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d'une poule sur un mur.

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Petite histoire de l’art

Jérome Bosch est mort il y a 500 ans.

Jardins des délices. Détail2 Jardins des délices. Détail1

A l’occasion du cinq centième anniversaire de la mort du peintre Jérome Bosch deux expositions majeures vont être présentées.

Jérome Bosch.

La première a lieu dans la ville du peintre, Bois-le-Duc; la seconde s’ouvrira à Madrid au musée du Prado le 31 mai.

A cette occasion, replongez dans le Jardin des délices grâce à cette visite en très haute définition :

Le Jardin des délices.
Le Jardin des délices.

Ouvrez les panneaux, ce n’est pas un retable. Le Jardin des délices, est-ce vraiment si délicieux? (Source). C’est en tous les cas fascinant, comme l’ensemble de l’oeuvre de ce peintre « énigmatique ».

Combat de coqs en Flandre, 1889. Rémy Cogghe.

R. Cogghe. Combat de coqs. Détail

Voici un post oublié au fond d’un tiroir, initialement intitulé « Une poule dans un jeu de coqs », écrit il y a quelques années et qui se fait l’écho d’une double découverte : celle du musée La Piscine de Roubaix et à l’intérieur de celle d’une huile sur toile dont le titre et la composition ont attiré une certaine curiosité typique d’un petit gallinacé à la crête en alerte, il s’agit de l’huile sur toile de Rémy Cogghe : Combat de coqs en Flandre, daté de 1889.

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889
R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889
Rémy Cogghe. Etude pour combat de coqs
Rémy Cogghe. Etude pour combat de coqs.

Rémy Cogghe est un roubaisien belge né à Mouscron en 1854, il arrive avec sa famille à Roubaix en 1857. C’est donc un jeune immigré remarqué par un bourgeois qui le présente à un riche industriel Pierre Catteau, qui devient son mécène à Roubaix puis à Paris quand le jeune artiste fréquente l’atelier de Cabanel. En 1880, il reçoit le Grand Prix de Rome de peinture décerné par l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers. Dès l’aube de sa carrière …. Il est attaché à l’appui financier du patronat textile et toute sa vie, dans toute son œuvre, il restera ce fils de tisserand pensionné par les manufacturiers d’une ville qu’il ne quittera pratiquement pas : une fidélité à Roubaix, pourtant l’artiste se détache de sa source roubaisienne ses inspirations sont rurales, campagnardes, brugeoises.

R. Cogghe, autoportrait. 1899
R. Cogghe, autoportrait. 1899

Le combat de coqs est une tradition ancienne dans le Nord de la France, il se déroule dans un gallodrome. Le combat auquel nous assistons dans ce tableau a lieu dans le gallodrome situé rue du Vieil-Abreuvoir. Les protagonistes, entendons ici les spectateurs sont tous des figures roubaisiennes. Rémy Cogghe s’inspire d’un autre artiste et sa toile n’est pas sans évoquer un naturalisme qui rappelle celui d’Emile Claus, un peintre belge.

Emile Claus, Combat de coqs, 1882 (collection particulière)
Emile Claus, Combat de coqs, 1882 (collection particulière)

On peut tenter un exercice de comparaison entre le combat de coqs d’Emile Claus qui date de 1882 et celui de Rémy Cogghe réalisé en1889. Nous sommes placés à chaque fois dans la position d’un parieur (imaginer une poule dans cette position?) qui regarderait ses congénères placés de l’autre côté du gallodrome. La mise en scène  deux artistes nous fait participer au combat, mais avec quelques différences. Dans le tableau de Rémy Cogghe l’exactitude des portraits tranche avec le flou du combat, alors que dans l’œuvre du luministe belge ce qui l’emporte c’est la netteté du combat de coqs. Cette nuance s’explique dans le projet mené par R. Cogghe, son combat de coqs est l’occasion de dresser une galerie de portraits tous roubaisiens.

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail
R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.4

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.3

R. Cogghe, Combat de coqs en Flandres, 1889. Détail.2
Le travail mené par Dominique Vallin a permis d’identifier la plupart des hommes présents dans cette scène, l’historienne de l’art s’appuie sur les sources anciennes comme le Journal de Roubaix et se réfère aux articles signés pas Jean Duthil et Pierre Kleim. Ce dernier écrit au moment de l’exposition de la Société Artistique de Roubaix-Tourcoing : Toutes les figures du tableau de Mr Cogghe sont connues et nos concitoyens vont s’intéresser grandement à cette œuvre locale. Les expressions sont d’une justesse, d’une observation, d’un fini, qui indiquent que le peintre croit être un psychologue.
Cette assemblée constituée uniquement d’hommes réunit toutes les couches de la population : ouvriers, employés, patrons. Dans cette communion de circonstance le conflit n’existe pas, il s’agit du spectacle de la concorde.
Qui sont ces modèles de proximité ?

S’artmusée: c’est l’enfance de l’art!!

Un petit billet très rapide pour vous présenter le site S’artmusée spécialement conçu pour les enfants, le « jeune public » comme on dit aujourd’hui! En ces moments obscurs nous avons encore plus besoin de culture(s), et ce site propose un voyage-découverte d’une très grande qualité.

Capture. S'artmusée
Capture. S’artmusée

Le site propose des visites virtuelles, les enfants peuvent mener des enquêtes et entrer à pas  de poucet dans différents univers artistiques. Les jeux sont tous de bonne qualité et surtout un plus pour la rubrique les enfants artistes.

Bonne découverte à toutes et à tous.

S’artmusée: musée ludique.

photos : de nombreux liens brisés.

Un billet très rapide pour vous informer que de nombreux liens sont brisés sur de nombreux articles. Au delà du fait que les arcanes d’un blog à ses débuts peuvent totalement échapper à une auteure novice, le site RMN qui est une véritable mine a été entièrement refondu : entre les permaliens et les liens profonds de nombreuses images ont disparu, il faudra un peu de temps pour aller tout relire et tout récupérer dans cette biblogotheque. Je vous remercie par avance de votre indulgence et sans avance de votre fidélité.

Une poule un peu huppée,

Gallina domestica cirrata / Poule commune huppée Robert Nicolas (1614-1685)
Gallina domestica cirrata / Poule commune huppée Robert Nicolas (1614-1685)

Dévoiler le monde ?

Avant de commencer, il est d’usage de présenter quelques avertissements, je m’emploie donc à le faire sur le champ, ce blog n’est pas la page publique d’une spécialiste mais c’est celui d’une picoreuse qui sans arrières pensées va où le vent des lectures, des inspirations et des musiques la porte. Donc, vous ne trouverez pas dans ce billet des interprétations originales, des analyses iconographiques inédites, d’autres le font beaucoup mieux et avec beaucoup plus de sérieux que moi. Fin des prolégomènes, entrons dans le vif du sujet.

Je vous propose de relire la définition du  mot « voile », non pas celle d’un dictionnaire de noms communs mais de l’Encyclopédie des Symboles ( la version de 1996 parue au Livre de Poche) et de tenter une correspondance avec des œuvres d’art croisées au gré des expositions, des voyages, des découvertes et des lectures.

Que dit l’article ?

Le voile symbolise en générale l’aliénation ou le renoncement au monde extérieur, la modestie et la vertu. Autrefois, les femmes et les jeunes filles se rendaient voilées aux offices, indiquant qu’elles se détournaient de la vanité terrestre […]. Dans la vertu courtoise du Moyen Age, le voile était aussi répandu et il s’est perpétué jusqu’à aujourd’hui dans le voile de la mariée et les voiles de deuil de deuil de la veuve […] Plus profondément, le voile peut-être l’attribut de la divinité, derrière laquelle elle se dérobe tout en invitant à le soulever pour découvrir son principe si on sait s’en montrer digne. C’est ainsi qu’Isis, par exemple portait un « voile à sept couleurs » à la riche descendance : Il semble bien en effet qu’en ait dérivé à travers les siècles le voile bleu dont on dote généralement la Vierge Marie tout aussi bien que ce qu’on appelle aujourd’hui la fameuse « danse des viles ». Si celle-ci est purement considérée de nos jours comme un spectacle à connotation érotique, son origine semble remonter à un rituel à un rituel religieux où l’érotisme était en avant tout « sacré », et dont la fin introduisait à la nudité abyssal du Féminin et du Maternel. Une conception est proche est celle qu’on les hindous du « voile de la maya », le monde des phénomènes dans lequel nous vivons, la manifestation du Principe qui nous en cache la réalité pure. La maya est cependant le résultat d’un acte d’amour sans lequel l’homme n’existerait pas, ni n’aurait conscience qu’il existe une Réalité voilée […]. Le voile est donc nécessaire à l’existence, de même qu’il invite au dévoilement de la Vérité l’homme en quête de sagesse ou de réalisation de soi-même (identité de l’Atman et du Brahman, « Tu es Cela »). Cette notion d’un voile qui dérobe la splendeur de la Vérité est évidemment à l’origine du véritable ésotérisme, c’est-à-dire de toute doctrine professant qu’il existe une lumière cachée derrière les textes, les mots ou les symboles, et qu’il importer de dévoiler cette lumière en la rendant apparente. Ici, l’ésotérique est donc ce qui est « dedans » et invisible et l’exotérique ce qui est « dehors et directement visible. Pour passer de l’un à l’autre, il faut passer du regard des « yeux de la chair » à celui des « yeux du feu » et de la vision sensible à la vision du visionnaire. Dans le renversement induit par cette quête d’ordre mystique, le caché devient alors apparent tandis que l’apparent se cache à son tour. […] Dans l’Europe chrétienne, le voile est l’attribut de sainte Ludmilla qui fut étranglée avec un voile et de la margravesse Agnès d’Autriche dont on retrouva longtemps après sa mort le voile emporté par le vent, découverte légendaire qui est à l’origine de la fondation par saint Léopold de l’abbaye Klosterneuburg à l’endroit même où la découverte eut lieu

Le but n’est pas ici de commenter un article de dictionnaire, quoiqu’il y aurait fort à dire : le voile semble être exclusivement réservé à l’appareil féminin Ce qui est plus intéressant de mon point de vue est l’emploi de certaines formules comme celles-ci  : dévoiler la lumière ou encore la possibilité d’une Réalité voilée, voilà qui est plus inspirant. Cette lecture invite ainsi au voyage dans un musée imaginaire, en se remémorant les cimaises un jour visité, Mnémosyne vous prend par la main et des œuvres d’art réapparaissent à votre conscience et forme un kaléidoscope enchanteur : des œuvres religieuses, des huiles sur toile mettant en scène des mythes, des portraits, des sculptures …Allons y voir plus près.

Antonello da Messina, La Vierge de l'Annonciation. 1476, Palerme
Antonello da Messina, La Vierge de l’Annonciation. 1476, Palerme.

Le voile bleu de la Vierge Marie, pourquoi bleu ? La plus célèbre est celle L’Annonciation de la Vierge d’Antonello de Messine conservée à Palerme, l’artiste peint cette Vierge vêtue d’un voile d’un bleu intense vers 1475-1476. Le voile cerne au plus près son visage, Marie semble être surprise en pleine lecture. Il s’agit d’une composition sobre et c’est le bleu du voile qui domine la composition. Antonello de Messine ne sera pas le seul à peindre des Vierges au voile bleu. Dans l’ouvrage qu’il a consacré à la couleur Bleu, Michel Pastoureau explique que le bleu qui avait été une couleur nouvelle à partir du XIème siècle, devient une couleur morale entre le XVème et le XVIIème siècles. Pensons par exemple à Philippe de Champaigne qui s’inscrit à la fin de la période singularisée par l’historien des couleurs. Vers 1660, l’artiste peint une Vierge de Douleur actuellement conservée au Louvre et qui avait été saisie à l’église Sainte-Opportune à la Révolution. A partir des années 1645-1648, Philippe de Champaigne se rapproche de Port Royal et opère sa conversion au jansénisme (un courant rigoriste du catholicisme qui tire son nom du prêtre Cornélius Jansen et qui dans au milieu du XVIIème devient aussi le support d’une contestation politique). La palette du peintre se fait « plus sobre, plus grave, plus sombre »

Philippe de Champaigne, La Vierge de douleur au pied de la croix vers 1660, Paris, Louvre
Philippe de Champaigne, La Vierge de douleur au pied de la croix vers 1660, Paris, Louvre

Ici le voile fait office de vêtement intégral nous laissant voir le visage de douleur, les mains jointes et les pieds croisés de la Vierge, les bleus occupent une place importante, « autorisant mieux que toute autre les jeux de lumière et de saturation tout en conservant à la palette d’ensemble son caractère austère et profondément religieux ». Ici, c’est un bleu subtil car il est à la fois saturé et retenu, c’est pour M. Pastoureau « un bleu moral ». Dans les deux œuvres que nous venons de survoler le voile est peint, voyant, omniprésent, enveloppe les deux Vierges, le voile leur confère une identité religieuse, il est le sujet du tableau : enlever le voile, que resterait-il ?

La définition qui fait ici office de fil conducteur nous convie à nous interroger sur la  Réalité voilée  dont il faut, afin d’y mieux voir, ôter le voile. Une œuvre met vient à l’esprit, celle de Tintoret, Vénus et Vulcain :

Tintoret, Vénus et Vulcain, Munich
Tintoret, Vénus et Vulcain, Munich

Vous connaissez l’histoire, il s’agit de la mise en scène d’un adultère : Vulcain est averti de l’adultère de sa femme Vénus, il intervient dans le but de  surveiller sa femme alors que Mars l’amant de celle-ci se cache sous la table visiblement en train d’être trahi par un chien qui aboie dans sa direction. Vulcain penché au-dessus du lit et du corps nu de Vénus, évoque un satyre découvrant une nymphe.

Vénus couvre t-elle  sa nudité d’un voile transparent ou bien cherche t-elle au contraire à dévoiler cette nudité pour séduire Vulcain qui oublie ce qu’il est venu chercher? Il est distrait, ce qu’il voit là avec ce dévoilement le rend aveugle, il ne voit que ce qu’il y a entre les cuisses de sa femme. Observez la scène dans  le miroir et vous comprendrez ce qui va se passer dans les minutes qui suivent. Le voile ne cache plus ce qu’il est censé dissimuler et le miroir-bouclier montre le futur. La nature se révèle en se cachant, tout comme la parole désigne en se taisant, c’est la dialectique du secret et de dévoilement.

 A y voir de plus près, un voile, et pas des moindres, m’avait échappé, celui du plus célèbre portrait de l’histoire de la peinture occidentale : La Joconde de Léonard de Vinci

L. de Vinci, La Joconde,  vers 1503-1506, détail.
L. de Vinci, La Joconde, vers 1503-1506, détail.

Le voile est « fin et flou », c’est (à mon sens) D. Arasse qui en parle le mieux, et de la manière la plus sensible dans ses Histoires de peintures. Pour lui, ce portrait s’inscrit dans « le temps fugitif et présent de la grâce ».

L’art occidental du XVIème siècle a voilé les femmes, mais pas n’importe lesquelles et pas n’importe comment. Forcément, on pense immédiatement à Lucas Cranach et à ses jeunes filles à peine nubiles, posant nues dans une nature érotisée (le miel, la source qui coule …) vêtue de simple voile transparent.

Cranach l'Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery
Cranach l’Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery
Cranach l'Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washinton, National Gallery. Détail Visage avec voile
Cranach l’Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery. Détail Visage avec voile.
Cranach l'Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery. Détail Corps voilé
Cranach l’Ancien, La nymphe à la source, 1537, Washington, National Gallery. Détail Corps voilé.

Au début du XVIème, l’art européen opère quelques ruptures, le nu dans l’art de l’Europe du Nord renonce aux canons antiques, alors qu’ils s’imposent comme référence pour les artistes de la Renaissance : les formes idéales des déesses italiennes laissent place à des morphologies qui semblent bien plus humaines que divine, les hanches sont étroites, les seins sont petits et hauts placés, la taille est fine. Ce sont des femmes qui sont déshabillées et le voile transparent dont Cranach les pare n’est pas pour rien dans la séduction et la fascination qu’elles opèrent sur les spectateurs-trices. Comparons la Nymphe endormie de Cranach et la Venus de Giorgione

Giorgione et Titien La Vénus endormie, vers 1507, Paris, Louvre.
Giorgione et Titien La Vénus endormie, vers 1507, Paris, Louvre.

Pas de voile chez Giorgione, de plus le drapé rouge servant d’oreiller à la Vénus de Giorgione devient une robe identifiable grâce à la manche qui dépasse sous le bras de la nymphe de Cranach, et cette nymphe là est éveillée, elle vous fixe du regard pendant que la Venus semble bercer par les bras de Morphée. Vénus cache pudiquement son sexe tandis que la nymphe de Cranach dans un abandon tranquille pose sa main sur sa cuisse et pour recouvrir son sexe, un voile ! Le voile sur la peau s’enroule autour des bras et glisse sur une aisselle, une cuisse et se tend devant le pubis, le voile ne dissimule pas ce qu’il est censé recouvrir, il participe dès lors de la stratégie de séduction parce que Lucas Cranach l’Ancien, artiste exceptionnel menant une carrière, citoyen de Wittenberg, peintre de cour pour le compte de l’électeur Frédéric III le Sage, ami intime de Luther, donne à voir le spectacle de la nudité dévoilée.

Cranach ne se contentera de cette nymphe, et transformera à maintes reprises le corps de la femme (très jeune femme) en pur objet du désir.

Lucas Cranach l'Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel,Musée de Beaux Arts de Belgique, 1531
Lucas Cranach l’Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel,Musée de Beaux Arts de Belgique, 1531
Lucas Cranach l'Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel, Italie, Rome, Galerie Borghèse
Lucas Cranach l’Ancien. Venus et Cupidon voleur de miel, Italie, Rome, Galerie Borghèse.

En écrivant ces lignes, je m’interroge : ne suis-je pas victime d’anachronisme ? Ne suis-je pas en train d’effleurer ces œuvres avec le regard de l’époque à laquelle j’appartiens, celle d’une société fascinée par la transparence ? Mais ceci est un autre sujet.

Replongeons-nous dans le XVIème siècle finissant pour admirer l’œuvre d’un anonyme qui, lui, place la femme entre deux âges

Anonyme.La Femme entre deux âges, vers 1575
Anonyme.La Femme entre deux âges, vers 1575

Aucun meuble, aucun objet. Trois personnages occupent le premier plan, ils sont de grandeur natur elle et sont représentés jusqu’à mi-jambes. Une jeune femme est au centre, face au spectateur, et nous voyons de profil, à gauche un jeune homme, à droite un vieillard, tournés l’un vers l’autre. La jeune femme n’est vêtue que d’un voile transparent qui enveloppe son corps et couvre ses cheveux;  ceux-ci sont ramenés en arrière, dégageant le front, et retombent en boucles sur les épaules. Elle porte un collier et à chaque poignet un bracelet. A son voile sont attachées deux perles, l’une sur le front, l’autre sur la gorge.

Que voit-on ? La femme, personnage central, sa nudité est sublimée par ce qui la cache et la révèle : la transparence de son voile. Le voile ici comme chez Tintoret autorise la nudité et invite à la tentation de la chair.

En pensant au voile bleu de la Vierge, un bleu intense, fascinant, j’ai rouvert le livre Couleurs de M. Pastoureau dans lequel il invite le lecteur à un voyage polychromique et universel « voir toutes les images du monde en 350 photos ».

Policiers en position anti-émeutre devant un stade, Kaboul. Ahmad Masood
Policiers en position anti-émeute devant un stade, Kaboul. Ahmad Masood.

Cette photographie me comble de perplexité car elle fonctionne par contrastes : celui des couleurs, le plus évident ; celui des pesanteurs. Je m’explique, le voile intégral bleu qui recouvre une femme semble lui conférer avec élégance et légèreté une audace, voire une force inexpugnable face à un mur de soldats dans leur « uniforme » noir matraque au poing. La légèreté du carcan, voilà un oxymore photographique qui laisse songeur ! Le voile léger qui enferme, affirmerait sa puissance voire sa liberté de mouvement face à une force monolithique noire, au même titre que l’apparente fragilité s’impose face à la puissance de feu, cela fait surgir deux autres images qui font s’affronter la fragilité et la force, la première semblant gagner la bataille médiatique :

Marc Riboud, la jeune fille à la fleur, Washington, 1967
Marc Riboud, la jeune fille à la fleur, Washington, 1967
Place Tian'anmen, 1989, un homme face aux chars du pouvoir.
Place Tian’anmen, 1989, un homme face aux chars du pouvoir.

Vous me direz que je m’éloigne (c’est la raison pour laquelle les photos sont plus petites), je dois confesser cette digression et revenir au sujet annoncé par le titre de ce billet et surtout songer à conclure cette page un peu bavarde et vous proposer deux, trois chemins forcément de traverse : la sculpture, la photographie, la peinture paysagère..

Le voile à recouvert certaines œuvres ou plus exactement certaines œuvres vous marquent parce qu’elles s’offrent derrière un voile, je pense ici à Antonio Corradini dont j’ai croisé la Femme voilée allégorie de la Pureté (intéressant quand on y songe ou révoltant quand on y pense !!)

Antonio Corradini.
Antonio Corradini.

Quand je l’ai vu, je ne me suis penchée ni sur la plaquette portant le titre de l’œuvre ni sur l’allégorie présentée dans le guide à l’usage des pérégrins, elle était là, au premier étage, dans la bibliothèque de la Ca’Rezzonico de Venise. La virtuosité de l’artiste m’a cueillie : Antonio Corradini est parvenu à rendre le marbre transparent pour laisser entrevoir tous les détails du visage sous le voile; même s’il s’agit d’une allégorie religieuse, la sculpture transmet l’image sensuelle d’une jeune femme plongée en elle-même. Je vous conseille la lecture de ce billet sur un autre blog wordpress : le jardin des arts.

Il est temps de conclure et de reposer le voile sur le monde avec cette encre de Chine de 1837 signé Fédor Pétrovitch Tolstoï :

Tolstoï F.P. Trompe-l'oeil. 1837.
Tolstoï F.P. Trompe-l’oeil. 1837.

Comme je ne pourrais pas mieux écrire que la description proposée par Anna Antonova,  je me permets de la citer in extenso : Nature morte en trompe-l’oeil, dans laquelle le peintre donne l’illusion quasi parfaite d’une feuille d’album. Avec une virtuosité exceptionnelle, le maître recouvre la feuille d’une mince pellicule d’encre blanche, créant l’impression d’un papier translucide, à travers lequel on distingue un paysage. Il déploie un art consommé pour peindre le bord déchiré, les coins cornés, le papier froissé, les pliures, et parvient à tromper le spectateur en l’incitant à soulever le papier. Les linéaments flous des arbres, des édifices anciens, des silhouettes, retiennent notre attention par leur mystère, mais la fine pellicule nous cache à jamais le tableau. Tolstoï combine magistralement la réalité et l’imagination, la précision trompeuse et l’inachèvement romantique.

Nous finissons notre voyage par un ultime voile, un voile de notre époque contemporaine, celle du XIXème siècle : le voile des âmes et des spirites.

Photographie spirite (spectre et voiles) vers 1910 Album de photographies spirites
Photographie spirite (spectre et voiles) vers 1910 . Album de photographies spirites.

Pour aller un peu plus loin :

1) Arasse Daniel : Histoires de peintures, Denoël, 2004.

2) Arasse Daniel : On n’y voit rien, Folio Essais, 2000.

3) Dictionnaire culturel du christianisme, Cerf, 1994.

4) La Russie romantique, Chefs-d’œuvre de la galerie nationale Trétiakov Moscou, Paris, 2010.

5) Malherbe Anne: La Vierge au voile, étude iconographique

http://labyrinthe.revues.org/292

6) Pastoureau Michel: Bleu, Seuil, 2000.

7) Pastoureau Michel : Couleurs, 2010.

9) Pedrocco Filippo : Ca’Rezzonico, Musée du XVIII siècle vénitien, Marsilio 2005.

10) Tristan Frédérick : L’œil d’Hermès, Arthaud, 1982.

Sur le plancher des vaches.

On ne s’en rend pas forcément compte mais la vache est présente dans notre vie quotidienne, que l’on habite en centre-ville, dans une zone périurbaine, dans la vraie campagne, le bovidé nous accompagne à des nombreux moments. Je suis à peu près assurée que vous pourriez associer la vache à des productions de différentes natures, des plus élevées au plus humbles. On essaye pour voir?

La vache est l’actrice principale du film de Verneuil, elle s’appelle Marguerite dans La vache et le prisonnier :

La vache (Marguerite) et le prisonnier, un film d'H. Verneuil.
La vache (Marguerite) et le prisonnier, un film d’H. Verneuil.

En 1943, Bailly, prisonnier de guerre employé dans une ferme en Allemagne, parvient à s’évader en emmenant avec lui une vache qu’il prénomme Marguerite. Grâce à cette dernière, il franchit tous les barrages et réussit à gagner la France.

La vache est aussi associée à des marques alimentaires connues de tous.

Un immonde « fromage » (en est-ce un ?) dont raffolent les gastronomes en culotte courte: la vache qui rit en 1932.

La vache qui rit en 1932.
La vache qui rit en 1932.

Et qui rit aussi en 1949 :

La vache qui rit en 1949.
La vache qui rit en 1949.

Cet herbivore placide peut aussi servir de support à des campagnes de marketing : la vache Milka bien sûr ! La bonne laitière des alpages comme ambassadrice du pire des chocolats industriels (c’est ma vacherie à moi, totalement de bonne foi), celle-là, elle ne paît pas sur le plateau de Millevaches!

La vache Milka.
La vache Milka.

Peu importe, ça marche ! La gentille vache mauve permet à Milka de s’imposer comme le numéro un du chocolat en Europe (Si vous ne croyez pas ?) : Osez la tendresse!

Pourtant ce franc et généreux sourire peut cacher une vraie peau de vache. Pourtant une jolie fleur qui n’a pas inventé la poudre peut se cacher dans une peau de vache…

La vache s’est aussi retrouvée ces dernières années au centre de l’un des pires scandales alimentaires : l’épizootie de la vache folle. Elle a le dos rond et large not’vache, quand on songe que ce placide herbivore est le porte-voix des Parisiens pendant la Commune qui criaient « Mort aux vaches » (pour en savoir plus sur l’origine de cette expression : ICI ). De toute façon la vache est un sujet indémodable : nous la peignons, la sculptons depuis des milliers d’années et nous continuons à lui dédier des concours qui permettent de mesurer notre agilité. Elle a été pour certains d’entre nous, ceux qui ont vécu l’époque où les enfants étaient affublés de sous-pulls qui grattent et de pantalon patte def, le premier animal étudié dans les cours d’éveil (vieux mais intacts souvenirs de la classe de CM2). L’ancêtre du professeur des écoles en ces temps appelé « instituteur » (sans la blouse tout de même) nous faisait coller sur la page blanche de gauche dans des cahiers grands formats des documents reproduits à la ronéo, les feuilles dupliquées à l’alcool, dont ma mémoire olfactive garde encore le souvenir, présentaient une écriture mauve et élégante. La vache était aussi présentée en grand format afin de retenir la principale et incroyable découverte : la rumination.

La vache expliquée aux enfants de l'école primaire (il y a longtemps).
La vache expliquée aux enfants de l’école primaire (il y a longtemps).

 La vache nous accompagne lors de nos enfantines découvertes télévisuelles, un seul exemple pourra peut-être vous convaincre : observez la mise en scène du générique Dans les Alpes avec Annette (à écouter une unique fois pour éviter les effets d’une ritournelle entêtante).

Quel premier son animal accompagne les premières notes de musique ? Le meuglement d’une vache.

Quel est le premier animal avec lequel joue Annette en sortant de sa maisonnette?(maisonnette pour conserver la fraicheur de la rime) Un jeune veau qui rejoint le troupeau de vaches en train de paitre.

Qui conclut le générique ? Le doux meuglement d’un bovidé !

Alors êtes-vous convaincus ? Si ce n’est toujours pas le cas et que vous avez moins de quatre ans, vous pouvez plonger dans le monde merveilleux de Connie la vache cela permettra de clore la session la vache l’amie des enfants avant de passer à la version adulte, juste un plus bas.

Connie la vache.
Connie la vache.

La vache est en soi un sujet complet, complexe : elle est l’actrice principale de nombreux tableaux, nombreuses photographies, elle s’expose à la campagne dans son environnement que l’on pourrait penser naturel mais elle est aussi une vedette urbaine en chair et en os, en plastique, en papier mâché, en fibre de verre. Un courant artistique lui est même consacré : le Vach’Art. Au début des années 2000, le photographe Thierry des Ouches consacre à Paris, sur la place Vendôme, la place des joailliers qui n’a pas bâti sa réputation sur la qualité des peaux de ruminants et qui ne ressemble ni de près ni de loin à une étable (même avec un petit Jésus au centre) une surprenante exposition appelée sobrement « Vaches ». La place Vendôme place archétypale du luxe à la française ne pouvait offrir meilleur décor urbano – bucolique pour cette exposition qui s’est déroulée en 2004

Place Vendome. Paris

Exposition "Vaches", Thierry des Ouches. Source.
Exposition « Vaches », Thierry des Ouches. Source.

La vache avait déjà croisé le chemin du photographe à qui l’on doit en 1999 un magnifique livre de photo en noir et blanc consacré à ce ruminant

Thierry des Ouches. Vaches
Thierry des Ouches. Vaches
Thierry des Ouches. Vaches.
Thierry des Ouches. Vaches. Pour en savoir plus.

La décennie qui vient de s’écouler peut sonner comme une période de vaches grasses, puisque l’on assiste dans de nombreuses villes à des Cow Parade, mais comme le chauvinisme est un défaut qui ne m’étouffe pas , je vais vous entretenir de ce qui s’est passé sur le sol gaulois, avec ce courant artistique qualifié (par qui ?) de Vach’Art (je laisse à votre appréciation le sel du jeu de meuh ! Aïe, pardon, un égarement passager, un clavier qui s’emballe …)

Avec la musique de Marcel et son orchestre

Des vaches à Paris. Exposition 2006.
Des vaches à Paris. Exposition 2006.

Pour en savoir plus sur ce défilé de bovidés en tout genre : des vaches à Paris.

Toutefois le plus grand casting bovin a eu lieu au début des années 1990 dans l’ancien millénaire, à l’occasion de l’exposition Vaches d’expo où 80 artistes mettent en scène 250 vaches.

Vaches d'expo.
Vaches d’expo.

L’ouvrage Nos vaches publié aux éditions « Un sourire de toi et j’quitte ma mère » racontent les grands moments de cette aventure, je vous livre ici quelques propos de l’introduction : Les vaches sont entrées dans nos vies un jour de printemps … : tout un troupeau sagement rangé dans des cartons à dessins et qui nous meuglait son désir de paître à l’air libre ! Elles arrivèrent en peinture, en dessin, en photo, par la poste ou Internet, tuyautées par d’autres, se passant le mot comme on se refile l’adresse d’une bonne auberge … Nous sommes devenus une étable d’artistes vaches. Si vous voulez feuilleter un livre d’images de vaches c’est bien cet ouvrage que vous devez ouvrir dans l’ordre qui vous plaira de le faire, le fermer, le rouvrir au hasard, visiter la parade en commençant par la fin, lire sans ordre les textes qui accompagnent les réalisations graphiques, alors vous aurez rencontrer un troupeau de 200 têtes.

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Moi, grâce à Kiki et Albert Lemant, j’y ai rencontré mon âme sœur :

Kiki et Albert Lemant
Kiki et Albert Lemant

La vache est toujours un sujet de concours de peinture, comme celui organisé en mai 2012 à Gourin, petite ville du pays du roi Morvan dans le centre-Bretagne. Elle se rencontre aussi dans de grandes villes, tel un modèle elle se laisse nonchalamment photographier, comme celle que j’ai croisée dans la métropole lilloise cet automne en nous promenant vers la citadelle Vauban :

Coco, la vache Highland de la citadelle de Lille.
Coco, la vache Highland de la citadelle de Lille.

Après une enquête rapide la vache s’appelle Coco, c’est un taureau d’accord! Mais de la race vache Highland, il/elle a donc toute sa légitimité dans ce billet.

Et pour terminer ce tour d’horizon contemporain, deux chansons parmi tant d’autres où la vache fait danser les mots.

Avec Jean Poiret ça vous coutera mille francs :

Avec La chanson du Dimanche, vaches de tous les pays unissez-vous!

Si vous n’êtes pas convaincu de l’intérêt essentiel de ce bovidé mis en image dans des productions artistiques contemporaines, c’est que vous avez abandonné la lecture et vous n’êtes donc pas en train de lire cette phrase. En revanche si vous êtes arrivé au terme de ce billet il ne vous reste plus qu’à adopter une vache pour 20 francs  : 

Adopter une vache pour 20 francs par mois. Source.
Adopter une vache pour 20 francs par mois. Source.

Ou pour un peu plus cher, que veux-tu ma pauv’ Georgette tout augmente!

Adopter une vache  sur TF1.
Adopter une vache sur TF1. Source

On pourrait se demander pourquoi un tel succès ? La vache n’est pas le félin ou le prédateur souvent filmés par les documentaires animaliers, même avec toute la bonne volonté du monde on ne peut pas l’associer à un guépard bondissant sur sa proie ; la nature ne l’a pas non plus doté d’un regard perçant, elle ne vole pas, ne galope pas, ne se camoufle pas et ne possède aucune des aptitudes physiques que nous admirons chez de nombreuses espèces. Pourtant, la vache est là et bien là ! Il faudra remonter en plus loin dans le temps pour tenter de répondre à cette question et comprendre comment des peintres du XIXème siècle (dont certains célèbres) lui ont brossé de magnifiques portraits. En attendant pour s’entrainer à savoir à quel peintre appartient quel troupeau, rien ne vaut un quizz vache, si ça existe : la preuve par là ! QUIZZ …
Bonnes fêtes à tous et aux courageux qui sont arrivés au/à bout de ce post!

Ces lieux qui ont une âme … errante.

C’est en surfant que j’ai fait la découverte de ces deux photographes qui ont en commun de capturer les lieux, mais pas n’importe lesquels. Ian Ference et Thomas Jorion ont en commun une passion pour les lieux abandonnés.

Ian Ference. Brooklyn Naval Hospital, 3.23.08, 2008. All rights reserved
Ian Ference. Brooklyn Naval Hospital, 3.23.08, 2008. All rights reserved

Ian Ference, photographe originaire de New York a fait de la Grande Pomme son terrain de jeu privilégié et nous offre un voyage au cœur de l’archéologie urbaine afin de capter l’âme des lieux, ces lieux abandonnés par la négligence de certains promoteurs, par l’incurie des pouvoirs édilitaires, par l’éclatement de la bulle immobilière, par le temps de la ville qui investit des lieux en abandonnant d’autres. Toutes ces raisons conjuguées expliquent la fascination des artistes mais aussi des promeneurs pour les friches, desquelles se dégagent comme en négatif ce que fut l’esprit d’un lieu et dont il ne subsiste plus aujourd’hui que des parcelles d’âmes pour ceux qui veulent bien tendre l’oreille. Ian Ference est un professionnel de l’image mais aussi un artiste qui veut raconter une histoire.Son travail sur Ellis Island est époustouflant, vue du ciel cette île, cette porte d’entrée des migrants aux Etats-Unis ressemble à ça :

Ellis Island

 C’est par cette porte qu’ont transité des millions de migrants européens qui passaient ici un examen médical et devaient remplir un questionnaire .

Ellis Island la salle d'examen. 1913. Source
Ellis Island la salle d’examen. 1913. Source.
Physicians examining a group of Jewish immigrants. Librairie du Congrès. Source.
Physicians examining a group of Jewish immigrants. Librairie du Congrès. Source.

Ian Ference nous y replonge, ses photos sont impressionnantes et envoutantes, nous visitons les reliques de ce qui fut le centre des services de l’immigration.

Ellis Island, salle des bagages. Ian Ference. Source
Ellis Island, salle des bagages. Ian Ference. Source
Ellis Island, autre vue du dortoir. Ian Ference. Source
Ellis Island, autre vue du dortoir. Ian Ference. Source.
Couloir donnant sur des chambres individuelles. Ian Ference. Source.
Couloir donnant sur des chambres individuelles. Ian Ference. Source.

Ian Ference tient un blog The Kingston Lounge   du nom d’un club de jazz abandonné situé en face de son appartement de Brooklyn où il vivait à l’époque où il a créé son blog. Il a aussi un site .

Capture site ina ference.

Dans le portfolio la rubrique personal work est impressionnante. Sur cette photo, le rêve de la liberté incarnée par la Statue du même nom côtoie la mort  (la morgue d’Ellis island)

Ian Ference, Statue de la Liberté et morgue d'Ellis Island. SourceSource.

De ce côté ci de l’Atlantique, le photographe Tomas Jorion mène un travail tout aussi remarquable. Comme l’artiste précédent, le travail de Thomas Jorion s’élabore dans le champ spécifique des bâtiments en ruine ou délaissés. Son geste photographique explore les rapports avec l’environnement construit en privilégiant des espaces atypiques qu’il nous incite à observer en induisant une réflexion sur la matérialité et la temporalité. Son travail consiste à chercher et photographier partout dans le monde des espaces qui ont été désertés et où le temps semble figé, capturer le temps ne relève t-il de l’illusion ? Son site véritablement généreux est une invitation à entrer dans son monde.

Thomas Jorion. Source.
Thomas Jorion. Source.

Voici comment il parle de son travail : celui se base sur notre perception du temps, de la façon dont il s’écoule et surtout de son absence de linéarité. Certains lieux se retrouvent ainsi comme « figés » dans le temps, alors même que notre société se développe et file à cent à l’heure. Ils paraissent comme inanimés ou en veille alors qu’en réalité, ils suivent un écoulement temporel déformé, allongé, qui leur est propre. Aujourd’hui je parcours le monde avec une idée en tête : chercher et présenter ces îlots intemporels. Je choisis de rentrer dans des lieux clos et laissés à l’abandon, autrefois lieux animés, de vie, de loisirs ou de prestige pour les saisir et les partager. Ma fascination pour l’esthétique de ces lieux abandonnés s’inscrit dans un courant plus ancien. Les Romantiques aimaient à se promener dans les ruines de civilisations disparues. Certains peintres y ont consacré une partie de leur oeuvre : François de Nomé (1592 – 1623), Giovanni Battista Piranesi (1720-1778) ou Hubert Robert(1733 – 1808). D’une certaine façon mes photos s’inscrivent dans cette démarche.À l’origine de la création des îlots intemporels, on peut dégager différents phénomènes contemporains. Et bien qu’ils aient des origines spécifiques sur chaque continent, la conséquence est la même : la disparition de l’humain.

 Ce qui fascine dans son travail c’est la diversité des lieux avant animés et maintenant plongés dans un silence sépulcral, qu’il s’agisse de la salle d’une usine d’engrais en Allemagne ou de la chapelle d’une villa néo gothique piémontaise construite vers 1850.

Thomas Jorion, une usine d'engrais chimique en Allemagne. Ilôts intemporels.
Thomas Jorion, une usine d’engrais chimique en Allemagne. Ilôts intemporels.
Thomas Jorion, villa néo gothique italienne.
Thomas Jorion, villa néo gothique italienne.

Jusqu’à la fin du mois de décembre la Galerie Insula à Paris (29 Rue Mazarine dans le VIème arrondissement de not’ capitale) expose les dernières œuvres du photographe.

Thomas Jorion exposition Silencio.
Thomas Jorion exposition Silencio.

Notre conception de l’espace et des territoires a été travaillée par de nombreux bouleversements qui s’apparentent à bien des égards à des révolutions : pensons à la révolution des transports qui change profondément notre rapport à l’espace; pensons à la révolution numérique qui est la révolution de notre présent et nous interroge sur notre relation à l’autre, à l’espace et au temps en nous plongeant dans l’immédiat. Cette révolution construit aussi notre relation au passé (plus complexe), notre relation au présent (infini), notre relation au futur (improbable). Toutefois on peut monter des ponts entre les époques et  tisser des liens entre les intentions des artistes : le sujet des ruines a inspiré de nombreux artistes, notamment à l’époque moderne (aux XVIIè et XVIIIè siècles), quand les premiers touristes anglais découvrent ce que nous n’appelons pas encore le patrimoine. Les ruines s’inscrivent alors dans la tradition de la peinture de paysage, par exemple Claude Gellée ou Poussin situent des scènes bibliques ou mythologiques dans des cadres bucoliques où des ruines étaient présentes pour faire ressortir le contraste entre une architecture périssable et une nature immortelle ; les ruines donnent un sens au paysage en lui imprimant la marque de l’homme et de l’histoire. Cela peut être le sens de la peinture de G. Nyets réalisée en 1660.

Gillis Neyts, Paysage boisé avec château en ruines, 1660.
Gillis Neyts, Paysage boisé avec château en ruines, 1660.

 Quelques années auparavant en 1623, François de Nomé peint ce « fantastique » paysage de ruines que l’on peut admirer à la « National Gallery » de Londres, l’artiste est fasciné par l’achitecture et les ruines, il crée ici comme dans d’autres œuvres des monuments composites aux voutes gothiques, aux portiques Renaissance qui n’appartiennent à aucun temps ni à aucun moment. François de Nomé peut s’apparenter pour qui aime les catégories comme  l’artiste du cataclysme et de l’écroulement.

Francois de Nomé, Ruines fantastiques avec saint Augustin, 1623.
Francois de Nomé, Ruines fantastiques avec saint Augustin, 1623.

 En France, l’intérêt pour les ruines commence à se manifester vers 1740, le point de départ pourrait être marqué par l’huile sur toile attribuée à  J.D. Attiret : Ruines imaginaires

Jean Denis Attiret, Ruines imaginaires, mil. XVIII, musée des Beaux-Arts de Dole.
Jean Denis Attiret, Ruines imaginaires, mil. XVIII, musée des Beaux-Arts de Dole.

 Mais c’est l’Europe entière qui s’éprend des ruines, songeons par exemple à Piranèse.

Piranèse. Vue des restes de la Celle du Temple de Neptune - 1778 - Gravure à l’eau-forte - Paris, BnF département des Estampes et de la photographie (SNR 6)
Piranèse. Vue des restes de la Celle du Temple de Neptune – 1778 – Gravure à l’eau-forte – Paris, BnF département des Estampes et de la photographie (SNR 6).

 Piranèse entreprend, à la fin de sa vie, une ultime série de planches consacrées aux ruines des temples grecs de Paestum, découverts au sud de Naples. Les lieux, redécouverts un peu avant le milieu du XVIIIe siècle, attiraient l’attention des curieux et de nombreuses estampes circulaient sur le sujet. Cette planche représente le temple dit de Neptune (considéré aujourd’hui comme celui d’Héra). Bâti vers 460-450 avant J.-C., c’est le plus imposant des trois temples de Paestum. Il a conservé une bonne partie de sa colonnade intérieure à deux niveaux. Piranèse ne consacre d’ailleurs pas moins de six planches, en plus du frontispice, à la description de l’intérieur de l’édifice. Piranèse déploie dans cet œuvre ultime la même science de la perspective et des effets de lumières qui charge de tant d’émotion ses vues de Rome (Source).

Les ruines deviennent un genre esthétique en soi, le goût du Moyen Age né en France avant la Révolution allait se transformer en une véritable mode, et la « renaissance du gothique » (les puristes me pardonneront cet abus de langage) est, là aussi, un phénomène européen … Mais j’y reviendrais  dans un autre article, sinon de digressions en digressions je vais finir par oublier le sujet annoncé au départ : les œuvres photographiques de Ian Ference et Thomas Jorion.

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 C’est un  cours survol mais on peut se demander si l’intérêt et la fascination qu’exercent sur nous le travail des deux photographes sont un signe de notre époque nostalgique ? A-t-on le sentiment à ce point de la perte (celle d’un passé qui ne reviendrait plus) que  nous dépensions talent et énergie à vouloir saisir ce qui disparait sous nos yeux ? Peut-on voir ces œuvres comme des memento mori, la ruine matérielle remplaçant le gisant, les photographies de Ian Ference et de Thomas Jorion seraient alors comparables à des vanités qui rappelle l’homme à sa finitude. ? Si nous vivons dans une époque de mort interdite telle que l’avait analysée Philippe Ariès, ces ruines artialisées, ces lieux abandonnés mais mis en scène questionnent collectivement notre rapport au temps. Nous tentons de comprendre comment ces lieux ont fonctionné, nous contemplons avec sidération le spectacle de la ruine, mais qu’adviendra t-il de la ruine demain ? Contrairement aux peintures de l’époque moderne, ces photographies représentent des ruines qui ne sont pas imaginaires mais qui finiront par graver notre imaginaire.

Si l’exploration des lieux interdits et oubliés, notamment des lieux urbains, vous intéresse vous devez absolument et sous peine de le regretter amèrement (vous noterez l’injonction comminatoire !!!) vous précipiter sur le site pour y rester : Fordidden – Places.

Capture Forbidden PlacesEt je finirais par cette dernière photographie qui pour le coup a fait fonctionner mon imagination, il s’agit d’une photographie de Thomas Jorion, il s’agit d’une école abandonnée au Japon, mais pourquoi ?

Thomas Jorion. Une école à Chigoku.
Thomas Jorion. Une école à Chigoku.

Représenter la mort : l’homme ou le Christ ? Premiers instants.

Dans un premier temps, j’avais pensé titrer ce billet « les représentations du Christ mort » mais je me suis bien vite rendue compte que l’expression reposait sur un paradoxe que je ne sentais pas la compétence d’affronter : comment transformer cet « oint, consacré pour une mission » en homme mort qui a été fait de chair et de sang ? Toutefois, je conserverai cette expression par commodité de langage, mais ce parti-pris mérite éclaircissements : par « Christ mort » on ne désigne pas Jésus mort en croix, mais Jésus reposant dans son linceul ou mort allongé dans son tombeau. Cette entorse assumée, on peut entrer chez les peintres pour constater que le christ mort peuple l’art occidental depuis les débuts de la Renaissance, même si sa mort et la douleur qu’elle suscite sont représentées bien avant, notamment dans la représentation de la mise au tombeau ou encore dans les Pieta. Avec la Renaissance s’ouvre une nouvelle période : le christ fait de chair et de sang qui meurt et fournit à l’homme une nouvelle réflexion sur sa finitude et la caducité des choses humaines.

La question est de savoir comment les peintres ont représenté ce moment au terme duquel Jésus homme ressuscite et devient pour les apôtres et ses disciples Jésus Christ, Méssiah, le Messie.

Masaccio, fresque de la Trinité, église Santa Maria Novella. Florence.
Masaccio, fresque de la Trinité, église Santa Maria Novella. Florence.

C’est la fresque Trinité de Masaccio peinte vers 1426 pour l’église Santa Maria Novella de Florence qui nous permet d’entrer dans cette promenade à travers les arts. Masaccio est réputé dans le milieu florentin pour son sens du relief, sa maitrise de la perspective ; il va fonder son œuvre sur le volume, l’espace et la lumière notamment pour le travail réalisé dans la chapelle Brancacci.

Masaccio, détail de la fresque.
Masaccio, détail de la fresque.

Ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas la scène de la crucifixion, mais la partie inférieure de la fresque : dans cet espace repose un squelette : s’agit –il de Jésus mort ? S’agit –il d’un homme ? Florence connait au XVè siècle une période d’une grande richesse, marquée par une ouverture culturelle la cité exerce influence sans pareille, l’univers artistique de Florence irradie l’Italie, l’Europe de la Renaissance. C’est dans cette ville traversée par le dynamisme dont est porteur l’humanisme, que notre peintre fait parler le squelette sous la forme d’un memento mori : « J’ai été ce que vous êtes et ce que je suis, vous le serez aussi ». Il ne s’agit donc pas d’un christ mort au sens où nous l’entendons ici, mais l’image de l’homme lui-même, l’humanité que le Christ est venue racheter selon la doctrine de l’Eglise.

A la fin du XVème siècle, c’est peut – être Andréa Mantegna qui nous fait sentir, ressentir l’humanité de ce christ mort et l’inextinguible douleur de la perte.

Andréa Mantegna, Lamentations sur le Christ mort. Fin XVè siècle.
Andréa Mantegna, Lamentations sur le Christ mort. Fin XVè siècle.

Le christ mort est peint sur une toile tellement finie qu’elle fait songer à de la soie. La composition de cette œuvre sera reprise et réinvestie par de nombreux artistes (Antonio della Corna, au XVIIème siècle par A. Carrache et O. Borgianni). Cette œuvre occupe une place particulière dans la vie du peintre. Les inventaires après décès du fils Mantegna dressés en 1510, ont invité les historiens de l’art à formuler l’hypothèse suivante : Mantegna aurait peint ce christ pour lui-même, pour sa propre dévotion après les drames personnels qui l’ont frappé. Il perd l’un de ses fils au début des années 1480 et le visage de saint Jean en pleurs est très proche des autoportraits que le peintre glisse dans ses œuvres. La composition fait de cette détrempe un pur chef d’œuvre : le spectateur est placé dans un espace restreint et se retrouve en contact direct avec la mort et la douleur. Les larmes et les rides profondes des figures de gauche nous placent dans une intimité à laquelle nous aimerions échapper.

Mantegna  montre dans son Christ mort que l’implication dévote du spectateur peut s’accorder avec les choix modernes de l’humanisme. Il place le point de fuite au – dessus du champ pictural tout en semblant situer celui qui regarde au plus près de l’image, la représentation du corps joue avec les conventions propres à la perspective et à sa construction régulière. Mantegna nous offre une vision très rapprochée des plaies aux pieds et aux mains. La plaie sur le côté à peine visible pour nous et contemplée par à travers leurs larmes par Marie et Jean. Le pathétique de l’image est rendu et renforcé par le détail des plaies lavées aux pieds et aux mains (extrait inspiré de la lecture de D. Arasse, Le Détail)

Au début du XVIème siècle, Matthias Grunewald met l’accent sur le détail physique de la souffrance, peu à peu on pourrait toucher les douleurs du Christ qui interdisent alors de promener un regard d’indifférence, c’est un corps d’épines qui est mis au tombeau dans la prédelle du retable d’Issemheim ; D. Arasse parle à ce propos de brutalité visuelle du détail.

Prédelle du retable d'Issenheim. M Grunewald. 1512-1516.
Prédelle du retable d’Issenheim. M Grunewald. 1512-1516.

A la fin du XVIème siècle, Annibale Carrache s’empare du thème, et construit une œuvre inspirée de la composition de Mantegna.

A. Carrache, le Christ mort.
A. Carrache, le Christ mort.

Vers 1590, Annibale Carrache entre dans le tombeau. Nous sommes placés au même endroit que chez Mantegna mais nous n’observons plus le même Christ, celui qui nous fait face gît allongé, son corps courbé comme si on l’avait déposé à la va vite. La mort vient de s’en emparer : les plaies sanguinolentes laissent le sang s’échapper : les goutes de sang surgissent des plaies des pieds, la poitrine semble encore se soulever pour un ultime soupir, la barbe fatiguée, le torse et les cheveux sont en sueur.

Le sang des pieds, des mains et du flanc macule le linceul : l’homme aurait – il été déposé là avant la fin de son calvaire au Golgotha ?

Le christ mort est ici l’humanité : dans cette proximité, cette étrange promiscuité avec la mort, j’ai l’impression d’avoir un œil dans la tombe et de subir l’insondable solitude humaine. Il est impossible de le réveiller, les chrétiens croiront qu’il est ressuscité. Seuls les « objets » permettent une identification : les clous, la tenaille et la couronne d’épine.Cette œuvre suscite des émotions ambivalentes : la tristesse, le repos, l’impuissance, la finitude. A y regarder de plus près, on peut aisément comprendre l’urgence à sortir du tombeau et faire de ce Jésus homme le Jésus Messie.

Deux célèbres « Christ mort » invitent à un exercice comparatif, il s’agit de ceux de Hans Holbein le Jeune et Philippe de Champaigne

Hans Holbein le Jeune, Le christ mort, prédelle d'un retable réalisé pour la cathédrale de Fribourg (1521-1523)  Kunstmuseum de Bâle
Hans Holbein le Jeune, Le christ mort, prédelle d’un retable réalisé pour la cathédrale de Fribourg (1521-1523) Kunstmuseum de Bâle
Philippe de Champaigne : Le Christ mort couché sur son linceul, vers 1654.
Philippe de Champaigne : Le Christ mort couché sur son linceul, vers 1654.

Né vers 1497, Hans Holbein le Jeune a été le portraitiste attitré d’Henri VIII. Ce peintre officiel de la cour d’Angleterre, meurt de la peste en 1543. En 1521, dans une Europe en proie aux pires convulsions religieuses, il met au tombeau un christ cadavérique aux yeux ouverts. Le corps est nu couché sur la pierre, le visage et les pieds sont verdâtres, des muscles encore tendus de ce corps caressé par une lumière froide nous donnent la conviction que ce corps ne renaîtra pas : c’est peut-être un cadavre vrai, Holbein croyait-il en la Résurrection ? Félix Vallotton dit de cette œuvre qu’elle est « une simple étude d’anatomie ».

Holbein. Détail.
Holbein. Détail.

Conservons le même sujet mais changeons d’époque et d’espace, après avoir suivi un apprentissage à Bruxelles, Philippe de Champaigne s’installe à Paris en 1621 (un parcours passionnant qui mériterait plus qu’un petit billet). C’est un tableau réaliste, de manière froide on peut décliner l’ensemble des éléments : les dimensions du corps, la forme des blessures, les plis du tissu servant de linceul. Ce peintre janséniste peint un Christ mort qui continue à m’émouvoir, peut-être est-ce cette facture classique ou la lumière qui caresse ce corps mort reposant sur un linceul ensanglanté, les blessures en forme de plaies ne laissent aucun doute, la couronne d’épines posée à droite me disent qu’il s’agit une œuvre de dévotion. J’y observe encore des traces de vie, ôtez les blessures et vous y verrez un homme endormi, mais si votre regard ne se détourne pas des plaies, vous comprendrez (intuitivement ou culturellement) qu’il s’agit d’un Christ qui ressuscitera. Les ténèbres mettent en valeur un corps baigné de lumières qui ressuscitera.

A suivre  ./..

Histoire de la renaissance 1/4 – Histoire – France Culture

Histoire de la renaissance 1/4 – Histoire – France Culture.

Voici une émission à consommer sans modération, la Fabrique de l’histoire d’E. Laurentin consacre cette semaine à l’histoire de la Renaissance.

Aujourd’hui, plongez dans le tableau de Van Eyck, La Vierge au chevalier Rolin

Le Chancelier Rolin en prière devant la Vierge, dit La Vierge du chancelier Rolin Van Eyck, Musée du Louvre Perrine Kervran © Radio France

Si vous voulez (ré)écouter l’émission du jour, c’est par là.  Le site de l’émission vous propose de nombreux podcasts, des bibliographies et des articles d’approfondissement.

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