Répondre par l’Histoire

Mathilde Larrere est maîtresse de conférences en histoire contemporaine, dans la chronique suivante elle propose de « répondre par l’Histoire à des instrumentalisations du passé dans la scène médiatique et politique » en partant des propos tenus par B. Delanoë qui affirme que l’extrême gauche  ne voulant pas choisir entre les sociaux-démocrates et les nazis est responsable de l’arrivée de ces derniers au pouvoir. Dans une mise au point claire, efficace et scientifique, l’historienne remet les choses en place et à leur place. Je vous invite à l’écouter.

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Dans un futur peut-être proche … écarlate

the-handmaid-s-tale
the-handmaid-s-tale

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, toutes de rouge vêtues. L’une d’elle, Offred, raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. L’histoire se déroule dans des Etats-Unis en guerre civile, où la pollution a fait chuter la fertilité des femmes. Au prétexte de protéger le peuple, on l’a privé de ses libertés et un puissant gouvernement surveille chaque geste. Dans cette société le viol et le harcèlement sont élevés au rang de tradition et donc de normes sociales

La Servante Écarlate
La Servante Écarlate

Voici l’intrigue du roman de Margaret Atwood  paru à la mi-temps des années 1980 et intitulé La servante écarlate (The Handmaid’s Tale). C’est un roman  de SF qu’on qualifie de dystopique. La dystopie est le contraire de l’utopie. Le Livre qui peut à lui seul représenter le genre est celui de G. Orwel 1984.
Dans le monde d’Offred, vous l’aurez compris la prophylaxie sociale se traduit par des grandes purges qui vise l’élimination de tous les homosexuels, des médecins défendant la contraception et des religieux considérés hétérodoxes. La morale, l’agencement des mœurs se fondent sur une lecture littérale de la Bible qui s’impose à tous. Surtout aux femmes, qui sont au mieux des épouses, au pire des esclaves sexuelles comme Offred.

Le roman avait fait l’objet d’une adaptation au cinéma en 1990 :

La-Servante-Ecarlate
La-Servante-Ecarlate

Le film est sur Youtube (bof, on peut s’en passer, sauf si vous avez du temps à consacrer à une plage d’ennui. C’est bien aussi l’ennui)

Pourquoi je vous présente ce roman (à lire) ? Parce que je suis une dévoreuse de séries et que depuis quelques semaines ce roman a été adapté pour la plateforme de VOD HULU. Le rôle d’Offred est tenu par Elisabeth Moss :

Elisabeth Moss  tenait le rôle de la détective Robin Griffin dans l’excellentissime série Top Of The Lake réalisée par J . Campion

 

La Servante Ecarlate (The Handmaid’s Tale),  quelques comptes rendus picorés :

Mémoire, histoire et Traverso

Dans un moment où histoire et mémoire sont instrumentalisées en hochet politique, il est nécessaire de revenir à quelques fondamentaux. L’historien Enzo Traverso nous servira de passeur.
Dans l’introduction de son livre, 1914-1945, La guerre civile européenne , il explique ce que signifie écrire des livres d’histoire, cela consiste à offrir la matière première nécessaire à un usage public du passé. Cela ne fait pas de l’historien le gardien d’un patrimoine national – laissons cette ambition à d’autres – car sa tâche consiste à interpréter le passé, non à favoriser des processus de construction identitaire ou de réconciliation nationale.
Il met en garde sur les dangers d’une posture qui conduirait les intellectuels à formuler une condamnation morale de la violence sans procéder à son analyse : les pages qui vont suivre refusent de la [la violence] réduire à une catastrophe humanitaire ou à un exemple effrayant de la malfaisance des idéologies. elles partent de l’idée que, si toutes les guerres civile sont des tragédies, certaines méritent que l’on s’y engage. Que nous, citoyens d’une Europe démocratique, avons contracté une dette à l’égard de ceux qui sont battus pour la construire. Qu’une démocratie amnésique est forcément fragile, surtout dans un continent qui a connu les fascismes. Et qu’il ne faudrait pas confondre une attitude de rejet apolitique de l’engagement, de condamnation de la violence et des stigmatisations des idéologies, avec une forme de sagesse intemporelle. Il ne s’agit pas de contester les vertus civiques de l’humanitarisme, mais simplement de refuser que notre sensibilité post-totalitaire nous conduise à transformer une catégorie éthico-politique en une catégorie historique, en pensant que la condamnation morale de la violence massive puisse remplacer son analyse son interprétation.

Mémoire en eaux troubles

Une certaine dit : la France n’était pas responsable du Vél’ d’Hiv.

source

Sommes-nous collectivement condamné-e-s à être les otages de ces « assassins de la mémoire » ??

Dans le discours de 16 juillet 1995 que j’ai écouté en direct dans mes jeunes années, le président de la République Jacques Chirac (pour qui je n’avais pas voté) appelait à la vigilance et reconnaissait la responsabilité de la France dans cette rafle.

http://www.ina.fr/video/CAB95040420
http://www.ina.fr/video/CAB95040420

Ce jour-là, je l’ai remercié : l’Etat en reconnaissant une part de notre histoire, nous a fait grandir car reconnaitre signifiait s’émanciper de cette France « du chagrin et de la pitié ». Je suis de ce pays, de cette histoire, moi qui suis née bien longtemps après cette guerre : cette histoire n’est pas un fardeau, c’est un héritage, raison pour laquelle le mot « repentance » ne revêt aucune signification.

Alors quand certain-e-s jouent les apprentis sorciers de la discorde nationale, je me permets de penser que les seul-e-s que nous n’entendons pas suffisamment dans l’espace médiatique sont les historien-ne-s, les vrais, pas les autoproclamés des émissions de talk show !

La France n’était pas responsable du Vél’ d’Hiv : cette énième saillie pose encore une fois la nature des relations troubles que le « personnel » politique entretient avec le passé instrumentalisé par certains au gré des basses opportunités.

Voici le texte du discours prononcé le 16 juillet 1995 et l’analyse de l’historienne Annette Wieviorka.

Monsieur le Maire, Monsieur le Président, Monsieur l’Ambassadeur, Monsieur le Grand Rabbin, Mesdames, Messieurs,
Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l’idée que l’on se fait de son pays.
Ces moments, il est difficile de les évoquer, parce que l’on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l’horreur, pour dire le chagrin de celles et ceux qui ont vécu la tragédie. Celles et ceux qui sont marqués à jamais dans leur âme et dans leur chair par le souvenir de ces journées de larmes et de honte.
Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français.
Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 450 policiers et gendarmes français, sous l’autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis.
Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police.
On verra des scènes atroces : les familles déchirées, les mères séparées de leurs enfants, les vieillards — dont certains, anciens combattants de la Grande Guerre, avaient versé leur sang pour la France — jetés sans ménagement dans les bus parisiens et les fourgons de la Préfecture de Police.
On verra, aussi, des policiers fermer les yeux, permettant ainsi quelques évasions.
Pour toutes ces personnes arrêtées, commence alors le long et douloureux voyage vers l’enfer. Combien d’entre-elles ne reverront jamais leur foyer ? Et combien, à cet instant, se sont senties trahies ? Quelle a été leur détresse ?
La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux.
Conduites au Vélodrome d’hiver, les victimes devaient attendre plusieurs jours, dans les conditions terribles que l’on sait, d’être dirigées sur l’un des camps de transit — Pithiviers ou Beaune-la-Rolande — ouverts par les autorités de Vichy.
L’horreur, pourtant, ne faisait que commencer.
Suivront d’autres rafles, d’autres arrestations. À Paris et en province. Soixante-quatorze trains partiront vers Auschwitz. Soixante-seize mille déportés juifs de France n’en reviendront pas.
Nous conservons à leur égard une dette imprescriptible.
La Torah fait à chaque juif devoir de se souvenir. Une phrase revient toujours qui dit : « N’oublie jamais que tu as été un étranger et un esclave en terre de Pharaon ».
Cinquante ans après, fidèle à sa loi, mais sans esprit de haine ou de vengeance, la Communauté juive se souvient, et toute la France avec elle. Pour que vivent les six millions de martyrs de la Shoah. Pour que de telles atrocités ne se reproduisent jamais plus. Pour que le sang de l’holocauste devienne, selon le mot de Samuel Pisar, le « sang de l’espoir ».
Quand souffle l’esprit de haine, avivé ici par les intégrismes, alimenté là par la peur et l’exclusion. Quand à nos portes, ici même, certains groupuscules, certaines publications, certains enseignements, certains partis politiques se révèlent porteurs, de manière plus ou moins ouverte, d’une idéologie raciste et antisémite, alors cet esprit de vigilance qui vous anime, qui nous anime, doit se manifester avec plus de force que jamais.
En la matière, rien n’est insignifiant, rien n’est banal, rien n’est dissociable. Les crimes racistes, la défense de thèses révisionnistes, les provocations en tout genre — les petites phrases, les bons mots — puisent aux mêmes sources.
Transmettre la mémoire du peuple juif, des souffrances et des camps. Témoigner encore et encore. Reconnaître les fautes du passé, et les fautes commises par l’Etat. Ne rien occulter des heures sombres de notre Histoire, c’est tout simplement défendre une idée de l’Homme, de sa liberté et de sa dignité. C’est lutter contre les forces obscures, sans cesse à l’œuvre.
Cet incessant combat est le mien autant qu’il est le vôtre.
Les plus jeunes d’entre nous, j’en suis heureux, sont sensibles à tout ce qui se rapporte à la Shoah. Ils veulent savoir. Et avec eux, désormais, de plus en plus de Français décidés à regarder bien en face leur passé.
La France, nous le savons tous, n’est nullement un pays antisémite.
En cet instant de recueillement et de souvenir, je veux faire le choix de l’espoir.
Je veux me souvenir que cet été 1942, qui révèle le vrai visage de la « collaboration », dont le caractère raciste, après les lois anti-juives de 1940, ne fait plus de doute, sera, pour beaucoup de nos compatriotes, celui du sursaut, le point de départ d’un vaste mouvement de résistance.
Je veux me souvenir de toutes les familles juives traquées, soustraites aux recherches impitoyables de l’occupant et de la milice, par l’action héroïque et fraternelle de nombreuses familles françaises.
J’aime à penser qu’un mois plus tôt, à Bir Hakeim, les Français libres de Koenig avaient héroïquement tenu, deux semaines durant, face aux divisions allemandes et italiennes.
Certes, il y a les erreurs commises, il y a les fautes, il y a une faute collective. Mais il y a aussi la France, une certaine idée de la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie. Cette France n’a jamais été à Vichy. Elle n’est plus, et depuis longtemps, à Paris. Elle est dans les sables libyens et partout où se battent des Français libres. Elle est à Londres, incarnée par le Général de Gaulle. Elle est présente, une et indivisible, dans le cœur de ces Français, ces « Justes parmi les nations » qui, au plus noir de la tourmente, en sauvant au péril de leur vie, comme l’écrit Serge Klarsfeld, les trois-quarts de la communauté juive résidant en France, ont donné vie à ce qu’elle a de meilleur. Les valeurs humanistes, les valeurs de liberté, de justice, de tolérance qui fondent l’identité française et nous obligent pour l’avenir.
Ces valeurs, celles qui fondent nos démocraties, sont aujourd’hui bafouées en Europe même, sous nos yeux, par les adeptes de la « purification ethnique ». Sachons tirer les leçons de l’Histoire. N’acceptons pas d’être les témoins passifs, ou les complices, de l’inacceptable.
C’est le sens de l’appel que j’ai lancé à nos principaux partenaires, à Londres, à Washington, à Bonn. Si nous le voulons, ensemble nous pouvons donner un coup d’arrêt à une entreprise qui détruit nos valeurs et qui, de proche en proche risque de menacer l’Europe tout entière.

CONNAISSANCE-DE-CAUSES 

Un travail remarquable d’analyse des discours politiques au prisme du genre.

A lire sans modération et à diffuser

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Au Moyen Age, les images entrent dans les maisons.

Le Moyen Age comme vous ne l’avez jamais vu

Depuis quelques années, dans le Languedoc-Roussillon, on redécouvre régulièrement dans de vieilles demeures médiévales, des plafonds peints. Ces peintures, datant de la fin du Moyen Âge, se trouvent principalement dans des bâtiments ayants appartenu à l’élite ecclésiastique, aristocratique ou encore à de riches marchands. Les historiens Monique Bourin et Pierre-Olivier Dittmar, nous font découvrir le sens et la fonction sociale de ces images dans l’univers domestique médiéval. En effet, ces images, proches des valeurs et des intérêts du quotidien, représentent pour le commanditaire une mise en scène de soi dans son cadre de vie habituel, mais sont aussi données à voir à tous ceux qui pénètrent dans ces salles décorées, ancêtres des murs de Facebook. Pendant longtemps, et malgré le talent de nombreux peintres qui s ’ y sont exercés, ce type d ’ art a été peu étudié car considéré comme mineur en comparaison de la grande peinture. Dans les années 1990-2000, l’anthropologie, en s’intéressant aux images dites populaires, le remet au goût du jour. (Source)

Kreizh au KuB

KuB ! Un acronyme bien entendu, mais mâtiné d’une langue régionale. « Ku » pour culture et « B » pour Bretagne (ou Breizh).
KUB est LE webmédia breton de la culture, ce qui ne veut surtout pas dire qu’il s’agit d’un webmédia de la culture bretonne !

Le webmédia breton de la culture.

L’ambition de cette plateforme est non seulement d’accueillir mais aussi de permettre la diffusion de la création culturelle en Bretagne. Et oui, les Bretons peuvent chanter d’autres refrains que « ils ont des chapeaux, vive la … »

Après la version test lancée en avril 2017, la nouvelle née KuB vient de paraître avec pour ambition d’exposer des œuvres singulières, peu ou pas visibles sur les écrans traditionnels, avec une attention particulière apportée aux nouvelles écritures.
À l’occasion du lancement de sa nouvelle version, KuB fait une tournée en Bretagne et vient à la rencontre des espaces de culture et des acteurs culturels bretons. Ses responsables étaient dernièrement au théâtre du Pays de Morlaix. Porté par le Contrat d’objectifs et de Moyens et dans le cadre du Projet audiovisuel breton, KuB, basé à Vannes, est conventionné par l’État et la Région pour éditer des programmes sur le web, pour améliorer la visibilité des événements et des artistes de Bretagne mais aussi pour accompagner des projets sous forme de coproduction, de coédition. Le site dispose déjà de 400 vidéos il s’articule autour de 5 grands thèmes : les arts, les gens, les territoires, l’histoire, les collections.


Aujourd’hui ce sont « Les Gens » qui ont retenu mon attention et notamment la rubrique « Le Travail », je vous invite à aller jeter vos deux yeux sur « Les Mémoires Vives », une série de six portraits d’ouvrières réalisée par Cécile Borne et Thierry Salvert .

Ces ouvrières parlent de leur condition. L’évolution des pratiques, des techniques, des produits… Le travail qui se complexifie, s’accélère. Des jeunes femmes qui se forment, intègrent les gestes, acquièrent l’expérience, cherchent à obtenir un CDI, à prendre de l’ancienneté. Accomplir son travail, s’accomplir par le travail. Passer sa vie au travail. Attendre la retraite. Thématiques connues mais vécues différemment au gré des caractères, des situations et des âges. Ces voix intérieures se confient pendant qu’on voit les corps au travail. Travailler avec une machine au risque de devenir machine.
Cet article présente le travail des deux artistes : ICI

Bon voyage et belles découvertes.

09 avril 1917 : la Bataille d’Arras.

La bataille d’Arras
Source : http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/190026

Le 9 avril 2017, le monde commémore le Centenaire de la Bataille d’Arras, considérée comme la plus grande attaque surprise de la Première Guerre mondiale.
La bataille, qui s’est déroulée en 38 jours, a majoritairement concerné des soldats du Commonweath venus des cinq continents (Anglais, Gallois, Irlandais, Ecossais, Indiens, Américains, Canadiens, Néo-zélandais…). Au total, plus de 160 000 soldats alliés et au moins autant du côté allemand y ont perdu la vie, et 80% de la surface de la ville d’Arras a été rasée. Revivez ce célèbre épisode de de la Grande Guerre grâce à cette vidéo réalisée par la Ville d’Arras.

Thiepval. Les disparus de la Somme.

Thiepval est un petit village situé dans la Somme en Picardie et qui fut l’un des théâtres de la bataille de la Somme au cours de la Grande Guerre. C’est à Pozières que les Australiens ont lancé leur force au cours de l’année 1916.

Le village de Pozières  évoque le premier engagement d’envergure des troupes australiennes sur le front occidental. Arrivés le 23 juillet 1916 et après s’être emparés de Pozières, les Australiens, épuisés par d’incessantes contre attaques d’artillerie, furent relevés le 5 septembre par les Canadiens à la Ferme du Mouquet. Trois de leurs divisions étaient passées par le secteur de Pozières et avaient subi des pertes supérieures au tiers des effectifs engagés. Quant au village, il avait totalement disparu.

Ferme du Mouquet avant et après le bombardement@musée de Thiepval.
Ferme du Mouquet avant et après le bombardement@musée de Thiepval.

En novembre 1918, les champs de bataille de la Somme ne sont plus que mares de boues traversées par des barbelés, semés de tronc d’arbres calcinés. Des milliers de soldats venus de tout l’Empire britannique sont tombés dans la Somme, leurs corps n’avaient pas été retrouvés, leurs tombes n’avaient pas été enregistrées ou avaient été perdues ou détruites pendant les combats. Certains soldats n’ont pas pu être identifiés et ont été enterrés sous une pierre tombale avec la mention « Connu de Dieu seul », ce sont les soldats portés disparus. Le Mémorial de Thiepval rend hommage aux « Disparus de la Somme »

Les disparus de la Somme. Mémorial de Thiepval
Les disparus de la Somme. Mémorial de Thiepval

C’est un monumental édifice haut de 45 m qui se tient sur une crête au sud du village de Thiepval, il domine l’horizon et se voit de très loin, il est l’œuvre de Sir E. Lutyens.

Mémorial de Thiepval
Mémorial de Thiepval

La construction débute en 1928 avec le creusement de fondations à 9 mètres de profondeur, cette partie des travaux permet de mettre à jour des tunnels et des pièces d’artillerie qui n’avaient pas explosées.

Mémorial de Thiepval. 1931, en construction
Mémorial de Thiepval. 1931, en construction.

Le centre du mémorial est surplombé par une arche de 24 mètres de hauts et repose sur des piliers dans lesquels les noms des disparus sont gravés sur de la pierre blanche de Portland.

Mémorial de Thiepval. Pierre blanche de Portland
Mémorial de Thiepval. Pierre blanche de Portland.

Ils sont nombreux les Australiens entre Pozières et Péronne en ce mois de juillet, des jeunes, des vieux en voyages organisés, des familles sur la trace de ces soldats morts si loin de chez eux, des soldats ; tous venus honorés la mémoire des morts. Ce fut un moment très émouvant.

Mémorial de Thiepval. Avant la cérémonie du 20 juillet 2016
Mémorial de Thiepval. Avant la cérémonie du 20 juillet 2016
Mémorial de Thiepval.Avant la cérémonie du 20 juillet 2016. La mise en place
Mémorial de Thiepval.Avant la cérémonie du 20 juillet 2016. La mise en place

Si vous passez par la Somme, je vous invite à visiter le tout nouveau musée de Thiepval inauguré le 02 juin 2016.

Musée de Thiepval
Musée de Thiepval

Allons Enfants de l’Acadie

Souvent je pense que la réalité des femmes et des hommes ne peut se lire avec satisfaction par l’emprunt exclusif des concepts géopolitiques. Si ces derniers sont nécessaires à un entendement du monde, ils restent inopérants à la compréhension des expériences individuelles, vous auriez beau jeu et raison de rétorquer que l’expérience d’un seul ne peut dire le tout et dès lors rejeter toute métonymie : le vécu de quelques uns ne pouvant donner sens à un destin qui englobe toute une société. Toutefois, tentons le pari de suivre pas à pas l’irruption d’une guerre d’un nouveau genre, une guerre totale,  dans le quotidien d’individus qui, par la géographie, sont éloignés des théâtres des opérations mais qui s’engageront dans un conflit très loin de chez eux. C’est l’aventure à laquelle nous convient Ici Radio Canada dans une série radio exceptionnelle.

1914-1918. Grande Guerre des Canadiens
1914-1918. Grande Guerre des Canadiens

Pour une fois, commençons en musique, en suivant la thématique « la musique au cœur des conflits au cœur patriotiques et idéologiques »  . Cliquez sur le pavé « Nous les Canadas » pour comprendre pourquoi et comment la chanson populaire est l’écho des grandes décisions nationales, se mettant ainsi au service d’une nation en guerre. Au-delà la participation à une guerre ravive avec vigueur le souvenir d’une autre. A ce titre, écouter « Allons Enfants de l’Acadie » chanté sur les airs de la Marseillaise est particulièrement saisissant.

Nous les Canadas
Nous les Canadas

Radio Canada propose ainsi une série radio et un site web sur la guerre de 1914-1918 vécue par les Canadiens français. Vous pourrez regardez les photos et écoutez des récits (ceux des familles des soldats, des collectionneurs). C’est ici tout l’intérêt car l’histoire officielle (en gros celle des manuels scolaires) interagit avec l’histoire des individus, ces hommes et ces femmes qui se sont engagé(e)s et ont sacrifié une part d’eux-mêmes.

Lisez les témoignages : Témoignages

Ecoutez les cinq épisodes

Le baptême du feu

Le 4 août 1914, le Canada entre en guerre aux côtés des Britanniques contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Partout au pays, des hommes et des femmes s’enrôlent, pour défendre leur patrie d’origine, par esprit d’aventure, par sens du devoir ou encore pour l’expérience, comme le révèlent les histoires de Richard Steacie, de Blanche Lavallée, d’Arthur Giguère ou d’Erol Lizotte. Le 20 octobre 1914, le 22e Bataillon, premier corps canadien-français, est créé. En avril 1915, les troupes canadiennes participent à leur première grande bataille à Ypres en Belgique : c’est leur baptême du feu.

Dans les tranchées

Les soldats canadiens campés dans les tranchées vivent avec les poux, les rats, la boue et le froid. Le 15 septembre 1916, le 22e Bataillon s’empare du village de Courcelette, et les Canadiens français sont enfin reconnus. Pendant ce temps, Blanche Lavallée, une infirmière de Montréal, travaille dans un des deux hôpitaux canadiens-français en banlieue de Paris. En 1916, elle y rencontre Henri Trudeau, un futur aviateur. Cette histoire d’amour durera toute une vie.

La vie au Canada

À Montréal, environ 35 000 femmes sont employées dans des usines de guerre. D’autres sont caissières ou conduisent des tramways ou encore, comme Blanche Bessette, sont marraines de guerre. En 1918, les Canadiennes obtiennent le droit de vote au fédéral. Dès 1914, les Canadiens d’origine allemande et austro-hongroise sont envoyés dans des camps d’internement, comme celui de Spirit Lake, en Abitibi. En décembre 1917, le port d’Halifax est détruit par une explosion. En Europe, le Canada gagne la bataille de Vimy, mais au prix de 3600 pertes humaines.

La crise de la conscription

À l’été 1917, le premier ministre canadien, Robert Borden, dépose une loi sur la conscription. À l’automne, le Canada remporte la victoire à Passchendaele, en Belgique, mais perd près de 3000 soldats. Borden donne le droit de vote aux soldats et se fait réélire en décembre 1917. En avril 1918, des émeutes contre l’enrôlement obligatoire éclatent à Québec. Le gouvernement impose ensuite la conscription aux fils de fermiers et aux hommes mariés sans enfants. Partout au Canada, les jeunes travailleurs refusent de partir pour la guerre.

La fin de la guerre

À partir de 1918, la grippe espagnole fait 50 millions de victimes dans le monde, dont 14 000 au Québec. Des témoins racontent comment ils ont perdu des membres de leur famille en raison de cette épidémie. La 11e heure du 11e jour du 11e mois de 1918 marque la fin de la Grande Guerre. Cent ans après le début des hostilités, la cicatrice est toujours profonde, mais les descendants de soldats canadiens-français se souviennent néanmoins fièrement de leur aïeul.