Dévoiler le monde ?

Avant de commencer, il est d’usage de présenter quelques avertissements, je m’emploie donc à le faire sur le champ, ce blog n’est pas la page publique d’une spécialiste mais c’est celui d’une picoreuse qui sans arrières pensées va où le vent des lectures, des inspirations et des musiques la porte. Donc, vous ne trouverez pas dans ce billet des interprétations originales, des analyses iconographiques inédites, d’autres le font beaucoup mieux et avec beaucoup plus de sérieux que moi. Fin des prolégomènes, entrons dans le vif du sujet.

Je vous propose de relire la définition du  mot « voile », non pas celle d’un dictionnaire de noms communs mais de l’Encyclopédie des Symboles ( la version de 1996 parue au Livre de Poche) et de tenter une correspondance avec des œuvres d’art croisées au gré des expositions, des voyages, des découvertes et des lectures.

Que dit l’article ?

Le voile symbolise en générale l’aliénation ou le renoncement au monde extérieur, la modestie et la vertu. Autrefois, les femmes et les jeunes filles se rendaient voilées aux offices, indiquant qu’elles se détournaient de la vanité terrestre […]. Dans la vertu courtoise du Moyen Age, le voile était aussi répandu et il s’est perpétué jusqu’à aujourd’hui dans le voile de la mariée et les voiles de deuil de deuil de la veuve […] Plus profondément, le voile peut-être l’attribut de la divinité, derrière laquelle elle se dérobe tout en invitant à le soulever pour découvrir son principe si on sait s’en montrer digne. C’est ainsi qu’Isis, par exemple portait un « voile à sept couleurs » à la riche descendance : Il semble bien en effet qu’en ait dérivé à travers les siècles le voile bleu dont on dote généralement la Vierge Marie tout aussi bien que ce qu’on appelle aujourd’hui la fameuse « danse des viles ». Si celle-ci est purement considérée de nos jours comme un spectacle à connotation érotique, son origine semble remonter à un rituel à un rituel religieux où l’érotisme était en avant tout « sacré », et dont la fin introduisait à la nudité abyssal du Féminin et du Maternel. Une conception est proche est celle qu’on les hindous du « voile de la maya », le monde des phénomènes dans lequel nous vivons, la manifestation du Principe qui nous en cache la réalité pure. La maya est cependant le résultat d’un acte d’amour sans lequel l’homme n’existerait pas, ni n’aurait conscience qu’il existe une Réalité voilée […]. Le voile est donc nécessaire à l’existence, de même qu’il invite au dévoilement de la Vérité l’homme en quête de sagesse ou de réalisation de soi-même (identité de l’Atman et du Brahman, « Tu es Cela »). Cette notion d’un voile qui dérobe la splendeur de la Vérité est évidemment à l’origine du véritable ésotérisme, c’est-à-dire de toute doctrine professant qu’il existe une lumière cachée derrière les textes, les mots ou les symboles, et qu’il importer de dévoiler cette lumière en la rendant apparente. Ici, l’ésotérique est donc ce qui est « dedans » et invisible et l’exotérique ce qui est « dehors et directement visible. Pour passer de l’un à l’autre, il faut passer du regard des « yeux de la chair » à celui des « yeux du feu » et de la vision sensible à la vision du visionnaire. Dans le renversement induit par cette quête d’ordre mystique, le caché devient alors apparent tandis que l’apparent se cache à son tour. […] Dans l’Europe chrétienne, le voile est l’attribut de sainte Ludmilla qui fut étranglée avec un voile et de la margravesse Agnès d’Autriche dont on retrouva longtemps après sa mort le voile emporté par le vent, découverte légendaire qui est à l’origine de la fondation par saint Léopold de l’abbaye Klosterneuburg à l’endroit même où la découverte eut lieu

Le but n’est pas ici de commenter un article de dictionnaire, quoiqu’il y aurait fort à dire : le voile semble être exclusivement réservé à l’appareil féminin Ce qui est plus intéressant de mon point de vue est l’emploi de certaines formules comme celles-ci  : dévoiler la lumière ou encore la possibilité d’une Réalité voilée, voilà qui est plus inspirant. Cette lecture invite ainsi au voyage dans un musée imaginaire, en se remémorant les cimaises un jour visité, Mnémosyne vous prend par la main et des œuvres d’art réapparaissent à votre conscience et forme un kaléidoscope enchanteur : des œuvres religieuses, des huiles sur toile mettant en scène des mythes, des portraits, des sculptures …Allons y voir plus près.

Antonello da Messina, La Vierge de l'Annonciation. 1476, Palerme
Antonello da Messina, La Vierge de l’Annonciation. 1476, Palerme.

Le voile bleu de la Vierge Marie, pourquoi bleu ? La plus célèbre est celle L’Annonciation de la Vierge d’Antonello de Messine conservée à Palerme, l’artiste peint cette Vierge vêtue d’un voile d’un bleu intense vers 1475-1476. Le voile cerne au plus près son visage, Marie semble être surprise en pleine lecture. Il s’agit d’une composition sobre et c’est le bleu du voile qui domine la composition. Antonello de Messine ne sera pas le seul à peindre des Vierges au voile bleu. Dans l’ouvrage qu’il a consacré à la couleur Bleu, Michel Pastoureau explique que le bleu qui avait été une couleur nouvelle à partir du XIème siècle, devient une couleur morale entre le XVème et le XVIIème siècles. Pensons par exemple à Philippe de Champaigne qui s’inscrit à la fin de la période singularisée par l’historien des couleurs. Vers 1660, l’artiste peint une Vierge de Douleur actuellement conservée au Louvre et qui avait été saisie à l’église Sainte-Opportune à la Révolution. A partir des années 1645-1648, Philippe de Champaigne se rapproche de Port Royal et opère sa conversion au jansénisme (un courant rigoriste du catholicisme qui tire son nom du prêtre Cornélius Jansen et qui dans au milieu du XVIIème devient aussi le support d’une contestation politique). La palette du peintre se fait « plus sobre, plus grave, plus sombre »

Philippe de Champaigne, La Vierge de douleur au pied de la croix vers 1660, Paris, Louvre
Philippe de Champaigne, La Vierge de douleur au pied de la croix vers 1660, Paris, Louvre

Ici le voile fait office de vêtement intégral nous laissant voir le visage de douleur, les mains jointes et les pieds croisés de la Vierge, les bleus occupent une place importante, « autorisant mieux que toute autre les jeux de lumière et de saturation tout en conservant à la palette d’ensemble son caractère austère et profondément religieux ». Ici, c’est un bleu subtil car il est à la fois saturé et retenu, c’est pour M. Pastoureau « un bleu moral ». Dans les deux œuvres que nous venons de survoler le voile est peint, voyant, omniprésent, enveloppe les deux Vierges, le voile leur confère une identité religieuse, il est le sujet du tableau : enlever le voile, que resterait-il ?

La définition qui fait ici office de fil conducteur nous convie à nous interroger sur la  Réalité voilée  dont il faut, afin d’y mieux voir, ôter le voile. Une œuvre met vient à l’esprit, celle de Tintoret, Vénus et Vulcain :

Tintoret, Vénus et Vulcain, Munich
Tintoret, Vénus et Vulcain, Munich

Vous connaissez l’histoire, il s’agit de la mise en scène d’un adultère : Vulcain est averti de l’adultère de sa femme Vénus, il intervient dans le but de  surveiller sa femme alors que Mars l’amant de celle-ci se cache sous la table visiblement en train d’être trahi par un chien qui aboie dans sa direction. Vulcain penché au-dessus du lit et du corps nu de Vénus, évoque un satyre découvrant une nymphe.

Vénus couvre t-elle  sa nudité d’un voile transparent ou bien cherche t-elle au contraire à dévoiler cette nudité pour séduire Vulcain qui oublie ce qu’il est venu chercher? Il est distrait, ce qu’il voit là avec ce dévoilement le rend aveugle, il ne voit que ce qu’il y a entre les cuisses de sa femme. Observez la scène dans  le miroir et vous comprendrez ce qui va se passer dans les minutes qui suivent. Le voile ne cache plus ce qu’il est censé dissimuler et le miroir-bouclier montre le futur. La nature se révèle en se cachant, tout comme la parole désigne en se taisant, c’est la dialectique du secret et de dévoilement.

 A y voir de plus près, un voile, et pas des moindres, m’avait échappé, celui du plus célèbre portrait de l’histoire de la peinture occidentale : La Joconde de Léonard de Vinci

L. de Vinci, La Joconde,  vers 1503-1506, détail.
L. de Vinci, La Joconde, vers 1503-1506, détail.

Le voile est « fin et flou », c’est (à mon sens) D. Arasse qui en parle le mieux, et de la manière la plus sensible dans ses Histoires de peintures. Pour lui, ce portrait s’inscrit dans « le temps fugitif et présent de la grâce ».

L’art occidental du XVIème siècle a voilé les femmes, mais pas n’importe lesquelles et pas n’importe comment. Forcément, on pense immédiatement à Lucas Cranach et à ses jeunes filles à peine nubiles, posant nues dans une nature érotisée (le miel, la source qui coule …) vêtue de simple voile transparent.

Cranach l'Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery
Cranach l’Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery
Cranach l'Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washinton, National Gallery. Détail Visage avec voile
Cranach l’Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery. Détail Visage avec voile.
Cranach l'Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery. Détail Corps voilé
Cranach l’Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery. Détail Corps voilé.

Au début du XVIème, l’art européen opère quelques ruptures, le nu dans l’art de l’Europe du Nord renonce aux canons antiques, alors qu’ils s’imposent comme référence pour les artistes de la Renaissance : les formes idéales des déesses italiennes laissent place à des morphologies qui semblent bien plus humaines que divine, les hanches sont étroites, les seins sont petits et hauts placés, la taille est fine. Ce sont des femmes qui sont déshabillées et le voile transparent dont Cranach les pare n’est pas pour rien dans la séduction et la fascination qu’elles opèrent sur les spectateurs-trices. Comparons la Nymphe endormie de Cranach et la Venus de Giorgione

Giorgione et Titien La Vénus endormie, vers 1507, Paris, Louvre.
Giorgione et Titien La Vénus endormie, vers 1507, Paris, Louvre.

Pas de voile chez Giorgione, de plus le drapé rouge servant d’oreiller à la Vénus de Giorgione devient une robe identifiable grâce à la manche qui dépasse sous le bras de la nymphe de Cranach, et cette nymphe là est éveillée, elle vous fixe du regard pendant que la Venus semble bercer par les bras de Morphée. Vénus cache pudiquement son sexe tandis que la nymphe de Cranach dans un abandon tranquille pose sa main sur sa cuisse et pour recouvrir son sexe, un voile ! Le voile sur la peau s’enroule autour des bras et glisse sur une aisselle, une cuisse et se tend devant le pubis, le voile ne dissimule pas ce qu’il est censé recouvrir, il participe dès lors de la stratégie de séduction parce que Lucas Cranach l’Ancien, artiste exceptionnel menant une carrière, citoyen de Wittenberg, peintre de cour pour le compte de l’électeur Frédéric III le Sage, ami intime de Luther, donne à voir le spectacle de la nudité dévoilée.

Cranach ne se contentera de cette nymphe, et transformera à maintes reprises le corps de la femme (très jeune femme) en pur objet du désir.

Lucas Cranach l'Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel,Musée de Beaux Arts de Belgique, 1531
Lucas Cranach l’Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel,Musée de Beaux Arts de Belgique, 1531
Lucas Cranach l'Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel, Italie, Rome, Galerie Borghèse
Lucas Cranach l’Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel, Italie, Rome, Galerie Borghèse.

En écrivant ces lignes, je m’interroge : ne suis-je pas victime d’anachronisme ? Ne suis-je pas en train d’effleurer ces œuvres avec le regard de l’époque à laquelle j’appartiens, celle d’une société fascinée par la transparence ? Mais ceci est un autre sujet.

Replongeons-nous dans le XVIème siècle finissant pour admirer l’œuvre d’un anonyme qui, lui, place la femme entre deux âges

Anonyme.La Femme entre deux âges, vers 1575
Anonyme.La Femme entre deux âges, vers 1575

Aucun meuble, aucun objet. Trois personnages occupent le premier plan, ils sont de grandeur natur elle et sont représentés jusqu’à mi-jambes. Une jeune femme est au centre, face au spectateur, et nous voyons de profil, à gauche un jeune homme, à droite un vieillard, tournés l’un vers l’autre. La jeune femme n’est vêtue que d’un voile transparent qui enveloppe son corps et couvre ses cheveux;  ceux-ci sont ramenés en arrière, dégageant le front, et retombent en boucles sur les épaules. Elle porte un collier et à chaque poignet un bracelet. A son voile sont attachées deux perles, l’une sur le front, l’autre sur la gorge.

Que voit-on ? La femme, personnage central, sa nudité est sublimée par ce qui la cache et la révèle : la transparence de son voile. Le voile ici comme chez Tintoret autorise la nudité et invite à la tentation de la chair.

En pensant au voile bleu de la Vierge, un bleu intense, fascinant, j’ai rouvert le livre Couleurs de M. Pastoureau dans lequel il invite le lecteur à un voyage polychromique et universel « voir toutes les images du monde en 350 photos ».

Policiers en position anti-émeutre devant un stade, Kaboul. Ahmad Masood
Policiers en position anti-émeute devant un stade, Kaboul. Ahmad Masood.

Cette photographie me comble de perplexité car elle fonctionne par contrastes : celui des couleurs, le plus évident ; celui des pesanteurs. Je m’explique, le voile intégral bleu qui recouvre une femme semble lui conférer avec élégance et légèreté une audace, voire une force inexpugnable face à un mur de soldats dans leur « uniforme » noir matraque au poing. La légèreté du carcan, voilà un oxymore photographique qui laisse songeur ! Le voile léger qui enferme, affirmerait sa puissance voire sa liberté de mouvement face à une force monolithique noire, au même titre que l’apparente fragilité s’impose face à la puissance de feu, cela fait surgir deux autres images qui font s’affronter la fragilité et la force, la première semblant gagner la bataille médiatique :

Marc Riboud, la jeune fille à la fleur, Washington, 1967
Marc Riboud, la jeune fille à la fleur, Washington, 1967
Place Tian'anmen, 1989, un homme face aux chars du pouvoir.
Place Tian’anmen, 1989, un homme face aux chars du pouvoir.

Vous me direz que je m’éloigne (c’est la raison pour laquelle les photos sont plus petites), je dois confesser cette digression et revenir au sujet annoncé par le titre de ce billet et surtout songer à conclure cette page un peu bavarde et vous proposer deux, trois chemins forcément de traverse : la sculpture, la photographie, la peinture paysagère..

Le voile à recouvert certaines œuvres ou plus exactement certaines œuvres vous marquent parce qu’elles s’offrent derrière un voile, je pense ici à Antonio Corradini dont j’ai croisé la Femme voilée allégorie de la Pureté (intéressant quand on y songe ou révoltant quand on y pense !!)

Antonio Corradini.
Antonio Corradini.

Quand je l’ai vu, je ne me suis penchée ni sur la plaquette portant le titre de l’œuvre ni sur l’allégorie présentée dans le guide à l’usage des pérégrins, elle était là, au premier étage, dans la bibliothèque de la Ca’Rezzonico de Venise. La virtuosité de l’artiste m’a cueillie : Antonio Corradini est parvenu à rendre le marbre transparent pour laisser entrevoir tous les détails du visage sous le voile; même s’il s’agit d’une allégorie religieuse, la sculpture transmet l’image sensuelle d’une jeune femme plongée en elle-même. Je vous conseille la lecture de ce billet sur un autre blog wordpress : le jardin des arts.

Il est temps de conclure et de reposer le voile sur le monde avec cette encre de Chine de 1837 signé Fédor Pétrovitch Tolstoï :

Tolstoï F.P. Trompe-l'oeil. 1837.
Tolstoï F.P. Trompe-l’oeil. 1837.

Comme je ne pourrais pas mieux écrire que la description proposée par Anna Antonova,  je me permets de la citer in extenso : Nature morte en trompe-l’oeil, dans laquelle le peintre donne l’illusion quasi parfaite d’une feuille d’album. Avec une virtuosité exceptionnelle, le maître recouvre la feuille d’une mince pellicule d’encre blanche, créant l’impression d’un papier translucide, à travers lequel on distingue un paysage. Il déploie un art consommé pour peindre le bord déchiré, les coins cornés, le papier froissé, les pliures, et parvient à tromper le spectateur en l’incitant à soulever le papier. Les linéaments flous des arbres, des édifices anciens, des silhouettes, retiennent notre attention par leur mystère, mais la fine pellicule nous cache à jamais le tableau. Tolstoï combine magistralement la réalité et l’imagination, la précision trompeuse et l’inachèvement romantique.

Nous finissons notre voyage par un ultime voile, un voile de notre époque contemporaine, celle du XIXème siècle : le voile des âmes et des spirites.

Photographie spirite (spectre et voiles) vers 1910 Album de photographies spirites
Photographie spirite (spectre et voiles) vers 1910 . Album de photographies spirites.

Pour aller un peu plus loin :

1) Arasse Daniel : Histoires de peintures, Denoël, 2004.

2) Arasse Daniel : On n’y voit rien, Folio Essais, 2000.

3) Dictionnaire culturel du christianisme, Cerf, 1994.

4) La Russie romantique, Chefs-d’œuvre de la galerie nationale Trétiakov Moscou, Paris, 2010.

5) Malherbe Anne: La Vierge au voile, étude iconographique

http://labyrinthe.revues.org/292

6) Pastoureau Michel: Bleu, Seuil, 2000.

7) Pastoureau Michel : Couleurs, 2010.

9) Pedrocco Filippo : Ca’Rezzonico, Musée du XVIII siècle vénitien, Marsilio 2005.

10) Tristan Frédérick : L’œil d’Hermès, Arthaud, 1982.

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Ces lieux qui ont une âme … errante.

C’est en surfant que j’ai fait la découverte de ces deux photographes qui ont en commun de capturer les lieux, mais pas n’importe lesquels. Ian Ference et Thomas Jorion ont en commun une passion pour les lieux abandonnés.

Ian Ference. Brooklyn Naval Hospital, 3.23.08, 2008. All rights reserved
Ian Ference. Brooklyn Naval Hospital, 3.23.08, 2008. All rights reserved

Ian Ference, photographe originaire de New York a fait de la Grande Pomme son terrain de jeu privilégié et nous offre un voyage au cœur de l’archéologie urbaine afin de capter l’âme des lieux, ces lieux abandonnés par la négligence de certains promoteurs, par l’incurie des pouvoirs édilitaires, par l’éclatement de la bulle immobilière, par le temps de la ville qui investit des lieux en abandonnant d’autres. Toutes ces raisons conjuguées expliquent la fascination des artistes mais aussi des promeneurs pour les friches, desquelles se dégagent comme en négatif ce que fut l’esprit d’un lieu et dont il ne subsiste plus aujourd’hui que des parcelles d’âmes pour ceux qui veulent bien tendre l’oreille. Ian Ference est un professionnel de l’image mais aussi un artiste qui veut raconter une histoire.Son travail sur Ellis Island est époustouflant, vue du ciel cette île, cette porte d’entrée des migrants aux Etats-Unis ressemble à ça :

Ellis Island

 C’est par cette porte qu’ont transité des millions de migrants européens qui passaient ici un examen médical et devaient remplir un questionnaire .

Ellis Island la salle d'examen. 1913. Source
Ellis Island la salle d’examen. 1913. Source.
Physicians examining a group of Jewish immigrants. Librairie du Congrès. Source.
Physicians examining a group of Jewish immigrants. Librairie du Congrès. Source.

Ian Ference nous y replonge, ses photos sont impressionnantes et envoutantes, nous visitons les reliques de ce qui fut le centre des services de l’immigration.

Ellis Island, salle des bagages. Ian Ference. Source
Ellis Island, salle des bagages. Ian Ference. Source
Ellis Island, autre vue du dortoir. Ian Ference. Source
Ellis Island, autre vue du dortoir. Ian Ference. Source.
Couloir donnant sur des chambres individuelles. Ian Ference. Source.
Couloir donnant sur des chambres individuelles. Ian Ference. Source.

Ian Ference tient un blog The Kingston Lounge   du nom d’un club de jazz abandonné situé en face de son appartement de Brooklyn où il vivait à l’époque où il a créé son blog. Il a aussi un site .

Capture site ina ference.

Dans le portfolio la rubrique personal work est impressionnante. Sur cette photo, le rêve de la liberté incarnée par la Statue du même nom côtoie la mort  (la morgue d’Ellis island)

Ian Ference, Statue de la Liberté et morgue d'Ellis Island. SourceSource.

De ce côté ci de l’Atlantique, le photographe Tomas Jorion mène un travail tout aussi remarquable. Comme l’artiste précédent, le travail de Thomas Jorion s’élabore dans le champ spécifique des bâtiments en ruine ou délaissés. Son geste photographique explore les rapports avec l’environnement construit en privilégiant des espaces atypiques qu’il nous incite à observer en induisant une réflexion sur la matérialité et la temporalité. Son travail consiste à chercher et photographier partout dans le monde des espaces qui ont été désertés et où le temps semble figé, capturer le temps ne relève t-il de l’illusion ? Son site véritablement généreux est une invitation à entrer dans son monde.

Thomas Jorion. Source.
Thomas Jorion. Source.

Voici comment il parle de son travail : celui se base sur notre perception du temps, de la façon dont il s’écoule et surtout de son absence de linéarité. Certains lieux se retrouvent ainsi comme « figés » dans le temps, alors même que notre société se développe et file à cent à l’heure. Ils paraissent comme inanimés ou en veille alors qu’en réalité, ils suivent un écoulement temporel déformé, allongé, qui leur est propre. Aujourd’hui je parcours le monde avec une idée en tête : chercher et présenter ces îlots intemporels. Je choisis de rentrer dans des lieux clos et laissés à l’abandon, autrefois lieux animés, de vie, de loisirs ou de prestige pour les saisir et les partager. Ma fascination pour l’esthétique de ces lieux abandonnés s’inscrit dans un courant plus ancien. Les Romantiques aimaient à se promener dans les ruines de civilisations disparues. Certains peintres y ont consacré une partie de leur oeuvre : François de Nomé (1592 – 1623), Giovanni Battista Piranesi (1720-1778) ou Hubert Robert(1733 – 1808). D’une certaine façon mes photos s’inscrivent dans cette démarche.À l’origine de la création des îlots intemporels, on peut dégager différents phénomènes contemporains. Et bien qu’ils aient des origines spécifiques sur chaque continent, la conséquence est la même : la disparition de l’humain.

 Ce qui fascine dans son travail c’est la diversité des lieux avant animés et maintenant plongés dans un silence sépulcral, qu’il s’agisse de la salle d’une usine d’engrais en Allemagne ou de la chapelle d’une villa néo gothique piémontaise construite vers 1850.

Thomas Jorion, une usine d'engrais chimique en Allemagne. Ilôts intemporels.
Thomas Jorion, une usine d’engrais chimique en Allemagne. Ilôts intemporels.
Thomas Jorion, villa néo gothique italienne.
Thomas Jorion, villa néo gothique italienne.

Jusqu’à la fin du mois de décembre la Galerie Insula à Paris (29 Rue Mazarine dans le VIème arrondissement de not’ capitale) expose les dernières œuvres du photographe.

Thomas Jorion exposition Silencio.
Thomas Jorion exposition Silencio.

Notre conception de l’espace et des territoires a été travaillée par de nombreux bouleversements qui s’apparentent à bien des égards à des révolutions : pensons à la révolution des transports qui change profondément notre rapport à l’espace; pensons à la révolution numérique qui est la révolution de notre présent et nous interroge sur notre relation à l’autre, à l’espace et au temps en nous plongeant dans l’immédiat. Cette révolution construit aussi notre relation au passé (plus complexe), notre relation au présent (infini), notre relation au futur (improbable). Toutefois on peut monter des ponts entre les époques et  tisser des liens entre les intentions des artistes : le sujet des ruines a inspiré de nombreux artistes, notamment à l’époque moderne (aux XVIIè et XVIIIè siècles), quand les premiers touristes anglais découvrent ce que nous n’appelons pas encore le patrimoine. Les ruines s’inscrivent alors dans la tradition de la peinture de paysage, par exemple Claude Gellée ou Poussin situent des scènes bibliques ou mythologiques dans des cadres bucoliques où des ruines étaient présentes pour faire ressortir le contraste entre une architecture périssable et une nature immortelle ; les ruines donnent un sens au paysage en lui imprimant la marque de l’homme et de l’histoire. Cela peut être le sens de la peinture de G. Nyets réalisée en 1660.

Gillis Neyts, Paysage boisé avec château en ruines, 1660.
Gillis Neyts, Paysage boisé avec château en ruines, 1660.

 Quelques années auparavant en 1623, François de Nomé peint ce « fantastique » paysage de ruines que l’on peut admirer à la « National Gallery » de Londres, l’artiste est fasciné par l’achitecture et les ruines, il crée ici comme dans d’autres œuvres des monuments composites aux voutes gothiques, aux portiques Renaissance qui n’appartiennent à aucun temps ni à aucun moment. François de Nomé peut s’apparenter pour qui aime les catégories comme  l’artiste du cataclysme et de l’écroulement.

Francois de Nomé, Ruines fantastiques avec saint Augustin, 1623.
Francois de Nomé, Ruines fantastiques avec saint Augustin, 1623.

 En France, l’intérêt pour les ruines commence à se manifester vers 1740, le point de départ pourrait être marqué par l’huile sur toile attribuée à  J.D. Attiret : Ruines imaginaires

Jean Denis Attiret, Ruines imaginaires, mil. XVIII, musée des Beaux-Arts de Dole.
Jean Denis Attiret, Ruines imaginaires, mil. XVIII, musée des Beaux-Arts de Dole.

 Mais c’est l’Europe entière qui s’éprend des ruines, songeons par exemple à Piranèse.

Piranèse. Vue des restes de la Celle du Temple de Neptune - 1778 - Gravure à l’eau-forte - Paris, BnF département des Estampes et de la photographie (SNR 6)
Piranèse. Vue des restes de la Celle du Temple de Neptune – 1778 – Gravure à l’eau-forte – Paris, BnF département des Estampes et de la photographie (SNR 6).

 Piranèse entreprend, à la fin de sa vie, une ultime série de planches consacrées aux ruines des temples grecs de Paestum, découverts au sud de Naples. Les lieux, redécouverts un peu avant le milieu du XVIIIe siècle, attiraient l’attention des curieux et de nombreuses estampes circulaient sur le sujet. Cette planche représente le temple dit de Neptune (considéré aujourd’hui comme celui d’Héra). Bâti vers 460-450 avant J.-C., c’est le plus imposant des trois temples de Paestum. Il a conservé une bonne partie de sa colonnade intérieure à deux niveaux. Piranèse ne consacre d’ailleurs pas moins de six planches, en plus du frontispice, à la description de l’intérieur de l’édifice. Piranèse déploie dans cet œuvre ultime la même science de la perspective et des effets de lumières qui charge de tant d’émotion ses vues de Rome (Source).

Les ruines deviennent un genre esthétique en soi, le goût du Moyen Age né en France avant la Révolution allait se transformer en une véritable mode, et la « renaissance du gothique » (les puristes me pardonneront cet abus de langage) est, là aussi, un phénomène européen … Mais j’y reviendrais  dans un autre article, sinon de digressions en digressions je vais finir par oublier le sujet annoncé au départ : les œuvres photographiques de Ian Ference et Thomas Jorion.

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 C’est un  cours survol mais on peut se demander si l’intérêt et la fascination qu’exercent sur nous le travail des deux photographes sont un signe de notre époque nostalgique ? A-t-on le sentiment à ce point de la perte (celle d’un passé qui ne reviendrait plus) que  nous dépensions talent et énergie à vouloir saisir ce qui disparait sous nos yeux ? Peut-on voir ces œuvres comme des memento mori, la ruine matérielle remplaçant le gisant, les photographies de Ian Ference et de Thomas Jorion seraient alors comparables à des vanités qui rappelle l’homme à sa finitude. ? Si nous vivons dans une époque de mort interdite telle que l’avait analysée Philippe Ariès, ces ruines artialisées, ces lieux abandonnés mais mis en scène questionnent collectivement notre rapport au temps. Nous tentons de comprendre comment ces lieux ont fonctionné, nous contemplons avec sidération le spectacle de la ruine, mais qu’adviendra t-il de la ruine demain ? Contrairement aux peintures de l’époque moderne, ces photographies représentent des ruines qui ne sont pas imaginaires mais qui finiront par graver notre imaginaire.

Si l’exploration des lieux interdits et oubliés, notamment des lieux urbains, vous intéresse vous devez absolument et sous peine de le regretter amèrement (vous noterez l’injonction comminatoire !!!) vous précipiter sur le site pour y rester : Fordidden – Places.

Capture Forbidden PlacesEt je finirais par cette dernière photographie qui pour le coup a fait fonctionner mon imagination, il s’agit d’une photographie de Thomas Jorion, il s’agit d’une école abandonnée au Japon, mais pourquoi ?

Thomas Jorion. Une école à Chigoku.
Thomas Jorion. Une école à Chigoku.

Représenter la mort : l’homme ou le Christ ? Premiers instants.

Dans un premier temps, j’avais pensé titrer ce billet « les représentations du Christ mort » mais je me suis bien vite rendue compte que l’expression reposait sur un paradoxe que je ne sentais pas la compétence d’affronter : comment transformer cet « oint, consacré pour une mission » en homme mort qui a été fait de chair et de sang ? Toutefois, je conserverai cette expression par commodité de langage, mais ce parti-pris mérite éclaircissements : par « Christ mort » on ne désigne pas Jésus mort en croix, mais Jésus reposant dans son linceul ou mort allongé dans son tombeau. Cette entorse assumée, on peut entrer chez les peintres pour constater que le christ mort peuple l’art occidental depuis les débuts de la Renaissance, même si sa mort et la douleur qu’elle suscite sont représentées bien avant, notamment dans la représentation de la mise au tombeau ou encore dans les Pieta. Avec la Renaissance s’ouvre une nouvelle période : le christ fait de chair et de sang qui meurt et fournit à l’homme une nouvelle réflexion sur sa finitude et la caducité des choses humaines.

La question est de savoir comment les peintres ont représenté ce moment au terme duquel Jésus homme ressuscite et devient pour les apôtres et ses disciples Jésus Christ, Méssiah, le Messie.

Masaccio, fresque de la Trinité, église Santa Maria Novella. Florence.
Masaccio, fresque de la Trinité, église Santa Maria Novella. Florence.

C’est la fresque Trinité de Masaccio peinte vers 1426 pour l’église Santa Maria Novella de Florence qui nous permet d’entrer dans cette promenade à travers les arts. Masaccio est réputé dans le milieu florentin pour son sens du relief, sa maitrise de la perspective ; il va fonder son œuvre sur le volume, l’espace et la lumière notamment pour le travail réalisé dans la chapelle Brancacci.

Masaccio, détail de la fresque.
Masaccio, détail de la fresque.

Ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas la scène de la crucifixion, mais la partie inférieure de la fresque : dans cet espace repose un squelette : s’agit –il de Jésus mort ? S’agit –il d’un homme ? Florence connait au XVè siècle une période d’une grande richesse, marquée par une ouverture culturelle la cité exerce influence sans pareille, l’univers artistique de Florence irradie l’Italie, l’Europe de la Renaissance. C’est dans cette ville traversée par le dynamisme dont est porteur l’humanisme, que notre peintre fait parler le squelette sous la forme d’un memento mori : « J’ai été ce que vous êtes et ce que je suis, vous le serez aussi ». Il ne s’agit donc pas d’un christ mort au sens où nous l’entendons ici, mais l’image de l’homme lui-même, l’humanité que le Christ est venue racheter selon la doctrine de l’Eglise.

A la fin du XVème siècle, c’est peut – être Andréa Mantegna qui nous fait sentir, ressentir l’humanité de ce christ mort et l’inextinguible douleur de la perte.

Andréa Mantegna, Lamentations sur le Christ mort. Fin XVè siècle.
Andréa Mantegna, Lamentations sur le Christ mort. Fin XVè siècle.

Le christ mort est peint sur une toile tellement finie qu’elle fait songer à de la soie. La composition de cette œuvre sera reprise et réinvestie par de nombreux artistes (Antonio della Corna, au XVIIème siècle par A. Carrache et O. Borgianni). Cette œuvre occupe une place particulière dans la vie du peintre. Les inventaires après décès du fils Mantegna dressés en 1510, ont invité les historiens de l’art à formuler l’hypothèse suivante : Mantegna aurait peint ce christ pour lui-même, pour sa propre dévotion après les drames personnels qui l’ont frappé. Il perd l’un de ses fils au début des années 1480 et le visage de saint Jean en pleurs est très proche des autoportraits que le peintre glisse dans ses œuvres. La composition fait de cette détrempe un pur chef d’œuvre : le spectateur est placé dans un espace restreint et se retrouve en contact direct avec la mort et la douleur. Les larmes et les rides profondes des figures de gauche nous placent dans une intimité à laquelle nous aimerions échapper.

Mantegna  montre dans son Christ mort que l’implication dévote du spectateur peut s’accorder avec les choix modernes de l’humanisme. Il place le point de fuite au – dessus du champ pictural tout en semblant situer celui qui regarde au plus près de l’image, la représentation du corps joue avec les conventions propres à la perspective et à sa construction régulière. Mantegna nous offre une vision très rapprochée des plaies aux pieds et aux mains. La plaie sur le côté à peine visible pour nous et contemplée par à travers leurs larmes par Marie et Jean. Le pathétique de l’image est rendu et renforcé par le détail des plaies lavées aux pieds et aux mains (extrait inspiré de la lecture de D. Arasse, Le Détail)

Au début du XVIème siècle, Matthias Grunewald met l’accent sur le détail physique de la souffrance, peu à peu on pourrait toucher les douleurs du Christ qui interdisent alors de promener un regard d’indifférence, c’est un corps d’épines qui est mis au tombeau dans la prédelle du retable d’Issemheim ; D. Arasse parle à ce propos de brutalité visuelle du détail.

Prédelle du retable d'Issenheim. M Grunewald. 1512-1516.
Prédelle du retable d’Issenheim. M Grunewald. 1512-1516.

A la fin du XVIème siècle, Annibale Carrache s’empare du thème, et construit une œuvre inspirée de la composition de Mantegna.

A. Carrache, le Christ mort.
A. Carrache, le Christ mort.

Vers 1590, Annibale Carrache entre dans le tombeau. Nous sommes placés au même endroit que chez Mantegna mais nous n’observons plus le même Christ, celui qui nous fait face gît allongé, son corps courbé comme si on l’avait déposé à la va vite. La mort vient de s’en emparer : les plaies sanguinolentes laissent le sang s’échapper : les goutes de sang surgissent des plaies des pieds, la poitrine semble encore se soulever pour un ultime soupir, la barbe fatiguée, le torse et les cheveux sont en sueur.

Le sang des pieds, des mains et du flanc macule le linceul : l’homme aurait – il été déposé là avant la fin de son calvaire au Golgotha ?

Le christ mort est ici l’humanité : dans cette proximité, cette étrange promiscuité avec la mort, j’ai l’impression d’avoir un œil dans la tombe et de subir l’insondable solitude humaine. Il est impossible de le réveiller, les chrétiens croiront qu’il est ressuscité. Seuls les « objets » permettent une identification : les clous, la tenaille et la couronne d’épine.Cette œuvre suscite des émotions ambivalentes : la tristesse, le repos, l’impuissance, la finitude. A y regarder de plus près, on peut aisément comprendre l’urgence à sortir du tombeau et faire de ce Jésus homme le Jésus Messie.

Deux célèbres « Christ mort » invitent à un exercice comparatif, il s’agit de ceux de Hans Holbein le Jeune et Philippe de Champaigne

Hans Holbein le Jeune, Le christ mort, prédelle d'un retable réalisé pour la cathédrale de Fribourg (1521-1523)  Kunstmuseum de Bâle
Hans Holbein le Jeune, Le christ mort, prédelle d’un retable réalisé pour la cathédrale de Fribourg (1521-1523) Kunstmuseum de Bâle
Philippe de Champaigne : Le Christ mort couché sur son linceul, vers 1654.
Philippe de Champaigne : Le Christ mort couché sur son linceul, vers 1654.

Né vers 1497, Hans Holbein le Jeune a été le portraitiste attitré d’Henri VIII. Ce peintre officiel de la cour d’Angleterre, meurt de la peste en 1543. En 1521, dans une Europe en proie aux pires convulsions religieuses, il met au tombeau un christ cadavérique aux yeux ouverts. Le corps est nu couché sur la pierre, le visage et les pieds sont verdâtres, des muscles encore tendus de ce corps caressé par une lumière froide nous donnent la conviction que ce corps ne renaîtra pas : c’est peut-être un cadavre vrai, Holbein croyait-il en la Résurrection ? Félix Vallotton dit de cette œuvre qu’elle est « une simple étude d’anatomie ».

Holbein. Détail.
Holbein. Détail.

Conservons le même sujet mais changeons d’époque et d’espace, après avoir suivi un apprentissage à Bruxelles, Philippe de Champaigne s’installe à Paris en 1621 (un parcours passionnant qui mériterait plus qu’un petit billet). C’est un tableau réaliste, de manière froide on peut décliner l’ensemble des éléments : les dimensions du corps, la forme des blessures, les plis du tissu servant de linceul. Ce peintre janséniste peint un Christ mort qui continue à m’émouvoir, peut-être est-ce cette facture classique ou la lumière qui caresse ce corps mort reposant sur un linceul ensanglanté, les blessures en forme de plaies ne laissent aucun doute, la couronne d’épines posée à droite me disent qu’il s’agit une œuvre de dévotion. J’y observe encore des traces de vie, ôtez les blessures et vous y verrez un homme endormi, mais si votre regard ne se détourne pas des plaies, vous comprendrez (intuitivement ou culturellement) qu’il s’agit d’un Christ qui ressuscitera. Les ténèbres mettent en valeur un corps baigné de lumières qui ressuscitera.

A suivre  ./..

1500 oeuvres spoliées sous l’époque nazie redécouvertes

1500 oeuvres spoliées sous l’époque nazie redécouvertes | Art spolié : un trésor découvert près de Munich | ARTE Journal | Monde | fr – ARTE.

Comment un enfant devenu un homme devenu vieux se trouve à la tête d’une exceptionnelle collection d’œuvres d’art?Je vous laisse à la lecture ou à la vision de ce reportage diffusé ce soir sur Arte.

M. Beckmann, le lion en cage, 1930

Ce post en forme de remerciements  à l’exceptionnelle exposition qui s’est tenue au Mémorial de le Shoah sur la

La spoliation des Juifs : une politique d’État (1940-1944)

Nous aurons l’occasion d’en reparler, si vous avez vu cette exposition, n’hésitez pas à donner votre avis

Histoire de la renaissance 1/4 – Histoire – France Culture

Histoire de la renaissance 1/4 – Histoire – France Culture.

Voici une émission à consommer sans modération, la Fabrique de l’histoire d’E. Laurentin consacre cette semaine à l’histoire de la Renaissance.

Aujourd’hui, plongez dans le tableau de Van Eyck, La Vierge au chevalier Rolin

Le Chancelier Rolin en prière devant la Vierge, dit La Vierge du chancelier Rolin Van Eyck, Musée du Louvre Perrine Kervran © Radio France

Si vous voulez (ré)écouter l’émission du jour, c’est par là.  Le site de l’émission vous propose de nombreux podcasts, des bibliographies et des articles d’approfondissement.

Fabrique de l'Histoire

Un Agneau à 10 000 milliards

Je trouvai que ça en jetait comme titre, un truc bling bling que l’on devrait cultiver avec soin, voire avec dévotion. Et forcément quand on parle d’agneau, Abraham n’est pas très loin sacrifiant Isaac en soumission à Dieu / Allah / Yavhé (c’est mon côté œcuménique)

Si vous avez eu la chance de le voir en vrai à la Galerie des Offices à Florence, cette reproduction  du sacrifice d’Isaac par le Caravage est bien pâle.

Mais ce n’est pas de cet Agneau là dont il s’agit, il est question ici de l’Agneau mystique celui mis  en scène sublimement par Van Eyck :

Van Eyck. Agneau MystiqueJouant de paresse, je vous livre l’article  du « soir belge » qui vous présente le projet de cet Agneau hors de pixels :L’adoration de l’agneau mystique est une œuvre des primitifs flamands Jean et Hubert Van Eyck. Polyptyque composé de 10 panneaux en bois de chêne peint à l’huile, il représente deux scènes bien distinctes de la Bible selon qu’il soit ouvert ou fermé. Actuellement conservé à la cathédrale Saint Bavon à Gand, le polyptique a récemment fait l’objet d’un traitement de conservation d’urgence. Dans le cadre de ce projet, le retable a quitté sa cage de verre et a été temporairement démonté, ce qui a permis une étude et une documentation approfondie. Chaque centimètre de la composition a été étudié à la loupe et photographié en très haute résolution, de manière traditionnelle et sous infrarouge. Toutes ces photos ont ensuite été assemblées digitalement pour obtenir une image extrêmement détaillée qui permet d’étudier le retable à un niveau microscopique jamais atteint auparavant. Le site contient 100 milliards de pixels et permet de pénétrer à l’intérieur des couches picturales à l’aide des réflectographies infrarouge et des radiographies. Le site internet donne une vue complète du polyptyque, ouvert et fermé. Le visiteur peut zoomer sur des détails de chaque panneau du retable jusqu’à un niveau microscopique. Il peut aussi ouvrir côte à côte deux fenêtres de façon à pouvoir comparer deux images du retable, ce qui permet d’étudier l’Agneau mystique et les techniques des peintres d’une façon interactive et innovante. Une véritable mine d’or pour les scientifiques, conservateurs et amateurs d’art du monde entier.

Pour admirer de chez soi sans éprouver la proximité physique d’une œuvre, mais exercer son regard dilettante sur les couleurs, les formes, les paysages qui nous paraissent étranges parce qu’étrangers à notre représentations contemporaines, allez faire un tour ICI et vous admirerez avec force détails, ceci par exempleDétail Agneau mystique

 

 

 

 

 

 

Michel-Ange m’invite à la Sixtine

Vous n’avez pas la possibilité de vous déplacer, vous supportez difficilement le contact d’une foule compacte, vous ne vous remettez pas du choc que vous avez ressenti à ce moment là .. Quelles que soient les raisons, laissez-vous guider par la visite virtuelle de la Chapelle Sixtine.

Vous êtes placé à un point fixe (c’est peut-être le bémol) et vous visitez la chapelle avec une vue à 360° : la précision des images est impressionnante, il est même possible de repérer des détails qui peuvent nous échapper dans la vraie vie :

Les chapelles remarquables en Bretagne.

Cîmes de la forêt du Faouët, Morbihan.
Cîmes de la forêt du Faouët, Morbihan.

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Je conçois aisément que le titre du billet ne retienne pas l’attention de l’estivant, pourtant ami amateur de pétanques pose ton pastis et arrête toi un instant peu cher, admirer les vieilles pierres rongés par le lichen ; en même temps si tu préfères les cigales et vomis les verts paysages nourris à la pluie fine, je comprendrais sans m’en offusquer que tu passes ton chemin.

En revanche, toi qui aimes l’ardent soleil breton, la verdure des forêts de l’Argoat, les multiples calvaires et chapelles (très vieilles), j’espère que tu trouveras ici de quoi rassasier ta curiosité. Le qualificatif « remarquable » pour vous entretenir des chapelles est un choix tout à fait personnel, nous les avons croisées au fils de de nos promenades bretonnes.

Loch Envel, église.
Loch Envel, église.

Nous allons partir à Loc Envel (et oui, ce nom existe et prononcez-le à l’écossaise s’il vous plait) dans les Côtes d’Armor, c’est une petite commune de moins de 100 habitants, si vous voulez vous perdre dans les chemins creux et admirer des hortensias généreux : Loc Envel, the place to be. Un peu en hauteur, la petite église à été édifiée par les moines de Saint-Jacqut de la Mer, la présence d’un lieu sacré est mentionné depuis le début du XIIème siècle, mais l’église que vous admirez date du XVIème  (comme la plupart des églises et chapelles encore debout en Bretagne intérieure).

Loch Envel, église
Loch Envel, église

Le cimetière n’a pas encore été expatrié, il entoure l’église qui de l’extérieur présente des gargouilles assez surprenantes :

Loch Envel gargouille riante
Loch Envel gargouille riante

A l’entrée, vous trouverez un jubé remarquable tout en bois sculpté, ce qui a retenu mon attention sont les menus détails de l’ouvrage de charpenterie et surtout la voute de l’édifice, toutes les nervures se rejoignent  au sommet

Loch Envel intérieur de l'église
Loch Envel intérieur de l'église
Loch Envel boiserie de l'église.
Loch Envel boiserie de l'église.
Loch Envel petit cochon sculpté dans une poutre.
Loch Envel petit cochon sculpté dans une poutre.

Restons en terre costarmoricaine, il faut quand même prendre sa voiture pour la deuxième ballade en la commune de Glomel : une balade qui nous fera traverser le lieu dit Trégornan (petit avis à destination des marcheurs : le balisage est pourri  voire inexistant…. On –avec plein de gens dedans-  s’y est repris à trois fois et on la fait au feeling).

Trégornan, le clocher en verdure
Trégornan, le clocher en verdure

Ici la chapelle était fermée et la maison de la dame détenant les clés de l’édifice était également close, mais ce n’est pas grave, car ici nous sommes en présence d’un ossuaire : et, alors ?! Me lancez avec force et légitimité, des ossuaires on en voit plein … Bien sûr, ami !! Mais des ossuaires avec locataires c’est plus rare, je sens ta juste indifférence vaciller,

Trégornan, église Saint Corentin
Trégornan, église Saint Corentin
Trégronan l'ossuaire
Trégronan l'ossuaire
Trégornan l'ossuaire ...
Trégornan l'ossuaire ...

Ça produit toujours son effet de surprise, l’ossuaire de Trégornan est l’un des trois ossuaires bretons encore en usage. Sans jeu de mot, on se rend à la chapelle du Krann à Spézet dans le Finistère.

Spezet chapelle du Krann, échalier
Spezet chapelle du Krann, échalier

Franchissons l’échalier afin d’accéder à cette vaste chapelle, dont le nom vient du celtique krann, bois, est en forme de croix latine. Sa construction, à l’initiative du seigneur du Crann-Huel, est achevée en 1535, comme l’indique une inscription près du porche latéral. Lieu de pèlerinage, elle remplace alors un sanctuaire du XIIIe siècle, et l’indulgence plénière accordée par le pape en 1681 accroît la réputation de son pardon le jour de la Sainte-Trinité. Au chœur, jamais remanié, s’ajoutent au XVIIe siècle la sacristie et le clocher à lanternes, et le calvaire est refait en 1908, avec à la base un saint Antoine provenant d’une chapelle détruite. C’est l’une des rares chapelles du Finistère à avoir conservé son ensemble de sept grands vitraux anciens. (Cl. M. H. 1902) Source

Spezet chapelle du Krann
Spezet chapelle du Krann

La chapelle de Notre-Dame du Krann est le seul sanctuaire du Finistère à conserver son ensemble de vitraux du XVIe siècle et ses retables de bois animés par plus de deux cents statuettes et personnages sculptés.

Spezet, chapelle du Krann intérieur : autel
Spezet, chapelle du Krann intérieur : autel

Vous pouvez à partir de la chapelle vous promener dans une verte campagne agricole, pas de gros cons de chiens prêts à chiquer le mollet mais juste de placides demoiselles, c’est ainsi qu’à Spézet nous qualifions ces chers bovidés.

Demoiselles de Spézet
Demoiselles de Spézet

S’il vous reste un peu d’énergie ou d’envie, je vous propose de changer de département et nous rendre dans celui de la « petite mer » : le Morbihan. Nous n’irons pas jusqu’à la côte et ferons halte au Faouët

A partir des mythiques halles, ce sont des chemins de randonnées couvrant plus de 100 km qui vous ferons parcourir le pays de Marion du Faouët. Je vous présente (trop) rapidement deux chapelles en tous points remarquables.

Commençons par Sainte-Barbe, à flanc de roche, cette énigmatique chapelle ouvrira votre chemin vers la forêt

Faouët, chapelle Sainte Barbe
Faouët, chapelle Sainte Barbe
Sainte Barbe, statue de la Vierge dans la roche
Sainte Barbe, statue de la Vierge dans la roche

La balade dite des « chapelles », vous conduira vers la plus surprenante : la chapelle Saint-Fiacre, je ne me lancerai pas dans une description détaillée de l’édifice, voici donc quelques clichés qui, je l’espère vous donneront l’envie de pérégriner en ces terres bretonnes. Comme je ne peux pas m’en empêcher, ici, le joyau est le jubé polychrome datant du XVIème siècle

Saint Fiacre, la façade
Saint Fiacre, la façade
Saint Fiacre Jubé, façade extérieure
Saint Fiacre Jubé, façade extérieure

Pour Saint – Fiacre, une vidéo sur Morbihan-tv.

Saint Fiacre, détail jubé
Saint Fiacre, détail jubé
Saint Fiacre, détail jubé 2
Saint Fiacre, détail jubé 2
Saint Fiacre, détail jubé 3
Saint Fiacre, détail jubé 3

Bonnes vacances à tous …

Connaissez-vous le Mheu?

Musée historique de l’environnement urbain.

 

Les villes, qui n’ont jamais cessé de croître au point que dorénavant plus d’un être humain sur deux y vit, ont vu leur physionomie et leur organisation évoluer au gré de leur développement. Les artistes de toutes les époques ont été les témoins, voire les acteurs, de ces évolutions. La juxtaposition de leurs productions dessine une véritable histoire de l’environnement urbain.

C’est cette histoire, ou plutôt ces histoires, que le mheu se propose de vous raconter, en vous présentant des expositions thématiques regroupant des œuvres de natures diverses : peintures, photographies, gravures, chansons, textes littéraires ou historiques, extraits de films de fiction ou documentaires… Chacun de ces parcours subjectifs est organisé de façon à naviguer au fil de l’histoire des thèmes abordés.

(Source)

Parmi toutes les expositions proposées, celle consacrée au bain, l’hygiène, l’eau et la ville est particulièrement intéressante car les sources convoquées se distinguent par leur diversité : les analyses picturales (même sommaires) permettent de voyager dans le temps, les extraits de films, les discours de commémoration (celui que prononça A. Malraux à l’occasion du transfert des cendres de Jean Moulin, au cours duquel il évoque le supplice de la baignoire).

 

Les expositions virtuelles – La Cinémathèque française

 

 

 

Les expositions virtuelles 

La Cinémathèque française.

Vous voulez tout savoir sur Lola Montes ou Stanley Kubrick? Vous aimeriez savoir lire une affiche de cinéma comme celle ci :

Si tout cela vous intéresse et bien d’autres sujets ayant trait au cinéma, alors les expositions virtuelles de la cinémathèque française vous combleront … bons visionnages.