L’île des esclaves oubliés.

Dessin d'une classe de CM2 de Semoy envoyés à l'occasion de la quatrième mission sur l'île de Tromelin. 2013
Dessin d’une classe de CM2 de Semoy à l’occasion de la quatrième mission sur l’île de Tromelin. 2013

Un caillou de 1 km² dont le point culminant est à 7 mètres, un minuscule récif corallien dans l’océan Indien situé à 450 km à l’Est de Madagascar et 535 km au Nord de La Réunion, nommé l’Ile de Sable puis Tromelin. L’île est aujourd’hui rattachée aux T.A.A.F. (la collectivité des Terres Australes et Antarctiques Françaises).

Trimbre du chevalier de Tromelin
Trimbre du chevalier de Tromelin

Une île corallienne : voila le décor paradisiaque de la tragédie qui s’y joue dans la nuit du 31 juillet 1761, l’Utile se brise sur le récif de corail, le gouvernail est arraché, les ponts s’effondrent. L’Utile est prisonnier au milieu des déferlantes.

Détail de la carte sur laquelle l’île de Sable, ici nommée « Islot de Sable », © BNF
Détail de la carte sur laquelle l’île de Sable, ici nommée « Islot de Sable », © BNF

 

 

Tromelin.
Tromelin.

1/ Esclaves et contrebande.

Construit et armé à Bayonne, l’Utile appareille pour l’île de France, aujourd’hui Maurice, en novembre 1760. Le navire appartient à la Compagnie française des Indes orientales : créée en 1664 par Colbert, elle dispose du monopole du commerce vers l’Afrique, l’océan Indien et les Indes. Les Mascareignes, ce groupe d’îles du sud-ouest de l’océan Indien comprenant notamment Maurice et La Réunion, ont été colonisées par la France entre la fin du XVIIe et le XVIIIe siècles. Elles représentent une étape indispensable sur la route des Indes et de la Chine.

Prise de la frégate anglaise de 44 canons
Prise de la frégate anglaise de 44 canons « the Ceylon » par la frégate française « La Vénus » au large de l’île de France (île Maurice) fin 18e siècle.

 

L’Utile une flûte de 800 tonneaux est construit pour la Marine Royale à Bayonne, il lève l’ancre pour l’île de France, qu’il atteint le 12 avril 1761 après 147 jours de navigation.

Dans l’océan Indien, le commerce des esclaves en provenance du Mozambique et de Madagascar alimente en main d’œuvre les plantations coloniales des Mascareignes. Quand, le 27 juin 1761, l’Utile est envoyé à Madagascar pour en ramener des vivres, son capitaine Jean de La Fargue a néanmoins interdiction d’y acheter des esclaves comme c’est l’usage. L’Utile n’est pas un navire négrier, mais un bâtiment de transport classique destiné à apporter aux colonies produits et matériaux de la métropole, avant d’y retourner avec une cargaison de produits coloniaux, tels que du café ou du sucre. Bénéficiant de complicités multiples, La Fargue embarque pourtant près de 160 esclaves malgaches, qu’il compte débarquer sur l’île Rodrigues. Quand il quitte Madagascar, le bateau ne suit donc pas la route habituelle vers l’île de France, mais navigue au nord, passant à proximité de l’île de Sable…

Des erreurs d’observation et l’imprudence du capitaine, qui décide de naviguer de nuit malgré les mises en garde de son premier pilote, expliquent pour partie le naufrage. (Source )

2/ Les survivants, les abandonnés.

Parmi les survivants, sur les 143 hommes qui formaient l’équipage, 21 sont morts noyés et 122 ont réussi à rejoindre l’île. Concernant les 160 esclaves, seuls 88 survivront au naufrage. 72 ont péri car, au moment du naufrage, ils sont parqués dans la cale fermée par des panneaux cloués. Ils ne peuvent s’échapper qu’une fois la coque de l’Utile disloquée.

La première urgence est de trouver de l’eau potable en creusant un puits. Après une tentative infructueuse, une « liqueur épaisse et blanche comme du lait », mélange d’eau douce et d’eau salée, est découverte par 5 mètres de profondeur dans la soirée du 3 août. En trois jours de privations, une trentaine de Malgaches sont morts. Aucun Français.

La mer rejette sur la plage des ustensiles et des aliments issus de l’épave que les rescapés récupèrent pour organiser leur survie. Ils exploitent également les maigres ressources de l’île, particulièrement les œufs des oiseaux qui y nichent en grand nombre et les tortues. Les marins cherchent, en outre, à extraire de l’épave les matériaux nécessaires à la construction d’une embarcation de fortune pour rallier Madagascar. C’est le premier lieutenant de l’Utile, Castellan du Vernet, qui en dessine le plan.

Dans une lettre qu’il adresse au ministre de la marine, M. de Sartine, Barthélémy Castellan du Vernet revient sur son inlassable énergie pour sauver les marins français (Source )

Castellan du Vernet à Sartine1. 1763
Castellan du Vernet à Sartine1. 1763
Castellan du Vernet à Sartine2. 1763
Castellan du Vernet à Sartine2. 1763

Castellan du Vernet constate vite qu’aucune pièce de charpente suffisamment longue n’a pu être récupérée pour fabriquer un bateau à même de transporter tous les survivants. En deux mois, ils construisent une embarcation de fortune baptisés La Providence. L’embarcation est mise à l’eau le 27 septembre 1761, avec à son bord cent vingt-et-un marins. Entre 60 et 80 esclaves malgaches survivants sont abandonnés sur l’île avec trois mois de vivres et la promesse de Castellan de venir les chercher. La Providence atteint Madagascar après quatre jours de mer. Dans les semaines qui suivent, l’équipage rejoint Port-Louis (Maurice). Le gouverneur de l’île de 1759 à 1766, Antoine Marie Desforges-Boucher recueille les rescapés mais refuse en revanche d’envoyer un navire pour porter secours aux esclaves.

3/ L’oubli et les traces.

Ce n’est que quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776, que le chevalier de Tromelin commandant de la corvette La Dauphine accoste sur l’Ile et recueille les survivants : sept femmes et un bébé de 8 mois.

Deux siècles et demi plus tard, au terme d’une longue enquête historique mené par Max Guérout, une mission archéologique débarque sur l’ile Tromelin pour retrouver les traces des esclaves oubliés.

Fouille à Tromelin Scène de fouille à Tromelin. © Jean-François Rebeyrotte, GRAN
Fouille à Tromelin
Scène de fouille à Tromelin.
© Jean-François Rebeyrotte, GRAN

Entre 2006 et 2013, les fouilles archéologiques conduites sur l’île de Tromelin ont permis de redonner la parole aux esclaves malgaches qui, à partir de 1761 et pendant quinze ans, ont vécu, abandonnés, sur ce minuscule écueil cerné par les déferlantes. Les campagnes de fouilles permettent de répondre aux questions suivantes : Comment les esclaves abandonnés se sont-ils nourris ? Comment s’est organisée leur vie quotidienne ? Comment conserver ce que l’épave de l’Utile a rejeté ? Qu’ont-ils faits des morts ?

Plan des fouilles
Plan des fouilles

Ces recherches sont emblématiques des travaux qui se déroulent depuis les années 2000 dans l’océan Indien sur les traces de l’esclavage colonial.

Le documentaire complet : les esclaves oubliés de l’île Tromelin sur TV5Monde

4/ L’exposition itinérante : Tromelin, l’île des esclaves oubliés.

Tromelin, l’île des esclaves oubliés  est présentée à la fois sur le territoire métropolitain et dans l’océan Indien avec une scénographie commune mais adaptée aux lieux d’accueil, ainsi que sous une forme plus légère dans l’arc antillais. Dans l’océan Indien, le musée Stella Matutina  (île de La Réunion) accueille l’exposition du 28 janvier au 30 septembre 2016. Une itinérance est prévue à Maurice et Madagascar.

Savoia Sylvain. Les esclaves oubliés de Tromelin
Savoia Sylvain. Les esclaves oubliés de Tromelin

En métropole, l’exposition reste à l’affiche au Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes jusqu’au 30 avril 2016.   Elle sera ensuite accueillie à le Maison de la communauté d’Agglomération de Lorient du 28 mai au 30 octobre 2016, puis au Musée d’Aquitaine à Bordeaux.

Forte de sa thématique universelle autour de l’esclavage, l’exposition est également présentée dans l’arc antillais dans une itinérance de panneaux déroulants dans des lieux clés de transmission du patrimoine, dont le Musée d’Archéologie et de Préhistoire de la Martinique  jusqu’au 31 mars 2016. (Source )

 

Pour aller plus loin

– Dominique Le Brun (Direction) : Les naufragés, 2014 Omnibus.

– Max Guérout et Thomas Romon, « Tromelin (océan Indien) », Les nouvelles de l’archéologie, 108/109 | 2007, mis en ligne le 27 avril 2011,: http://nda.revues.org/158

– Thomas Romon et Max Guerout, « La culture matérielle comme support de la mémoire historique : l’exemple des naufragés de Tromelin », In Situ,  20 | 2013, mis en ligne le 15 février 2013, URL : http://insitu.revues.org/10182 .

– Sylvain Savoia, Les esclaves oubliés de Tromelin ,  éditions Dupuis/Aire libre, 2015.

– Le dossier complet sur le site de l’INRAP : http://www.inrap.fr/magazine/Tromelin/Accueil#Tromelin

 

La poule picore à La Réunion.

Evidemment, la poule n’affiche pas le menu complet de la gastronomie réunionnaise, elle en serait bien incapable, vous trouverez ici quelques adresses ou souvenirs gustatifs d’un voyage effectué  l’automne dernier..

Afin de mieux trouver son auberge, voici une table d’orientation des plus utiles :

Et quelques cartes des meilleurs restaurants.

La Réunion, adresses et cartes.
La Réunion, adresses et cartes.

On pourrait commencer par une vraie découverte, le bichique avec un arrêt au restaurant « Le Beau Vallon »

Bichiques dans son plat.
Bichiques dans son plat.

Les bichiques sont des alevins de poissons d’eau douce qui naissent en mer, les bichiques doivent se regrouper pour entamer leur remontée vers l’eau douce.

Le bichique est un précieux met de la cuisine réunionnaise, on le trouve surtout sur la côte Est. Pour le déguster, je vous invite à vous rendre à la frontière de Bras – Panon et de Saint Benoît sur les berges de la rivière des Roches, un haut lieu de la pêche artisanale. Certains pêcheurs possèdent un canal à bichique, il est  couramment délimité par des sacs de sable et des galets. La largeur est fixée à 3.50 m mais la longueur est variable. Les fortes pluies exigent un entretien constant du canal.

Canal à bichique.
Canal à bichique.

C’est dans ces goulets, que les pêcheurs prennent les bichiques. L’important est de savoir que ce sont des alevins de poissons d’eau douce qui naissent en pleine mer, ils se regroupent (au moment des nouvelles lunes) et remontent vers l’eau douce ; là les attendent les vouves : les nasses en forme de cône qui piègent le poisson. Les nasses sont (quelques fois) en fibres végétales constituées de vacoa tressé.

Vous poursuivez votre route vers le sud jusqu’à Saint Philippe, vous prenez la direction du Baril les hauts et arrêtez vous au Pinpin d’Amour chez Marie Claude. L’accueil est chaleureux, les maîtres des lieux sont au petit soin pour leur hôtes : votre soirée s’ouvrira par la dégustation d’un divin rhum arrangé et on vous racontera l’histoire du pinpin. La table et chambres d’hôtes le Pinpin d’Amour a une histoire a racontée. Elle propose aux visiteurs de déguster un bien étrange fruit : le pinpin. Pour ceux qui se promènent le long des côtes déchiquetées de Saint-Philippe, il est impossible de ne pas voir ces boules qui pendent des arbres. Le pinpin est en effet le fruit des vacoas (pandanus utilis borry), dont les silhouettes squelettiques, accrochées au sol de lave noire, semblent défier les embruns de l’océan. « Nous ne pouvons pas planter de carottes ici, ni de navet, dit Louis Damour à ses invités, il y a à peine 10 cm de terre sur la roche volcanique. » Soucieux de préserver l’environnement naturel de Saint-Philippe et d’utiliser ses trésors tout en maintenant une harmonie , Louis Damour se bat depuis 1987 pour que le pinpin et le vacoa trouve leur place dans l’agriculture de sa commune et dans la gastronomie réunionnaise (pinpindamour.com).

Arbre à pinpin.
Arbre à pinpin.

Le menu différent tous les soirs surprendra vos papilles et vos narines. Voici quelques exemples : du pinpin au thon, suivi d’un curry d’agneau qu’accompagne un lard boucanier, un fromage blanc, beignets de songe et une confiture au pinpin pour clore le dîner.Vous pouvez aussi débuter par une salade de palmiste et son pinpin, puis se régaler d’un morceau de cerf et/ou de poisson, de crevettes baba figue et terminer par une glace à la vanille.

A Bourg Murat ; sur la route des volcans, dans le Restaurant le Panoramic vous pouvez manger de délicieuses crevettes au chouchou.

Poursuivant la route vers le littoral touristique de La Réunion : Saint Gilles les Bains (c’est un peu bronze cul, beaucoup de monde et quelques fois des prix qui flambent)

Preuve par l’image :

Saint Gilles
Saint Gilles

L’hôtelière du Saint Michel ne vous réservera peut – être un accueil des plus chaleureux, cela peut même devenir ambiance banquise, mais c’est pourtant ici que le chef vous préparera les meilleurs makis de toute La Réunion, de plus, vous dinerez au bord de la piscine dans un endroit superbe.

Si vous voulez plus typique, je vous conseille de vous rendre au DCP (j’ai oublié la signification de l’acronyme) et demander à déguster de légine.

Si vous voulez vous offrir un petit plaisir, retenez un lieu : Boucan – Canot ; offrez à votre palais un tartare d’espadon et sa crème d’asperges, et commandez (à nouveau) de légine.

Il est maintenant temps de boucler le tour et de revenir à Saint Denis, là vous pouvez vous rendre chez Piat. Je n’ai pas grand-chose à dire : c’est comme un restaurant métropolitain de bonne tenue (pas gastronomique comme l’affirme la carte du lieu), mais en beaucoup plus cher…

Par contre, une adresse d’hôtel à connaitre, à retenir  Le Juliette Dodu . Vous apprendrez qui était la Dodu, vous passerez une nuit dans un endroit de rêve et vous dégusterez une magnifique petit – déjeuner :

Le Juliette Dodu. Saint Denis de la Réunion.
Le Juliette Dodu. Saint Denis de la Réunion.

S’il vous reste un temps de temps, partez flâner vers les marchés dionysiens : le grand et le petit marchés, on y trouve de la vanille (quand on s’est cassé le nez sur la porte de la coop vanille à Bras – Panon) et on se laisse embarquer par ce lieu insolite (pour une face de navet comme moi, bien entendu)

Marché de Saint Denis de la Réunion.
Marché de Saint Denis de la Réunion.
Marché de saint Denis.
Marché de saint Denis.

J’ai acheté un truc bizarre, des espèces de boules blanches vendues par une charmante dame : cette dernière m’a fait l’article de manière étonnante, ces boules blanches peuvent s’acheter par paire (la boule seule est peu efficace! ), il s’agit d’une terre blanche magique de Maurice (et moi je l’ai crue) qui peut laver le linge, mais fait aussi office d’aspirine, peut (forcément) rendre fertile ou féconde. La dame m’a dit : « ça soigne tout! Même ton slip », cet arguent massue a vaincu ma résistance.

Etre oreille, novice, avoir une allure qui invite à l’arnaque, se faire mener en bateau et en éprouver un certain contentement : c’est le luxe de l’imbécile heureux.

Mots-clefs : Cuisine Restaurants Gastronomie, La Réunion

La main de Dieu touche les Rosiens.

Je sais, je sais encore un titre fumeux. Non, mais, vous pouvez me croire, c’est (presque) du sérieux.

Permettez que je conserve une once de crédibilité :

Une île volcanique dans l’océan Indien, des volcans toujours actifs, une côte aux vents : La Réunion, me direz – vous ? J’opine du chef.

Le flanc Nord du Piton de la Fournaise, la rivière de l’Est, une forêt primaire, de la canne à sucre, des champs de vanille, et une dévastatrice coulée de lave en 1977 : Sainte – Rose, allez – vous suggérer ? Je m’incline …

sainte rose

En 1977, le Piton se réveille à nouveau, la lave qui coule atteint les 1 000 degrés, elle emporte de nombreuses maisons, une partie des infrastructures subit des dommages irréparables. La roche en fusion poursuit sa course folle jusqu’à l’église et en obstrue l’entrée jusqu’au tiers. « Miraculeusement » selon certains Sainte – Rosiens, le magma en fusion s’arrête net :

Sainte Rose, entrée de l'église.

L’église est épargnée par la lave et l’incendie. Pour y entrer, on emprunte un escalier, construit sur un court chemin déblayé de la lave, en revanche celle – ci occupe toute la façade l’église sur une hauteur d’un mètre cinquante environ.

Sainte Rose, entrée de l'église.

Pour admirer des paysages où le basalte règne en maitre, empruntez le sentier littoral, vous marcherez sur des roches volcaniques refroidies :

sentier littoral.

En y réfléchissant deux secondes, le titre de ce billet n’était pas si fumeux que ça …. Sans commentaire, je rentre au clapier.