CONNAISSANCE-DE-CAUSES 

Un travail remarquable d’analyse des discours politiques au prisme du genre.

A lire sans modération et à diffuser

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La femme est un tueur comme les autres ? Partie I.

La couverture de Neues Volk. Le portrait de la maternité. Allemagne, avril 1936.
La couverture de Neues Volk. Le portrait de la maternité. Allemagne, avril 1936.

De prime abord vous pourriez m’opposer que réifier la moitié de l’humanité en une seule figure fait du titre de ce billet une gageure, mais tant pis : c’est écrit, c’est ainsi! Vous pourriez également me dire que les noms Liselotte Meier, Johanna Altvater, Ilse Struwe, Erna Kürbs Petri,Vera Stähli, Gertrude Segel Landau ne vous évoquent rien et vous auriez bien raison. Cette ignorance collective, que nous partageons donc tous, en dit long sur nos sociétés qui ne veulent pas voir le criminel quand il s’agit d’une criminelle, sauf dans les cas d’infanticide. Ces noms et prénoms sont ceux de femmes allemandes qui ont participé de manière directe ou indirecte à la destruction des Juifs d’Europe. Cette cécité (ne pas voir la criminelle) trouve aussi son origine dans les mythes allemands de la femme innocente et du martyr féminin [qui] apparurent au moment de l’effondrement du Reich et de la victoire des Alliées (Wendy Lower, p 213). C’est le travail d’historiennes(ns) qui nous permet d’ôter le voile et de comprendre comment des femmes allemandes de tous âges, de toutes origines sociales ont participé activement (il faudra revenir sur cet adverbe plus tard) à l’entreprise génocidaire nazie dans les territoires occupés de Pologne. Ces noms et prénoms féminins sont l’écho de l’effroi que leur parcours criminel peut inspirer.
Comment des milliers de femmes ont participé à la Shoah? Que sont-elles devenues après la guerre ? C’est à ces questions que l’historienne Wendy Lower tente de répondre dans un essai saisissant paru chez Taillandier sous le titre (désolant qui sent la traduction littérale à plein nez) : Les Furies de Hitler.

Bund Deutscher Mäde. Ligues des jeunes filles allemandes
Bund Deutscher Mäde. Ligues des jeunes filles allemandes. Droits: http://www.europeana.eu/rights/rr-p/

Avant d’entrer plus avant dans cet essai, on pourrait se demander quelle place le féminin (comme genre), les femmes (comme catégorie) occupaient dans la propagande et le projet social du IIIème Reich? Dans un ouvrage, paru en 1998 aux éditions du Seuil, consacré à La société allemande sous le IIIè Reich, l’historien Pierre Ayçoberry consacrait quelques pages « à la conquête des femmes et de la jeunesse ». Que pouvons-nous en retenir ?
1/ Les femmes abdiquent toute vocation professionnelle et réservent leurs efforts à la sphère familiales. Elles sont à ce titre été écartées des places qu’elles occupaient dans l’élite de la fonction publique et des professions libérales. Pour éviter l’inscription des femmes dans l’enseignement supérieur, l’équivalent du ministère de l’Education nationale supprime pour les jeunes femmes, le latin pendant les cinq premières années du gymnase et les sciences pendants les trois dernières années. Cela est remplacé par l’enseignement ménager et les langues vivantes. Un barrage supplémentaire est dressé à l’entrée à l’université par la mise en place d’un numerus clausus : 10%. Celui-ci n’a pas été efficace en permanence. En revanche, les femmes ont été totalement exclues de l’appareil judiciaire.
2/ L’encadrement idéologique des femmes est de la responsabilité de deux organisations. La Frauenschaft (Organisation nationale-socialiste des femmes), créée en 1932 et se consacre à l’enseignement ménager. Après 1933, l’organisation met en place des stages de doctrine.
La Frauenwerk (l’œuvre féminine allemande) qui dispense des cours d’économie domestique. Au-delà de ces deux organisations au succès relatif, la grande majorité des militantes convaincues sont issues de la « Ligue des jeunes filles allemandes » (la Bund Deutscher Mädel).
La présidente de la Frauenschaft est Gertrud Scholtz-Klink , si elle peut incarner une certaine ascension politique féminine, sa mission principale à la tête de la Ligues des femmes nationales – socialistes est de faire la promotion de la ménagère. Elle déclare ainsi en 1934 que la mission de la femme est d’être ministre de son foyer et sa profession de répondre aux besoins de l’homme, du premier moment de sa vie jusqu’au dernier de son existence. Elle accède à une notoriété en dehors des frontières du Reich et fait l’objet de nombreux articles dans la presse étrangère. La presse française relaie les actions de Gertrud Scholtz-Klink, elle est qualifiée de Führerin par Paris Soir. Le quotidien français  lui consacre une pleine page dans son édition du samedi 03 septembre 1938. La lecture de l’article est passionnante :

Certaines femmes ont occupé des postes à responsabilité dans l’appareil d’encadrement de la société allemande, ont connu la gloire cinématographique comme Léni Riefenstahl ; mais celles qui nous intéressent ici sont le groupe formé par 30 000 femmes que la police et la SS nomment comme auxiliaires dans les bureaux de la gendarmerie, les quartiers généraux de la Gestapo et les prisons. Wendy Lower avance l’idée que pour ces 30 000 femmes aucune mise à distance psychologique n’était envisageable, et la probabilité d’une participation directe au meurtre de masse très élevée (page 23). Au-delà de ce groupe, le Reich déploie 500 000 Allemandes dans les territoires de l’Est et du Sud-Est, immense espace qui inclut les provinces polonaises annexées en 1939.

Arthur Grimm. Célébration de l'Anschluss par la ligue des jeunes filles allemandes. 16 mars 1938
Arthur Grimm. Célébration de l’Anschluss par la ligue des jeunes filles allemandes. 16 mars 1938. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

L’introduction de l’essai est fort éclairant car nous comprenons que, si peu de femmes ont été condamnées à des peines de prison ou à la peine capitale c’est qu’a perduré jusqu’à aujourd’hui une image compatissante de la femme. L’éclairage porté sur les gardiennes de camp comme Irma Grese ou Ilse Koch ont certainement empêché un débat plus nuancé sur la contribution des femmes au régime nazi et sur leur culpabilité en général (p 28). De plus, après la guerre, la femme allemande apparaît comme l’héroïne à qui il revient de lessiver le passé honteux de l’Allemagne. Il faut aussi comprendre que l’apolitisme des femmes fait partie des mythes de l’après guerre, Wendy Lower l’écrit en une phrase saisissante : Aussi longtemps que ces Allemandes seront confinées dans une sphère à part ou que leur influence politique sera minorée, la moitié de la population génocidaire sera […] innocentée des crimes de l’Etat moderne et exclue de l’histoire elle-même.

Les étudiantes du BDM s'exercent au tir avec des armes légères. Anonyme. 1936
Les étudiantes du BDM s’exercent au tir avec des armes légères. Anonyme. 1936. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

Comment appréhender le rôle des femmes dans la « Solution finale au problème juif »? Quelle place occupent-elles dans l’entreprise génocidaire ? Au lieu de classer les individus par catégories, il faut se demander qui fait quoi dans le système mis en place pour la destruction des Juifs d’Europe. Voici un exemple qui permet de comprendre cette complexité : une inspectrice en chef de l’Office centrale de sécurité du Reich décide du sort de milliers d’enfants, dans son travail elle est assistée d’environ 200 femmes; ces agents de terrain sont chargées de rassembler les preuves de la « dégénérescence raciale ». A cette fin, elles élaborent un système codé à base de couleurs pour organiser l’incarcération de plus de 2 000 enfants (juifs, tsiganes, « délinquants ») dans des camps d’internement spéciaux. Ces femmes remplissent un savoir-faire administratif jugé féminin et participent par là même à l’entreprise criminelle.
Les sources sont nombreuses mais ne sont pas forcément faciles d’accès. Wendy Lower a travaillé à partir des archives de guerre allemandes, des enquêtes menées par les Soviétiques sur les crimes de guerre nazis, les dossiers de la police secrète est-allemande, les archives S. Wiesenthal. Elle a enquêté à partir des minutes des procès et des enquêtes menées par les Autrichiens et les Allemands de l’Ouest, et enfin sur les « ego-documents » (la manière dont le sujet forge une image de lui(elle)-même à travers ses dépositions). Tous ces documents remontent à l’après-guerre. L’historienne analyse les significations différentes entre un entretien accordé à un journaliste et une déposition faite devant un juge.
La plupart des études qui portent sur le génocide des Juifs d’Europe admettent que le meurtre de masse n’aurait pu s’opérer dans une large participation de la société. Pourtant, la plupart de ces études laisse de côté la moitié de la population, comme si l’histoire des femmes se déroulait dans une sorte d’ailleurs. C’est une approche illogique et une omission inexplicable. Les destins dramatiques de ces femmes révèlent le côté le plus sombre de l’engagement féminin. (p 33). Ces femmes à travers leur métier, leur fonction, leur engagement sont mobilisées en vue de la guerre et consentent au génocide.

à suivre …

Pourquoi j’irai à la manif pour toutes de Deauville

Pourquoi j’irai à la manif pour toutes de Deauville.

Women’s Forum Global Meeting 2012 avec les deux prix Nobel de la paix, Leymah Gbowee et Shirin Ebadi

C’est en parcourant cet article au titre doucement provocateur que j’ai lu cette lumineuse définition du terme STEREOTYPES, ceux-ci sont définis  par Brigittte Gresy comme des  légitimeurs d’inégalités, qui figent femmes et hommes dans la cire des préjugés et nous paralysent dans des injonctions inexorables. Qui dit mieux?

Avant la géante Manif pour tous contre l’égalité …

Je vis une époque formidable où le burlesque chasse le baroque, une époque du tout se vaut et réciproquement, une époque des éclats de rires collectifs ventripotents, une époque sans Pierre Desproges et Jacqueline Maillant … Je m’égare. Un sentiment d’insondable solitude qui peut devenir accablant, et pourtant … A vous de voir la suite

et de lire l’article sur Konbini si cela vous intéresse

photos : de nombreux liens brisés.

Un billet très rapide pour vous informer que de nombreux liens sont brisés sur de nombreux articles. Au delà du fait que les arcanes d’un blog à ses débuts peuvent totalement échapper à une auteure novice, le site RMN qui est une véritable mine a été entièrement refondu : entre les permaliens et les liens profonds de nombreuses images ont disparu, il faudra un peu de temps pour aller tout relire et tout récupérer dans cette biblogotheque. Je vous remercie par avance de votre indulgence et sans avance de votre fidélité.

Une poule un peu huppée,

Gallina domestica cirrata / Poule commune huppée Robert Nicolas (1614-1685)
Gallina domestica cirrata / Poule commune huppée Robert Nicolas (1614-1685)

Un soldat de l’Armée Rouge viole une Polonaise

Voici l’objet de la colère de Moscou :

Un soldat soviétique violant une femme enceinte.
Un soldat soviétique violant une femme enceinte.

Je vous laisse lire l’article du blog big brower duquel ce billet est inspiré. Je me permets ce copié-collé :

Moscou a vivement réagi par l’intermédiaire de son ambassadeur à Varsovie, Alexandre Alekseev. Sur Facebook, il a expliqué être « profondément choqué par cette incartade de l’étudiant des Beaux-Arts de Gdansk, qui a insulté avec son pseudo-art la mémoire de plus de 600 000 soldats soviétiques, morts pour la liberté et l’indépendance de la Pologne ». Il a également jugé la sculpture « vulgaire » et « ouvertement blasphématoire » et a fait savoir qu’il espérait « une réaction appropriée » des autorités polonaises.

Le parquet de Gdansk doit désormais statuer sur d’éventuelles poursuites pour incitation à la haine raciale ou nationale contre l’étudiant. Lequel a défendu son œuvre, expliquant qu’il s’agissait d’un « message de paix », qui avait pour seul but de « montrer la tragédie des femmes et les horreurs de la guerre ».

Voilà qui est intéressant et suscite forcément plusieurs questions- réflexions (pas forcément de bon aloi)  :  C’est quoi le problème? Violer une femme? Ou violer une femme enceinte? Préciser que La Femme porte l’enfant de l’homme appartenant au groupe ennemi laisse perplexe. En même temps aucune guerre ne se joue sans l’image de La Femme en arrière plan, première réflexion. Pourquoi le Kremlin est si prompt à réagir? Laver l’honneur des héros libérateurs à l’Est entre 1944 et 1945? Construire inlassablement une virginité d’une Russie qui veut (re)devenir la grande Russie quand vont se tenir les J.O. à Sotchi, station balnéaire fréquentée par une kleptocratie en mal (mâle) de reconnaissance? Dans cette histoire, un petit étudiant des Beaux Arts de Gdansk n’a pas voix au chapitre, deuxième réflexion. le viol est-il inhérent à la guerre? Cette dernière question invite forcément à prendre un peu de recul, troisième réflexion qui m’invite à vous livrer deux lectures récentes. Dans son dernier ouvrage, La Fin, Ian Kershaw consacre un chapitre, à ce qu’il nomme une calamité à l’est, voilà ce qu’il écrit  en substance : la soif de vengeance était inextinguible …  phénomène de masse et acte de vengeance qui passait par la volonté d’infliger une humiliation maximale à la population masculine vaincue  (intéressant comme réflexion) le viol des femmes, jeunes et vieilles, souvent à plusieurs reprises, fut l’un des premières rencontres (gloups!!!) avec les conquérants avec les conquérants soviétiques … suivant certaines estimations (le mot dit le vide de la recherche en ce domaine pour cette époque et pour cet espace) 1.4 millions de femmes – soit un cinquième de la population féminine – furent violées au cours de ces semaines dans les provinces orientales conquises par l’Armée Rouge. Celles qui réussirent à se cacher ou à échapper à cette bestialité eurent en vérité beaucoup de chance (naïvement j’attends que l’historien s’empare du sujet, mais non, l’allusion au viol massif s’arrête là). Si l’on veut prendre un peu de recul, il faut lire l’historien Christian Ingrao, spécialiste des violences de guerre et à qui l’on doit un magistral essai sur les intellectuels de la SS (Croire et Détruire). dans un court article paru dans le monde hors série, 1914-2014, un siècle de guerre.

un siècle de guerrel’historien explique que la guerre traditionnelle édictait sans forcément la respecter  la norme de l’exclusion des femmes de la violence de la guerre. Au cours du XXème siècle les violences dirigées contre elles ont eu tendance à se généraliser, là je cite un extrait de son article « la violence à son paroxysme » : le viol de guerre, s’il n’est pas inexistant durant les deux conflits mondiaux, loin de là, n’a pas la systématicité qu’il acquiert en Yougoslavie dans les années 1990 ou dans la région des Grands Lacs africains des années 2000.

Tu veux du genre dans ton thé? Petits rappels théoriques.

A lire sans modération :

La suite ici

La théorie du genre (djendeure). – Insolente veggie.

1914-1918, CULTURES DE GUERRE. Femmes, sexe et genre.

Paris pendant la guerre. Sager Xavier (1870-1930). Paris, musée de l'Armée
Paris pendant la guerre. Sager Xavier (1870-1930). Paris, musée de l’Armée

Pendant la guerre, la femme jouit, certaine envoie bouler à coups de pied dans le c… le parfait niais, une autre ressemble à une coquette au regard lascif, et que penser de ces deux femmes dont l’une arbore un canotier tout masculin ? Et si nous changions de décor ..

Trois femmes, trois activités : une ouvrière (une des fameuses « munitionnettes » travaillant dans les usines de guerre produisant des obus), une paysanne et forcément au centre comme une image de femme liant les deux autres, une mère qui allaite son nourrisson regardant sa fille lui tendre une lettre

Au second plan de l’affiche, derrière des femmes « de chair et de sang » réifiées en figure iconique, l’allégorie souveraine de la République : Marianne épaules nues, cuirassée et casquée.

Cette affiche a été réalisée à la fin du conflit par Alexandre Desvarennes. Cette affiche qui symbolise les nouvelles tâches des femmes françaises dont le texte est en anglais est la version anglaise d’un documentaire réalisé pour la section cinématographique de l’armée française. Le documentaire de propagande poursuite (encore une fois) un but bien classique, en l’occurrence il s’agit d’exalter le patriotisme et l’héroïsme. Ici, l’affiche fait la synthèse de la place nouvelle accordée à la femme pendant le temps d’un conflit et elle met en scène le dévouement nationaliste du sexe faible : observez les vêtements de ces femmes qui recomposent le drapeau tricolore.

Il n’y a ici aucun signe d’émancipation puisque l’éternel féminin prend son sens exclusif dans la maternité : la mère qui allaite est bien au centre de l’affiche, qu’elle soit ouvrière ou paysanne l’impératif de faire des enfants reste une priorité absolue, ce qui peut s’entendre dans un contexte de mort de masse. Mais contrairement à ce qui est communément admis, la guerre n’a pas favorisé le processus de l’émancipation féminine, sa fin ayant été marquée par une période de réaction à cet égard.

Dans ce propos liminaire nous posons d’emblée comme un fait acquis que la Grande guerre n’a pas émancipé les femmes, mais comment les historiens ont traité cette questions? On peut à cet égard distinguer trois grands âges historiographiques.


–          Dans les années 1970, les premiers travaux britanniques menés notamment par  (David Mitchell et Arthur Marwick découvrent des femmes à des responsabilités et à des métiers nouveaux. Ceci à conduit à nourrir une mémoire souvent hagiographique de la mobilisation féminine.

–          Dans les années 1980, on assiste à la contestation de l’idée selon laquelle la guerre aurait émanciper les femmes ; Gail Braybon ou Deborah Thom montrent dans qu’après relecture des sources et une approche posée en termes de « genre » le caractère soit provisoire soit superficiel des changements. Par sa nature et par le traumatisme qu’elle engendre, la guerre leur paraît plutôt conservatrice voire régressive en matière de rapports entre les sexes.

–          Enfin, troisième temps, dans les années 1990, Eliane Gublin, en observant la situation belge elle souligne les paradoxes des réalités quotidiennes de l’entre-deux-guerres et la persistance des discours traditionnels qui ont occulté d’importants changements dans la condition féminine, notamment en ce qui concerne le quotidien et le travail.

Mais, cette idée d’une guerre émancipatrice est assez prégnante pour tenter d’apporter des « preuves » au dossier.

L’obtention des droits politiques ne peut pas être considérée comme un récompense pour fait de guerre (06 février 1918 : le Royaume Uni universalise le suffrage masculin et instaure un suffrage féminin à partir de 30 ans ; les 1ère campagnes électorales ignorent les expériences novatrices de la guerre et construisent les électrices comme mères et épouses avant tout ; seule la mobilisation suffragiste des années 1920 conduit à l’égalité des droits politiques entre hommes et femmes).

Usine de fabrication d'armement à Lyon : les tours. Vuillard Edouard (1868-1940)
Usine de fabrication d’armement à Lyon : les tours. Vuillard Edouard (1868-1940)

Le travail à l’usine, après la démobilisation le bilan est nuancé : la baisse globale de l’activité féminine est manifeste en France et dans les autres pays européens, mais  l’expansion du travail féminin à l’usine se confirme notamment dans la grande industrie taylorisée : la métallurgie légère et l’industrie électrique confie aux femmes des travaux répétitifs non qualifiés.

Les emplois tertiaires se féminisent

En France en 1919 c’est création d’un baccalauréat féminin.

Peut-être les principales gagnantes de la guerre sont les jeunes filles de la bourgeoisie qui peuvent désormais espérer devenir des femmes actives et indépendantes.

Les travaux les plus récents (Susan Graysel) insistent sur la porosité entre le front et l’arrière : présence de nombreux hommes dans les foyers et de femmes près des lieux de bataille ; importance des correspondances. Mais, à aucun moment il ne faut oublier l’opposition entre deux types d’expériences car les hommes et les femmes vivent une chronologie différente du conflit.. La guerre remet chaque sexe à sa place (reviriliser les nations, révéler aux femmes leur « vraie nature »). Après la guerre, les femmes sont brutalement démobilisées et les hommes aspirent à une restauration (impossible) d’une pensée sociale et politique qui rétablit pour longtemps une ligne de partage entre le féminin et le masculin.

Selon G. Mosse (dont nous aurons l’occasion de reparler), la Grande Guerre  développe le mythe de la camaraderie virile et associe plus étroitement la virilité au militarisme, voire à la brutalité du combat; mais elle suscite un immense désarroi masculin et une grande nostalgie du foyer surtout à partir de 1917.

Penchons nous maintenant sur le genre dans la guerre et observons la place d’un imaginaire en termes de genre dans la culture de guerre :

–          Le discours de guerre est profondément sexualisé (angoisse d’une masculinité impuissante à défendre l’inviolabilité du corps féminin, symbole de la nation et du foyer, peut aller jusqu’à l’acquittement des mères infanticides qui ont supprimé « un petit allemand », pour preuve : La circulaire du 24 mars 1915 invite à faciliter, dans le cadre de la législation existante l’accouchement sous le secret et l’abandon de l’enfant à l’Assistance publique.

–          S’impose comme allant de soit l’équation entre pureté nationale et pureté sexuelle : dénoncer l’infidélité, la prostitution, propagande ou fantasme sur la sexualité des « non-Blancs »

Pour Françoise Thébaud il y a une double mythologie sexualisée : pureté nationale / pureté sexuelle et féminisation de l’ennemi comme décadent.

L’historienne américaine Mary Louise Roberts soutient que la reconstruction du genre sert à apaiser les anxiétés sexuelles et culturelles nées des bouleversements de la guerre et elle applique cette logique cathartique à la « garçonne ». Elle distingue trois modèles :

–          Le modèle de la femme moderne qui cristallise les peurs du changement.

–          Le modèle antagoniste et rassurant de la mère, remède moral autant que démographique.

–          Le modèle de la femme seule, active, célibataire mais chaste, qui permet aux Français de négocier le changement, de réconcilier l’ancien idéal domestique avec l’organisation sociale changeante

Et les avancées féministes dans tout ça ?

Le consentement majoritaire des féministes à la guerre est indéniable ; les féministes suspendent leurs revendications, notamment la revendication suffragiste pour parler de « devoirs » patriotiques et faire leurs preuves ; elles appellent les femmes à servir et à se mobiliser.

Certaines féministes restent fidèles à l’idéologie de la mère pacifiste : Madeleine Vernet fonde en 1917 La Mère éducative où elle milite pour une rééducation pacifiste des enfants et appelle à l’union.

Les féministes françaises de UFSF et le CNFF considèrent la guerre comme une « cause sainte » contre la barbarie et le militarisme prussien.

Le consentement de cette élite est-il celui des femmes dans leur ensemble ?

C’est surtout la résignation face à un conflit inévitable et lassitude d’un combat qui dure

Toutefois, il existe chez les féministes un pacifisme plus politique :

–          Au congrès international de La Haye pour la paix future en avril 1915 et organisé par la féministe américaine Jane Adams fondatrice en janvier du Parti de la paix aux  Etats-Unis ; cela débouche sur un Comité international des femmes pour la paix permanente et qui devient en 1919 la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté qui travaille à la dénonciation du lien entre militarisme et sujétion des femmes.

–          Hélène Brion affirme ;  « je suis ennemi de la guerre parce que féministe. La guerre est le triomphe de la force brutale, le féminisme ne peut triompher que par la force morale et la valeur intellectuelle » ; la secrétaire générale du syndicat des instituteurs et institutrices épouse une position minoritaire qui échoue devant la force des nationalismes.

Voici un texte très intéressant que je n’ai pas eu le temps de fouiller comme il se devrait mais que je livre à votre lecture.

Autochrome de la guerre 1914 1918. Groupe à l'hôpital 66 : infirmières, militaires, médecins devant une baraque
Autochrome de la guerre 1914 1918. Groupe à l’hôpital 66 : infirmières, militaires, médecins devant une baraque

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