Parloirs

Parloirs un documentaire écrit et réalisé par Didier Cros (2008).

Article D402 du code de procédure pénale : En vue de faciliter le reclassement familial des détenus à leur libération, il doit être particulièrement veillé au maintien et à l’amélioration de leurs relations avec leurs proches, pour autant que celles-ci paraissent souhaitables dans l’intérêt des uns et des autres.
Les premières images sont celles des caméras de surveillance sur lesquelles se surimposent les échanges téléphoniques qui se déroulent au standard :
– Service des parloirs du centre de détention, bonjour.
– Oui, alors bonjour, c’est pour prendre un rendez-vous.
– Je voudrais le numéro d’écrou, s’il vous plait.
– xxxxx
– Oui, bonjour c’est pour prendre rendez ce week end s’il vous plait.
– Quel est le numéro d’écrou d’abord ?
– xxxxx
– Vous êtes sûr du numéro d’écrou ?
– Service des parloirs bonjour.
– Oui, bonjour Madame ce serait pour prendre un rendez-vous s’il vous plait pour samedi.
– Je n’ai plus de place Madame.
– Et dimanche vous avez ?
– Dimanche c’est pareil j’ai plus de places.
– D’cord merci.
– Mais je vous en prie.
– Au’voir

On repart à Châteaudun mais cette fois-ci c’est du côté du parloir, conformément à l’article D402, les prévenus ont droit à une heure de parloir avec leur famille le samedi ou le dimanche. Les détenus peuvent recevoir jusqu’à 3 adultes et 2 enfants simultanément. Chaque scène de parloir est entrecoupée par les mots d’un narrateur qui expose le règlement qui encadre les visites.

Une mère qui est enfermée dans sa douleur… Une mère qui estime que son fils n’a pas eu de chance : « c’est tombé sur toi comme la peine plancher » et qui entame les démarches auprès de la préfecture pour payer les amendes de son fils. Celui-ci lui apprend que leur montant hors majoration s’élèverait à « 6000 -7000 euros ». A quoi sa mère lui rétorque « Mais t’as fait quoi, t’as conduit un avion ?!? » . Vigoureuse, elle est à la fois drôle et émouvante.

Une mère, un père : la mère enlace longuement son fils devant son époux qui reste assis et qui parle peu. Leur fils leur apprend avoir arrêté les cours « trop difficiles à suivre » mais s’est inscrit à la « muscu » car « il faut que ça gonfle, si si si ! ». Le dialogue ne se déroule qu’entre la mère et le fils, le père semble mutique et inaccessible. Pour être plus exacte, c’est la mère qui parle et pose des questions à son fils qui répond par bribes et assène « changez de sujet, là ! ». Un voyage de plus de seize heures de train qui se solde par un dialogue de sourds.

Une fille et son père « qui ouvre des coffre forts » : ils ne se sont pas vus depuis 4 ans. Pour lui la prison est « un temps de non-vie ». Un échange assez émouvant s’engage sur les liens de famille quand le père est emprisonnée, sur les dégâts qu’occasionnent la détention d’un parent dans le parcours des enfants.

Une jeune femme accompagnée de ses trois enfants tous très jeunes et très bruyants …..Une mère au parloir hygiaphone car son fils est au mitard ….Une jeune mère qui vient de trouver un travail…

L’un des intérêts du DVD sont les bonus et notamment les entretiens avec les détenus qui analysent les relations qu’ils entretiennent avec « la famille » force et point de faiblesse. 

Ces hommes portent un regard sans concession sur leur parcours avec pudeur, retenue, intelligence et humour, comme ce détenu qui estime que « la prison c’est comme la piscine » : « tu sais nager, tu sais plonger, c’est ça le problème, un coup qu’on est en prison on’s’croit fort. Y’en a qui comprenne, d’autres qui comprennent pas. Ben moi je f’sais partie de ces gens là : j’comprenais pas ». Et cet homme de poursuivre : « quand on des choses dehors et qu’on entre en prison c’est plus pareil

Cet homme dont on a suivi le parloir avec sa fille cadette dit que la prison est « une vie pleine de trous ». Pour lui « La prison c’est l’école du crime … c’est mathématique. Les premières associations de malfaiteurs se trouvent en prison »

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Sous Surveillance


C’est au centre de détention de Châteaudun que Didier Cros à poser sa caméra, scruter les marges comme révélateur d’une société le réalisateur y parvient de manière saisissante dans son film « Sous surveillance »  sorti en 2012. On apprend dès le premières minutes que ce centre fonctionne selon deux régimes : le régime ordinaire, c’est-à-dire fermé et le régime ouvert qui permet aux détenus de se déplacer et d’être plus autonome.
Cet établissement pénitentiaire mis en fonction en mai 1991, est situé à 500 m de la ville, au cœur d’une zone d’activités, construit entre la base aérienne et la caserne des pompiers, à proximité de l’hôpital et de la gendarmerie. Il est situé dans le ressort de la cour d’appel de Versailles et du tribunal de grande instance (TGI) de Chartres

Didier Cros nous immerge dans le quotidien des gardiens, on les suit dans les entretiens qu’ils mènent avec les prisonniers, on assiste à leurs échanges, leurs doutes qui laissent par moment poindre une certaine lassitude.Les « Chefs de bâtiments » ont aussi pour tâche d’organiser les flux de détenus entre les étages : « virer » ceux qui ne méritent pas le régime ouvert et gérer ce qui est la spécificité du centre de détention de Châteaudun, le régime fermé. Ce sont donc les aménagements de peine qui font « tenir le système », il s’agit du fameux régime de semi-liberté et des permissions de sortie.

Gérer la pénurie et la surpopulation est la tache permanente des surveillants. Faire de place en régime ouvert pour l’accueil des « méritants », faire descendre des détenus en régime fermé quand « ils font le con », laver un prisonnier atteint de la gale et lui trouver une nouvelle cellule, expliquer les fouilles aléatoires à un autre. Ils sont sur le pont en permanence.

La surpopulation n’est pas montrée en revanche elle est suggérée par des expressions récurrentes prononcées par les surveillants : « j’ai pas/plus de places », « j’ai plus de cellules ». Ces expressions traduisent au mieux la délicate gestion des lieux.

Les détenus sont filmés de dos ou de profil, le visage toujours masqué. (4) Les entretiens avec les gardiens permettent de comprendre la vie en détention mais aussi de retracer par brides les existences cabossées de ces hommes, les parcours précaires qui conduisent à la violence et à l’illettrisme. Comme cet entretien mené par le lieutenant avec un prisonnier qui ne sait pas lire et vole le journal en bibliothèque.
« La détention c’est vous qui l’a faite c’est pas nous. C’est votre détention à vous », c’est le propos des surveillants qui peuvent se trouver dans une situation assez cocasse : ce sont les détenus dans leur cellule qui leur apprennent en direct une prise d’otages à la prison de la Santé. Les prisonniers détiennent l’information !
Toutefois, le personnel pénitentiaire accompagne, écoute les détenus en souffrance et encourage ceux proches de la sortie. A l’image de ce gardien qui donne le conseil suivant à un jeune homme : faites « un petit ça va vous mettre du plomb dans cervelle » et émet à un avis favorable à sa libération .

Ou encore cet homme de 46 ans qui a passé vingt ans en prison, à sa première arrestation pour détention de stupéfiants (« 8 mois de prison pour 3 gramme de chite ») il a 17 ans. A 18 ans il retourne en prison pour chèque sans provision, il y restera deux ans.

Il sera à chaque fois emprisonné « pour des histoires d’escroquerie », et purge deux ou trois ans de prison. En lui posant la question de se réinsertion, il répond qu’ «il faut savoir que quand on a vécu une, deux, trois ou quatre incarcérations, se réinsérer c’est de la foutaise », de 1980 à 2010 il est « resté trois ans dehors »

Voici quelques extraits d’une conversation entre deux chefs de bâtiment : « je ne pense pas que c’est en durcissant les conditions d’incarcération […] qu’on arrivera à lutter contre la criminalité et la délinquance en général », c’est en luttant « contre la pauvreté et les problèmes sociaux qu’on ressouderait une bonne partie des problèmes de criminalité ». « Est-ce que la prison sert à quelque chose », « on protège la société » « mais sur le fond on fait quoi ?» « Mais il y en a qu’on arrive à sauver ». Une personne « on l’enferme et pendant ce laps de temps il faut qu’on fasse des miracles ». « On peut en construire des prisons, c’est pas un problème », « on peut en mettre partout des prisons » « mais un jour il va falloir les faire sortir ou alors on les fait plus sortir ». « En plus on a des personnes dont le comportement va se dégrader en prison »

Au moment du projet de la construction de 33 nouvelles prisons, donc de 10 000 places supplémentaires afin de généraliser l’encellulement individuel, je reprends à mon compte les propos d’Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, qui dénonce cette politique qu’elle compare à une fuite en avant, affirmant que « plus on crée de places de prison, plus on les remplit ». Alors que la population carcérale s’affiche, avec 68 819 détenus au 1er août pour 58 507 places, à un niveau historique, la densité moyenne atteint 117,6 %. Ce taux n’a pratiquement pas varié depuis trente ans. « Pourtant, on n’a jamais construit autant de places de prison que depuis 1987 », rappelle l’universitaire Jean-Paul Céré, président de l’Association française de droit pénal.

Pour aller plus loin :

Critiques :

http://www.telerama.fr/television/vu-au-fipa-sous-surveillance-de-didier-cros,77430.php

http://www.telerama.fr/television/didier-cros-la-force-intranquille-du-documentaire,92105.php

Les surveillants de Châteaudun  :

http://www.lechorepublicain.fr/chateaudun/justice/2017/03/01/les-surveillants-du-centre-de-detention-de-chateaudun-temoignent-de-leur-quotidien_12303120.html

Présentation du centre de détention de Châteaudun : 

http://www.annuaires.justice.gouv.fr/etablissements-penitentiaires-10113/direction-interregionale-centre-est-dijon-10123/chateaudun-16497.html

Chiffres clés de l’administration pénitentiaire :

http://www.justice.gouv.fr/prison-et-reinsertion-10036/les-chiffres-clefs-10041/