Rendez-vous au monument aux morts

Rendez-vous au monument aux morts. Documentaire du CNRS
Rendez-vous au monument aux morts. Documentaire du CNRS

La Première Guerre Mondiale marque l’entrée du 20e siècle dans la mort de masse. Afin de garantir la permanence du souvenir de tous ces soldats morts pour la patrie, on érige dès le début des années 1920 des monuments aux morts dans toute la France. Pluriels dans leur forme comme dans leur sens, ils constituent un précieux témoignage des mentalités de l’après-guerre.
Plusieurs historiens mettent en lumière les diverses significations que revêtent ces monuments répondant à la fois à la nécessité du deuil pour les familles et à celle de la commémoration de la victoire de la République pour l’état. Loin d’être les témoins muets de notre passé, ils nous interrogent sur la manière dont nous transmettons et maintenons notre mémoire collective.
Les intervenants : BECKER Annette ; DALISSON Rémi ; OFFENSTADT Nicolas ; DAVID Franck ; JULIEN Elise ; PROST Antoine

Rendez-vous au monument aux morts.

Rendez-vous au monument aux morts. Documentaire du CNRS. Capture d'écran
Rendez-vous au monument aux morts. Documentaire du CNRS. Capture d’écran
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Une mystérieuse plaque émaillée à Spézet.

Spézet est une petite ville de moins de 2 000 habitants du centre Bretagne, la rue principale est bordée de maisons très colorées qui contribuent au charme de cette commune de Haute Cornouaille. Je vous conduis à la maison bleue, vous ne pouvez pas ne pas l’apercevoir, elle est … bleue

Spezet. Maison bleue
Spezet. Maison bleue

Jusqu’à la fin du mois de septembre 2014, l’association de sauvegarde du patrimoine spézétois organise une exposition dans le cadre de la commémoration du centenaire de la première guerre mondiale. L’exposition est dense et surtout remarquable par sa qualité documentaire. Une pièce unique et très curieuse y est exposée : il s’agirait d’une partie du premier monument aux morts de la commune, très loin des réalisations habituelles, puisque les noms des soldats sont inscrits sur une plaque émaillée, la plaque comporte aussi de petits médaillons sur lesquels figurent parfois le portrait du soldat.

Spézet. Plaque émaillée. Un élément du premier monument aux morts. Exposition à la Maison Bleue
Spézet. Plaque émaillée. Un élément du premier monument aux morts. Exposition à la Maison Bleue.

La décision d’ériger un monument aux morts à Spézet pour rendre hommage aux 197 soldats « morts pour la France » est prise  le 23 février 1923.

Monument aux morts. Spézet. Délibérations du conseil municipal 1923.
Monument aux morts. Spézet. Délibérations du conseil municipal 1923.

Le prix du monument s’élève à 32 800 francs, la municipalité reçoit une subvention de 6232 francs et confie les travaux à la Société des Marbreries Générales. Cette dernière sur la demande des édiles spézétois taille la statue du poilu dans la kersantite finistérienne.

Monument aux morts de Spézet. Source.
Monument aux morts de Spézet. Source.

Mais c’est bien cette plaque émaillée dénichée chez un brocanteur de Leuhan qui retient l’intention, son bon état de conservation montrerait qu’elle n’a jamais été exposée à l’extérieur.

Spézet. Plaque émaillée, détail1.
Spézet. Plaque émaillée, détail1.
Spézet. Plaque émaillée, détail2.
Spézet. Plaque émaillée, détail2.

Ce document recèle de nombreux mystères et les questions restent pour l’instant sans réponse :

– Cette plaque est-elle antérieure au projet municipal de 1923 ?

– Pourquoi les noms de soldats ne sont indiqués par ordre alphabétique ? Quelle logique est alors à l’œuvre ? Est-ce les années de décès qui sont retenues ?

– Certains médaillons portent la mention « à la mémoire de … » : probablement que le concepteur de cette plaque ne disposait pas de tous les portraits.

– Pourquoi cette plaque réalisée à Brest par Loutrel et Mazin n’est pas complète : le projet aurait-il été abandonné avant la réalisation finale ?

– Quels chemins cette plaque a-t-elle empruntée pour venir jusqu’à nous ?

Le commentaire laissé ici par Franck David apporte plusieurs réponses : Il s’agit d’un de ces nombreux tableaux d’honneur que les mairies ont mis en place dès l’annonce des premiers morts avant que ne se pose la question d’un hommage monumental. Cela consistait parfois en de simples listes, avec la photographie du disparu, puis en des plaques émaillées. L’état de celle-ci est remarquable.

Si Vous êtes en Bretagne, n’hésitez à visiter cette belle exposition : vous y croiserez l’incroyable histoire de Pierre-Jean Boudehen un poilu revenu chez lui à la fin des combats. Je vous en parlerai …
Si vous avez des suggestions, des hypothèses ou mieux encore des réponses n’hésitez pas à les partager. Si vous, vous aussi un document rare sur cette période historique (celle du conflit et aussi celle des sorties de guerre), n’hésitez pas à laisser un message.

1914-1918, par la voix de dix historiens

Le quotidien Le Monde consacre de nombreux articles à la commémoration du centenaire de la première guerre mondiale dans une rubrique dédiée : Centenaire 14-18

Voilà  un visuel intéressant, les images d’archives défilent et dix historien(ne)s dont on ne connait pas les noms (petit bémol) commentent en anglais (vost en français) sept thèmes : les origines,  les tranchées, les empires, les fronts, le Massacre (pourquoi choisir la majuscule), la fin, les conséquences.

Dix historiens racontent 1914-1918. Visuel interactif, capture d'écran.
Dix historiens racontent 1914-1918. Visuel interactif, capture d’écran.

1914-1918. Eté 1914. Antoine Drouot. Un feuilleton numérique.

http://www.alaviealaguerre.fr/

#ALVALG
#ALVALG. Capture d’écran.

Eté 1914. Antoine Drouot, un jeune homme de 24 ans, chef de machine dans une imprimerie parisienne, est sur le point d’être mobilisé. Il décide de tenir un journal intime dans lequel il raconte son quotidien, ainsi que celui de ses amis et de sa famille. Ainsi commence « A la vie, à la guerre », récit interactif d’un poilu au cours de la « der des der ». Proposé par les éditions numériques 12-21 dans le cadre des commémorations de la première guerre mondiale, ce feuilleton original, écrit par un professeur d’histoire, Julien Hervieux, s’accompagne d’un blog interactif, alaviealaguerre.fr, où les lecteurs peuvent découvrir la vie des hommes et des femmes pendant le conflit, tout en collant aux événements réels qui se sont déroulés la même semaine, avec un siècle de décalage. Ainsi, les premiers éléments du blog ont été mis en ligne le 28 juin – date du tristement célèbre assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’empire austro-hongrois – mais le premier épisode de l’histoire d’Antoine Drouot a commencé le 3 juillet 1914 et a donc été publié le 3 juillet 2014. Ce blog et le roman-feuilleton « A la vie, à la guerre » sont des œuvres de fiction qui s’appuient sur des sources historiques très documentées : l’auteur travaille à partir des journaux de marche du 24e régiment d’infanterie (journaux établis par le commandement sur le terrain, au jour le jour, et dans lesquels sont décrits les manœuvres, les combats, les trajets, le quotidien des hommes, avec souvent moult détails). Les épisodes sont mis en vente chaque jeudi, jusqu’au 25 décembre. Les deux premiers sont gratuits, les suivants sont vendus 0,99 euro et disponibles chez les e-libraires.

Source : Le Monde.

1914-1918, un monde en guerre. Tant de morts …

Entre 1914 et 1918, le conflit militaire qui embrase l’Europe atteint une intensité sans précédent. Cette Première Guerre mondiale, qui aura des conséquences dans de nombreux domaines – démographique, politique, économique, social, culturel… – a totalement bouleversé l’ordre du monde.

C’est l’historien Antoine Prost, Président du conseil scientifique du centenaire de la Grande Guerre, qui signe l’éditorial de cette page du journal du CNRS, il y fait le point sur les écoles historiographiques. De plus, vous pouvez visionner cette vidéo sur les deuils de guerre qui s’inscrivent dans les pierres.

Bonne lecture :

14-18, un monde en guerre | CNRS le journal.

L’histoire du 08 mars, la vraie!

Clara Zetkin.
Clara Zetkin.

Le journal du CNRS propose de revisiter l’histoire de la journée des femmes qui se déroule tous les 08 mars. Pour moi cette journée commémorait la manifestation des couturières new-yorkaises qui s’était déroulée le 08 mars 1857, et bien, il n’en est rien!

Voici la lecture d’un article qui remet en place quelques idées toutes reçues ! Journées des femmes.

 

Un enfant n’a aucune valeur en temps de guerre.

Un titre en couperet, sans appel, sans dialogue! La guerre s’ouvre et bouscule durant l’été 1914 les derniers jours de l’ancien monde. Ces mots lacérés sont ceux d’Elfriede Kuhr, un des 14 protagonistes de l’exceptionnelle série d’Arte : des armes et des mots qui nous ouvrent les pages de 14 journaux intimes.

Des armes et des mots.
Des armes et des mots.

Ce sont des histoires vraies! Voilà une forme d’histoire, d’appréhension du passé comme je l’affectionne et la cultive : une histoire par le bas, celle que les anglos-saxons qualifient de « subalterns studies », comprendre le monde par la vie bouleversée ou en train de l’être de ces hommes, ces femmes et ces enfants plongés dans la totale et inédite conflagration européenne du début du XXème siècle. Avant de s ‘engouffrer dans la catastrophe originelle du XXème siècle , je vous laisse lire ou écouter la bande annonce : Nous pouvions traverser l’Europe de l’Atlantique au Bosphore en quelques jours seulement. Le chemin de fer avait fait le lien entre les coins les plus éloignés du continent, les distances ne comptaient plus. Tout nous semblait possible, il suffisait de le vouloir assez fort. Il y avait une excitation enfantine à succomber à ce vertige de la vitesse offert par les avancées techniques. Nous avions l’avenir entre nos mains, il semblait si brillant, si tangible. Nous ne pouvions imaginer à quel point le sol était instable sous nos pieds et le futur fragile jusqu’à l’été 1914.

14 journaux intimes.
14 journaux intimes.

Comment dirons-nous demain les guerres aux nouveaux visages qui se déroulent aujourd’hui ?

Les combats de Bois-le-Prêtre : le témoignage d’un soldat amateur.

Film Bois le Prêtre

La Mission du centenaire 14-18 vient de publier sur son site Internet un film inédit tourné en 1915, intitulé Après les combats de Bois le Prêtre. Il montre la mort de masse, sujet qui n’était jamais filmé à l’époque. Laurent Véray, historien du cinéma, qui a mené une enquête de deux ans sur ce film, conservé à la Bibiliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), explique comment ce document d’archives a été découvert et en commente les différentes séquences.

Pour mieux connaitre cette source exceptionnelle, je vous invite à lire cette présentation sur le site de la mission du centenaire.

Ce document avait été déposé aux Archives du film français par la BDIC en 1996. Personne ne s’était soucié de le regarder. Ce n’est qu’à la fin des années 2000, lorsque les Archives du film français se sont lancées dans une politique de numérisation tous azimuts que le document a été sorti de sa boîte. En consultant les registres de dépôt de la BDIC, nous avons trouvé des traces de ce document au début des années 1960. Nous sommes tout d’abord partis sur une fausse piste. Un nom figurait sur les boîtes de film, mais l’écriture n’était pas très lisible, « Gal Ladévèze », et nous pensions alors qu’il s’agissait d’un général. On s’est rendu compte que c’était le nom du donateur. Nous avons retrouvé aux Archives du film français une photocopie d’une lettre de la sœur d’Albert Gal-Ladévèze, l’auteur du film. Celle-ci aurait fait don de ces bobineaux au Musée des deux guerres mondiales, aujourd’hui Musée d’histoire contemporaine de la BDIC. Dans cette lettre, à prendre avec précaution, car sans doute rédigée au moment du dépôt — donc longtemps après le tournage —, elle explique que son frère était sergent au 268e régiment d’infanterie, qui faisait partie de la 73e division d’infanterie. J’ai cherché la trace de ce régiment. Il a effectivement combattu dans le secteur de Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), où se trouve le Bois le Prêtre. Il y a donc tourné ces images. Sa sœur dit qu’il y a été blessé à plusieurs reprises, avant d’être relevé. Entré dans l’aviation, il est ensuite devenu instructeur de vol, avant de mourir dans un accident d’avion. La suite de l’entretien : sur le site du Monde.

 

 

Les fantômes de la République.

Se tient en ce moment dans la salle des prévôts de l’hôtel de ville à Paris une exposition peu médiatisée (donc, vous ne patienterez pas une heure  ou deux afin de pouvoir accéder à celle-ci) mais fort intéressante sur les fusillés de la Grande Guerre, sujet très sensible dans la mémoire collective et auquel aucune expo n’avait été consacrée (du moins dans la capitale) : les fusillés de la Grande Guerre qui sont au nombre de 650 et que nous avons tendance à assimiler aux mutins de 1917.

Affiche de l'expo Fusillés pour l'exemple, 1914 2014. Les fantômes de la République

Il s’agit d’un sujet à la mémoire vive, pour s’en convaincre, je vous laisse lire cet extrait tiré d’un article du Monde et qui résume assez bien le degré de sensibilité du sujet :

En France, pas de réhabilitation morale collective, la mention « mort pour la France » est attribuée à titre exceptionnel. Le 31 octobre 2012, Kader Arif, ministre délégué auprès du ministre de la défense, chargé des anciens combattants, l’accorde à Jean-Julien Chapelant, fusillé le 11 octobre 1914. L’exposition rappelle qu’en France le sujet fut longtemps tabou d’un point de vue politique. Le premier ministre Lionel Jospin est le premier à s’exprimer en faveur d’une réhabilitation politique en 1998, provoquant un tollé au sein de la droite. Un consensus politique est atteint en 2008, lorsque Nicolas Sarkozy évoque la mémoire de « ceux qui n’ont pas tenu ». Le 7 novembre dernier, François Hollande décide d’accorder une place à l’histoire des fusillés au Musée de l’armée aux Invalides, de numériser les dossiers des conseils de guerre et de les rendre accessible au pubic. Comment ont réagi les descendants de fusillés et les associations militant pour leur réhabilitation ? « La démarche a contenté une petite part dans certaines régions, mais une fracture demeure, notamment au niveau des élus », répond Laurent Loiseau, le commissaire de l’exposition.(Le Monde, 07 février 2014)

L’exposition permet aux visiteurs d’avoir un aperçu de la recherche historique la plus récente, de comprendre comment et pourquoi ces fusillés pour l’exemple que l’inconscient a transformé en victime emblématique de l’incompétence des chefs occupent dans la mémoire collective une place disproportionnée au regard de 1.4 million de morts français.

Le parcours est jalonné de silhouettes sur le torse desquelles un document vous présente brièvement l’identité et le parcours d’un soldat fusillé.

Fusillé F. Fontanaud
Fusillé F. Fontanaud

Vous pourrez aussi lire les comptes rendus de conseil de guerre, comme celui qui concerne le soldat Florimond Alexandre Carpentier, coupable en septembre 1914 d’avoir abandonné son poste

Conseil de guerre  F. Carpentier, sept 1914
Conseil de guerre F. Carpentier, sept 1914
Conseil de guerre, F. Carpentier, sept 1914. (suite).
Conseil de guerre, F. Carpentier, sept 1914. (suite).

L’exposition permet de comprendre les mécanismes de la justice militaire en la replaçant dans un temps long, temps ouvert par la Révolution française. Elle interroge la notion d’exemplarité et surtout fait comprendre comment peuvent en temps de guerre s’articuler les justices militaire et civiles. Par exemple, les cours martiales de 1870 sont rétablies car dans l’état de siège qui est proclamé le 02 septembre 1914  les civils passent sous la coupe des militaires. Le plus urgent est alors de maintenir les hommes à leur poste, quitte à se « faire tuer sur place ». A l’encontre des soldats défaillants il s’agit d’appliquer une procédure accélérée. La suspension des recours est organisée en deux temps par Messimy, un ancien de Saint-Cyr ministre de la guerre au début du conflit puis par Millerand son successeur.

Adolphe Messimy sur le front lors de la Première Guerre mondiale
Adolphe Messimy sur le front lors de la Première Guerre mondiale

Le 06 septembre, le président de la République Raymond Poincaré signe les décrets établissant de nouveaux types de conseils de guerre : de cinq juges, les tribunaux passent à trois juges ; la défense est réduite au minimum ; l’avocat est commis d’office, même s’il ne connait rien au droit; l’instruction est inexistante et l’appel au témoin presque impossible. Le conseil de guerre rend son jugement en flagrant délit, à la majorité de deux voix contre une. La sentence n’est susceptible ni de recours en révision, ni de pourvoi en cassation et peut être exécutée aussitôt après la lecture qui en est faite au condamné. Dans les faits, le verdict ne laisse d’autres choix que l’acquittement ou la mort.

Carnet d'un officier du conseil de guerre.
Carnet d’un officier du conseil de guerre.

L’exposition interroge aussi sur la place de la peine de mort dans une société démocratique, qui plus est une société démocratique en guerre..

La dernière partie de l’exposition donne la parole aux artistes : photographes, plasticiens proposent leur travail sur la mémoire des fusillés.

Thérèse Bisch.JSource

Il vous reste encore quelques semaines pour vous rendre à l’hôtel de ville de Paris. Et pour aller plus loin : Quelle mémoire pour les fusillés de 1914-1918? Un point de vue historien. Bonnes promenade et lecture.

Génocides et prévention des crimes contre l’Humanité

Les Itinéraires de Citoyenneté.

Voilà une proposition d’itinéraires bienvenue pour les amateurs d’histoire contemporaine et les curieux en tout genre. A partir de cette fenêtre interactive vous pourrez choisir votre parcours et avoir accès à une documentation précieuse et des résumés sérieux ainsi que des propositions bibliographiques.

Génocides et crimes contre l'humanitéIl s’agit bien évidemment d’une première approche, mais cette étape s’avère essentielle pour, dans l’océan des publications et la masse documentaire à disposition des internautes, ne pas se tromper ni se laisser fourvoyer par des prises de positions « scientifiquement » douteuses par des auteurs se vociférant historiens.