Bacchus sur son tonneau, fin XVIII. Nevers ; musée municipal Frédéric Blandin
Bacchus sur son tonneau, fin XVIII. Nevers ; musée municipal Frédéric Blandin.

Silène est le père adoptif de Dionysos, il est également son précepteur. On le représente souvent ivre. Ici, il est porté par deux jeunes gens. Pour le faire vite, ce vieux passe le plus clair de son temps à picoler.

Silène est donc la plupart du temps représenté ivre, mais quelques fois son ivresse lui procure force et vigueur

C’est son fils adoptif qui nous intéresse ici : Dionysos – Bacchus .  Ce lascar a une drôle d’ascendance : il est encore dans le ventre de sa mère Sémélé quand celle-ci se consume devant la splendeur foudroyante de son amant, Zeus. Zeus – Jupiter n’hésite pas une seconde à enlever du corps de Sémélé ce qui est en train de brûler : le petit Dionysos. Il entaille sa propre cuisse et transforme celle-ci en utérus féminin pour y loger Dionysos qui n’est alors qu’un fœtus de 6 mois. Une fois le terme arrivé, Zeus rouvre sa cuisse pour en faire sortir le petit Dionysos. C’est pour cette raison que l’on dit qu’il est « deux fois né ». Il ne peut être que bizarre : il est hors normes car il a été nourri en partie dans le ventre d’une femme et dans la cuisse d’un homme. Il sera dans le panthéon grec un dieu à part, un dieu errant, vagabond mais qui entretient avec son dévot « une sorte de relation face-à-face » (J.P. Vernant). Il est différent, déroutant, déconcertant, pour M. Détienne il est « un dieu épidémique » : comme une maladie contagieuse, son culte se répand comme un flot dans les endroits où il impose son culte. On le trouve surtout à Thèbes, à Athènes il est lié à la musique, la comédie, le dithyrambe. C’est le dieu du vin célébré par tous les vignerons de l’Attique, Dionysos – Bacchus.

Bacchus peut triompher en compagnie de son père adoptif Silène et d’Ariane.

Le triomphe de Bacchus, Bonaccorsi Piero, dessin, vers 1540.
Le triomphe de Bacchus, Bonaccorsi Piero, dessin, vers 1540.

Il s’agit ici d’un dessin préparatoire, exécuté vers 1540-1543, pour l’une des six scènes gravées par Giovanni Bernardi da Castelbolognese sur un cristal décorant la Cassetta Farnese commandée par le cardinal Alessandro Farnese et réalisée entre 1548 et 1561 par l’orfèvre florentin Manno Sbarri. Ce dessin met en scène une beuverie collective qui n’est pas sans rappeler certains tableaux flamands portant sur le roi qui boit.

La peinture baroque représente avec gourmandise les tentations dionysiaques.

  Diego Velazquez, Le festin de Bacchus, Huile sur toile, 1629, Madrid.
Diego Velazquez, Le festin de Bacchus, Huile sur toile, 1629, Madrid.

Si c’est les femmes qui succombaient au charme de Dionysos en Grèce ancienne, au XVIIème siècle un public exclusivement masculin rend hommage au jeune dieu. Il est assis sur un tonneau, son corps d’une pure blancheur est à la fois source et miroir de lumière; il est jeune, musclé, mais déjà se forme sur son corps encore svelte une ceinture adipeuse qui le fera ressembler à son père adoptif : le jovial vieillard Silène. Dionysos – Bacchus couronne un nouvel adepte (oserions nous dire « dévot » ?) de la coupe, du verre, du godet … il ne le regarde pas, c’est un face-à-face bien particulier : vers quel horizon est attiré le regard du jeune dieu ?? Le jeune et glabre jeune homme allongé derrière lui ne retient aucunement son attention. Nous entrons seulement en contact avec la bande de poivrots titubants, les deux larrons qui tentent de chopper notre attention ont le regard vitreux des pauvres éthylisés. L’un d’entre eux, le regard torve ou l’œil vitreux doit lourdement poser sa main moite sur l’épaule de son acolyte pour ne pas tomber… Le dieu de l’ivresse nous laisse seul au monde …