Au Moyen Age, les images entrent dans les maisons.

Le Moyen Age comme vous ne l’avez jamais vu

Depuis quelques années, dans le Languedoc-Roussillon, on redécouvre régulièrement dans de vieilles demeures médiévales, des plafonds peints. Ces peintures, datant de la fin du Moyen Âge, se trouvent principalement dans des bâtiments ayants appartenu à l’élite ecclésiastique, aristocratique ou encore à de riches marchands. Les historiens Monique Bourin et Pierre-Olivier Dittmar, nous font découvrir le sens et la fonction sociale de ces images dans l’univers domestique médiéval. En effet, ces images, proches des valeurs et des intérêts du quotidien, représentent pour le commanditaire une mise en scène de soi dans son cadre de vie habituel, mais sont aussi données à voir à tous ceux qui pénètrent dans ces salles décorées, ancêtres des murs de Facebook. Pendant longtemps, et malgré le talent de nombreux peintres qui s ’ y sont exercés, ce type d ’ art a été peu étudié car considéré comme mineur en comparaison de la grande peinture. Dans les années 1990-2000, l’anthropologie, en s’intéressant aux images dites populaires, le remet au goût du jour. (Source)

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Jérome Bosch est mort il y a 500 ans.

Jardins des délices. Détail2 Jardins des délices. Détail1

A l’occasion du cinq centième anniversaire de la mort du peintre Jérome Bosch deux expositions majeures vont être présentées.

Jérome Bosch.

La première a lieu dans la ville du peintre, Bois-le-Duc; la seconde s’ouvrira à Madrid au musée du Prado le 31 mai.

A cette occasion, replongez dans le Jardin des délices grâce à cette visite en très haute définition :

Le Jardin des délices.
Le Jardin des délices.

Ouvrez les panneaux, ce n’est pas un retable. Le Jardin des délices, est-ce vraiment si délicieux? (Source). C’est en tous les cas fascinant, comme l’ensemble de l’oeuvre de ce peintre « énigmatique ».

Combat de coqs en Flandre, 1889. Rémy Cogghe.

R. Cogghe. Combat de coqs. Détail

Voici un post oublié au fond d’un tiroir, initialement intitulé « Une poule dans un jeu de coqs », écrit il y a quelques années et qui se fait l’écho d’une double découverte : celle du musée La Piscine de Roubaix et à l’intérieur de celle d’une huile sur toile dont le titre et la composition ont attiré une certaine curiosité typique d’un petit gallinacé à la crête en alerte, il s’agit de l’huile sur toile de Rémy Cogghe : Combat de coqs en Flandre, daté de 1889.

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889
R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889
Rémy Cogghe. Etude pour combat de coqs
Rémy Cogghe. Etude pour combat de coqs.

Rémy Cogghe est un roubaisien belge né à Mouscron en 1854, il arrive avec sa famille à Roubaix en 1857. C’est donc un jeune immigré remarqué par un bourgeois qui le présente à un riche industriel Pierre Catteau, qui devient son mécène à Roubaix puis à Paris quand le jeune artiste fréquente l’atelier de Cabanel. En 1880, il reçoit le Grand Prix de Rome de peinture décerné par l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers. Dès l’aube de sa carrière …. Il est attaché à l’appui financier du patronat textile et toute sa vie, dans toute son œuvre, il restera ce fils de tisserand pensionné par les manufacturiers d’une ville qu’il ne quittera pratiquement pas : une fidélité à Roubaix, pourtant l’artiste se détache de sa source roubaisienne ses inspirations sont rurales, campagnardes, brugeoises.

R. Cogghe, autoportrait. 1899
R. Cogghe, autoportrait. 1899

Le combat de coqs est une tradition ancienne dans le Nord de la France, il se déroule dans un gallodrome. Le combat auquel nous assistons dans ce tableau a lieu dans le gallodrome situé rue du Vieil-Abreuvoir. Les protagonistes, entendons ici les spectateurs sont tous des figures roubaisiennes. Rémy Cogghe s’inspire d’un autre artiste et sa toile n’est pas sans évoquer un naturalisme qui rappelle celui d’Emile Claus, un peintre belge.

Emile Claus, Combat de coqs, 1882 (collection particulière)
Emile Claus, Combat de coqs, 1882 (collection particulière)

On peut tenter un exercice de comparaison entre le combat de coqs d’Emile Claus qui date de 1882 et celui de Rémy Cogghe réalisé en1889. Nous sommes placés à chaque fois dans la position d’un parieur (imaginer une poule dans cette position?) qui regarderait ses congénères placés de l’autre côté du gallodrome. La mise en scène  deux artistes nous fait participer au combat, mais avec quelques différences. Dans le tableau de Rémy Cogghe l’exactitude des portraits tranche avec le flou du combat, alors que dans l’œuvre du luministe belge ce qui l’emporte c’est la netteté du combat de coqs. Cette nuance s’explique dans le projet mené par R. Cogghe, son combat de coqs est l’occasion de dresser une galerie de portraits tous roubaisiens.

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail
R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.4

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.3

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.2
Le travail mené par Dominique Vallin a permis d’identifier la plupart des hommes présents dans cette scène, l’historienne de l’art s’appuie sur les sources anciennes comme le Journal de Roubaix et se réfère aux articles signés pas Jean Duthil et Pierre Kleim. Ce dernier écrit au moment de l’exposition de la Société Artistique de Roubaix-Tourcoing : Toutes les figures du tableau de Mr Cogghe sont connues et nos concitoyens vont s’intéresser grandement à cette œuvre locale. Les expressions sont d’une justesse, d’une observation, d’un fini, qui indiquent que le peintre croit être un psychologue.
Cette assemblée constituée uniquement d’hommes réunit toutes les couches de la population : ouvriers, employés, patrons. Dans cette communion de circonstance le conflit n’existe pas, il s’agit du spectacle de la concorde.
Qui sont ces modèles de proximité ?

Mémoire de la Grande Guerre (à télécharger)

Merci au Cercle généalogique de Maisons-Alfort pour cette découverte, cela me permet au passage de saluer leur remarquable travail

CGMA - Maisons-Alfort

Mémoires de la Grande GuerreCliquer pour accéder à l’article

Lucien Barou fait revivre la mémoire des Poilus

1914. La Première Guerre mondiale signait tragiquement l’entrée dans le 20e siècle. Cent ans plus tard, Lucien Barou publie Mémoires de la Grande Guerre, 187 Poilus du Forez et de sa périphérie témoignent. Un ouvrage de 5 tomes qui donne directement la parole aux héros des tranchées, à consulter aux Archives départementales de la Loire ou à télécharger.

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S’artmusée: c’est l’enfance de l’art!!

Un petit billet très rapide pour vous présenter le site S’artmusée spécialement conçu pour les enfants, le « jeune public » comme on dit aujourd’hui! En ces moments obscurs nous avons encore plus besoin de culture(s), et ce site propose un voyage-découverte d’une très grande qualité.

Capture. S'artmusée
Capture. S’artmusée

Le site propose des visites virtuelles, les enfants peuvent mener des enquêtes et entrer à pas  de poucet dans différents univers artistiques. Les jeux sont tous de bonne qualité et surtout un plus pour la rubrique les enfants artistes.

Bonne découverte à toutes et à tous.

S’artmusée: musée ludique.

Découverte du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris

Merci à vous de promouvoir ainsi le MAHJ dont les programmations audacieuses s’adressent à tous.

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Mardi 24 juin 2014, peu avant 10 heures du matin, le quartier du Marais est déjà bien réveillé. Les commerçants ouvrent peu à peu leur boutique, les touristes parcourent le quartier à une vitesse qui semble frustrer les travailleurs déjà au pas de course. Au loin, l’architecture de Renzo Piano qui surplombe les ruelles médiévales, où se trouve au 71 rue du Temple l’Hôtel de Saint-Aignan devant lequel un petit attroupement est en train de se former. Un mois, jour pour jour après les tristes évènements qui frappèrent le musée Juif de Belgique, une petite partie de la twittosphère culture, musées et institutions culturelles, comptait bien rendre hommage aux victimes de cet attentat, qui laissa de nombreuses personnes bouleversées et encore sous le choc. Bernard Hasquenoph, fondateur de LOUVRE POUR TOUS, fut à l’initiative de ce projet qui fut mené d’une main de maître, grâce à l’aimable autorisation du…

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Je suis inscrite à l’Ecole des filles.

Une forêt comme un palimpseste de la mythique Brocéliande, un chaos granitique à couper le souffle, vous voilà au cœur des Monts d’Arrée, ma Bretagne à moi : y pérégriner c’est voyager dans les temps géologiques au cours desquels vous pouvez entrer dans le « foyer de la Vierge », mesurer votre force ou votre habilité contre la roche tremblante. Ces temps géologiques conjugués à la poésie d’une histoire orale mais aussi à celle d’une histoire industrieuse dont les entrées de mines argentifères en conservent la trace, c’est ici que vous êtes conviés à une belle découverte tout en arts : l’École des filles. Vous êtes à Huelgoat (les « Haut bois »).

École des filles. La cour de récréation
École des filles. La cour de récréation. Source

Ce lieu ouvert de juin à septembre vous permet de découvrir des artistes contemporains mais aussi de naviguer dans des collections des XIX et XXè siècles, d’observer du mobilier traditionnel breton mais aussi des dessins, de la BD, des affiches politiques revisitées, en fin d’assister à l’été des 13 Dimanches.

Affiches politiques revisitées par Pierre Laniau. Ecole des filles. Ete 2012.
Affiches politiques revisitées par Pierre Laniau. École des filles. Eté 2012.

L’École des filles qui date de 1910 a été construite dans un contexte scolaire particulier à la Bretagne : la concurrence que se livre la République qui s’enracine et le réseau des écoles congréganistes assez puissant dans cette région. Cette école est aussi un internat qui accueille des pensionnaires de tout le Finistère, l’enseignement laïque qui y est dispensé a œuvré à l’émancipation des femmes bretonnes. L’historienne Mona Ozouf a écrit à propos de  l’École des filles de Huelgoat que celle-ci  illustre cette marche à l’égalité […] en préparant l’entrée des filles à l’École normale, et en donnant aux jeunes filles la chance d’entrer dans les premières carrières où l’égalité professionnelle des hommes et des femmes est quasi faite (Chloé Batissou, L’École des filles, 1910-2010, Cent ans d’utopie, éditions Françoise Livinec, 2010)

École des filles. salle de classe en galerie d'art.
École des filles. salle de classe en galerie d’art. Source
École des filles. Intérieur.
École des filles. Intérieur.

Dans cette vidéo, F. Livinec explique le dialogue qui s’établit entre l’Ecole et la forêt dans laquelle cette première est sise

J’ai eu la chance de découvrir la saison 2012 au beau titre de Pierre qui roule … Les figures du paysage (c’est vrai : j’aurai pu vous en parler plus tôt) et y est découvert deux jeunes artistes dont j’aimerai vous faire partager le travail.

Le premier, Christophe Chini, est tailleur de pierre depuis 1995, il a exposé des oloïdes d’une beauté minérale des plus inattendues et des plus émouvantes.

Chistophe Chini. Oloïde
Chistophe Chini. Oloïde
Oloïde exposée à l’École des filles. Eté 2012.
Oloïde exposée à l’École des filles. Eté 2012.

Le deuxième, Loïc Le Groumellec, né à Vannes en 1957, expose des toiles au minimalisme expressif, les mégalithes, maisons et croix se répètent et de l’effacement progressif de la laque noire émerge une lumière captivante et envoutante.

L. Le Groumellec. Maison. Laque sur toile
L. Le Groumellec. Maison. Laque sur toile
Loïc Le Groumellec, Mégalithes et maison, 2008. Laque sur toile.
Loïc Le Groumellec, Mégalithes et maison, 2008. Laque sur toile.

Cette vidéo, vous propose une entrée dans l’univers de l’artiste.

C. Chini et L. Le Groumellec. École des filles. Été 2012.
C. Chini et L. Le Groumellec. École des filles. Été 2012.

Je ne sais pas si la galeriste Françoise Livinec à inventé en lieu comme l’écrit Mona Ozouf, ce qui est certain c’est qu’elle l’a réanimé, au sens étymologique du terme, un grand merci à elle (un site à classer dans vos favoris ).

Vivian Maier à Tours

Vivian Maier, Self-Portrait, 1954. Source

Pour ceux qui auront la chance d’être à Tours ou de s’y rendre avant le mois de juin prochain, vous pouvez vous offrir une pérégrination photographique urbaine des plus émouvantes, puisque le musée du Jeu de Paume à Tours consacre à cette street reporter une exposition – rétrospective.

Vivian Maier. date inconnue. Source

Vivian Maier est une énigme. Cette gouvernante américaine, née le 1er février 1926 à New York et morte le 21 avril 2009 à Chicago, qui se promenait avec son Rolleiflex autour du cou. Elle a fait des milliers de photos des familles dont elle gardait les enfants, sans jamais les montrer, ou presque, pas même à ses employeurs. L’inconnue est pourtant devenue, en l’espace de deux ans, l’héroïne d’un roman-photo, ou plutôt d’un polar riche en intrigues […]

Vivian Maier dans la Lumière

L’histoire commence à Chicago, à l’hiver 2007, lors d’une vente aux enchères d’effets appartenant à Vivian Maier, saisis pour solder ses loyers impayés. Un certain John Maloof, chineur en quête de documentation sur un quartier de Chicago, achète pour 400 dollars des cartons et valises. Y sont entassés des négatifs (entre 100 000 et 150 000), des tirages (plus de 3 000) et des centaines de bobines Ektachrome non développées. C’est en réalité l’essentiel du travail photographique de la gouvernante. Quand il tape «Vivian Maier» sur Google, aucune occurrence. En 2009, John Maloof apprend sa mort via un avis de décès publié dans le Chigago Tribune par la famille Gensburg, qui était venue en aide à la vieille dame dans ses dernières années. John Maloof s’obstine dès lors à remonter le fil d’une vie, d’une passion, entouré d’une multitude d’experts, des autres acquéreurs de l’œuvre de Vivian Maier et des familles pour lesquelles elle avait travaillé.

Lire la suite : Vivian Maier au détour d’une rue.

L’exposition à Tours

L’exposition en images : Une photographe révélée.

Au programme : Poésie et humanisme.

J’espère avoir l’occasion de me rendre dans la cité tourangelle dans les semaines qui viennent. Si certains d’entre vous ont eu la chance de voir cette exposition, n’hésitez pas à faire part de vos impressions.

Chicago, Illinois, 1963. Source

Le site consacré à Vivian Maier

Erik Johansson

Set Them Free. Erik Johansson

Pour découvrir les incroyables photos montages d’Erik Johansson et garder son univers et son imaginaire d’enfant, rendez-vous sur le site de ce doux dingue : quelle aventure!

Photographer Erik Johansson

Voyage en Russie disparue.

Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Peasant Girls, 1909. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress, LC-DIG-ppmsc-03984. Source.
Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Peasant Girls, 1909. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress, LC-DIG-ppmsc-03984. Source.

Hier j’ai fait la connaissance de Sergueï Mikhaïlovitch Procoudine-Gorsky, et ce fut une belle rencontre au musée Zadkine à Paris. Le photographe nous a offert un véritable voyage dans le temps, à travers une Russie à jamais disparue.

Qui est Procoudine-Gorsky et quel procédé photographique met-il au point?
S. ProcoudineGorsky au bord de la rivière Skuritskali, Géorgie, 1912
S. ProcoudineGorsky au bord de la rivière Skuritskali, Géorgie, 1912

Il est né en 1863 dans une famille de la vieille noblesse russe établie à Founikova Gora dans la province de Vladimir, petit-fils d’un dramaturge il appartient à cette élite férue de science et de technologie. Il reçoit une éducation complète, à l’image de celle des humanistes, elle repose à la fois sur les sciences et sur les arts. En 1898 Il intègre la Société impériale Russe de technologie, instaurée en 1724 par un décret de Pierre le Grand, il rejoint la Cinquième section consacrée à la photographie, il en devient président en 1906.

A partir de 1897, Il écrit dans de nombreuses revues scientifiques consacrées à la photographie, ses travaux sont diffusés en France, notamment par le périodique L’informateur de la photographie qui consacre une rubrique aux implications industrielles et scientifiques de la photographie et qui rend compte d’un nouveau procédé photomécanique « Elka »

L'informateur de la photographie.
L’informateur de la photographie.

En 1901, S. Procoudine-Gorsky ouvre un studio de photozincographie et de technique photographique à Saint-Pétersbourg puis s’intéresse à la photographie en couleurs, qui au début du XXème siècle est encore un domaine expérimental. Ses recherches le conduisent à prendre contact avec Adolph Miethe qui occupe à Charlottenburg la chaire de photographie, de photochimie et d’analyse spectrale à l’École supérieure de technologie. Procoudine-Gorsky s’initie au procédé de prises de vue trichrome.

Adolph Miethe
Adolph Miethe

Le procédé de la trichromie découle du principe de séparation des couleurs constitutives de la lumière blanche, mise en évidence en Angleterre par J. Clerk Maxwell en 1861. La méthode mise au point par Miethe consiste à réaliser successivement trois négatifs à l’aide de trois filtres de couleur distincte, puis à partir de ces négatifs de réaliser par contact trois positifs, eux-mêmes sur plaque de verre, dont la projection simultanée à l’aide d’un appareil spécifiquement conçu, permet, par interposition des trois mêmes filtres, la restitution de l’image définitive en couleurs.

Caméra

De retour en Russie, Procoudine, excellent chimiste, améliore le procédé en travaillant à l’élaboration d’une émulsion qui offre une photosensiblité égale à l’ensemble des rayonnements émis par les couleurs du spectre, il y parvient en 1905 et s’impose en Russie et au-delà des limites de l’empire tsariste comme le spécialiste incontesté du procédé trichrome. C’est cette émulsion qui donne aux « vues optiques en couleurs » de Procoudine-Gorsky leur incomparable rendu chromatique.

Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. The Emir of Bukhara, 1911. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress, LC-DIG-ppmsc-03959
Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. The Emir of Bukhara, 1911. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress, LC-DIG-ppmsc-03959.
L’heure de gloire.

En février 1905, Sergueï Procoudine-Gorsky organise à Saint-Pétersbourg une première présentation de soixante-dix images trichromes, il renouvelle l’expérience en avril 1906 à Rome au VI Congrès de chimie appliquée. Ces présentations suscitent l’enthousiasme et l’émerveillement, deux sentiments qui vous habitent encore en 2014 si vous avez le privilège de visiter l’exposition au musée Zadkine. En 1906, il reçoit une médaille d’or à l’Exposition internationale d’Anvers et en 1908 il est invité à faire une démonstration de son travail devant les représentants du Conseil d’Etat et de la Douma. Le frère du tsar Nicolas II, Alexandre Mikhaïlovitch assiste à cette présentation. C’est par son intermédiaire que Procoudine-Gorsky est reçu au Palais impérial le 03 mai 1909.

Le tsar Nicolas II et son cousin Georges V à Berlin, 1913.
Le tsar Nicolas II et son cousin Georges V à Berlin, 1913.

A l’issue de la projection, Procoudine-Gorsky obtient du tsar le droit de sillonner l’Empire et de s’engager dans l’ambitieux travail de reportage dont il rêvait. Il est reçu par le ministre des Transport et établit un programme de prise de vue de dix mille images sur dix ans. Des lettres de mission lui sont délivrées et le photographe-voyageur-aventurier est installé à bord d’un wagon spécialement aménagé en laboratoire, il emprunte aussi un bateau à faible tirant d’eau, souvent seul moyen de progression possible..

Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Steam Engine Kompaund with a Shmidt Super-heater, 1910. Digital color rendering. Prints and Photographs Division
Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Steam Engine Kompaund with a Shmidt Super-heater, 1910. Digital color rendering. Prints and Photographs Division

Procoudine-Gorsky réalise entre 1909 et 1916, des milliers de clichés sur verre; voyage dans les régions de l’Oural, de la Volga, de Mourmansk, en Sibérie, au Daghestan, en Azerbaïdjan, au Kirghizistan, en Ouzbékistan, séjournant dans les villes mythiques de Boukhara et de Samarkand.

Empire de Russie. Voie de communication. 1909.
Empire de Russie. Voie de communication. 1909. Source.
Que devient cette collection ?

La première guerre mondiale et la Révolution de 1917 marquent un coup d’arrêt à cette aventure, toutefois le nombre de photographies, d’images fixées est considérable : entre juillet 1909 et et l’été 1916, date de sa dernière mission, avant son départ en exile, Procoudine-Gorsky a réalisé environ 3500 vues. Ces vues sont sorties de Russie à une date indéterminée, seules 1902 des plaques de verre ont été achétées par la Bibliothèque du Congrès à Washington en 1948, c’est dans ce lieu qu’elles sont encore aujourd’hui conservées. Les images dont elles sont le support fragile, stockées dans des malles, demeuraient ignorées depuis près d’un siècle.

bibloetheque du congrès

Bibliothèque du Congrès : voir les photos de S. Pocoudrine-Gorsky.

Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Group of Jewish Children with a Teacher, 1911. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress, LC-DIG-ppmsc-04442 (7)
Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii. Group of Jewish Children with a Teacher, 1911. Digital color rendering. Prints and Photographs Division, Library of Congress. Source.

Seuls les négatifs des vues réalisées par Procoudine-Gorsky existent encore aujourd’hui, les images pour être montrées aujourd’hui doivent nécessairement être recomposées. Les positifs sur verre qui permettaient de les faire exister ainsi que l’appareil que le photographe utilisait pour les montrer n’ont pas été conservés. En 2000 la Bibliothèque du Congrès a pris la décision « de scanner les négatifs de ces vues en couleurs devenues fantômes et de traiter les fichiers de leur conversion numérique par digichromatographie » (in Livret de l’exposition)

L’exposition au musée Zadkine.
Florilège Procoudine-Gorsky
Florilège Procoudine-Gorsky.

Le musée Zadkine est un petit musée, loin d’un centre commercial comme le Louvre, il est consacré au sculpteur dont il porte le nom, la maison de l’artiste a été transformée en musée et les deux bâtiments que l’on peut visiter s’organisent autour d’un jardin dans lequel des œuvres du sculpteur sont placées au centre de compositions végétales(et oui, ça existe à Paris) !

L’exposition composée de cent clichés occupe les sept salles ainsi que le jardin. Le parti pris est ici géographique et non thématique, on suit ainsi l’odyssée photographique de Procoudine-Gorsky. La première salle est consacrée à la Russie blanche où l’on peut voir de nombreuses vues de Smolensk, puis nous nous enfonçons à l’Est, aux confins de l’Oural et de la Sibérie, il y photographie les forges et les fabriques de cette Russie qui n’en est qu’aux balbutiements de son industrialisation. Au cours de l’été 1908 il fait le portrait des bachkirs qui sont des éleveurs turcs semi-nomades.

Aiguilleur bachkir été 1910
Aiguilleur bachkir été 1910

Au cours de l’été suivant, le photographe reçoit la mission de documenter le cours du canal Marrinsky qui est l’axe majeur qui réseau fluvial reliant lacs et rivières du Nord-Ouest de l’Europe. Il photographie les chemins de halages, les vannes d’écluse et surtout il immortalise une Russie d’un autre temps : celle des monastères anciens, celle du repos des paysans après les fenaisons.

Le travail de collecte se poursuit, de juin à septembre 1910, il descend le cours supérieurs de la Volga.

La Volga à sa source. 1910
La Volga à sa source. 1910

Le voyage continue et nous sommes invités à suivre Procoudine-Gorsky dans les confins de la Russie d’Asie : des montagnes du Daghestan  aux steppes de l’Asie centrale. Les clichés les plus spectaculaires sont ceux de Samarkand, il parvient à immortaliser l’architecture de terre de la cité médiévale qui est grande partie détruite lors du tremblement de terre de l’automne 1908.

Un vendeur de Tapis à Samarkand.
Un vendeur de Tapis à Samarkand.
Mur et colonne surplombant la madrasa de Shir-Dar à Samarkand.
Mur et colonne surplombant la madrasa de Shir-Dar à Samarkand.
Le palais d'été de  l'émir de Boukhara. février 1911.
Le palais d’été de l’émir de Boukhara. février 1911.
Jeune femme turkmène debout de profil, devant un yourte, portant vêtements et bijoux traditionnels. Automne 1911.
Jeune femme turkmène debout de profil, devant un yourte, portant vêtements et bijoux traditionnels. Automne 1911.

Si vous ne pouvez pas vous rendre au musée Zadkine avant le 13 avril 2014, La commissaire de l’exposition Véronique Koehler et LE géographe spécialiste de la Russie Jean Radvanyi vous invitent à parcourir l’exposition en leur éminente compagnie :

Capture france culture

Voyage trichrome en Russie prérévolutionnaire.