Souvent les bibliothèques s’érigent sur des correspondances inconscientes, des affinités électives. Ce n’est pas parce que j’aime la tarte aux poires que je veux tout un rayon sur l’histoire du pyrus, le goût suggéré par ce faux fruit conduit « naturellement » à éveiller celui du fruit par excellence : la pomme. Associations fumeuses me direz – vous, digressions gustatives sans intérêt, soit. J’en conviens. Mais quand même, comment rendre la politesse d’un instant passé dans l’isba de Storharov ? Peut être remonter le temps, traverser l’espace et se retrouver aux Etats – Unis en 1943 quand le jeudi 23 novembre les membres une famille américaine attablée se parlent, nous regardent, sourient, nous invitent à partir à l’assaut de l’oiseau de basse – cour rôti à souhait, en ce jour de Thanksgiving. Cette occasion, Norman Rockwell nous l’offre sur un plateau : le diner de Thanksgiving.

Norman Rockwell. Diner de Thanskgiving

Entrons dans cette image narrative. Le vieux couple nous reçoit dans une salle baignée de lumière, sans que nous pussions vraiment discerner la source de cette clarté : est – ce la fenêtre dont les rideaux blancs filtrent la lumière extérieure, ou la nappe immaculée qui recouvre la table de ce repas familial? Nos hôtes sont en train de servir la dinde, la grand-mère s’apprête à poser l’énorme bestiole sur le sous – plat en verre, son époux suit des yeux le service, le bout des doigts de la main droite burinée (par le travail) posée sur la table. Tout est blanc ou transparent : la nappe, les couverts reflétant la lumière, les verres et les assiettes, la soupière en porcelaine ou en faïence blanche ; tout, sauf la salière et le poivrier en étain : Mme et Mr ont disposé leur plus beau service, rien que cela me les rend éminemment sympathique. Le convive de droite me laissera une petite place et tranquille je dégusterai une part de dinde accompagnée d’une sauce à la canneberge, avant de faire honneur à la tarte à la citrouille, à moins que cette année, mes papilles savourent une tarte aux noix de pécan : un peu lourd peut – être pour un gosier gaulois qui clame (comme un gros vantard) : « même pas peur » !!

Cette œuvre concrétise l’une des libertés prononcées par Roosevelt dans son discours du 06 janvier 1941 (bien avant que les Etats – Unis entrent dans la guerre). Pour le président américain, quatre libertés cimentent la société comme des « masses de granit » : la première vient du Royaume – Uni et de France, la liberté de parole et d’expression ; la deuxième serait une sorte de liberté de conscience (enfin …. dans le discours, il s’agit de la liberté de chacun d’honorer Dieu). La troisième consiste à être libérée du besoin, l’ultime liberté relève plutôt du défi ou du parcours de vie : « être libéré de la peur »…. A table !!!