Tu veux des fèves, Annibale ?

Annibale Carrache,  Le mangeur de fèves,  1580-90, huile sur toile, 57 x 68 cm, galerie Colonna, Rome
Annibale Carrache, Le mangeur de fèves, 1580-90, huile sur toile, 57 x 68 cm, galerie Colonna, Rome

Le cadre est resserré, nous n’avons pas d’autre choix que de nous asseoir et déjeuner en face du rustre. Sa main gauche aux phalanges gonflées et marquées par des années d’un dur labeur, à la peau épaisse et calleuse repose lourdement sur un morceau de pain probablement rompu il y a peu.

Son bol contenant des fèves est posé sur une table en bois (y a-t-il une nappe ? Rien n’est moins sûr), on semble presque le surprendre dans son hâtive manducation : il manque de renverser sa cuiller, une partie du brouet va retomber dans l’assiette. Il vient de se mettre à table et n’a pas encore eu le temps de boire : le verre de vin est placé devant la cruche, à moins que ce verre ne soit pour moi.

Je pourrais presque sentir l’odeur de cette humble demeure, si j’en éprouvais quelques difficultés, la botte de poireaux posée à gauche m’aiderait certainement à atteindre cette impression olfactive, composée d’odeur âcre, d’une sudation née d’un travail physique éreintant.

De toute façon, l’homme est pressé, il a gardé son chapeau et malgré une surprise manifeste, ses yeux me disent de ne pas m’attarder et de retourner fissa aux champs.

J’aime la peinture dite de « genre », elle est une brèche dans le temps, et rend proches et émouvants des êtres lointains. C’est une peinture qui rend familière l’altérité.

Cet homme me rappelle d’autres mangeurs :

Georges de La Tour, Les Mangeurs de pois, vers 1620. Huile sur toile. Berlin-Dahlem, Staatliche Musee
Georges de La Tour, Les Mangeurs de pois, vers 1620. Huile sur toile. Berlin-Dahlem, Staatliche Musee

Georges de La Tour peint un couple de vieux paysans en train de manger des pois chiches, ces vieux sont marqués par l’âge et le travail qui ont fini par façonner des corps courbes et des mains rugueuses. Rien ne distrait l’œil dans cette toile : notre regard se porte « naturellement » sur les rides, les fanons et les mains déformées.

Alors, t’es sûr que tu veux fèves ?

Diaporama des principales œuvres de Carrache