Edouard Manet, un bar aux Folies Bergères, huile sur toile 96 × 130 cm.

Ce tableau est conservé à l’institut Courtauld à Londres.

Je crois que je sais où je me trouve, le titre de cette huile ne laisse planer aucun doute : un bar, un bistrot, un cabaret, un estaminet, un troquet … bref je suis au zinc.

Quand Manet peint l’une des ses dernières toiles, la « douce France » célèbre l’âge d’or des cafés. Allez juste pour rire, entre 1880 et 1910, on dénombre 500 00 débits de boisson. La III République libère une charge cabaretière : vous n’êtes pas majeur, vous ne vous targuer pas d’être un repris de justice. Et bien, rien de plus simple, il vous suffit de déclarer en mairie le nom du tenancier et l’adresse du débit.

Mais là n’est pas mon propos, je veux boire, face à moi une serveuse au regard perdu et je ne sais comment passer commande, la salle est bruyante, joyeuse, animée : j’observe dans l’immense miroir placé derrière le bar, la scène qui me fait dos.

La « Madelon » ne m’entraîne même pas à consommer. Mon regard se trouble : est – ce moi, grimé dans le miroir, ou mon voisin qui parle à la serveuse ?

Le champagne, mousseux et bière disposés sur le comptoir  ne coulent pas à flots mais sont sur le point d’exploser, est – ce là le piège tendu par le café – concert ? A force d’associer le débit de boisson et le spectacle, Paris me perd aux Folies Bergères : ici le spectacle est permanent, on entre sans payer, on peut fumer et discuter, mais surtout les clients sont priés de renouveler leur consommation…. Au bout du compte, mon compte est fait : j’ai l’impression trouble de parler à deux serveuses : celle à laquelle je m’adresse et dont le regard ne me voit pas ; celle que j’aperçois de dos et qui se tourne. Finit le champagne, je ne croquerais pas la rose en bouquet posé sur le bar ; discrètement ma main s’avance et saisit une mandarine dans la coupe avant de quitter les lieux, direction : Le lapin agile à Montmartre!!!