Découverte du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris

Merci à vous de promouvoir ainsi le MAHJ dont les programmations audacieuses s’adressent à tous.

pointculture

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Mardi 24 juin 2014, peu avant 10 heures du matin, le quartier du Marais est déjà bien réveillé. Les commerçants ouvrent peu à peu leur boutique, les touristes parcourent le quartier à une vitesse qui semble frustrer les travailleurs déjà au pas de course. Au loin, l’architecture de Renzo Piano qui surplombe les ruelles médiévales, où se trouve au 71 rue du Temple l’Hôtel de Saint-Aignan devant lequel un petit attroupement est en train de se former. Un mois, jour pour jour après les tristes évènements qui frappèrent le musée Juif de Belgique, une petite partie de la twittosphère culture, musées et institutions culturelles, comptait bien rendre hommage aux victimes de cet attentat, qui laissa de nombreuses personnes bouleversées et encore sous le choc. Bernard Hasquenoph, fondateur de LOUVRE POUR TOUS, fut à l’initiative de ce projet qui fut mené d’une main de maître, grâce à l’aimable autorisation du…

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Emmet GOWIN à la Fondation Henri Cartier-Bresson.

Jusqu’au 27 juillet si vous passez par Paris faites un détour par la Fondation Henri Cartier Bresson, située 2 impasse Lebouis dans le 14 arrondissement et rencontrez le photographe américain Emmet Gowinn
Emmet Gowin

Voici que nous apprend la plaquette distribuée aux visiteurs : Emmet Gowin fils d’un pasteur méthodiste et d’une mère musicienne est né en Virginie à Danville en 1941, c’est la rencontre avec la famille nombreuse et exubérante de sa future épouse, Edith, qui transforme sa vision du monde.

Edith 1967, Virginie (c) Emmet Gowin
C’est l’univers familial qui est sa première source d’inspiration, le quotidien, l’arrivée des enfants, la nature autour de lui où spiritualité et esthétique sont intimement liées : La liberté et l’audace, dont il fait preuve dans les scènes de la vie quotidienne ainsi rapportées, contrastent avec l’éducation sévère et sérieuse qui lui avait été inculquée.

Edith, Danville, Virginie, 1963, (c) Emmet Gowin
Edith, Danville, Virginie, 1963, (c) Emmet Gowin

Il commence sa formation universitaire en étudiant le commerce pendant deux ans dans une école de la région tout en travaillant au département design du grand magasin Sears. En 1961, il change d’orientation et suit pendant quatre ans les cours d’arts graphiques au Richmond Professional Institute. Il se passionne pour toutes les formes d’art et pratique régulièrement la peinture et le dessin. Après quelques mois de cours, il réalise que la photographie est son meilleur moyen d’expression en lui permettant de saisir le hasard et l’inattendu. Edith est son grand sujet. « Photographier Edith reste le fil conducteur et l’expérience rédemptrice de ma vie. C’est, dans une large mesure le poème central de mon œuvre », a-t-il écrit.

Différents portraits d'Edith.
Différents portraits d’Edith.

 

Plus largement, ce sont les photos de sa famille qui ont fait connaître le photographe américain, dans les années 1970. Des photos qui dégagent quelque chose d’étrange. Comme ce sentiment confus et diffus mais nettement perceptible qui peut, chacun de nous, nous envahir quand nous observons cette intimité familière qui, dès lors qu’elle est scrutée acquiert une autre dimension : celle de l’inquiétude que nous pouvons éprouver quand nous devenons un autre à nous même.

Family, Danville, 1970, (c) Emmet Gowin
Family, Danville, 1970, (c) Emmet Gowin
Nancy, Danville, Virginie, 1965, (c) Emmet Gowin
Nancy, Danville, Virginie, 1965, (c) Emmet Gowin
Danville (Virginie), 1969 © Emmet Gowin, Courtesy Pace MacGill Gallery, New York
Danville (Virginie), 1969 © Emmet Gowin, Courtesy Pace MacGill Gallery, New York

La rétrospective est présentée dans deux salles situées au premier et deuxième étages de la Fondation, la première salle est consacrée à la famille, la deuxième retrace le travail que le photographe mène dans les années 1980 : il élargit son champ de vision et photographie le paysage, mais surtout les marques laissées par l’activité humaine.

Emmet Gowin Changing the Earth
Emmet Gowin Changing the Earth

Il porte un intérêt extrême à ce qu’il nomme lui-même « les paysages exploités », ces paysages anthropisés, abandonnés portent les cicatrices du travail des hommes et des femmes occupant ou ayant occupé ces espaces. Ce travail photographique a été publié dans Changing the Earth : Il livre alors des photos quasi abstraites où des lignes, des cercles, de petites formes graphiques témoignent de l’empreinte laissée par l’homme sur la surface terrestre. Pourtant, pour lui, « même lorsqu’un paysage est profondément défiguré ou brutalisé il brûle encore d’une vive animation intérieure ».

Old Hanford City Site and the Columbia River, Hanford Nuclear Reservation, near R0ichland, Washington, 1986. (c) Emmet Gowin
Old Hanford City Site and the Columbia River, Hanford Nuclear Reservation, near R0ichland, Washington, 1986. (c) Emmet Gowin
Parcours de golfe en construction, Arizona, 1993. (c) Emmet Gowin
Parcours de golfe en construction, Arizona, 1993. (c) Emmet Gowin

Bonne visite. Après votre visite, n’hésitez pas à monte au troisième étage de cet atelier maintenant transformé en fondation.

Sur les Traces des disparus. Drancy.

Que peut évoquer le nom de cette ville de Seine-Saint-Denis ? Quelles images de la cité de la Muette notre mémoire collective mobilise-t-elle à l’évocation de ce lieu ? Une cité dortoir, une portion de la banlieue rouge, un camp de transit. Enfin de compte Drancy est un lieu polysémique, un espace fractal mal assis dans notre conscience. Mais pour mieux comprendre il faut effectuer un voyage dans le temps.

La cité de la Muette à Drancy a été édifiée au début des années 1930, à la demande d’Henri Sellier, fondateur et administrateur de l’un des premiers offices publics d’habitation à loyer modéré (HBM), celui de la Seine. Dans un contexte de naissance d’une politique de financement public du logement social en France, le projet avait pour but d’offrir au plus grand nombre des conditions de vies décentes, tout en rompant avec le développement anarchique de la banlieue, et en constituant un nouveau quartier de Drancy comportant tous les commerces et tous les services nécessaires à la vie d’une cité. Conçu comme une cité jardin moderne et innovante, le projet est confié à Eugène Beaudouin et Marcel Lods. La cité de la Muette répond alors à des normes d’hygiène et de confort inhabituelles pour l’époque et est l’occasion pour les deux architectes de mettre en œuvre des méthodes de fabrication industrielles standardisées innovantes, ce qui lui vaut une renommée internationale.

 

La Cité de la Muette. http://www.memoire-viretuelle.fr/. Source non spécifiée.
La Cité de la Muette. http://www.memoire-viretuelle.fr/. Source non spécifiée.

Bien que désignée comme une « cité-jardin » par son maître d’ouvrage, la cité de la Muette est un premier « grand ensemble » français. L’expression est d’ailleurs inventée par la critique architecturale (Maurice Rotival-1935) à l’occasion notamment de la construction de cette opération de logements social considérée comme exemplaire. C’est ce modèle qui sera dupliqué partout en France après la guerre. Le projet est constitué de cinq tours auxquelles sont associés des bâtiments en forme de « peignes », ainsi que d’un vaste bâtiment en U. Toutefois, le chantier de la Muette est contrarié par la crise économique qui survient au milieu des années 1930. Il reste donc inachevé pendant que les logements déjà construits sont mis à la location. Mais malaimés et loués relativement chers dans le contexte de crise, « les premiers gratte-ciel de la région parisienne » trouvent peu de locataires. Ainsi, Henri Sellier décide de louer les tours et les peignes à la 22° légion de gardes mobiles de la gendarmerie, pendant que le bâtiment en U reste vide.  (Source )

En juin 1940, la cité de la Muette est réquisitionnée par les autorités allemandes, elle sert d’abord de camp d’internement à des prisonniers de guerre français et britanniques. Pendant 3 ans (aout 1941 à aout 1944), la cité fait de camp de concentration et de transit : sur les 76 000 Juifs déportés de France, 63 000 sont partis de Drancy, destination : Auschwitz. En 1942, la camp de Drancy est constitué de 5 blocs desservis par 22 escaliers, les blocs 1,2,4, et 5 comprennent 80 chambrées, l’aménagement interne du bloc 3 a subi différentes modification entre 1941 et 1944.

Maquette présentée au Mémorial de la Shoah; site de Drancy.
Maquette présentée au Mémorial de la Shoah; site de Drancy.

En 1949, l’office d’HBM de la Seine va réaffecter le U au logement social, en 2014 environ 500 personnes vivent dans cette cité.

Drancy-La cité de la Muette en 2014.
Drancy-La cité de la Muette en 2014.

Ce qui nous intéresse ici et qui permet d’ouvrir une histoire par empreinte des hommes, des femmes, des enfants qui ont été internés dans ce camp est une découverte fortuite : les travaux de rénovation menés en 2009, notamment la pose de nouvelles huisseries et le démontage des contre-cloisons ont permis de découvrir des carreaux de plâtre portant de nombreux graffiti. 70 blocs de plâtres ont été découverts et sont maintenant conservés aux archives nationales qui en assurent désormais la garde. Inscrits sur des carreaux de plâtre servant de contre-cloison, ces graffiti (dessins, symboles, calendriers, noms et dates, messages, commentaires, poèmes) on été déposés soigneusement et stockés par leur propriétaire, l’Office public de l’habitat Seine-Saint-Denis. Ils ont depuis été restaurés sous la responsabilité scientifique du service du patrimoine culturel du Département de la Seine-Saint-Denis, avec le soutien de la Direction régionale des Affaires Culturelles d’Ile-de-France. Le service Patrimoine et inventaire de la Région Ile-de-France a assumé la campagne photographique et le Mémorial de la Shoah a apporté son soutien scientifique.

Drancy hier et aujourd'hui.
Drancy hier et aujourd’hui.

Quatre de ces carreaux porteurs de graffiti, traces précieuses souvent difficiles à déchiffrer, sont exposés jusqu’au 10 juillet 2014 aux archives nationales sur le site de Pierrefitte : c’est cette exposition que je vous invite à découvrir.

Traces. Les graffiti du camp de Drancy.
Traces. Les graffiti du camp de Drancy.

Selon les témoignages, la pratique du graffiti était devenue un rituel. On inscrivait à son tour nom, prénom, date d’arrivée et date de départ, et messages plus personnels sur les murs des chambrés des étages. Ces derniers témoignages avant le départ pour les camps d’extermination constituent une découverte historique majeure.
Les carreaux présentés sont contextualisés et accompagnés d’autres documents (photo de famille, portraits, listes des convois, documents administratifs) qui nous permettent de partir à la rencontre de ces femmes, ces hommes, ces familles qui ont été internés à Drancy sous la surveillance de gendarmes français. Je vous propose de suivre aujourd’hui le destin tragique de deux familles.

Grafitti. Famille Setion.
Grafitti. Famille Setion.

Sur le graffiti présenté ici, nous pouvons lire la mention suivante : « Famille Setion du 5/11 [19]42 au 9/11/[19]42 » dans un encadré, en dessous « Destination « « [illisibile] ». Ce graffiti se superpose à un précédent sur lequel on distingue  » —pluches/—pain 10 ½ ».
Qui est cette famille ?

Photographie. Famille Setion
Photographie. Famille Setion

La famille Setion est originaire de Constantinople et de Salonique, elle vivait à Paris dans le 11ème arrondissement au 43, rue de la Folie Méricourt. Sur la photo qui date de la fin des années 1930, on distingue devant et à genoux Elie qui et né en 1928 et déporté le 09 novembre 1942 par le convoi 44 vers Auschwitz avec sa mère Ida né en 1904, et ses trois sœurs, Eliane née en 1933, Monique née en 1936 et Jacqueline née en 1938.
A coté du graffiti est exposé la liste originale du convoi parti de Drancy le 09 novembre 1942, mentionnant la famille Setion. Vous pouvez aussi consulter cette fiche sur le site internet du Mémorial de la Shoah (ici : entrer le nom Setion dans la barre de recherche)

La famille Eskénazi.

Famille Eskénazi. Graffiti
Famille Eskénazi. Graffiti

« Famille/ESKENAZI/ PARTi le 30 mai [19]42 / Pour DESTINATION INCONNUE / TRES BON MORAL / VIVE les juifs »

Victoria et Michel Eskénazi, Salonique, 1914.  C.D.J.C.Coll. Claire Pessin et Michèle Meyers
Victoria et Michel Eskénazi, Salonique, 1914. C.D.J.C.Coll. Claire Pessin et Michèle Meyers

Michel Eskénazi est né en 1893 à Salonique, en 1913 il épouse Victoria Funes, le couple émigre en Amérique centrale où naissent Dorothée, Fortunée, Claire et Albert. Ils arrivent à Marseille en 1924 où naît Suzanne. Le père est marchand ambulant à Paris en 1929 année au cours de laquelle il demande pour lui-même, son épouse et leurs enfants la naturalisation. Sa lettre est exposée à coté du graffiti ainsi qu’un questionnaire à l’appui de la demande de naturalisation de la famille.

M. Eskénazi demande de naturalisation
M. Eskénazi demande de naturalisation.

En 1943 comme des milliers d’autres personnes, Michel fait l’objet d’une révision de sa nationalité qu’il parvient à garder. Le rapport du préfet de police de la Seine au ministre de la Justice est également exposé, dont voici un extrait :

M. Eskénazi, extrait du rapport du préfet de police de la Seine.
M. Eskénazi, extrait du rapport du préfet de police de la Seine.

A l’exception d’Albert, toute la famille a été déporté le 30 mai 1944 par le convoi n° 75 à destination d’Auschwitz, seules Suzanne et Fortunée survivent et reviennent en France.

Les graffiti de Drancy témoignent des aspirations de leurs auteurs. Ainsi des dessins, une prière, un poème ont été mis en lumière pendant les restauration, lire en creux ces empreintes, c’est aussi imaginer toutes les personnes connues ou inconnues qui sont passées par Drancy sans avoir le temps de laisser leur marque (in Livret de l’exposition p 26-27)

Graffiti de Drancy. Carreau avec poème.
Graffiti de Drancy. Carreau avec poème.

Depuis 2001, la cité de la Muette est classée au titre des Monuments historiques et c’est la DRAC d’Ile-de-France qui est responsable des travaux, seule une partie de la cité a fait l’objet de travaux de restauration, il est fort probable que d’autres graffiti seront alors mis à jour.

Rendez vous aux Archives nationales sur le site de Pierrefitte jusqu’au 10 juillet 2014.

Nuit européenne des Musées 2014 : Notre sélection

Le 17 mai c’est bientôt, merci à pointculture pour son travail de veille et sa volonté de diffusion des arts et des cultures.

pointculture

Le mois d’avril touche à sa fin et arrive bientôt l’heure des festivités culturelles printanières (si on vous l’assure, printanières). À l’occasion de « la nuit européenne des musées », pointculture vous a concocté une petite sélection de lieux à ne pas rater pour ce 17 mai.

             « La nuit européenne des musées » fête cette année sa 10ème édition. Pour cet anniversaire, les établissements sont invités à proposer des animations créatives sur la thématique du chiffre 10. Quelques exemples d’animations proposées par le site Internet dédié à l’événement ont retenu notre attention comme : « 10 façons d’illuminer la Nuit » pour donner un peu de magie aux visites culturelles ou encore « 10 métiers au cœur du musée » pour découvrir les coulisses des expositions.

© Musée des Arts et Métiers © Musée des Arts et Métiers

Musée des Arts et Métiers
En partenariat avec Lomography, des ateliers de Lightpainting seront mis en place pour des visiteurs…

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Les fantômes de la République.

Se tient en ce moment dans la salle des prévôts de l’hôtel de ville à Paris une exposition peu médiatisée (donc, vous ne patienterez pas une heure  ou deux afin de pouvoir accéder à celle-ci) mais fort intéressante sur les fusillés de la Grande Guerre, sujet très sensible dans la mémoire collective et auquel aucune expo n’avait été consacrée (du moins dans la capitale) : les fusillés de la Grande Guerre qui sont au nombre de 650 et que nous avons tendance à assimiler aux mutins de 1917.

Affiche de l'expo Fusillés pour l'exemple, 1914 2014. Les fantômes de la République

Il s’agit d’un sujet à la mémoire vive, pour s’en convaincre, je vous laisse lire cet extrait tiré d’un article du Monde et qui résume assez bien le degré de sensibilité du sujet :

En France, pas de réhabilitation morale collective, la mention « mort pour la France » est attribuée à titre exceptionnel. Le 31 octobre 2012, Kader Arif, ministre délégué auprès du ministre de la défense, chargé des anciens combattants, l’accorde à Jean-Julien Chapelant, fusillé le 11 octobre 1914. L’exposition rappelle qu’en France le sujet fut longtemps tabou d’un point de vue politique. Le premier ministre Lionel Jospin est le premier à s’exprimer en faveur d’une réhabilitation politique en 1998, provoquant un tollé au sein de la droite. Un consensus politique est atteint en 2008, lorsque Nicolas Sarkozy évoque la mémoire de « ceux qui n’ont pas tenu ». Le 7 novembre dernier, François Hollande décide d’accorder une place à l’histoire des fusillés au Musée de l’armée aux Invalides, de numériser les dossiers des conseils de guerre et de les rendre accessible au pubic. Comment ont réagi les descendants de fusillés et les associations militant pour leur réhabilitation ? « La démarche a contenté une petite part dans certaines régions, mais une fracture demeure, notamment au niveau des élus », répond Laurent Loiseau, le commissaire de l’exposition.(Le Monde, 07 février 2014)

L’exposition permet aux visiteurs d’avoir un aperçu de la recherche historique la plus récente, de comprendre comment et pourquoi ces fusillés pour l’exemple que l’inconscient a transformé en victime emblématique de l’incompétence des chefs occupent dans la mémoire collective une place disproportionnée au regard de 1.4 million de morts français.

Le parcours est jalonné de silhouettes sur le torse desquelles un document vous présente brièvement l’identité et le parcours d’un soldat fusillé.

Fusillé F. Fontanaud
Fusillé F. Fontanaud

Vous pourrez aussi lire les comptes rendus de conseil de guerre, comme celui qui concerne le soldat Florimond Alexandre Carpentier, coupable en septembre 1914 d’avoir abandonné son poste

Conseil de guerre  F. Carpentier, sept 1914
Conseil de guerre F. Carpentier, sept 1914
Conseil de guerre, F. Carpentier, sept 1914. (suite).
Conseil de guerre, F. Carpentier, sept 1914. (suite).

L’exposition permet de comprendre les mécanismes de la justice militaire en la replaçant dans un temps long, temps ouvert par la Révolution française. Elle interroge la notion d’exemplarité et surtout fait comprendre comment peuvent en temps de guerre s’articuler les justices militaire et civiles. Par exemple, les cours martiales de 1870 sont rétablies car dans l’état de siège qui est proclamé le 02 septembre 1914  les civils passent sous la coupe des militaires. Le plus urgent est alors de maintenir les hommes à leur poste, quitte à se « faire tuer sur place ». A l’encontre des soldats défaillants il s’agit d’appliquer une procédure accélérée. La suspension des recours est organisée en deux temps par Messimy, un ancien de Saint-Cyr ministre de la guerre au début du conflit puis par Millerand son successeur.

Adolphe Messimy sur le front lors de la Première Guerre mondiale
Adolphe Messimy sur le front lors de la Première Guerre mondiale

Le 06 septembre, le président de la République Raymond Poincaré signe les décrets établissant de nouveaux types de conseils de guerre : de cinq juges, les tribunaux passent à trois juges ; la défense est réduite au minimum ; l’avocat est commis d’office, même s’il ne connait rien au droit; l’instruction est inexistante et l’appel au témoin presque impossible. Le conseil de guerre rend son jugement en flagrant délit, à la majorité de deux voix contre une. La sentence n’est susceptible ni de recours en révision, ni de pourvoi en cassation et peut être exécutée aussitôt après la lecture qui en est faite au condamné. Dans les faits, le verdict ne laisse d’autres choix que l’acquittement ou la mort.

Carnet d'un officier du conseil de guerre.
Carnet d’un officier du conseil de guerre.

L’exposition interroge aussi sur la place de la peine de mort dans une société démocratique, qui plus est une société démocratique en guerre..

La dernière partie de l’exposition donne la parole aux artistes : photographes, plasticiens proposent leur travail sur la mémoire des fusillés.

Thérèse Bisch.JSource

Il vous reste encore quelques semaines pour vous rendre à l’hôtel de ville de Paris. Et pour aller plus loin : Quelle mémoire pour les fusillés de 1914-1918? Un point de vue historien. Bonnes promenade et lecture.

Je suis inscrite à l’Ecole des filles.

Une forêt comme un palimpseste de la mythique Brocéliande, un chaos granitique à couper le souffle, vous voilà au cœur des Monts d’Arrée, ma Bretagne à moi : y pérégriner c’est voyager dans les temps géologiques au cours desquels vous pouvez entrer dans le « foyer de la Vierge », mesurer votre force ou votre habilité contre la roche tremblante. Ces temps géologiques conjugués à la poésie d’une histoire orale mais aussi à celle d’une histoire industrieuse dont les entrées de mines argentifères en conservent la trace, c’est ici que vous êtes conviés à une belle découverte tout en arts : l’École des filles. Vous êtes à Huelgoat (les « Haut bois »).

École des filles. La cour de récréation
École des filles. La cour de récréation. Source

Ce lieu ouvert de juin à septembre vous permet de découvrir des artistes contemporains mais aussi de naviguer dans des collections des XIX et XXè siècles, d’observer du mobilier traditionnel breton mais aussi des dessins, de la BD, des affiches politiques revisitées, en fin d’assister à l’été des 13 Dimanches.

Affiches politiques revisitées par Pierre Laniau. Ecole des filles. Ete 2012.
Affiches politiques revisitées par Pierre Laniau. École des filles. Eté 2012.

L’École des filles qui date de 1910 a été construite dans un contexte scolaire particulier à la Bretagne : la concurrence que se livre la République qui s’enracine et le réseau des écoles congréganistes assez puissant dans cette région. Cette école est aussi un internat qui accueille des pensionnaires de tout le Finistère, l’enseignement laïque qui y est dispensé a œuvré à l’émancipation des femmes bretonnes. L’historienne Mona Ozouf a écrit à propos de  l’École des filles de Huelgoat que celle-ci  illustre cette marche à l’égalité […] en préparant l’entrée des filles à l’École normale, et en donnant aux jeunes filles la chance d’entrer dans les premières carrières où l’égalité professionnelle des hommes et des femmes est quasi faite (Chloé Batissou, L’École des filles, 1910-2010, Cent ans d’utopie, éditions Françoise Livinec, 2010)

École des filles. salle de classe en galerie d'art.
École des filles. salle de classe en galerie d’art. Source
École des filles. Intérieur.
École des filles. Intérieur.

Dans cette vidéo, F. Livinec explique le dialogue qui s’établit entre l’Ecole et la forêt dans laquelle cette première est sise

J’ai eu la chance de découvrir la saison 2012 au beau titre de Pierre qui roule … Les figures du paysage (c’est vrai : j’aurai pu vous en parler plus tôt) et y est découvert deux jeunes artistes dont j’aimerai vous faire partager le travail.

Le premier, Christophe Chini, est tailleur de pierre depuis 1995, il a exposé des oloïdes d’une beauté minérale des plus inattendues et des plus émouvantes.

Chistophe Chini. Oloïde
Chistophe Chini. Oloïde
Oloïde exposée à l’École des filles. Eté 2012.
Oloïde exposée à l’École des filles. Eté 2012.

Le deuxième, Loïc Le Groumellec, né à Vannes en 1957, expose des toiles au minimalisme expressif, les mégalithes, maisons et croix se répètent et de l’effacement progressif de la laque noire émerge une lumière captivante et envoutante.

L. Le Groumellec. Maison. Laque sur toile
L. Le Groumellec. Maison. Laque sur toile
Loïc Le Groumellec, Mégalithes et maison, 2008. Laque sur toile.
Loïc Le Groumellec, Mégalithes et maison, 2008. Laque sur toile.

Cette vidéo, vous propose une entrée dans l’univers de l’artiste.

C. Chini et L. Le Groumellec. École des filles. Été 2012.
C. Chini et L. Le Groumellec. École des filles. Été 2012.

Je ne sais pas si la galeriste Françoise Livinec à inventé en lieu comme l’écrit Mona Ozouf, ce qui est certain c’est qu’elle l’a réanimé, au sens étymologique du terme, un grand merci à elle (un site à classer dans vos favoris ).

Vivian Maier à Tours

Vivian Maier, Self-Portrait, 1954. Source

Pour ceux qui auront la chance d’être à Tours ou de s’y rendre avant le mois de juin prochain, vous pouvez vous offrir une pérégrination photographique urbaine des plus émouvantes, puisque le musée du Jeu de Paume à Tours consacre à cette street reporter une exposition – rétrospective.

Vivian Maier. date inconnue. Source

Vivian Maier est une énigme. Cette gouvernante américaine, née le 1er février 1926 à New York et morte le 21 avril 2009 à Chicago, qui se promenait avec son Rolleiflex autour du cou. Elle a fait des milliers de photos des familles dont elle gardait les enfants, sans jamais les montrer, ou presque, pas même à ses employeurs. L’inconnue est pourtant devenue, en l’espace de deux ans, l’héroïne d’un roman-photo, ou plutôt d’un polar riche en intrigues […]

Vivian Maier dans la Lumière

L’histoire commence à Chicago, à l’hiver 2007, lors d’une vente aux enchères d’effets appartenant à Vivian Maier, saisis pour solder ses loyers impayés. Un certain John Maloof, chineur en quête de documentation sur un quartier de Chicago, achète pour 400 dollars des cartons et valises. Y sont entassés des négatifs (entre 100 000 et 150 000), des tirages (plus de 3 000) et des centaines de bobines Ektachrome non développées. C’est en réalité l’essentiel du travail photographique de la gouvernante. Quand il tape «Vivian Maier» sur Google, aucune occurrence. En 2009, John Maloof apprend sa mort via un avis de décès publié dans le Chigago Tribune par la famille Gensburg, qui était venue en aide à la vieille dame dans ses dernières années. John Maloof s’obstine dès lors à remonter le fil d’une vie, d’une passion, entouré d’une multitude d’experts, des autres acquéreurs de l’œuvre de Vivian Maier et des familles pour lesquelles elle avait travaillé.

Lire la suite : Vivian Maier au détour d’une rue.

L’exposition à Tours

L’exposition en images : Une photographe révélée.

Au programme : Poésie et humanisme.

J’espère avoir l’occasion de me rendre dans la cité tourangelle dans les semaines qui viennent. Si certains d’entre vous ont eu la chance de voir cette exposition, n’hésitez pas à faire part de vos impressions.

Chicago, Illinois, 1963. Source

Le site consacré à Vivian Maier

1914-1918 : de la petite à la grande histoire de la Première Guerre mondiale

Je ne sais pas s’il existe « une petite histoire » parente, cousine ou rivale de « la grande histoire », c’est probablement une des raisons pour lesquelles EUROPEANA (la plus grande base de données européennes consacrée aux archives numériques des bibliothèques européennes) a lancé aujourd’hui son portail qui nous permet de découvrir, parcourir et explorer les « histoire inédites et histoires officielles de la Première Guerre mondiale ».  Si vous voulez vous plonger dans quatre années d’histoire(s) personnelles, familiales, nationales qui s’imposent comme la matrice du siècle à venir, allez faire un tour  ici :

Europeana 1914-1918 – histoires inédites et histoires officielles de la Première Guerre mondiale.

En guise d’exemple, vous pourrez suivre l’histoire de Charles Grauss qui au front,  peint et sculpte des petits animaux de fermes avec lesquelles pourrait jouer sa fille.

Les sculptures de Charles Grauss pour sa fille.
Les sculptures de Charles Grauss pour sa fille.

Belles découvertes à vous …

Voyage en Russie disparue.

Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Peasant Girls, 1909. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress, LC-DIG-ppmsc-03984. Source.
Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Peasant Girls, 1909. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress, LC-DIG-ppmsc-03984. Source.

Hier j’ai fait la connaissance de Sergueï Mikhaïlovitch Procoudine-Gorsky, et ce fut une belle rencontre au musée Zadkine à Paris. Le photographe nous a offert un véritable voyage dans le temps, à travers une Russie à jamais disparue.

Qui est Procoudine-Gorsky et quel procédé photographique met-il au point?
S. ProcoudineGorsky au bord de la rivière Skuritskali, Géorgie, 1912
S. ProcoudineGorsky au bord de la rivière Skuritskali, Géorgie, 1912

Il est né en 1863 dans une famille de la vieille noblesse russe établie à Founikova Gora dans la province de Vladimir, petit-fils d’un dramaturge il appartient à cette élite férue de science et de technologie. Il reçoit une éducation complète, à l’image de celle des humanistes, elle repose à la fois sur les sciences et sur les arts. En 1898 Il intègre la Société impériale Russe de technologie, instaurée en 1724 par un décret de Pierre le Grand, il rejoint la Cinquième section consacrée à la photographie, il en devient président en 1906.

A partir de 1897, Il écrit dans de nombreuses revues scientifiques consacrées à la photographie, ses travaux sont diffusés en France, notamment par le périodique L’informateur de la photographie qui consacre une rubrique aux implications industrielles et scientifiques de la photographie et qui rend compte d’un nouveau procédé photomécanique « Elka »

L'informateur de la photographie.
L’informateur de la photographie.

En 1901, S. Procoudine-Gorsky ouvre un studio de photozincographie et de technique photographique à Saint-Pétersbourg puis s’intéresse à la photographie en couleurs, qui au début du XXème siècle est encore un domaine expérimental. Ses recherches le conduisent à prendre contact avec Adolph Miethe qui occupe à Charlottenburg la chaire de photographie, de photochimie et d’analyse spectrale à l’École supérieure de technologie. Procoudine-Gorsky s’initie au procédé de prises de vue trichrome.

Adolph Miethe
Adolph Miethe

Le procédé de la trichromie découle du principe de séparation des couleurs constitutives de la lumière blanche, mise en évidence en Angleterre par J. Clerk Maxwell en 1861. La méthode mise au point par Miethe consiste à réaliser successivement trois négatifs à l’aide de trois filtres de couleur distincte, puis à partir de ces négatifs de réaliser par contact trois positifs, eux-mêmes sur plaque de verre, dont la projection simultanée à l’aide d’un appareil spécifiquement conçu, permet, par interposition des trois mêmes filtres, la restitution de l’image définitive en couleurs.

Caméra

De retour en Russie, Procoudine, excellent chimiste, améliore le procédé en travaillant à l’élaboration d’une émulsion qui offre une photosensiblité égale à l’ensemble des rayonnements émis par les couleurs du spectre, il y parvient en 1905 et s’impose en Russie et au-delà des limites de l’empire tsariste comme le spécialiste incontesté du procédé trichrome. C’est cette émulsion qui donne aux « vues optiques en couleurs » de Procoudine-Gorsky leur incomparable rendu chromatique.

Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. The Emir of Bukhara, 1911. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress, LC-DIG-ppmsc-03959
Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. The Emir of Bukhara, 1911. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress, LC-DIG-ppmsc-03959.
L’heure de gloire.

En février 1905, Sergueï Procoudine-Gorsky organise à Saint-Pétersbourg une première présentation de soixante-dix images trichromes, il renouvelle l’expérience en avril 1906 à Rome au VI Congrès de chimie appliquée. Ces présentations suscitent l’enthousiasme et l’émerveillement, deux sentiments qui vous habitent encore en 2014 si vous avez le privilège de visiter l’exposition au musée Zadkine. En 1906, il reçoit une médaille d’or à l’Exposition internationale d’Anvers et en 1908 il est invité à faire une démonstration de son travail devant les représentants du Conseil d’Etat et de la Douma. Le frère du tsar Nicolas II, Alexandre Mikhaïlovitch assiste à cette présentation. C’est par son intermédiaire que Procoudine-Gorsky est reçu au Palais impérial le 03 mai 1909.

Le tsar Nicolas II et son cousin Georges V à Berlin, 1913.
Le tsar Nicolas II et son cousin Georges V à Berlin, 1913.

A l’issue de la projection, Procoudine-Gorsky obtient du tsar le droit de sillonner l’Empire et de s’engager dans l’ambitieux travail de reportage dont il rêvait. Il est reçu par le ministre des Transport et établit un programme de prise de vue de dix mille images sur dix ans. Des lettres de mission lui sont délivrées et le photographe-voyageur-aventurier est installé à bord d’un wagon spécialement aménagé en laboratoire, il emprunte aussi un bateau à faible tirant d’eau, souvent seul moyen de progression possible..

Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Steam Engine Kompaund with a Shmidt Super-heater, 1910. Digital color rendering. Prints and Photographs Division
Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Steam Engine Kompaund with a Shmidt Super-heater, 1910. Digital color rendering. Prints and Photographs Division

Procoudine-Gorsky réalise entre 1909 et 1916, des milliers de clichés sur verre; voyage dans les régions de l’Oural, de la Volga, de Mourmansk, en Sibérie, au Daghestan, en Azerbaïdjan, au Kirghizistan, en Ouzbékistan, séjournant dans les villes mythiques de Boukhara et de Samarkand.

Empire de Russie. Voie de communication. 1909.
Empire de Russie. Voie de communication. 1909. Source.
Que devient cette collection ?

La première guerre mondiale et la Révolution de 1917 marquent un coup d’arrêt à cette aventure, toutefois le nombre de photographies, d’images fixées est considérable : entre juillet 1909 et et l’été 1916, date de sa dernière mission, avant son départ en exile, Procoudine-Gorsky a réalisé environ 3500 vues. Ces vues sont sorties de Russie à une date indéterminée, seules 1902 des plaques de verre ont été achétées par la Bibliothèque du Congrès à Washington en 1948, c’est dans ce lieu qu’elles sont encore aujourd’hui conservées. Les images dont elles sont le support fragile, stockées dans des malles, demeuraient ignorées depuis près d’un siècle.

bibloetheque du congrès

Bibliothèque du Congrès : voir les photos de S. Pocoudrine-Gorsky.

Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Group of Jewish Children with a Teacher, 1911. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress, LC-DIG-ppmsc-04442 (7)
Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Group of Jewish Children with a Teacher, 1911. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress. Source.

Seuls les négatifs des vues réalisées par Procoudine-Gorsky existent encore aujourd’hui, les images pour être montrées aujourd’hui doivent nécessairement être recomposées. Les positifs sur verre qui permettaient de les faire exister ainsi que l’appareil que le photographe utilisait pour les montrer n’ont pas été conservés. En 2000 la Bibliothèque du Congrès a pris la décision « de scanner les négatifs de ces vues en couleurs devenues fantômes et de traiter les fichiers de leur conversion numérique par digichromatographie » (in Livret de l’exposition)

L’exposition au musée Zadkine.
Florilège Procoudine-Gorsky
Florilège Procoudine-Gorsky.

Le musée Zadkine est un petit musée, loin d’un centre commercial comme le Louvre, il est consacré au sculpteur dont il porte le nom, la maison de l’artiste a été transformée en musée et les deux bâtiments que l’on peut visiter s’organisent autour d’un jardin dans lequel des œuvres du sculpteur sont placées au centre de compositions végétales(et oui, ça existe à Paris) !

L’exposition composée de cent clichés occupe les sept salles ainsi que le jardin. Le parti pris est ici géographique et non thématique, on suit ainsi l’odyssée photographique de Procoudine-Gorsky. La première salle est consacrée à la Russie blanche où l’on peut voir de nombreuses vues de Smolensk, puis nous nous enfonçons à l’Est, aux confins de l’Oural et de la Sibérie, il y photographie les forges et les fabriques de cette Russie qui n’en est qu’aux balbutiements de son industrialisation. Au cours de l’été 1908 il fait le portrait des bachkirs qui sont des éleveurs turcs semi-nomades.

Aiguilleur bachkir été 1910
Aiguilleur bachkir été 1910

Au cours de l’été suivant, le photographe reçoit la mission de documenter le cours du canal Marrinsky qui est l’axe majeur qui réseau fluvial reliant lacs et rivières du Nord-Ouest de l’Europe. Il photographie les chemins de halages, les vannes d’écluse et surtout il immortalise une Russie d’un autre temps : celle des monastères anciens, celle du repos des paysans après les fenaisons.

Le travail de collecte se poursuit, de juin à septembre 1910, il descend le cours supérieurs de la Volga.

La Volga à sa source. 1910
La Volga à sa source. 1910

Le voyage continue et nous sommes invités à suivre Procoudine-Gorsky dans les confins de la Russie d’Asie : des montagnes du Daghestan  aux steppes de l’Asie centrale. Les clichés les plus spectaculaires sont ceux de Samarkand, il parvient à immortaliser l’architecture de terre de la cité médiévale qui est grande partie détruite lors du tremblement de terre de l’automne 1908.

Un vendeur de Tapis à Samarkand.
Un vendeur de Tapis à Samarkand.
Mur et colonne surplombant la madrasa de Shir-Dar à Samarkand.
Mur et colonne surplombant la madrasa de Shir-Dar à Samarkand.
Le palais d'été de  l'émir de Boukhara. février 1911.
Le palais d’été de l’émir de Boukhara. février 1911.
Jeune femme turkmène debout de profil, devant un yourte, portant vêtements et bijoux traditionnels. Automne 1911.
Jeune femme turkmène debout de profil, devant un yourte, portant vêtements et bijoux traditionnels. Automne 1911.

Si vous ne pouvez pas vous rendre au musée Zadkine avant le 13 avril 2014, La commissaire de l’exposition Véronique Koehler et LE géographe spécialiste de la Russie Jean Radvanyi vous invitent à parcourir l’exposition en leur éminente compagnie :

Capture france culture

Voyage trichrome en Russie prérévolutionnaire.

Sur le plancher des vaches.

On ne s’en rend pas forcément compte mais la vache est présente dans notre vie quotidienne, que l’on habite en centre-ville, dans une zone périurbaine, dans la vraie campagne, le bovidé nous accompagne à des nombreux moments. Je suis à peu près assurée que vous pourriez associer la vache à des productions de différentes natures, des plus élevées au plus humbles. On essaye pour voir?

La vache est l’actrice principale du film de Verneuil, elle s’appelle Marguerite dans La vache et le prisonnier :

La vache (Marguerite) et le prisonnier, un film d'H. Verneuil.
La vache (Marguerite) et le prisonnier, un film d’H. Verneuil.

En 1943, Bailly, prisonnier de guerre employé dans une ferme en Allemagne, parvient à s’évader en emmenant avec lui une vache qu’il prénomme Marguerite. Grâce à cette dernière, il franchit tous les barrages et réussit à gagner la France.

La vache est aussi associée à des marques alimentaires connues de tous.

Un immonde « fromage » (en est-ce un ?) dont raffolent les gastronomes en culotte courte: la vache qui rit en 1932.

La vache qui rit en 1932.
La vache qui rit en 1932.

Et qui rit aussi en 1949 :

La vache qui rit en 1949.
La vache qui rit en 1949.

Cet herbivore placide peut aussi servir de support à des campagnes de marketing : la vache Milka bien sûr ! La bonne laitière des alpages comme ambassadrice du pire des chocolats industriels (c’est ma vacherie à moi, totalement de bonne foi), celle-là, elle ne paît pas sur le plateau de Millevaches!

La vache Milka.
La vache Milka.

Peu importe, ça marche ! La gentille vache mauve permet à Milka de s’imposer comme le numéro un du chocolat en Europe (Si vous ne croyez pas ?) : Osez la tendresse!

Pourtant ce franc et généreux sourire peut cacher une vraie peau de vache. Pourtant une jolie fleur qui n’a pas inventé la poudre peut se cacher dans une peau de vache…

La vache s’est aussi retrouvée ces dernières années au centre de l’un des pires scandales alimentaires : l’épizootie de la vache folle. Elle a le dos rond et large not’vache, quand on songe que ce placide herbivore est le porte-voix des Parisiens pendant la Commune qui criaient « Mort aux vaches » (pour en savoir plus sur l’origine de cette expression : ICI ). De toute façon la vache est un sujet indémodable : nous la peignons, la sculptons depuis des milliers d’années et nous continuons à lui dédier des concours qui permettent de mesurer notre agilité. Elle a été pour certains d’entre nous, ceux qui ont vécu l’époque où les enfants étaient affublés de sous-pulls qui grattent et de pantalon patte def, le premier animal étudié dans les cours d’éveil (vieux mais intacts souvenirs de la classe de CM2). L’ancêtre du professeur des écoles en ces temps appelé « instituteur » (sans la blouse tout de même) nous faisait coller sur la page blanche de gauche dans des cahiers grands formats des documents reproduits à la ronéo, les feuilles dupliquées à l’alcool, dont ma mémoire olfactive garde encore le souvenir, présentaient une écriture mauve et élégante. La vache était aussi présentée en grand format afin de retenir la principale et incroyable découverte : la rumination.

La vache expliquée aux enfants de l'école primaire (il y a longtemps).
La vache expliquée aux enfants de l’école primaire (il y a longtemps).

 La vache nous accompagne lors de nos enfantines découvertes télévisuelles, un seul exemple pourra peut-être vous convaincre : observez la mise en scène du générique Dans les Alpes avec Annette (à écouter une unique fois pour éviter les effets d’une ritournelle entêtante).

Quel premier son animal accompagne les premières notes de musique ? Le meuglement d’une vache.

Quel est le premier animal avec lequel joue Annette en sortant de sa maisonnette?(maisonnette pour conserver la fraicheur de la rime) Un jeune veau qui rejoint le troupeau de vaches en train de paitre.

Qui conclut le générique ? Le doux meuglement d’un bovidé !

Alors êtes-vous convaincus ? Si ce n’est toujours pas le cas et que vous avez moins de quatre ans, vous pouvez plonger dans le monde merveilleux de Connie la vache cela permettra de clore la session la vache l’amie des enfants avant de passer à la version adulte, juste un plus bas.

Connie la vache.
Connie la vache.

La vache est en soi un sujet complet, complexe : elle est l’actrice principale de nombreux tableaux, nombreuses photographies, elle s’expose à la campagne dans son environnement que l’on pourrait penser naturel mais elle est aussi une vedette urbaine en chair et en os, en plastique, en papier mâché, en fibre de verre. Un courant artistique lui est même consacré : le Vach’Art. Au début des années 2000, le photographe Thierry des Ouches consacre à Paris, sur la place Vendôme, la place des joailliers qui n’a pas bâti sa réputation sur la qualité des peaux de ruminants et qui ne ressemble ni de près ni de loin à une étable (même avec un petit Jésus au centre) une surprenante exposition appelée sobrement « Vaches ». La place Vendôme place archétypale du luxe à la française ne pouvait offrir meilleur décor urbano – bucolique pour cette exposition qui s’est déroulée en 2004

Place Vendome. Paris

Exposition "Vaches", Thierry des Ouches. Source.
Exposition « Vaches », Thierry des Ouches. Source.

La vache avait déjà croisé le chemin du photographe à qui l’on doit en 1999 un magnifique livre de photo en noir et blanc consacré à ce ruminant

Thierry des Ouches. Vaches
Thierry des Ouches. Vaches
Thierry des Ouches. Vaches.
Thierry des Ouches. Vaches. Pour en savoir plus.

La décennie qui vient de s’écouler peut sonner comme une période de vaches grasses, puisque l’on assiste dans de nombreuses villes à des Cow Parade, mais comme le chauvinisme est un défaut qui ne m’étouffe pas , je vais vous entretenir de ce qui s’est passé sur le sol gaulois, avec ce courant artistique qualifié (par qui ?) de Vach’Art (je laisse à votre appréciation le sel du jeu de meuh ! Aïe, pardon, un égarement passager, un clavier qui s’emballe …)

Avec la musique de Marcel et son orchestre

Des vaches à Paris. Exposition 2006.
Des vaches à Paris. Exposition 2006.

Pour en savoir plus sur ce défilé de bovidés en tout genre : des vaches à Paris.

Toutefois le plus grand casting bovin a eu lieu au début des années 1990 dans l’ancien millénaire, à l’occasion de l’exposition Vaches d’expo où 80 artistes mettent en scène 250 vaches.

Vaches d'expo.
Vaches d’expo.

L’ouvrage Nos vaches publié aux éditions « Un sourire de toi et j’quitte ma mère » racontent les grands moments de cette aventure, je vous livre ici quelques propos de l’introduction : Les vaches sont entrées dans nos vies un jour de printemps … : tout un troupeau sagement rangé dans des cartons à dessins et qui nous meuglait son désir de paître à l’air libre ! Elles arrivèrent en peinture, en dessin, en photo, par la poste ou Internet, tuyautées par d’autres, se passant le mot comme on se refile l’adresse d’une bonne auberge … Nous sommes devenus une étable d’artistes vaches. Si vous voulez feuilleter un livre d’images de vaches c’est bien cet ouvrage que vous devez ouvrir dans l’ordre qui vous plaira de le faire, le fermer, le rouvrir au hasard, visiter la parade en commençant par la fin, lire sans ordre les textes qui accompagnent les réalisations graphiques, alors vous aurez rencontrer un troupeau de 200 têtes.

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Moi, grâce à Kiki et Albert Lemant, j’y ai rencontré mon âme sœur :

Kiki et Albert Lemant
Kiki et Albert Lemant

La vache est toujours un sujet de concours de peinture, comme celui organisé en mai 2012 à Gourin, petite ville du pays du roi Morvan dans le centre-Bretagne. Elle se rencontre aussi dans de grandes villes, tel un modèle elle se laisse nonchalamment photographier, comme celle que j’ai croisée dans la métropole lilloise cet automne en nous promenant vers la citadelle Vauban :

Coco, la vache Highland de la citadelle de Lille.
Coco, la vache Highland de la citadelle de Lille.

Après une enquête rapide la vache s’appelle Coco, c’est un taureau d’accord! Mais de la race vache Highland, il/elle a donc toute sa légitimité dans ce billet.

Et pour terminer ce tour d’horizon contemporain, deux chansons parmi tant d’autres où la vache fait danser les mots.

Avec Jean Poiret ça vous coutera mille francs :

Avec La chanson du Dimanche, vaches de tous les pays unissez-vous!

Si vous n’êtes pas convaincu de l’intérêt essentiel de ce bovidé mis en image dans des productions artistiques contemporaines, c’est que vous avez abandonné la lecture et vous n’êtes donc pas en train de lire cette phrase. En revanche si vous êtes arrivé au terme de ce billet il ne vous reste plus qu’à adopter une vache pour 20 francs  : 

Adopter une vache pour 20 francs par mois. Source.
Adopter une vache pour 20 francs par mois. Source.

Ou pour un peu plus cher, que veux-tu ma pauv’ Georgette tout augmente!

Adopter une vache  sur TF1.
Adopter une vache sur TF1. Source

On pourrait se demander pourquoi un tel succès ? La vache n’est pas le félin ou le prédateur souvent filmés par les documentaires animaliers, même avec toute la bonne volonté du monde on ne peut pas l’associer à un guépard bondissant sur sa proie ; la nature ne l’a pas non plus doté d’un regard perçant, elle ne vole pas, ne galope pas, ne se camoufle pas et ne possède aucune des aptitudes physiques que nous admirons chez de nombreuses espèces. Pourtant, la vache est là et bien là ! Il faudra remonter en plus loin dans le temps pour tenter de répondre à cette question et comprendre comment des peintres du XIXème siècle (dont certains célèbres) lui ont brossé de magnifiques portraits. En attendant pour s’entrainer à savoir à quel peintre appartient quel troupeau, rien ne vaut un quizz vache, si ça existe : la preuve par là ! QUIZZ …
Bonnes fêtes à tous et aux courageux qui sont arrivés au/à bout de ce post!