Paris comme vous ne l’avez jamais entendu!

Paris comme vous ne l’avez jamais entendu ! C’est l’expérience que propose la musicologue Mylène Pardoen, du laboratoire Passages XX-XXI, à travers le projet Bretez. Un nom qui n’a pas été choisi par hasard : la première reconstitution historique sonore conçue par ce collectif associant historiens, sociologues et spécialistes de la 3D, a en effet pour décor le Paris du XVIIIe siècle cartographié par le célèbre plan Turgot-Bretez de 1739 – Turgot, prévost des marchands de Paris, en étant le commanditaire, et Bretez, l’ingénieur chargé du relevé des rues et immeubles de la capitale.

Le paysage sonore a été reconstitué à partir de documents d’époque, notamment Le Tableau de Paris,publié en 1781 par Louis-Sébastien Mercier, et des travaux d’historiens comme Arlette Farge, spécialiste du XVIIIe, Alain Corbin, connu pour ses recherches sur l’histoire des sens, ou encore Youri Carbonnier, spécialiste des maisons sur les ponts. Au cours de la visite, on entend  les coups de hache d’un boucher de la rue de la Grande-Boucherie, le bruit du grattage des peaux des tanneurs de la rue de la Pelleterie, le cliquetis d’une imprimerie de la rue de Gesvres… S’y entremêlent les cris et bruits des gestes des bateliers et lavandières. S’y ajouteront d’autres acoustiques comme le bruit de sabots des chevaux, les cloches de Notre-Dame ou le chuintement des poulies du guindeau, ce grand filet qui barrait la Seine pour arrêter tout ce qui flottait.

Près de 95 % des sons sont naturels, ceux des machines comme le métier à tisser ont été enregistrés sur d’authentiques engins anciens. Seul le ronronnement de la pompe Notre-Dame, qui remontait l’eau de la Seine pour la consommation des Parisiens, a été reconstitué à partir du bruit d’un moulin à eau. « J’essaie de pousser loin le détail », avoue-t-elle.

Au total, 70 tableaux sonores ont été façonnés. Un travail collectif, insiste la chercheuse, associant des graphistes et des historiens, et parrainé par Daniel Roche, professeur honoraire d’histoire moderne au Collège de France.

« Il s’agit de la première reconstitution en 3D où l’image et le son sont conçus au même moment : le son est au centre de la création, ce n’est pas un habillage comme on le fait aujourd’hui dans de nombreuses fictions » (Source

Lien vers la vidéo.

 

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La femme est un tueur comme les autres ? Partie II.

Cette série de post consacrée à la place occupée par les femmes dans les entreprises génocidaires a été ouverte par la lecture du livre de Wendy Lower (Les Furies de Hitler). Je vous propose aujourd’hui pour mieux comprendre les mécaniques à l’œuvre dans le meurtre de masse de déplacer notre regard vers l’Afrique, le Rwanda en 1994.
Je fais partie de cette génération qui a assisté au génocide des Tutsi à la télévision, nous avons regardé ces images et avons compris qu’il s’agissait d’un massacre africain, et c’est tout ! Les journaux présentaient les « évènements rwandais » comme une guerre entre Noirs, une guerre tribale forcément. Il n’en était rien. Dans un premier temps, ce sont les livres de Jean Hatzfeld (Dans le nu de la vie. Une saison de machettes.) qui m’on fait prendre conscience que ce massacre était un génocide. Ce terme est défini juridiquement par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, en date du 9 décembre 1948, dans son article 2: le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :1) Meurtre de membres du groupe. 2) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe. 3) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle. 4) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe. 5) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.
Dans un second temps, l’essai de l’historienne Hélène Dumas, Le génocide au village, le massacre des Tutsis au Rwanda, paru aux éditions du Seuil en 2014 permet une plongée saisissante dans le massacre et une compréhension de celui-ci :

Les voisins se sont entretués : quelle est la place des femmes ? Instigatrices ? Spectatrices ? Etrangères ? Victimes ? Bourreaux ? Innocentes ? Coupables ? Le documentaire  A mots couverts tentent d’y apporter une réponse.

A mots couverts. Violaine Baraduc et Alexandre Westphal
A mots couverts. Violaine Baraduc et Alexandre Westphal

Des « femmes ordinaires » (comme les « hommes ordinaires » de C. Browning) sont dans les rangs des tueurs. Le documentaire de Violaine Baraduc et Alexandre Westphal interroge en particulier la participation des femmes condamnées pour leur participation au Génocide.
Dans l’enceinte de la prison centrale de Kigali, huit femmes incarcérées témoignent. Vingt ans après le génocide perpétré contre les Tutsi rwandais, Immaculée et ses codétenues racontent leur participation aux violences, retracent leur itinéraire meurtrier et se confient. À l’extérieur, le fils qu’Immaculée a eu avec un Tutsi occupe une place impossible entre bourreaux et victimes. Par des échanges de messages filmés, le jeune adulte et la détenue se jaugent, se redécouvrent. Les images du Rwanda d’aujourd’hui sont investies par les souvenirs des personnages. À travers eux s’écrit l’histoire du génocide, au cours duquel des « femmes ordinaires » ont rejoint les rangs des tueurs.(source )

Des femmes ordinaires
Des femmes ordinaires

Mémoires vives a reçu les deux réalisateurs qui s’interrogent sur l’implication des femmes dans le génocide des Tutsi : femmes et génocide.

C’est un entretien passionnant.

Prison de Kigali
Prison de Kigali

La femme est un tueur comme les autres ? Partie I.

La couverture de Neues Volk. Le portrait de la maternité. Allemagne, avril 1936.
La couverture de Neues Volk. Le portrait de la maternité. Allemagne, avril 1936.

De prime abord vous pourriez m’opposer que réifier la moitié de l’humanité en une seule figure fait du titre de ce billet une gageure, mais tant pis : c’est écrit, c’est ainsi! Vous pourriez également me dire que les noms Liselotte Meier, Johanna Altvater, Ilse Struwe, Erna Kürbs Petri,Vera Stähli, Gertrude Segel Landau ne vous évoquent rien et vous auriez bien raison. Cette ignorance collective, que nous partageons donc tous, en dit long sur nos sociétés qui ne veulent pas voir le criminel quand il s’agit d’une criminelle, sauf dans les cas d’infanticide. Ces noms et prénoms sont ceux de femmes allemandes qui ont participé de manière directe ou indirecte à la destruction des Juifs d’Europe. Cette cécité (ne pas voir la criminelle) trouve aussi son origine dans les mythes allemands de la femme innocente et du martyr féminin [qui] apparurent au moment de l’effondrement du Reich et de la victoire des Alliées (Wendy Lower, p 213). C’est le travail d’historiennes(ns) qui nous permet d’ôter le voile et de comprendre comment des femmes allemandes de tous âges, de toutes origines sociales ont participé activement (il faudra revenir sur cet adverbe plus tard) à l’entreprise génocidaire nazie dans les territoires occupés de Pologne. Ces noms et prénoms féminins sont l’écho de l’effroi que leur parcours criminel peut inspirer.
Comment des milliers de femmes ont participé à la Shoah? Que sont-elles devenues après la guerre ? C’est à ces questions que l’historienne Wendy Lower tente de répondre dans un essai saisissant paru chez Taillandier sous le titre (désolant qui sent la traduction littérale à plein nez) : Les Furies de Hitler.

Bund Deutscher Mäde. Ligues des jeunes filles allemandes
Bund Deutscher Mäde. Ligues des jeunes filles allemandes. Droits: http://www.europeana.eu/rights/rr-p/

Avant d’entrer plus avant dans cet essai, on pourrait se demander quelle place le féminin (comme genre), les femmes (comme catégorie) occupaient dans la propagande et le projet social du IIIème Reich? Dans un ouvrage, paru en 1998 aux éditions du Seuil, consacré à La société allemande sous le IIIè Reich, l’historien Pierre Ayçoberry consacrait quelques pages « à la conquête des femmes et de la jeunesse ». Que pouvons-nous en retenir ?
1/ Les femmes abdiquent toute vocation professionnelle et réservent leurs efforts à la sphère familiales. Elles sont à ce titre été écartées des places qu’elles occupaient dans l’élite de la fonction publique et des professions libérales. Pour éviter l’inscription des femmes dans l’enseignement supérieur, l’équivalent du ministère de l’Education nationale supprime pour les jeunes femmes, le latin pendant les cinq premières années du gymnase et les sciences pendants les trois dernières années. Cela est remplacé par l’enseignement ménager et les langues vivantes. Un barrage supplémentaire est dressé à l’entrée à l’université par la mise en place d’un numerus clausus : 10%. Celui-ci n’a pas été efficace en permanence. En revanche, les femmes ont été totalement exclues de l’appareil judiciaire.
2/ L’encadrement idéologique des femmes est de la responsabilité de deux organisations. La Frauenschaft (Organisation nationale-socialiste des femmes), créée en 1932 et se consacre à l’enseignement ménager. Après 1933, l’organisation met en place des stages de doctrine.
La Frauenwerk (l’œuvre féminine allemande) qui dispense des cours d’économie domestique. Au-delà de ces deux organisations au succès relatif, la grande majorité des militantes convaincues sont issues de la « Ligue des jeunes filles allemandes » (la Bund Deutscher Mädel).
La présidente de la Frauenschaft est Gertrud Scholtz-Klink , si elle peut incarner une certaine ascension politique féminine, sa mission principale à la tête de la Ligues des femmes nationales – socialistes est de faire la promotion de la ménagère. Elle déclare ainsi en 1934 que la mission de la femme est d’être ministre de son foyer et sa profession de répondre aux besoins de l’homme, du premier moment de sa vie jusqu’au dernier de son existence. Elle accède à une notoriété en dehors des frontières du Reich et fait l’objet de nombreux articles dans la presse étrangère. La presse française relaie les actions de Gertrud Scholtz-Klink, elle est qualifiée de Führerin par Paris Soir. Le quotidien français  lui consacre une pleine page dans son édition du samedi 03 septembre 1938. La lecture de l’article est passionnante :

Certaines femmes ont occupé des postes à responsabilité dans l’appareil d’encadrement de la société allemande, ont connu la gloire cinématographique comme Léni Riefenstahl ; mais celles qui nous intéressent ici sont le groupe formé par 30 000 femmes que la police et la SS nomment comme auxiliaires dans les bureaux de la gendarmerie, les quartiers généraux de la Gestapo et les prisons. Wendy Lower avance l’idée que pour ces 30 000 femmes aucune mise à distance psychologique n’était envisageable, et la probabilité d’une participation directe au meurtre de masse très élevée (page 23). Au-delà de ce groupe, le Reich déploie 500 000 Allemandes dans les territoires de l’Est et du Sud-Est, immense espace qui inclut les provinces polonaises annexées en 1939.

Arthur Grimm. Célébration de l'Anschluss par la ligue des jeunes filles allemandes. 16 mars 1938
Arthur Grimm. Célébration de l’Anschluss par la ligue des jeunes filles allemandes. 16 mars 1938. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

L’introduction de l’essai est fort éclairant car nous comprenons que, si peu de femmes ont été condamnées à des peines de prison ou à la peine capitale c’est qu’a perduré jusqu’à aujourd’hui une image compatissante de la femme. L’éclairage porté sur les gardiennes de camp comme Irma Grese ou Ilse Koch ont certainement empêché un débat plus nuancé sur la contribution des femmes au régime nazi et sur leur culpabilité en général (p 28). De plus, après la guerre, la femme allemande apparaît comme l’héroïne à qui il revient de lessiver le passé honteux de l’Allemagne. Il faut aussi comprendre que l’apolitisme des femmes fait partie des mythes de l’après guerre, Wendy Lower l’écrit en une phrase saisissante : Aussi longtemps que ces Allemandes seront confinées dans une sphère à part ou que leur influence politique sera minorée, la moitié de la population génocidaire sera […] innocentée des crimes de l’Etat moderne et exclue de l’histoire elle-même.

Les étudiantes du BDM s'exercent au tir avec des armes légères. Anonyme. 1936
Les étudiantes du BDM s’exercent au tir avec des armes légères. Anonyme. 1936. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

Comment appréhender le rôle des femmes dans la « Solution finale au problème juif »? Quelle place occupent-elles dans l’entreprise génocidaire ? Au lieu de classer les individus par catégories, il faut se demander qui fait quoi dans le système mis en place pour la destruction des Juifs d’Europe. Voici un exemple qui permet de comprendre cette complexité : une inspectrice en chef de l’Office centrale de sécurité du Reich décide du sort de milliers d’enfants, dans son travail elle est assistée d’environ 200 femmes; ces agents de terrain sont chargées de rassembler les preuves de la « dégénérescence raciale ». A cette fin, elles élaborent un système codé à base de couleurs pour organiser l’incarcération de plus de 2 000 enfants (juifs, tsiganes, « délinquants ») dans des camps d’internement spéciaux. Ces femmes remplissent un savoir-faire administratif jugé féminin et participent par là même à l’entreprise criminelle.
Les sources sont nombreuses mais ne sont pas forcément faciles d’accès. Wendy Lower a travaillé à partir des archives de guerre allemandes, des enquêtes menées par les Soviétiques sur les crimes de guerre nazis, les dossiers de la police secrète est-allemande, les archives S. Wiesenthal. Elle a enquêté à partir des minutes des procès et des enquêtes menées par les Autrichiens et les Allemands de l’Ouest, et enfin sur les « ego-documents » (la manière dont le sujet forge une image de lui(elle)-même à travers ses dépositions). Tous ces documents remontent à l’après-guerre. L’historienne analyse les significations différentes entre un entretien accordé à un journaliste et une déposition faite devant un juge.
La plupart des études qui portent sur le génocide des Juifs d’Europe admettent que le meurtre de masse n’aurait pu s’opérer dans une large participation de la société. Pourtant, la plupart de ces études laisse de côté la moitié de la population, comme si l’histoire des femmes se déroulait dans une sorte d’ailleurs. C’est une approche illogique et une omission inexplicable. Les destins dramatiques de ces femmes révèlent le côté le plus sombre de l’engagement féminin. (p 33). Ces femmes à travers leur métier, leur fonction, leur engagement sont mobilisées en vue de la guerre et consentent au génocide.

à suivre …

La géographie des « morts pour la France ».

La géographie des « morts pour la France »

Voilà un article intéressant à plus d’un titre, il explique par exemple qu’on n’a pas voulu punir ou tuer plus de Corses, de Bretons, que d’autres. Et nous apporte des réponses aux questions suivantes :

  • Certaines régions ont-elles été plus touchées que d’autres?
  • Certaines catégories sociales ont-elles payé un plus lourd tribut que d’autres à la mort de masse?

A lire sur le site du Monde :  La géographie des « morts pour la France ».

 

Ar Bobl … Bonne année à tous les Bretons

Bonne année à tous les Bretons

A nos parents et à nos amis

A nos lecteurs de Bretagne et de France

A tous nos vendeurs

Au barde, au prêtre, au bourgeois

A ceux d’entre nous qui aiment nos coutumes

Bonne année à Françoise la servante

A Jeannot le paysan, mangeur de patates

Et à chacun, rouge ou noble

S’il soutient ar Bobl

Ça en jette, n’est-ce pas? Ces vœux de bonne année ont été rédigés  …. en 1913 dans le journal Ar Bobl (« le Peuple » en breton) un périodique paru entre 1904 et 1914 à Carhaix (et oui, cette ville du Centre Bretagne où se déroule le festival des Vieilles Charrues). Je vous invite à visiter le site consacré à ce journal :

Ar Bobl

Si vous êtes amateur ou amatrice de micro histoire, vous serez admiratif(ve) du remarquable travail réalisé par J.Y. Michel  qui a analysé les 502 numéros du journal. Les rubriques vous permettront de découvrir au creux du quotidien les chroniques d’une vie bretonne passée. Politique, religion, démographie, société vous saurez tout « des travaux et des jours » . C’est une plongée dans le passé avec une grosse pincée d’émotion(s). Les auteurs du site ont élaboré des nombreuses illustrations cartographiques.

Je vous laisse sur cette page de la défense de la langue bretonne : Bloavez mad … à tous

Et savourer un cliché de Charles-Augustin Lhermitte

Carhaix Plouguer en 1912. La rue Brizeux. Charles Augustin Lhermitte
Carhaix Plouguer en 1912. La rue Brizeux. Charles Augustin Lhermitte

Lucien Barou, les Mémoires de la Grande Guerre.

Mémoires de la Grande Guerre à télécharger. Capture.
Mémoires de la Grande Guerre à télécharger. Capture.

Il y a quelques semaines je vous faisais part du travail de Lucien Barou consacré au poilus du Forez, sa petite fille a pris contact avec moi, voici quelques extraits de son mail

 

[…] Trente ans d’effort, d’acharnement, de déplacements à l’autre bout de la France pour voir et pouvoir interviewer des personnes qu’il ne connait maintenant que par leurs histoires toutes plus extraordinaires les unes que les autres. En faisant une recherche sur internet je suis même étonnée de l’ampleur de la chose : ces livres qui ne sont sortis sur papier qu’en 20 exemplaires son maintenant cités sur des sites de Bretagne, de la Polynésie française…
[…]  Si une personne veut correspondre avec moi pour savoir des détails sur le livre je serai enchantée de l’aider à cette adresse e-mail : aurbarou@gmail.com

Si voulez comprendre la genèse de cet exceptionnel travail de collecte, beau témoignage d’histoire orale, n’hésitez pas à entrer en contact  avec cette personne.

 

« Jusqu’au dernier », la destruction des juifs d’Europe.

A partir de ce soir, France 2 diffuse une série documentaire exceptionnelle consacrée à la destruction des Juifs d’Europe, reprenant  ici le titre  de l’ouvrage de R. Hilberg. W Karel et C. Finger réalise ici un documentaire qui fera date car pour la première fois la Shoah est présentée dans son intégralité c’est-à-dire de l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 jusqu’à nos jours et permet de comprendre « les temps » d’un génocide. Les réalisateurs ont enquêté sur les victimes, les bourreaux et les sociétés dans lesquelles ce « crime sans nom » (W. Churchill) a pu être commis.

Jusqu'au dernier. La destruction des Juifs d'Europe
Jusqu’au dernier. La destruction des Juifs d’Europe. Capture

Les diffusions :

Lundi 26 janvier 2015 à partir de 22h20 – Épisodes 1 et 2
Mardi 27 janvier à partir de 20h50 – Épisodes 3, 4, 5 et 6
Mardi 3 février 2015 à partir de 23h55 – Épisodes 7 et 8

C’est l’occasion pour le grand public de faire connaissance avec les plus grands spécialistes de ce génocide et de réfléchir à l’évolution de l’historiographie sur ce sujet, et l’évolution des concepts dans la recherche scientifique.

France 2  dédie un site à la série particulièrement bien fait et qui permet d’entendre quelques très grands historiens : A. Wieviorka, Y. Chapoutot ou encore C. Ingrao.

jusqu'au dernier. Vidéos
jusqu’au dernier. Vidéos

Le site dédié sur France 2 .

Le dossier de presse.

VIMY : entre histoire et mémoire

Il y a quelques mois, au cours d’une escapade dans le Nord, nous avons fait un arrêt sur la départementale 55 entre Arras et Lens et avons visité le monument de Vimy érigé en hommage aux soldats canadiens tués en France.

Vimy. Le mémorial.
Vimy. Le mémorial.

L’assaut canadien.

Nous sommes ici sur la Crête-de-Vimy, à la fin de l’année la guerre de position qui se définit comme une guerre d’usure succède à la guerre de mouvement : les combats se stabilisent alors le long d’une ligne de front, les armées se font face à face et les soldats s’enterrent dans les tranchées. La crête-de-Vimy, au nord d’Arras, qui culmine à 145 mètres, a constitué un point fort du dispositif défensif mis en place par les Allemands : elle leur permet de contrôler l’ensemble du champ de bataille, à la fois vers Arras, demeuré aux mains des Alliés, et vers la partie occidentale du bassin minier qui a échappé à leur occupation ; des batteries de canons, installées à contre-pente mais commandées depuis le sommet du plateau, tirent sur les lignes alliées du secteur d’Arras avec une quasi impunité.

Vimy. vue sur la plaine.
Vimy. vue sur la plaine.

En raison de son importance stratégique, la crête a été massivement fortifiée, avec des lignes de tranchées ponctuées d’abris bétonnés et, surtout, des installations souterraines de grande ampleur, permises par la nature crayeuse du terrain.

De la fin de l’année 1914 à la fin de 1916, toutes les tentatives alliées pour s’emparer de ce verrou ont échoué, qu’il s’agisse des attaques françaises de mai 1915 ou des tentatives britanniques à partir de la plaine de Gohelle, dans le secteur de Loos, autour de la « colline 70 ». (source )

Lors de violents et meurtriers assaut les troupes françaises font reculer la ligne allemande vers l’Est sans toutefois parvenir à s’emparer de la crête. Le 09 avril 1917, les quatre divisions du Corps d’armée canadien prennent la crête d’assaut. Un terrible barrage d’artillerie, avec des techniques améliorées de tir de contrebatterie contre des canons ennemis, allait détruire les positions allemandes et isoler les troupes ennemies dans leurs abris. A 5h30, près de 1 000 fusils ouvrent le feu sur les positions allemandes, les Canadiens s’avancent et réussissent à s’emparer de leur objectif en début d’après midi à l’exception de la côte 145 qu’ils prennent le lendemain. Le 12 avril, la 4ème Division canadienne, avec l’aide de la 24ème Division britannique, s’empare du Bourgeon, situé à l’extrémité nord de la crête.

Carte de la progression des Canadiens à Vimy. Collection d'archives George-Metcalf MCG 19750215-030
Carte de la progression des Canadiens à Vimy. Collection d’archives George-Metcalf MCG 19750215-030

On voit ici l’offensive canadienne sur la crête de Vimy, ainsi que la progression à travers la plaine de Douai, et les batailles d’Arleux et de Fresnoy à la fin d’avril et au début de mai. Les lignes bleues indiquent l’avancée et les dates où les forces alliées atteignirent ces endroits. Les lignes roses indiquent les frontières entre divisions. Les lignes vertes montrent les vieilles avancées.

Vue sur la  plaine de Douai. Collection d'archives George-Metcalf MCG 19920085-244
Vue sur la plaine de Douai. Collection d’archives George-Metcalf MCG 19920085-244

Cette photo prise après la prise de la crête de Vimy, est une vue, vers l’est, de la plaine de Douai. Le point d’observation occupé par les soldats du premier plan témoigne de l’importance stratégique de la crête de Vimy – sa hauteur.

Cette bataille très coûteuse en hommes est caractéristique de la létalité des assauts : la victoire se fait au prix 10 602 victimes du côté canadien dont 3 598 morts.

 

Vimy. Appui d'artillerie.Collection d'archives George-Metcalf MCG 19920085-215
Vimy. Appui d’artillerie.Collection d’archives George-Metcalf MCG 19920085-215

 

La naissance du Canada moderne

La victoire de Vimy a contribué à unir le pays en insufflant à la jeune nation un sentiment d’honneur et de fierté. Le succès de Vimy a immédiatement un écho considérable au Canada, alors que la participation à la guerre se trouvait remise en cause par une bonne partie de l’opinion publique, notamment au Québec, en rupture avec l’enthousiasme des débuts du conflit lorsque de nombreux volontaires s’étaient engagés. Vimy est bien un lieu et un moment fondateurs de la jeune nation canadienne. Essayons de comprendre pourquoi ?

Cimetière canadien de Vimy. Collection d'archives George-Metcalf MCG 19801226-298
Cimetière canadien de Vimy. Collection d’archives George-Metcalf MCG 19801226-298

La première guerre mondiale fut déterminante dans l’histoire du Canada. Durant ces  quatre années de conflit, la population du Canada va, du fait de sa participation déterminante à l’effort de guerre de l’Empire britannique, affirmer sa stature de nation à part entière. Cette guerre plonge le Canada dans d’importantes difficultés économiques et politiques mais amène l’homogénéisation de ses forces armées, notamment par l’apparition de la conscription, en mai 1917. Dénombrant seulement soixante-trois mille hommes en 1914, l’armée canadienne ne cesse de se développer pendant la guerre et compte en 1918 plus de six cent mille soldats, constituant le plus gros effectif militaire au sein de l’Empire britannique. Les hommes combattent dans leur majorité sur le front occidental, en France et en Belgique. Les batailles  d’Ypres, en avril 1915, de la Somme, en septembre 1916, et surtout de la crête de Vimy. En avril 1917, font de l’armée canadienne une force estimée par les autres combattants alliés. En automne 1917, les divisions canadiennes sont engagées dans la bataille de Passchendaele où, commandées non plus par un général britannique mais par un général canadien, sir Arthur Currie (Source  )

Arthur Currie et son fils. Collection d'archives George-Metcalf MCG 19680113-001
Arthur Currie et son fils. Collection d’archives George-Metcalf MCG 19680113-001

Dès l’année 1917, un premier monument est érigé 1917 sur la crête de Vimy qui rend hommage à la 2e division canadienne et à la 13e brigade d’infanterie britannique qui combattirent ensemble au cours de la bataille. Des monuments commémoratifs étaient souvent érigés par des unités et des formations après les batailles importantes.

Premier monument commémoratif. Vimy. Collection d'archives George-Metcalf MCG 19930013-362
Premier monument commémoratif. Vimy. Collection d’archives George-Metcalf MCG 19930013-362

Le mémorial de Vimy

.Le monument national du Canada de Vimy sur le site de la mission du centenaire http://centenaire.org/fr/en-france/nord-pas-de-calais/pas-de-calais/reportage/le-memorial-national-du-canada-de-vimy
Le monument national du Canada de Vimy sur le site de la mission du centenaire : Source 

Situé sur un terrain offert par la France au peuple canadien, le monument, une imposante structure, est l’œuvre de Walter Allward, un des plus célèbres sculpteurs canadiens, à qui fut notamment commandé le monument commémoratif national rappelant la participation du Canada à la guerre d’Afrique du Sud (1899-1902).

Walter Allward
Walter Allward

Allward commença à travailler au Mémorial de Vimy en 1925 et le termina 11 ans plus tard, au coût de 1,5 million de dollars. Il est orné de 20 figures allégoriques représentant la foi, la justice, la paix, l’honneur, la charité, la vérité, la connaissance et l’espérance. La figure centrale « Le Canada pleurant ses fils disparus » rappelle les pertes subies par le pays pendant la guerre. Le Mémorial de Vimy porte les noms des 11 285 Canadiens qui ont été tués sur le sol français et dont le lieu de sépulture est inconnu.

Nom des soldats canadiens.

Le monument se dresse sur un socle de 11 000 tonnes de béton.

Vimy le socle du mémorial
Vimy le socle du mémorial

Les deux tours quadrangulaires pèsent près de 6 000 tonnes de pierre calcaire qui provient d’une carrière de la Rome antique, située sur le littoral adriatique.

Vimy. les deux tours.
Vimy. les deux tours.

Les deux tours blanches ornées de feuilles d’érable et de fleurs de lys symbolisent les sacrifices « consentis » par les deux pays. Tout en haut des tous, les statues de la Paix et de la Justice , au dessous, sur la face arrière des tours, celles de la Vérité et de la Connaissance qui sont entourées par les blasons du Canada, de la Grande-Bretagne et de la France. A la base des tours, se trouvent la figure d’un jeune soldat mourant, l’Esprit du sacrifice et celle du Porteur de flambeau.

A la base du monument, les statues d’un homme et d’une femme endeuillés ouvrent l’escalier menant aux deux tours.

Vimy. Statue  du mémorial. Homme endeuillé.
Vimy. Statue du mémorial. Homme endeuillé.
Vimy. Statue face à la plain de Douai
Vimy. Statue face à la plain de Douai
Vimy. statue femme endeuillée.
Vimy. statue femme endeuillée.

 

Les statues ont été sculptées à l’endroit même où elles se trouvent aujourd’hui.

Maquette en plâtre réalisée par Walter Allward entre 1925 et 1930 et utilisée par les tailleurs de pierre pour la construction du Mémorial de Vimy, en France.
Maquette en plâtre réalisée par Walter Allward entre 1925 et 1930 et utilisée par les tailleurs de pierre pour la construction du Mémorial de Vimy, en France.

Le Mémorial de Vimy fut inauguré en juillet 1936 devant une foule de plus de 100 000 personnes au nombre desquelles figuraient 6000 anciens combattants canadiens qui avaient fait le voyage outre-mer pour assister à la cérémonie.

Le monument commémoratif du Canada que l’on visite aujourd’hui a été restauré, pour cette restauration il a fallu démanteler et refaire les structures en pierre du socle et des parois verticales du monument, remplacer et graver les pierres endommagées, rejointoyer les tours et nettoyer les 20 statues qui ornent le monument.

 Vimy : lieu de mémoire et tourisme mémoriel.

Vimy est lieu de mémoire par excellence, je vous livre ici quelques exemples : le jour de notre visite, un groupe de scolaires canadiens posaient pour une photo de groupe.

Vimy. Groupe scolaire
Vimy. Groupe scolaire

Le site, ainsi que le souterrain et les tranchées restaurées, le centre d’accueil sont pris en charge par de jeunes volontaires canadiens. Ce 11 novembre la cérémonie commémorant l’armistice a rassemblé des Canadiens, des Français et des Britanniques.

Vimy. 11 novembre 2014.
Vimy. 11 novembre 2014. Source : la Voix du Nord

Le site des anciens combattants du Canada met à disposition du public une courte vidéo dans laquelle les images sont commentées par des extraits de lettres ou de journaux.

Vivez Vimy
Vivez Vimy. Capture. Source

Enfin, Vimy est une étape dans les chemins de mémoire de la Grande Guerre en Nord-Pas de Calais : voir la vidéo de présentation (http://www.cheminsdememoire-nordpasdecalais.fr/ ). Le site internet propose des randonnées sur les grands lieux de bataille.

Les chemins de mémoire en randonnée
Les chemins de mémoire en randonnée

Ces randonnées peuvent se faire à pied ou en vélo

Vimy sur les chemins de mémoire
Vimy sur les chemins de mémoire

Pour finir, cette estampe du capitaine australien William Longstaff qui illustre à mon sens la croisée entre histoire et mémoire

La crête de Vimy (Vimy Ridge) Estampe par capitaine William Longstaff Collection d'art militaire Beaverbrook MCG 19890275-051
La crête de Vimy (Vimy Ridge) Estampe par capitaine William Longstaff Collection d’art militaire Beaverbrook MCG 19890275-051

Vimy Ridge connut une grande popularité et des reproductions en furent faites et vendues partout dans l’Empire. Longstaff représente les fantômes de soldats gravissant la crête de Vimy en provenance de la plaine de Douai, et qui retournent au monument. Le créateur du Mémorial, Walter Allward, expliqua en 1921 qu’il avait été inspiré par un rêve fait pendant la guerre où des soldats morts « se levaient en masse, s’alignaient en silence et s’élançaient au combat pour aider les vivants. L’impression que j’en ai retirée fut si forte qu’elle dura pendant des mois. Sans les morts, nous sommes impuissants. Alors j’ai voulu montrer dans ce monument aux morts du Canada que nous avions une dette envers eux et qu’elle ne s’éteindra jamais. »

Vimy. Statue du mémorial
Vimy. Statue du mémorial.

Rendez-vous au monument aux morts

Rendez-vous au monument aux morts. Documentaire du CNRS
Rendez-vous au monument aux morts. Documentaire du CNRS

La Première Guerre Mondiale marque l’entrée du 20e siècle dans la mort de masse. Afin de garantir la permanence du souvenir de tous ces soldats morts pour la patrie, on érige dès le début des années 1920 des monuments aux morts dans toute la France. Pluriels dans leur forme comme dans leur sens, ils constituent un précieux témoignage des mentalités de l’après-guerre.
Plusieurs historiens mettent en lumière les diverses significations que revêtent ces monuments répondant à la fois à la nécessité du deuil pour les familles et à celle de la commémoration de la victoire de la République pour l’état. Loin d’être les témoins muets de notre passé, ils nous interrogent sur la manière dont nous transmettons et maintenons notre mémoire collective.
Les intervenants : BECKER Annette ; DALISSON Rémi ; OFFENSTADT Nicolas ; DAVID Franck ; JULIEN Elise ; PROST Antoine

Rendez-vous au monument aux morts.

Rendez-vous au monument aux morts. Documentaire du CNRS. Capture d'écran
Rendez-vous au monument aux morts. Documentaire du CNRS. Capture d’écran

Une mystérieuse plaque émaillée à Spézet.

Spézet est une petite ville de moins de 2 000 habitants du centre Bretagne, la rue principale est bordée de maisons très colorées qui contribuent au charme de cette commune de Haute Cornouaille. Je vous conduis à la maison bleue, vous ne pouvez pas ne pas l’apercevoir, elle est … bleue

Spezet. Maison bleue
Spezet. Maison bleue

Jusqu’à la fin du mois de septembre 2014, l’association de sauvegarde du patrimoine spézétois organise une exposition dans le cadre de la commémoration du centenaire de la première guerre mondiale. L’exposition est dense et surtout remarquable par sa qualité documentaire. Une pièce unique et très curieuse y est exposée : il s’agirait d’une partie du premier monument aux morts de la commune, très loin des réalisations habituelles, puisque les noms des soldats sont inscrits sur une plaque émaillée, la plaque comporte aussi de petits médaillons sur lesquels figurent parfois le portrait du soldat.

Spézet. Plaque émaillée. Un élément du premier monument aux morts. Exposition à la Maison Bleue
Spézet. Plaque émaillée. Un élément du premier monument aux morts. Exposition à la Maison Bleue.

La décision d’ériger un monument aux morts à Spézet pour rendre hommage aux 197 soldats « morts pour la France » est prise  le 23 février 1923.

Monument aux morts. Spézet. Délibérations du conseil municipal 1923.
Monument aux morts. Spézet. Délibérations du conseil municipal 1923.

Le prix du monument s’élève à 32 800 francs, la municipalité reçoit une subvention de 6232 francs et confie les travaux à la Société des Marbreries Générales. Cette dernière sur la demande des édiles spézétois taille la statue du poilu dans la kersantite finistérienne.

Monument aux morts de Spézet. Source.
Monument aux morts de Spézet. Source.

Mais c’est bien cette plaque émaillée dénichée chez un brocanteur de Leuhan qui retient l’intention, son bon état de conservation montrerait qu’elle n’a jamais été exposée à l’extérieur.

Spézet. Plaque émaillée, détail1.
Spézet. Plaque émaillée, détail1.
Spézet. Plaque émaillée, détail2.
Spézet. Plaque émaillée, détail2.

Ce document recèle de nombreux mystères et les questions restent pour l’instant sans réponse :

– Cette plaque est-elle antérieure au projet municipal de 1923 ?

– Pourquoi les noms de soldats ne sont indiqués par ordre alphabétique ? Quelle logique est alors à l’œuvre ? Est-ce les années de décès qui sont retenues ?

– Certains médaillons portent la mention « à la mémoire de … » : probablement que le concepteur de cette plaque ne disposait pas de tous les portraits.

– Pourquoi cette plaque réalisée à Brest par Loutrel et Mazin n’est pas complète : le projet aurait-il été abandonné avant la réalisation finale ?

– Quels chemins cette plaque a-t-elle empruntée pour venir jusqu’à nous ?

Le commentaire laissé ici par Franck David apporte plusieurs réponses : Il s’agit d’un de ces nombreux tableaux d’honneur que les mairies ont mis en place dès l’annonce des premiers morts avant que ne se pose la question d’un hommage monumental. Cela consistait parfois en de simples listes, avec la photographie du disparu, puis en des plaques émaillées. L’état de celle-ci est remarquable.

Si Vous êtes en Bretagne, n’hésitez à visiter cette belle exposition : vous y croiserez l’incroyable histoire de Pierre-Jean Boudehen un poilu revenu chez lui à la fin des combats. Je vous en parlerai …
Si vous avez des suggestions, des hypothèses ou mieux encore des réponses n’hésitez pas à les partager. Si vous, vous aussi un document rare sur cette période historique (celle du conflit et aussi celle des sorties de guerre), n’hésitez pas à laisser un message.