L’enfant et le néant. II. La petite fille au napalm.

Je reprends cette série de billets consacrée à la mise en scène de la souffrance des enfants pendant les conflits du XX-XXIème siècles. Pour ma part (je ne suis pas spécialiste), cette mise en scène est intimement liée à deux réalités distinctes l’une de l’autre. Une réalité liée à l’histoire des techniques, en l’occurrence celle de la photographie, l’autre à l’avènement d’une sensibilité exacerbée face à la violence belliciste dont les enfants s’imposent sans contradiction possible comme les victimes innocentes : le spectacle de leur souffrance devient dès lors insupportable au sens littéral du terme, c’est-à-dire que nos sens ne parviennent pas à soutenir la monstration du supplice infantile et nous oblige à une sorte d’examen de conscience.
L’image de la souffrance des enfants parcourt donc le temps contemporain ainsi que les espaces. Cette souffrance se donne à voir sur tous les continents et la photo qui médiatise cette douleur devient souvent iconique. Ainsi, comment ne pas penser à Kim Phuc ? Si vous ne connaissez pas son nom vous savez la souffrance de son corps et l’écho de son cri vous parvient encore.
Dans votre moteur de recherche, tapez « Guerre du Vietnam », Kim Phuc et son frère apparaissent dans les premiers résultats !
L’objet ici n’est pas de retracer, même à grands traits le déroulement de la guerre du Vietnam, mais si vous voulez vous mettre au point, voici un article court et factuel : Encyclopédie Larousse.

Elle s’appelle donc Kim Phuc, elle a 9 ans en 1972 quand son village, Trang Bang, situé dans les environs de Saïgon est la cible d’une attaque chimique : un bombardement au napalm par l’armée américaine. La petite fille est nue après avoir arraché ses vêtements en feu.

Kim Phuc brûlée au napalm. Nick Ut.
Kim Phuc brûlée au napalm. Nick Ut.

Cette photo de 1972 s’est imposée comme le symbole de la guerre du Vietnam, on la doit à Nick Ut Cong Huynh qui travaille alors pour l’agence Associated Press et qui obtient le prix Pulitzer pour cette photographie.

Nick Ut
Nick Ut

Cette image a fait le tour du monde ainsi que la vidéo montrant l’attaque et les conséquences de celle-ci sur le corps des enfants.

Mais, chaque image est aussi une mise en scène, et c’est bien de ceci dont il faut avoir conscience : alors que la vidéo britannique est en couleur la photo de Nick Ut est en noir et blanc. Dans la photographie de Nick Ut, la petite fille court vers nous hurlant de douleur, le photographe a choisi un cadrage : l’enfant les bras presque en croix occupe le centre de la composition, sa détresse vient en écho à celle des autres enfants qui fuient leur maison, les enfants courent vers nous. Cette fuite des innocents contraste singulièrement avec le pas régulier et assuré des hommes armés placés à quelques mètres derrière eux.

En 1997, la journaliste Annick Cojean s’entretient avec Kim Phuc qui décrit ainsi les premiers moments après l’attaque au napalm :
C’était un après midi étouffant du mois de juin 1972, en pleine guerre, en plein tourment. Depuis trois jours, le village subissait d’intenses bombardements d’avions sud-vietnamiens, et la population s’était réfugiée dans la pagode, endroit sacré par excellence, qu’aucun soldat, fut-il américain ne devait jamais viser. Soudain, à l’heure du déjeuner, la situation a semblé empirer, le feu s’étendre. Quelqu’un a surpris un signal de couleur lancé du ciel vers la pagode pour désigner une mire. Il a hurlé : « sortons ! Nous sommes morts si nous restons ici ! » Et la fuite s’est organisée : les enfants en premier, qui devaient courir vite ; et puis les gens âgés avec la nourriture, les adultes avec les bébés. (Source )

La question est inévitable : à quoi tient la force d’une photo ? A sa grâce, son magnétisme, son pouvoir d’interpellation ? D’où vient que, dans un déluge d’images, il en est une qui accroche le regard, imprime l’imaginaire et marque à jamais les mémoires ? Et comment expliquer qu’après avoir fait irruption dans nos vies son personnage central continue de nous hanter, qu’il devient familier et qu’on se l’approprie, qu’on se montre exigeant, qu’on souhaite entendre sa voix, donner à la photo une suite, une histoire, un destin ? Il nous a dérangés, fascinés, bouleversés ? Il n’a pas le droit de disparaître, il doit rendre des comptes ! Sa vie n’est-elle pas irrémédiablement liée à la nôtre ?
C’est à nouveau Annick Cojean qui soulève ces interrogations dans un article paru en 2012 que je vous invite à lire : ICI.

Il a fallu du temps à Kim Phuc pour accepter de se reconnaitre comme une victime de guerre, il y a quelques mois en octobre 2015, elle témoigne au festival des Octovales qui s’est tenu à Angers.

L’enfant et le néant. I…

Pas de guerre sans images, cela relève du truisme. Les sociétés en guerre produisent des images, de toute nature, des conflits dans lesquels elles s’embourbent. Ces images expliquent, justifient, réfléchissent, excusent. En un mot, elles donnent à voir la manière dont nous nous mettons en scène et la manière dont nous nous représentons l’ennemi . Ces images opposent souvent la brutalité de l’ennemi à l’innocence des outragés. Nous avons tous en tête des images devenues iconiques, des symboles de « l’horreur ». La plupart du temps ce sont les femmes et les enfants qui occupent le devant de la scène. Rappelez vous cette photographie d’une femme algérienne qui symbolise l’horreur du massacre des civils en 1992 quand le Front Islamique du Salut puis le G.I.A. (Groupes Islamiques Armés) entrent en guerre contre l’Etat incarné par l’unique F.L.N.

Massacres de civils en Algérie

Maintenant, si nous évoquons le drame humain qui se joue à nos portes, à nos frontières, à nos murs de barbelés nous le qualifions de « crise des migrants ». Je ne sais pas vraiment qui en crise : certainement les hommes, les femmes, les enfants qui fuient les horreurs de la guerre, probablement notre (mon) Europe démunie, apeurée, dépassée. S’il faut trouver une image de cette déréliction qui nous enveloppe, un cliché surgit et nous envahit : celui d’un enfant échoué sur une plage dont nous connaissons l’identité légale, Aylan Kurdi.

le-corps-d-un-enfant-migrant-mort-noye-sur-une-plage-de-bodrum-au-sud-de-la-turquie-apres-le-naufrage-d-un-bateau-transportant-des-refugies-le-2-septembre-2015
le-corps-d-un-enfant-migrant-mort-noye-sur-une-plage-de-bodrum-au-sud-de-la-turquie-apres-le-naufrage-d-un-bateau-transportant-des-refugies-le-2-septembre-2015

Cette dernière photo invite inévitablement à se poser plusieurs questions :
– Pourquoi et en quoi un enfant symboliserait-il un conflit, une crise, une guerre ?
– Est-ce une nouvelle manière de représenter ce que nous jugeons insupportable ?
– Y a-t-il ici une concurrence des victimes ? En d’autres termes, maladroits j’en ai conscience, Le Dormeur du val a-t-il du céder sa place à l’Enfant échoué ?

Nous avons tous en tête des images d’enfants et de guerre, ce billet est ouvert à vos questions ou suggestions, n’hésitez pas à en faire part car il est à suivre.

Ar Bobl … Bonne année à tous les Bretons

Bonne année à tous les Bretons

A nos parents et à nos amis

A nos lecteurs de Bretagne et de France

A tous nos vendeurs

Au barde, au prêtre, au bourgeois

A ceux d’entre nous qui aiment nos coutumes

Bonne année à Françoise la servante

A Jeannot le paysan, mangeur de patates

Et à chacun, rouge ou noble

S’il soutient ar Bobl

Ça en jette, n’est-ce pas? Ces vœux de bonne année ont été rédigés  …. en 1913 dans le journal Ar Bobl (« le Peuple » en breton) un périodique paru entre 1904 et 1914 à Carhaix (et oui, cette ville du Centre Bretagne où se déroule le festival des Vieilles Charrues). Je vous invite à visiter le site consacré à ce journal :

Ar Bobl

Si vous êtes amateur ou amatrice de micro histoire, vous serez admiratif(ve) du remarquable travail réalisé par J.Y. Michel  qui a analysé les 502 numéros du journal. Les rubriques vous permettront de découvrir au creux du quotidien les chroniques d’une vie bretonne passée. Politique, religion, démographie, société vous saurez tout « des travaux et des jours » . C’est une plongée dans le passé avec une grosse pincée d’émotion(s). Les auteurs du site ont élaboré des nombreuses illustrations cartographiques.

Je vous laisse sur cette page de la défense de la langue bretonne : Bloavez mad … à tous

Et savourer un cliché de Charles-Augustin Lhermitte

Carhaix Plouguer en 1912. La rue Brizeux. Charles Augustin Lhermitte
Carhaix Plouguer en 1912. La rue Brizeux. Charles Augustin Lhermitte

Et si la guerre en Syrie avait lieu en France ?

Le blog Big Browser 

vient d’éditer un article présentant une infographie sur le thème « Si la guerre en Syrie avait lieu en …« . En voici de larges extraits :

Capture d'écran if we were  Syria ...
Capture d’écran if we were Syria …

Si la France était la Syrie, les habitants d’Avignon et de Cannes seraient tous morts. C’est ce qu’affirment Shannon Gormley et Drew Gough à travers leur projet « If we were Syrian », qui vise à montrer ce que représente le conflit syrien à l’échelle des pays du G7.

La guerre a fait 160 000 morts et plus de 9 millions de déplacés, un bilan colossal qu’il est parfois difficile d’appréhender. Or, si l’on en croit cette initiative, c’est, entre autres, parce qu’elle ne parvient pas à saisir l’ampleur de la guerre que la communauté internationale n’agit que trop peu pour aider la population syrienne.

« Cette initiative a pour objectif d’humaniser les niveaux stupéfiants de morts et de déplacés, qui peuvent être difficiles à imaginer, particulièrement lorsqu’on bénéficie d’un niveau relatif de sécurité et de richesse », explique le site Internet.

« En faisant comprendre à quoi correspond le nombre de morts et de déplacés en Syrie, nous espérons provoquer l’envie d’apporter à la population syrienne le même soutien que nous attendrions si notre pays se trouvait en plein dans ce qui risque de devenir le conflit humanitaire le plus important des temps modernes. »

Ainsi, selon l’infographie du site Internet, si la France était la Syrie, les populations d’Avignon et de Cannes auraient disparu et les 37 plus grandes villes du pays seraient désertées. Parmi ces déplacés, 6,5 millions se réfugieraient dans de petites villes rurales, 2,8 millions seraient réfugiés en Espagne, en Italie, en Suisse, en Grande-Bretagne ou encore en Allemagne. De plus, tous les écoliers du secondaire seraient forcés de quitter leur foyer. Enfin, seuls 27 % du financement attendu par la France aurait été collecté. En effet, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) n’a reçu qu’une partie de l’aide réclamée pour les réfugiés syriens : 1,1 milliard de dollars. « La France s’attendrait à mieux », conclut l’infographie.

En plus de la France, des comparaisons similaires ont été réalisées pour les Etats-Unis, le Canada, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni.

Capture d'écran if we were  Syria. Comparaison avec d'autres pays.
Capture d’écran if we were Syria. Comparaison avec d’autres pays.

Pour lire la suite de l’article :

PARALLÈLE – Et si la guerre en Syrie avait lieu en France ? | Big Browser.

Pour visiter le site :

http://ifweweresyrian.org/

A Saillans, les 1 199 habitants ont tous été élus au premier tour !

Ils en avaient assez que le maire sortant décide seul : les habitants de ce village de la Drôme ont travaillé pendant des mois à une liste collégiale, et vécu une belle expérience de démocratie participative. Voilà qui fait un bien fou, merci à eux!

Pour lire la suite : A Saillans, les 1 199 habitants ont tous été élus au premier tour ! – Le nouvel Observateur.

Une phrase a retenu mon attention, j’ai fait mienne cette réflexion sage, à la fois simple et des plus ambitieuses : « Va falloir travailler ensemble, maintenant, pour l’intérêt commun !»

Retourne ton champs pov’ Martin, t’auras les poches pleines.

Si le Sicilien met son nez dans la poubelle, le Normand retourne son champ et comme dans une fable de la Fontaine, le paysan tourne, retourne, laboure car « c’est le fonds qui manque le moins ».. bref, chez La Fontaine le pov’ Martin y retourne, y retourne et y voit pas grand chose avant la moisson prochaine. Ici, l’histoire change :

Dimanche, près de Sainte-Mère-Eglise dans la Manche, en nettoyant son champ, un homme découvre un bout de fer qui dépasse du sol. Cela lui a permis de découvrir un pot en terre cuite contenant pas moins de 40 kg de pièces romaines datant du IVe siècle après J.C

Après avoir contacté la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) et l’université de Caen, l’inventeur du trésor l’a remis à des experts. Les pièces ont ainsi été confiées au laboratoire du Centre de recherche archéologique et d’histoire des monnaies et antiquités de l’université de Caen. Là, les pièces seront nettoyées puis authentifiées par le Centre de recherche.

Source

La carte mondiale des Unes : NewseumToday’s Front Pages Map View

Newseum | Today’s Front Pages | Map View.

Ami de la presse, bouffeur inconsidéré de papier voici un site qui devrait te ravir: La carte mondiale des unes de quotidiens.

Le site du musée sur les médias de Washington a mis en ligne une carte interactive qui propose, chaque jour, la une de nombreux quotidiens paru dans le monde

Cliquez sur la carte interactive des Etats-Unis et dans la fenêtre de droite vous aurez un aperçu de la Une en question (de nombreux quotidiens sont américains sont en ligne). L’intérêt pour les êtres polyglottes, groupe très fermé auquel mon affiliation a été maintes fois refusée, est la possibilité des pouvoir consulter les unes de nombreux pays : au moins on peut choisir un pays dont on parle la langue. Pensiez-vous bien que j’essayai la langue de Molière : sur l’ « Hexagone » seul « Le Courrier Picard » est référencé. Bizarre bizarre, voilà un site qui me propose ce que je considère être une ouverture et qui, dans le même temps me contraint en réduisant la presse à un (bon) quotidien de presse régionale.

Vous pouvez vous en donner à cœur joie avec newseum ……

Pour tout savoir sur les autochromes 

LES AUTOCHROMES.

C’est en cherchant des illustrations pour la série de billets consacrée à la Grande Guerre que j’ai exploité ce site.

Je vous passe les détails de la fabrication des autochromes, sachez que le brevet de l’autochrome date de 1903, le 17 décembre , Auguste et Louis Lumière déposent une demande de brevet de 15 ans. L’invention ne porte pas encore le nom d’autochrome. Elle nécessitera quatre années de mise au point avant d’être commercialisée par la manufacture lyonnaise. Elle inaugurera le premier procédé de photographie couleur produit à l’échelle industrielle.

Les autochromes. chronologie dynamique.

L’intéressant à savoir c’est qu’il s’agit de la première technique industrielle de photographies en couleur utilisée dans le premier tiers du XXème siècle : 50 millions de clichés produit essentiellement par les usines Lumières.

Le site vous propose cinq grands espaces :

– la révélation des couleurs.

– une famille de pionniers.

– la technologie du procédé.

– l’usine de mon plaisir.

– un oeil nouveau sur le monde.

C’est dans cette rubrique que vous pourrez piocher les illustrations les plus diverses. Par exemple en cliquant sur la rubrique consacrée à la Première guerre mondiale, vous apprendrez ce qu’il faut savoir sur les opérateurs militaires par exemple et la manière dont on fabrique des images et des mises en scène.

Petit bémol, mais bien compréhensif les images sont protégées, vous avez donc deux possibilités : ou passer par une capture comme ici, ou emprunter la voix de « bases de données » telles que Europeana ou RMN photo.

Les autochromes. Groupe de poilus.
Les autochromes. Groupe de poilus.

Bonne navigation ….

Le monde part en sucette et je pleure ELIZABETH TAYLOR

L’actrice Elizabeth Taylor est morte – LeMonde.fr.

Bien futile, me direz-vous?  Peut-être que non : elle reste l’inoubliable Chatte sur un toit brûlant. Elle est l’incarnation de ce rêve d’Hollywood, là où de nombreuses se sont grillées les ailes et la peau, et comme en écho je pense à ce film de David Lynch  : Mulholland Drive…

Japan Earthquake – YouTube Videos

Le site MIBAZAAR a mis en ligne une carte de liens entre vidéos sur you tube et le séismes : les vidéos sont postées notamment par les internautes japonais et permettent d’accéder à des témoignages directs toutes les heures.

Japan Earthquake – Latest YouTube Videos.

Google met à disposition, sur Picasa Albums Web, des images avant et après le tsunami issues de captures d’écran de Google Earth