais pas qui est cette chanteuse. Toute seule à Paris, il est 5h30 le matin, je me prépare pour une longue journée. La table pour le petit déjeuner, il fait nuit et le thé infuse. J’allume la télé, je zappe et tombe sur cette vidéo qui m’a envoutée : la journée s’est bien passée.

Boy : Drive Darling.
Un tropisme septentrional qui m’a rappelé Thelma & Louise.

En passant j’ai une pensée pour la Ballade de Lucy Jordan de Marianne Faithfull : 

Gossip : Heavy Cross.
Quand j’ai écouté cette chanson pour la première fois, que j’ai vu cette femme hors de tous les canons me hurler que le monde est cruel et qu’il faut faire face tout(e) seul(e) : j’ai épousé ses paroles. Et j’ai pensé à deux films : Boy’s dont cry  avec Hilary Swank et Monster avec Charlize Theron. C’est assez drôle n’est-ce pas, quand vous pensez à la dernière ?

Brigitte Fontaine : Prohibition.
Je pars toujours en vacances avec quelques sons dans les oreilles : traverser la France en TGV à partir de Paris tout est possible, encore une fois c’était vers l’Ouest. J’ai écouté pour la première fois ce poème d’une « vieille qui vous encule avec son look de libellule ». Passez votre chemin bâtard, merci Madame !

Nancy Sinatra : Bang Bang.
Ben ouais, comme tout le monde j’ai d’abord vu les films de Q. Tarantino avant d’aller écouter et découvrir la géniale bande originale de Pulp Fiction.

Dolly Parton : Jolene.
Ne pas se fier à son look pat’def pinky : sa voix à Dolly est à faire pleurer. N’allez pas lui chouraver son cheum même dans une déco de faux ranch, s’il vous plait.

Joan Baez : Here’s to you.
Je me suis bien amusée : j’apprends mes premières notes au xylophone avec ma tante, c’était il y a longtemps mais je pense que nous avions dépassé les décidels autorisés dans la maison. D’autorité et sans discussion(s) ma grand-mère avait fait cesser le « d’où vient ce boucan, c’est Vous ?! Allez dans le jardin ». Plus tard, le lendemain, cette ardente démocrate avait tenté de m’expliquer qui étaient Sacco et Vanzettii, je n’avais rien compris et avais préféré regarder « l’île aux enfants » sur l’A2. Merci à elle.

Nina Simone : Ain’t Got No…I’ve Got Life.
C’est un peu le problème avec mon autre grand-mère : je n’ai rien ! Mais j’ai la vie et personne ne me la prendra. C’est son côté Front populaire et féministe, elle est née quand les femmes n’avait pas le droit de vote. Je me souviens de ce jour d’élections (ne me demandez pas lesquelles) où tenant sa main j’entre pour la première fois dans l’isoloir, elle m’a expliquée l’enveloppe, l’autorité du bulletin secret, la force du vote. Je n’ai pas tout compris mais j’ai saisi le moment. C’était mon entrée d’élection en démocratie. Merci à elle.

Barbara : Göttingen.
Que dire ? Au-delà d’une fade déclaration d’amour à cette grande dame qui nous remercie de nous. Cette chanson a ouvert des horizons européens : Barbara, enfant cachée pendant la guerre parce que juive, qui chante que jamais ne revienne le temps du sang et de la haine, son cœur verserait une larme pour Göttingen.

Il faudra bientôt franchir la première porte et entrer dans le naos.