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d'une poule sur un mur.

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Mers et océans

Maintenant, mais avant ?

Maintenant, mais avant c’était comment ? Cette interrogation quelque peu naïve peut très bien faire office d’introduction pour vous présenter une application développée par le vénérable IGN : Institut national de l’information géographique et forestière.
Cette application « Remonter le temps » en ligne et gratuite permet à tous de se lancer dans une comparaison de paysages à différentes époques et avec différents supports : vous choisissez un lieu ou un espace et vous pouvez dans une double fenêtre demander une comparaison des cartes anciennes et nouvelles ou encore des cartes et des photographies aériennes.
Remonter le temps.Capture.

Prenons par exemple la ville de Brest, vous savez cette sous-préfecture du Finistère, ville française de métropole la plus proche des Etats-Unis. La ville du bout de la France, en comparant deux photo aériennes on distingue très nettement l’extension du port de plaisance et la construction de la digue Jean François de la Pérouse.

Brest. Remonter le temps
Brest. Remonter le temps

Vous pouvez aussi observer les évolutions du site en mettant en miroir une carte IGN et la carte de Cassini qui date du XVIIIè siècle, comme votre souris est active su les deux cartes simultanément vous ne perdez jamais la localisation. Ici, par exemple, on voit que Brest est une ville qui s’est développée depuis l’époque moderne de part et d’autre de La Penfeld. L’outil «loupe » à droite offre la possibilité de surimposer des zones.

Brest. Remonter le temps2
Brest. Remonter le temps2

Bon voyage et belles découvertes ….

L’île des esclaves oubliés.

Dessin d'une classe de CM2 de Semoy envoyés à l'occasion de la quatrième mission sur l'île de Tromelin. 2013
Dessin d’une classe de CM2 de Semoy à l’occasion de la quatrième mission sur l’île de Tromelin. 2013

Un caillou de 1 km² dont le point culminant est à 7 mètres, un minuscule récif corallien dans l’océan Indien situé à 450 km à l’Est de Madagascar et 535 km au Nord de La Réunion, nommé l’Ile de Sable puis Tromelin. L’île est aujourd’hui rattachée aux T.A.A.F. (la collectivité des Terres Australes et Antarctiques Françaises).

Trimbre du chevalier de Tromelin
Trimbre du chevalier de Tromelin

Une île corallienne : voila le décor paradisiaque de la tragédie qui s’y joue dans la nuit du 31 juillet 1761, l’Utile se brise sur le récif de corail, le gouvernail est arraché, les ponts s’effondrent. L’Utile est prisonnier au milieu des déferlantes.

Détail de la carte sur laquelle l’île de Sable, ici nommée « Islot de Sable », © BNF
Détail de la carte sur laquelle l’île de Sable, ici nommée « Islot de Sable », © BNF

 

 

Tromelin.
Tromelin.

1/ Esclaves et contrebande.

Construit et armé à Bayonne, l’Utile appareille pour l’île de France, aujourd’hui Maurice, en novembre 1760. Le navire appartient à la Compagnie française des Indes orientales : créée en 1664 par Colbert, elle dispose du monopole du commerce vers l’Afrique, l’océan Indien et les Indes. Les Mascareignes, ce groupe d’îles du sud-ouest de l’océan Indien comprenant notamment Maurice et La Réunion, ont été colonisées par la France entre la fin du XVIIe et le XVIIIe siècles. Elles représentent une étape indispensable sur la route des Indes et de la Chine.

Prise de la frégate anglaise de 44 canons
Prise de la frégate anglaise de 44 canons « the Ceylon » par la frégate française « La Vénus » au large de l’île de France (île Maurice) fin 18e siècle.

 

L’Utile une flûte de 800 tonneaux est construit pour la Marine Royale à Bayonne, il lève l’ancre pour l’île de France, qu’il atteint le 12 avril 1761 après 147 jours de navigation.

Dans l’océan Indien, le commerce des esclaves en provenance du Mozambique et de Madagascar alimente en main d’œuvre les plantations coloniales des Mascareignes. Quand, le 27 juin 1761, l’Utile est envoyé à Madagascar pour en ramener des vivres, son capitaine Jean de La Fargue a néanmoins interdiction d’y acheter des esclaves comme c’est l’usage. L’Utile n’est pas un navire négrier, mais un bâtiment de transport classique destiné à apporter aux colonies produits et matériaux de la métropole, avant d’y retourner avec une cargaison de produits coloniaux, tels que du café ou du sucre. Bénéficiant de complicités multiples, La Fargue embarque pourtant près de 160 esclaves malgaches, qu’il compte débarquer sur l’île Rodrigues. Quand il quitte Madagascar, le bateau ne suit donc pas la route habituelle vers l’île de France, mais navigue au nord, passant à proximité de l’île de Sable…

Des erreurs d’observation et l’imprudence du capitaine, qui décide de naviguer de nuit malgré les mises en garde de son premier pilote, expliquent pour partie le naufrage. (Source )

2/ Les survivants, les abandonnés.

Parmi les survivants, sur les 143 hommes qui formaient l’équipage, 21 sont morts noyés et 122 ont réussi à rejoindre l’île. Concernant les 160 esclaves, seuls 88 survivront au naufrage. 72 ont péri car, au moment du naufrage, ils sont parqués dans la cale fermée par des panneaux cloués. Ils ne peuvent s’échapper qu’une fois la coque de l’Utile disloquée.

La première urgence est de trouver de l’eau potable en creusant un puits. Après une tentative infructueuse, une « liqueur épaisse et blanche comme du lait », mélange d’eau douce et d’eau salée, est découverte par 5 mètres de profondeur dans la soirée du 3 août. En trois jours de privations, une trentaine de Malgaches sont morts. Aucun Français.

La mer rejette sur la plage des ustensiles et des aliments issus de l’épave que les rescapés récupèrent pour organiser leur survie. Ils exploitent également les maigres ressources de l’île, particulièrement les œufs des oiseaux qui y nichent en grand nombre et les tortues. Les marins cherchent, en outre, à extraire de l’épave les matériaux nécessaires à la construction d’une embarcation de fortune pour rallier Madagascar. C’est le premier lieutenant de l’Utile, Castellan du Vernet, qui en dessine le plan.

Dans une lettre qu’il adresse au ministre de la marine, M. de Sartine, Barthélémy Castellan du Vernet revient sur son inlassable énergie pour sauver les marins français (Source )

Castellan du Vernet à Sartine1. 1763
Castellan du Vernet à Sartine1. 1763
Castellan du Vernet à Sartine2. 1763
Castellan du Vernet à Sartine2. 1763

Castellan du Vernet constate vite qu’aucune pièce de charpente suffisamment longue n’a pu être récupérée pour fabriquer un bateau à même de transporter tous les survivants. En deux mois, ils construisent une embarcation de fortune baptisés La Providence. L’embarcation est mise à l’eau le 27 septembre 1761, avec à son bord cent vingt-et-un marins. Entre 60 et 80 esclaves malgaches survivants sont abandonnés sur l’île avec trois mois de vivres et la promesse de Castellan de venir les chercher. La Providence atteint Madagascar après quatre jours de mer. Dans les semaines qui suivent, l’équipage rejoint Port-Louis (Maurice). Le gouverneur de l’île de 1759 à 1766, Antoine Marie Desforges-Boucher recueille les rescapés mais refuse en revanche d’envoyer un navire pour porter secours aux esclaves.

3/ L’oubli et les traces.

Ce n’est que quinze ans plus tard, le 29 novembre 1776, que le chevalier de Tromelin commandant de la corvette La Dauphine accoste sur l’Ile et recueille les survivants : sept femmes et un bébé de 8 mois.

Deux siècles et demi plus tard, au terme d’une longue enquête historique mené par Max Guérout, une mission archéologique débarque sur l’ile Tromelin pour retrouver les traces des esclaves oubliés.

Fouille à Tromelin Scène de fouille à Tromelin. © Jean-François Rebeyrotte, GRAN
Fouille à Tromelin
Scène de fouille à Tromelin.
© Jean-François Rebeyrotte, GRAN

Entre 2006 et 2013, les fouilles archéologiques conduites sur l’île de Tromelin ont permis de redonner la parole aux esclaves malgaches qui, à partir de 1761 et pendant quinze ans, ont vécu, abandonnés, sur ce minuscule écueil cerné par les déferlantes. Les campagnes de fouilles permettent de répondre aux questions suivantes : Comment les esclaves abandonnés se sont-ils nourris ? Comment s’est organisée leur vie quotidienne ? Comment conserver ce que l’épave de l’Utile a rejeté ? Qu’ont-ils faits des morts ?

Plan des fouilles
Plan des fouilles

Ces recherches sont emblématiques des travaux qui se déroulent depuis les années 2000 dans l’océan Indien sur les traces de l’esclavage colonial.

Le documentaire complet : les esclaves oubliés de l’île Tromelin sur TV5Monde

4/ L’exposition itinérante : Tromelin, l’île des esclaves oubliés.

Tromelin, l’île des esclaves oubliés  est présentée à la fois sur le territoire métropolitain et dans l’océan Indien avec une scénographie commune mais adaptée aux lieux d’accueil, ainsi que sous une forme plus légère dans l’arc antillais. Dans l’océan Indien, le musée Stella Matutina  (île de La Réunion) accueille l’exposition du 28 janvier au 30 septembre 2016. Une itinérance est prévue à Maurice et Madagascar.

Savoia Sylvain. Les esclaves oubliés de Tromelin
Savoia Sylvain. Les esclaves oubliés de Tromelin

En métropole, l’exposition reste à l’affiche au Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes jusqu’au 30 avril 2016.   Elle sera ensuite accueillie à le Maison de la communauté d’Agglomération de Lorient du 28 mai au 30 octobre 2016, puis au Musée d’Aquitaine à Bordeaux.

Forte de sa thématique universelle autour de l’esclavage, l’exposition est également présentée dans l’arc antillais dans une itinérance de panneaux déroulants dans des lieux clés de transmission du patrimoine, dont le Musée d’Archéologie et de Préhistoire de la Martinique  jusqu’au 31 mars 2016. (Source )

 

Pour aller plus loin

– Dominique Le Brun (Direction) : Les naufragés, 2014 Omnibus.

– Max Guérout et Thomas Romon, « Tromelin (océan Indien) », Les nouvelles de l’archéologie, 108/109 | 2007, mis en ligne le 27 avril 2011,: http://nda.revues.org/158

– Thomas Romon et Max Guerout, « La culture matérielle comme support de la mémoire historique : l’exemple des naufragés de Tromelin », In Situ,  20 | 2013, mis en ligne le 15 février 2013, URL : http://insitu.revues.org/10182 .

– Sylvain Savoia, Les esclaves oubliés de Tromelin ,  éditions Dupuis/Aire libre, 2015.

– Le dossier complet sur le site de l’INRAP : http://www.inrap.fr/magazine/Tromelin/Accueil#Tromelin

 

Tu préfères être … un bonbon ou une crevette?

La question peut paraître incongrue, déplacée voire carrément sotte … et pourtant. C’est l’interrogation que vous soumet Product qui vous invite à suivre l’ odyssée de 10 produits de consommation.

Pour répondre à ces questions : D’où viennent les objets? Qui les transforme? Qui les touche? Quels chemins empruntent-ils pour parvenir à nos assiettes?

Capture d'écran. ProductArte.tv
Capture d’écran. ProductArte.tv

La série documentaire Product vous propose d’incarner certains produits phares afin d’en sonder les secrets les plus intimes. En vision subjective, chaque film remonte le temps à toute allure pour en suivre les pérégrinations, de transformations en rationalisations, de la Chine au Brésil, en passant par le Kazakhstan. (Source)

Il y a quelques années, j’ai déjà regardé un documentaire sur le marché des cheveux et la vente des extensions de cheveux, en éprouvant un réel malaise. Ce malaise ne s’est aucunement dissipé au visionnage de ce nouveau périple capillaire.

Dans de gigantesques halls, les personnes sont alignées côte à côte, dans l’attente d’être tondues. Les cheveux sont donnés en offrande aux dieux pour bénir et protéger sa famille. Toute l’année, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes se rendent en pèlerinage dans des temples, à Tirumala [en Inde] , à cet effet. Mais ce que les pèlerins ignorent, c’est que les temples ont construit tout un business autour de cette pratique religieuse : la chevelure est vendue dans des ventes aux enchères : selon sa longueur, un kilo de cheveux peut apporter entre 100 et 700 €. L’argent que les temples récoltent grâce à ce commerce est utilisé pour des projets humanitaires comme construire des écoles, des hôpitaux ou encore des orphelinats. Après traitements, ces cheveux finissent sous forme d’extensions qui viennent orner les coiffures des occidentales, à la recherche d’un ajout esthétique. (Source)

ProductTM. ArteTV.cheveux
Capture d’écran. Les extensions de cheveux.

Vous pouvez visionner les reportages jusqu’à la fin de l’année … 2018.

Le D Day en 3D

Le débarquement reconstitué, au delà de la prouesse technique et numérique, il s’agit d’un reportage à ne pas manquer qui sera diffusé ce soir sur France3 :

D Day, ils ont inventé le débarquement
D Day, ils ont inventé le débarquement

Pour voir la bande annonce

Cet article vous explique les coulisses de cette aventure humaine et numérique, et l’émission Thalassa vous propose d’en savoir un peu plus.

Le port d’Arromanches reconstitué.

Bonne soirée à vous tous.

 

cabanon en ruine

Pour continuer le tour des lieux en errance, dans un autre lieu et sous une autre atmosphère que celle de Ian Ference ou Thomas Jorion. Le spectacle est toujours aussi fascinant.

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cabanon en ruine (1)cabanon en ruine (2)cabanon en ruine (3)

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Tempête malouine.

C’était en janvier dernier, c’était la saison des grandes marées et je n’ai pas eu la chance d’y être … Pour bien me faire comprendre ce que j’aurais pu voir, voici un lien gentiment glissé dans ma boite aux lettres par un parent bien intentionné (les images sont impressionnantes, en revanche la musique assez exaspérante ….). A vous de voir  :

1914-1918, le front de l’Ouest par les cartes.

Cartographie 1914-1918
Cartographie 1914-1918

Que voulez vous, une poule ça picore et dans le sac aujourd’hui voici un site qui ravira les curieux et les passionnés de cette période, et ce à plus d’un titre.

Cartographie 1914-1918, le 01 janvier 1916
Cartographie 1914-1918, le 01 janvier 1916

Vous pouvez cliquer sur les trois années 1914, 1915, 1916 et avoir accès à une carte générale sur la position des armées du front Ouest au premier janvier de chaque année et obtenir des zooms d’une grande précision, le tout supporter par la carte Michelin de 1936. L’intérêt du site réside aussi dans les animations qu’il propose, notamment celle de la Marne, grâce au calendrier on comprend clairement que les débuts de la Grande Guerre sont véritablement une guerre de mouvement : les fronts ne sont pas encore figés et les armées progressent ou reculent à grands pas.

Mon coup de cœur : l’animation consacrée à la course à la mer.

Enfin, et ce n’est pas rien, les liens sont référencés en trois catégories qui sont de véritables ressources exploitables : les sites généraux, les sites de cartographie et les sites des régiments.

Voilà un site à classer dans vos favoris. Je me permets sans emphase et avec toute mon admiration de remercier les créateurs de http://www.carto1418.fr/index.php

La question d’Orient, grandes manœuvres géostratégiques et financières entre amis. Partie I, je t’aime moi non plus.

Le titre de cette première partie partie peut sembler un peu obscur, mais j’espère faire œuvre de clarté au cours de  ce post. Depuis une trentaine d’années l’histoire de la colonisation, de l’expansion coloniale des puissances européennes a connu de profonds renouvellements historiographiques, depuis les études d’E. Saïd sur l’orientalisme à l’introduction d’une histoire par le genre. Mais ce qui nous intéresse ici c’est de savoir ce qu’on entend par la fameuse question d’orien et comment celle-ci a eu des répercussions  sur les politiques internationales menées par les États européens ? Et on essaiera aussi de comprendre comment dans la défense d’intérêts européens et notamment anglais l’Empire ottoman s’efface devant l’Egypte, province de ce même empire.

Une carte pour comprendre.
Le dessous des cartes.
Le dessous des cartes. Vidéo

Pour ceux qui veulent allez vite, vous pouvez (re)voir cette émission du dessous des cartes consacrée à l’Empire ottoman, si vous voulez aller un peu plus loin (mais pas trop non plus), il va vous falloir lire ce billet probablement trop aride, en même temps mettre du pep’s dans les relations internationales est hors de portée d’une modeste gallinacée.

Un Empire sur le déclin.

Grossièrement, la question d’Orient concerne les affaires de l’Empire ottoman dont le déclin affecte les rapports entre les puissances continentales de l’Europe car leurs intérêts géostratégiques divergents dans les Balkans peuvent modifier l’équilibre européen. Prenons quelques exemples, les Anglais veulent utiliser l’Empire ottoman pour servir leurs propres intérêts, ils sont pendant très longtemps partisans du maintien de l’intégrité territoriale de cet empire, contrairement aux autres puissances européennes. Les Russes veulent obtenir un accès à la Méditerranée et le libre passage de leur flotte dans les Détroits. Les Austro-Hongrois contrôlent la Bosnie-Herzégovine depuis 1878 et l’annexe en 1908, ils ont tout intérêt au démantèlement de l’Empire ottoman. Pour la France, il s’agit de défendre ses positions commerciales et culturelles pluriséculaires auprès des chrétiens du Levant, dont elle se considérait comme leur protectrice « naturelle »  ce que montre  l’expédition de Napoléon III de 1860 pour protéger les chrétiens du Liban des exactions musulmanes (pour lire la lettre de Napoléon III à l’ambassadeur de France en 1860 dont est ici reproduit un extrait)

Lettre de Napoléon III à l'ambassadeur de France à Londres, 1860
Lettre de Napoléon III à l’ambassadeur de France à Londres, 1860

A l’inverse, les Britanniques avaient plus d’intérêts à voir l’Empire ottoman se maintenir plutôt qu’à œuvrer à son effondrement, leurs considérations sont de trois ordres :

  1. économiques, mais c’est peut-être la considération la moins importante : le Royaume-Uni était le premier partenaire commercial de l’Empire, en achetant 29% des exportations ottomanes et en fournissant plus de 40% de ses importations ; la part du commerce turc demeura toujours modeste, mais le traité de libre échange conclu en 1838 ouvre la Porte à l’influence commerciale britannique.
  2. Financières : le Royaume-Uni  détenait 13% de la dette extérieure turque.
  3. Géostratégiques : l’Empire ottoman commandait à deux des trois routes menant aux Indes, il faut donc contenir l’expansion russe.

L’axe suivi par la politique britannique est toujours le même au XIXè siècle : ne pas laisser une puissance dominée les autres sur le continent, c’est la même logique qui est à l’œuvre dans la « question d’Orient », le Royaume-Uni mène conjointement des actions avec plusieurs puissances afin d’éviter que l’une d’elle ne prît l’avantage et aussi pour préserver le plus possible l’existence de l’Empire ottoman. Jusqu’à la fin des années 1870, La Grande-Bretagne va donc s’engager dans des conflits afin de maintenir l’intégrité de cet empire et préserver ses intérêts. Elle intervient conjointement avec la France dans la guerre de Crimée entre 1854 et 1856 afin de faire taire les appétits expansionnistes de la Russie. Cette guerre est très couteuse en hommes, c’est le conflit le plus meurtrier entre 1815 et 1914 et pour les historiens elle ouvre un siècle de guerre où les armes létales jouent en rôle de plus en plus prépondérant, 500 000 soldats et civils sont tués.

Scènes de la guerre de Crimée
Scènes de la guerre de Crimée

Dans l’estampe présentée ici, on peut observer différentes scènes de cette guerre de Crimée (Bombardement et incendie de la ville de Tanganrog par les flottes anglo-françaises – Les marins français du Cacique détruisent le fort russe Ak-bournou et précipitent les canons à la mer – Prise d’une batterie russe de 4 pièces près du Mamelon vert – Explosion d’une poudrière russe – Tente d’ambulance, blessés devant Sébastopol – Batterie de mortiers anglais. Bombardement de Sébastopol – Camp anglais devant Sébastopol – Camp devant Sébastopol, Source

En mars 1856, le traité de paix signé à Paris  règle la question des lieux saints et celle des Détroits, la restauration de la suzeraineté turque sur les principautés danubiennes et l’internationalisation du Danube est actée. L’intégrité de l’Empire turc est ainsi maintenue comme l’illustre cette huile sur toile de Dubufe qui représente les protagonistes essentiels du conflit: le comte Orloff, pour la Russie, qui se détourne encore, face à Walewski et à Lord Clarendon, qui semblent inviter du regard leur allié ottoman à la table des négociations. Cavour, l’artisan de l’unité italienne, regarde la scène en simple spectateur, debout près de Lord Cowley qui s’interpose comme pour le protéger de l’Autriche représentée par Buol.

Edouard-Louis Dubufe, le congrès de Paris 1856 (c) RMN- Grand Palais
Edouard-Louis Dubufe, le congrès de Paris 1856 (c) RMN- Grand Palais

Toutefois entre 1880 et 1914 la couronne britannique abandonne Istanbul pour le Caire. Pourquoi ce changement dans la politique étrangère britannique?

D’abord le traité de Berlin signé en juin-juillet 1878 le marque le début du démantèlement de l’Empire ottoman : indépendance de la Serbie, du Monténégro et de la Roumanie, séparation de la Bulgarie en deux entités, contrôle militaire de la Bosnie-Herzégovine par l’Autriche-Hongrie, la Grande-Bretagne ne s’oppose pas à ce traité parce qu’elle recentre ses intérêts : le maintien de l’intégrité de l’Empire ottoman étant moins important que la consolidation de sa zone d’influence en Égypte. La Turquie a perdu son intérêt économique et financier notamment après la banqueroute de 1876 et surtout parce que la Grande-Bretagne veut s’assurer le contrôle direct de points stratégiques sur la route des Indes, dans cette perspective c’est l’Egypte qui prend une grande importance géostratégique grâce au fameux canal de Suez dont le percement débute en 1869, l’inauguration sera le rendez-vous des têtes couronnées de l’époque

L’Égypte notre amie.

 Le pacha Méhémet – Ali (1805-1848) mène en Egypte, province de l’Empire ottoman une  politique de réforme à marche forcée, du coup  la capitale devient un terrain d’expérimentation pour les ingénieurs et les architectes venus d’Europe qui le conseillent. Intéressons nous à ce qu’il se passe dans cette douce province ottomane avant 1882, date à laquelle la Grande-Bretagne envahit l’Egypte et porte directement atteinte à l’Empire ottoman. Le petit-fils de ce pacha est Ismail Pasha vice roi d’Egypte et Khédive de 1863 à 1879. Cette histoire va se jouer en trois actes comme dans une pièce dramatique.

Ismail Pasha vice roi d’Égypte et khédive
Ismail Pasha vice roi d’Égypte et khédive

Afin de développer son pays notamment dans la culture du coton et la construction d’infrastructures permettant les exportations de matières premières, le vice-roi Ismaïl engage les finances publiques égyptiennes dans d’onéreux emprunts auprès de banquiers européens. La conjoncture internationale joue en sa faveur : l’Angleterre connait une famine de coton car la guerre de Sécession (1861-1865) la prive de ses approvisionnements en coton, cela profite donc à l’Égypte qui fournit la Grande-Bretagne. Fin du premier acte.

Une conjoncture beaucoup plus défavorable s’ouvre où s’additionnent  la fin de guerre de Sécession et une crise bancaire en l’occurrence celle de 1873. La demande s’effondre, l’Égypte s’endette et la dette devient écrasante (ça ne vous rappelle rien ??). Fin du deuxième acte.

La banqueroute est imminente, pour l’éviter le Khédive met en jeu ses parts sur le canal de Suez (il détient 44% de la compagnie).

L'Impératrice Eugénie et quatre des princes ayant assisté à l'inauguration du canal de Suez
L’Impératrice Eugénie et quatre des princes ayant assisté à l’inauguration du canal de Suez

La France préfère que l’Égypte conserve cette garantie pour de nouveaux emprunts mais la Grande-Bretagne rachète ses parts pour combler la dette. Quels cons ces Anglais, ils pouvaient faire comme les Gaulois : conserver la dette pour garantir de nouveaux emprunts ?? Ben non, parce que la Grande-Bretagne n’a pas hésité à tordre les principes libéraux épine dorsale du capitalisme britannique et se rendre maitresse d’une belle prise de contrôle : en épongeant la dette égyptienne la couronne britannique impose en contrepartie  un conseiller chargé de réorganiser les finances de l’Égypte, dans un sens favorable à la Grande-Bretagne, of course. Le résultat est implacable : L’Égypte passe dans la sphère d’influence de la GB (Ca non plus,  ça ne vous rappelle rien ? Genre une –grosse-  partie du port du Pirée achetée par le gouvernement chinois pour racheter la dette de la Grèce en 2012 ??). Fin du troisième acte.

L’Egypte, notre soumise. Un épilogue ?

Travaux sur le canal de Suez
Travaux sur le canal de Suez. Source

En 1876, les dettes atteignent le plafond et l’État Égyptien est mis en faillite. La France et la Grande-Bretagne imposent la formation d’une Caisse de la Dette publique en mai, en novembre, ils imposent la présence au sein du gouvernement égyptien deux contrôleurs chargés des finances et des travaux public. Dire que ce « cabinet européen » est très impopulaire est peu dire : comment l’Égypte peut réagir? Aura t-elle les moyens de sa réaction?

La suite à suivre,  bientôt  ./…

Méditerranées, Mare Nostrum

 

Si de près ou de loin, la Méditerranée est source d’évocation, de plaisir, de voyage, de réflexion, voilà un site qui comblera vos attentes, vos souhaits, vos envies. Le découpage est historique et thématique : on ne peut que saluer cette initiative qui nous fait naviguer de l’antiquité au moyen âge, toutefois on pourrait regretter, si l’on est un esprit chagrin, que la période très contemporaine ne soit pas prise en compte. Je pourrais rétorquer à cet esprit chagrin que ce n’est pas la vocation de ce site qui est une invitation au voyage faisant la part belle aux pérégrins du XIXème siècle : Guy de Maupassant en Sicile, les carnets de voyage de Charles Contejean.

carnets de voyages de Charles Contejean (1882-1888)
carnets de voyages de Charles Contejean (1882-1888)

 

Vous pourrez même porter votre regard sur les guides de voyages (touristiques et archéologiques) …

 

…et tout comprendre de la géographie antique.

Plus que jamais on comprend l’importance DES Mediterrannées, et faisons de Mare nostrum notre adage (pacifique), notre étendard …

MEDITERRANEES.

 

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