Paris comme vous ne l’avez jamais entendu!

Paris comme vous ne l’avez jamais entendu ! C’est l’expérience que propose la musicologue Mylène Pardoen, du laboratoire Passages XX-XXI, à travers le projet Bretez. Un nom qui n’a pas été choisi par hasard : la première reconstitution historique sonore conçue par ce collectif associant historiens, sociologues et spécialistes de la 3D, a en effet pour décor le Paris du XVIIIe siècle cartographié par le célèbre plan Turgot-Bretez de 1739 – Turgot, prévost des marchands de Paris, en étant le commanditaire, et Bretez, l’ingénieur chargé du relevé des rues et immeubles de la capitale.

Le paysage sonore a été reconstitué à partir de documents d’époque, notamment Le Tableau de Paris,publié en 1781 par Louis-Sébastien Mercier, et des travaux d’historiens comme Arlette Farge, spécialiste du XVIIIe, Alain Corbin, connu pour ses recherches sur l’histoire des sens, ou encore Youri Carbonnier, spécialiste des maisons sur les ponts. Au cours de la visite, on entend  les coups de hache d’un boucher de la rue de la Grande-Boucherie, le bruit du grattage des peaux des tanneurs de la rue de la Pelleterie, le cliquetis d’une imprimerie de la rue de Gesvres… S’y entremêlent les cris et bruits des gestes des bateliers et lavandières. S’y ajouteront d’autres acoustiques comme le bruit de sabots des chevaux, les cloches de Notre-Dame ou le chuintement des poulies du guindeau, ce grand filet qui barrait la Seine pour arrêter tout ce qui flottait.

Près de 95 % des sons sont naturels, ceux des machines comme le métier à tisser ont été enregistrés sur d’authentiques engins anciens. Seul le ronronnement de la pompe Notre-Dame, qui remontait l’eau de la Seine pour la consommation des Parisiens, a été reconstitué à partir du bruit d’un moulin à eau. « J’essaie de pousser loin le détail », avoue-t-elle.

Au total, 70 tableaux sonores ont été façonnés. Un travail collectif, insiste la chercheuse, associant des graphistes et des historiens, et parrainé par Daniel Roche, professeur honoraire d’histoire moderne au Collège de France.

« Il s’agit de la première reconstitution en 3D où l’image et le son sont conçus au même moment : le son est au centre de la création, ce n’est pas un habillage comme on le fait aujourd’hui dans de nombreuses fictions » (Source

Lien vers la vidéo.

 

Comprendre la Révolution et l’absence de « lieux du politique » aujourd’hui.

Pour un nouveau Journal officiel.

Voilà un entretien passionnant avec Sophie Wahnich, éminente spécialiste de la Révolution française. Elle répond ici à la question de savoir s’il y a encore un peu de politique quelque part? et de savoir si nous sommes aujourd’hui des êtres citoyens ou des spectateurs?

Bonne écoute.

 

Lampédusa et Léonarda vs XVIIIè siècle. Partie I : Qui est étranger ?

Mobilité, mondialisation, échanges, fluidité et Lampédusa : cherchez l’intrus ? Pas si difficile, les 366 personnes qui sont mortes noyées le 03 octobre dernier incarnent le symptôme tragique des mobilités internationales des pays de l’Afrique subsaharienne vers l’Union européenne, forteresse protégée par Frontex. A ce propos, je vous conseille la lecture de deux sites : Frontex, le site officiel de l’union européenne  et le site Frontexit, (Frontexit est une campagne portée par des associations, des chercheurs et des individus issus de la société civile du Nord et du Sud de la Méditerranée à l’initiative du réseau Migreurop.)

Les États modernes ont toujours tenté de réguler les circulations, c’est pourquoi on peut se demander comment au XVIIIème siècle s’organisait le contrôle des étrangers et comment les États intervenaient directement dans les mobilités internationales, en cherchant notamment à attirer une main d’œuvre qualifiée ?

Tout d’abord, c’est quoi un étranger ? Aujourd’hui, la définition retenue par l’INSEE désigne comme étranger celui qui n’a pas la nationalité du pays dans lequel il se trouve mais cet état peut changer : l’étranger peut devenir français par naturalisation. L’étranger n’est pas forcément un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. Un immigré n’est pas nécessairement étranger et réciproquement, certains étrangers sont nés en France (essentiellement des mineurs). La qualité d’immigré est permanente : un individu continue à appartenir à la population immigrée même s’il devient français par acquisition. C’est le pays de naissance, et non la nationalité à la naissance, qui définit l’origine géographique d’un immigré. C’est bon, vous suivez ?? Maintenant, voyons ce qui se passe au XVIIIè siècle. La définition d’étranger est très délicate. Le chevalier Louis de Jaucourt qui s’est lui-même surnommé le forçat de l’Encyclopédie (assez drôle quand on y pense), donne la définition suivante de l’étranger   : celui qui est né sous une autre domination et dans un autre pays que celui dans lequel il se trouve, en clair celui qui est né ailleurs. Cet étranger qui n’est pas intégré dans les groupes d’appartenance de la société d’Ancien Régime, cet étranger est un forain. L’étranger est l’aubain c’est-à-dire une personne soumise au droit d’aubaine, il n’est pas un régnicole c’est-à-dire qu’il n’est pas sujet de la couronne, il est donc extérieure au royaume.

 

Exemple d'une lettre patente portant sur le droit d'aubaine à la fin du XVIIIème siècle
Exemple d’une lettre patente portant sur le droit d’aubaine à la fin du XVIIIème siècle

 

Dans l’une des rééditions (1722) de son Dictionnaire universel, Furetière désigne par étranger celui qui est d’une autre nation ». L’auteur établit trois catégories d’étrangers en retenant le critère de leur assimilation à la France (et oui, déjà là l’assimilation). Cette typologie aboutit à la mise en place d’un statut complexe, assez intéressant à observer car il se fonde sur la nationalité originelle des étrangers:

–          Ceux ayant besoin d’une lettre de naturalité pour être exempts du droit d’aubaine, cela concerne les Anglais, les Espagnols, les Allemands.

–          Ceux qui sont affranchis du droit d’aubaine et sont considérés comme français par privilège royal : les Suisses et les Écossais.

–          Ceux qui peuvent devenir « sujets » (c’est-à-dire régnicoles)  par simple déclaration car ils viennent de provinces revendiquées par le roi de France, cela concerne les Flamands, les Navarrais et les Milanais.

Une dernière source française pour terminer : le Dictionnaire raisonné de domaines et des droits domaniaux, qui date de 1762 et est une référence pour les juristes de l’époque, cet ouvrage ne compte pas d’article « étranger » mais contient celui d’ « aubain » : c’est-à-dire étranger, qui est né hors du royaume et qui réside en France ou y est de passage … on distingue plusieurs types d’aubains : l’étranger non naturalisé, l’étranger naturalisé, le Français même qui s’est retiré du Royaume.

Dans le royaume de France au XVIIIè siècle qui a abandonné le formariage (en gros : obtenir l’autorisation du seigneur pour se marier) et le chevage (en gros toujours, l’impôt qu’un seigneur perçoit sur un serf, c’est-à-dire un paysan placé dans sa dépendance), celui-ci conserve le droit d’aubaine qui participe donc à la définition de la population étrangère. Le roi peut faire varier le curseur, par exemple en 1715 par déclaration royale tous soldats ayant servi le roi pendant au moins 10 ans et qui s’engagent à s’installer définitivement en France sont exempts du droit d’aubaine. En France, le pouvoir royal tente de taxer les étrangers en s’appuyant sur la pratique de ce droit. Il faut à ce titre retenir la Déclaration de 1697 c’est une imposition qui touche 8 000 personnes étrangères et qui dure officiellement jusqu’en 1707, la monarchie y renoncera définitivement en 1740.

Extrait de la déclaration de 1697
Extrait de la déclaration de 1697

Après tout ce développement quelque peu soporifique (j’en conviens, et si vous avez changé d’adresse je peux le comprendre), on peut juste retenir une chose : si la notion de « nationalité » n’existe par à l’époque, l’appartenance à un État est manifeste, c’est cette appartenance qui est mobilisée par les juristes pour justifier la taxe de 1697.

 

Le Fort Saint-André. Villeneuve-lez-Avignon.

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Pour clore la semaine, je vous propose une petite sortie vers Avignon loin des terres occidentales qui me sont plus familières. C’est beau, c’est vrai, c’est un bain de lumière, mais p…. quel vent !!! On se pèle, le vent m’a glacé les os. J’arrête les jérémiades, je ne fais pas ce billet pour geindre. Mais pour partir à Villeneuve-lez Avignon quand les amandiers sont en fleurs.

Les amandiers à Villeneuve-lez-Avignon.
Les amandiers à Villeneuve-lez-Avignon.

Nous voici donc à Villeneuve-lez Avignon, pour vous situer, cette ville fortifiée fait face à Avignon, le Rhône fait office de frontière, souvent dangereux, houleux, infranchissable avant d’être domestiqué par des barrages et des retenues. Le fort remplit un rôle stratégique et il est aussi un symbole du pouvoir royal, l’ouvrage pensé par Philippe le Bel à la fin du XIIIème siècle il est achevé sous Jean le Bon vers 1360. Pourquoi me direz-vous ? Simplement parce que le Rhône trace la frontière entre le royaume de France et l’Empire, il coule furieusement au pied du rocher car le lit rhodanien se n’est pas encore déplacé. Le fort surveille donc la navigation et assure la protection du pays, à ce titre il accueille une garnison permanente.

Entrée du fort saint andré.
Entrée du fort saint andré.

Les papes s’installent à Avignon en 1316, l’importance du fort est redoublée : les rois de France surveillent de ce fort cette Provence qui n’est pas encore rattaché au royaume. Il faut attendre Le 11 décembre 1481 quand Charles du Maine comte de Provence et de Forcalquier, meurt sans héritiers directs et lègue ses comtés à Louis XI, roi de France.

Toutefois Avignon et le comtat Venaissin sont des possessions papales jusqu’en 1791.

Les tours jumelles.
Les tours jumelles.

On y entre par les tours Jumelles, c’est le seul accès au Fort.  Leurs terrasses offrent des vues panoramiques que les envions, elles sont aussi la jonction du chemin de ronde qui court sur l’ensemble des murs d’enceinte.

Vue sur la terrasse des tours jumelles.
Vue sur la terrasse des tours jumelles.

Le mur d’enceinte est long de 750 mètres, d’une largeur de 2.20 mètre il se développe à partir des tours Jumelles  il rejoint la tour des Masques puis la tour de la Roquette. Au départ il y a un double système de défense : des archères au niveau du sol et des archères sur les merlons qui protègent le chemin de ronde. Ce système disparaît  au profit de simples courtines avec archères.

Murs d'enceinte.
Murs d'enceinte.

A l’intérieur de l’enceinte s’ouvre un espace de 3 hectares qui abritent la garnison, une abbaye et la Chapelle Sainte Casarie qui prenait place au centre d’un habitat dense ; l’impression n’est plus la même maintenant. ND de Belvézet est une petite église romane dans laquelle vous pouvez entrer.

Eglise ND du Belvezet.
Eglise ND du Belvezet.

C’est ce que j’ai fait, le mistral soufflait et j’écoutais avec attention le chant du vent, j’admirais le petit autel et les murs dénudés. Mon regard s’est porté sur la voute en berceau et a été attiré par la lumière jaillissante, je crois que c’est à ce moment que j’ai tordu mon talon entre deux pierres ajourées …

Même pas mal et de toute façon je n’éprouve aucune honte ….

Fort saint andré : vue sur l'abbaye.
Fort saint andré : vue sur l'abbaye.

Le Fort Saint-André a été occupé par les militaires jusqu’au XVIIIème siècle, c’était aussi un fort habité par une population civile : les derniers habitants ont qui les lieux vers 1920.

Voute de la salle du Viguier.
Voute de la salle du Viguier.

Facebook au XVIIIe siècle. Les Lumières sur la toile

Les lumières sur la toile.

Si un jour vous avez rêvé d’englober toute la correspondance des scientifiques, des philosophes, des écrivains du XVIII, et bien, une équipe de chercheurs britanniques vient de donner réalité à  votre songe. Cette équipe  a analysé l’ensemble de la correspondance des grands penseurs du temps fécond des Lumières et a conçu une carte interactive (les chercheurs de Stanford).

On peut désormais suivre le flux et le volume des correspondances de la République des Lettres.

La République des lettres.
La République des lettres.


L’outil est très simple d’utilisation : vous choisissez votre période chronologique, votre auteur ou vos auteurs, la visualisation voulue (flux, courbes, points), s’affichent aussi les villes traversées par la correspondance et le noms des auteurs les plus prolixes. Pour Voltaire, auteur de plus de 15 000 lettres, la carte ressemble à l’exemple ci-dessous.

La correspondance de Voltaire
La correspondance de Voltaire

Bon voyage dans les réseaux d’échanges au temps des Lumières …

 

Les épaves corsaires de la Natière. Archéologie sous-marine à Saint-Malo



Carte de Saint Malo, XVIIè siècle.
Carte de Saint Malo, XVIIè siècle.

Les épaves corsaires de la Natière. Archéologie sous-marine à Saint-Malo

Si vous voulez finir la tête sous l’eau et remonter le temps.

La fouille de deux épaves découvertes aux portes de Saint-Malo a permis d’identifier deux frégates corsaires et de retracer leur histoire. La Dauphine, commandée en 1704 par Michel Dubocage, et L’Aimable Grenot, reprennent forme sous forme numérique trois siècles après leur naufrage grâce au site Internet conçu par les archéologues du Drassm.

Vous passez le bruit du ressac et vous plonger dans l’univers fascinant de l’archéologie marine. Le plan du site se compose de cinq partie :  une présentation de la bai de saint Malo véritable cimetière d’épaves, la seconde partie est consacrée à la construction navale. La troisième partie vous emmènera à bord des deux frégates afin de goûter à la vie quotidienne des corsaires, la guerre de course et le rôle des capitaines Michel Dubocage (La Dauphine) et Hugon des Prey (L’Aimable Grelot) font l’objet d’une quatrième partie. Enfin, si vous voulez comprendre comment s’organise une expédition d’archéologie sous marine vous trouverez de quoi satisfaire votre curiosité.


En bas de la page d’accueil, en cliquant sur la petite icone en forme de ‘+’ située à droite vous pourrez consulter le plan des épaves, celui-ci est interactif, en cliquant sur des portions de l’épaves vous plongez afin de savoir quels objets on été récupérés à cet endroit.

Ce site est une véritable mine : de nombreuses vidéos consacrées aux fouilles, ainsi qu’à la reconstitution de la Natière en 3D.

Bonne plongée.

Le portrait au grand siècle (1660 – 1715).

VISAGES DU GRAND SIECLE.

Sous le règne de Louis XIV, le royaume se transforme en fabrique du portrait.

Le portrait est un objet sentimental et précieux (produit à l’occasion d’un mariage, il soutient la mémoire en ravivant l’image qu’elle conserve), c’est aussi une marque de vanité.

La production du portrait connaît une croissance sans précédent, par exemple la copie devient une véritable manie, copier sert à tout : pour des raisons policières R. d’Argenson inquiet de la fuite de Mme de la Trémollière envoie une copie du portrait dans différents ports.

Le portrait répond alors a des critères bien précis : la ressemblance est un impératif, le portrait est le média de l’apparence et de l’esprit et la belle apparence signe la belle âme.

Et le roi dans tout ça ?

Louis s’aime et aime encore plus son image : il subsiste 200 portraits et 700 portraits gravés. Le portrait ne sert pas à établir sa légitimité mas sa supériorité de plus grand roi de la terre et de l’histoire de France.

Le roi est montré dans toutes les occupations réelles ou imaginaires Les portraits familiaux sont rares. Les portraits les plus nombreux sont des portraits en situation, « sorte de reportages » où le peintre comme le journaliste suivait le roi dans ses diverses occupations

C’est la représentation guerrière et équestre qui domine :

HOUASSE René Antoine. LOUIS XIV, ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE (1638-1715), 17e siècle, Versailles

Le portrait du roi est un miroir du prince au sens de la Renaissance. Ce miroir doit éduquer le prince et doit renvoyer aussi aux spectateurs l’image nécessaire du prince idéal et l’idée que le prince s’applique à la vertu.

TESTELIN Henri, LOUIS XIV, ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE (1638-1715)

Le roi est ici protecteur des arts, des lettres et des sciences.

Le portrait de cour est le portrait mondain.

L’attention portée aux accessoires : les draperies. Les visages très lissés comme des masques. L’accent se porte sur les bijoux et les pierreries qui parent les robes.

Les fonds de paysage sont aussi importants que le costume : « La nature gagne les portraits, ouvre un espace rêveur et bucolique qui devaient paraître comme une image des forêts de l’Astrée ou de Clélie »

Les portraits féminins, les portraits masculins.

LES PORTRAITS FEMININS

La pose : assise sur une chaise; quelque s fois un mouvement de marche est censé rendre plausible l’envol de certaines parties du costume .

Le visage et ses canons donnent souvent des visages stéréotypés, absence de recherche psychologique au profit d’un bon ton de chair.

Le tableau « est à prendre dans son ensemble, comme une pièce décorative, l’objet d’un jeu mondain et précieux, l’élément d’une galerie où il vient souvent se fondre« . Peu importe si l’individualité s’efface, on fait collection d’effigies et non de portraits.

LES PORTRAITS MASCULINS

Ils sont moins abondants mais  sont imprégnés des mêmes codes

Le portrait parisien des années 1650 à 1680 présente une synthèse entre un vieux fonds flamand d’observation précise et de rendu sans flatterie et le portrait carrachesque.

la primauté est  donnée au visage, les accessoires ont moins de place et ceux qui sont mis en valeur ne font que souligner une fonction et renvoient étroitement à la personnalité. Les gestes plus naturels que dans le portrait de cour veulent faire oublier la pose. Les mains prennent une éloquence qui fait parler le visage.