Vous vous souvenez de cette chanson de G. Brassens que Barbara  a aussi interprété : La marche nuptiale ??. Le premier couplet fait place à un témoin rompu à l’observation des unions

Mariage d’amour, mariage d’argent

J’ai vu se marier toutes sortes de gens

Des gens de basse source et des grands de la terre

Des prétendus coiffeurs, des soi-disant notaires

Mais nous, on veut monter vers l’Olympe on sait qu’on est sur le bon chemin car on se rappelle alors le dernier couplet de la marche :

Tous les garçons d’honneur, montrant le poing aux nues

Criaient:  » Par Jupiter, la noce continue ! « 

Par les homm’s décriée, par les dieux contrariée

La noce continue et Viv’ la mariée !

Et bien voilà, nous y sommes : le temps de la noce, celui du banquet c’est fait pour se mettre minable, c’est un moment singulièrement ritualisé où tout peut partir en sucette, étonnant n’est-ce pas ? Se noyer dans un puits d’ennui, se noyer dans le seau à champagne, se noyer dans son verre. Ce grand moment de convivialité « transfamiliale » dégénère souvent en conversations sournoises ou perfides ou en affrontements de coqs en mal de virilité. C’est aussi l’occasion d’observer des rapprochements prévisibles, surprenants (c’est plus rare) et d’entendre certains convives disserter sur les qualités des noces d’antan, les pronostics concernant l’union présente et les mariages futurs. Bref pas très distrayant et très convenu. Mais qu’en est-il chez les dieux ?

Je vous propose d’asseoir votre séant à la table de deux banquets nuptiaux, vous allez voir c’est plus drôle que chez nous.

Hendrick de CLERCK - Bruxelles, vers 1570 - Bruxelles, 1629. Les Noces de Thétis et de Pélée ou Le Festin des dieux.

Hendrick de CLERCK – Bruxelles, vers 1570 – Bruxelles, 1629. Les Noces de Thétis et de Pélée ou Le Festin des dieux.

Des coupes, du vin, du raisin, un banquet dans une nature verdoyante, luxuriante à l’abri des regards humains : nous voici au festin des dieux chez Thétis et Pélée. Observez, sur la table et dans le dressoir à droite, la profusion de vaisselle précieuse : vermeil, cristal, nacre… On aime à cette époque les formes élégantes et complexes comme le nautile, monté en hanap. Poséidon, dieu de la mer, reconnaissable à son trident, en tient un à la main.

Au premier plan, dans le rafraîchissoir, amphores et aiguières sont prêtes pour les libations de Dionysos, couronné de raisins et assis à gauche.

Examinez les aliments : tourtes et pâtés ornés, homards, appelés « écrevisses de mer », huîtres. Dans la diversité des légumes et des fruits, retrouvez artichauts, melons et cerises. (Source)

De Clerck n’est pas le seul à célébrer ce mariage

Hendrick van Balen

Hendrick van Balen propose un banquet similaire : regardez, la famille au grand complet.

Dans les deux tableaux, autour des époux Thétis et Pélée au centre de la table, les dieux grecs sont en couple, les hommes ont la peau brune et les femmes la peau laiteuse.

S’ils sont tous là à se goinfrer c’est peut-être parce qu’avec ce mariage les dieux concluent avec les hommes une alliance qui sauvent leurs fesses : plus la noce est belle plus le contrat est important. Je m’explique, selon Pindare dans la huitième Ode isthmique. Jupiter et Neptune jettent leur dévolu sur la même déesse, il s’agit de Thétis ; mais au cours d’un conseil sur l’Olympe Thémis déesse de la Justice, de l’Equité et de la loi affirme : L’irrévocable destin porte, dit-elle, que la déesse des eaux doit mettre au monde un roi plus puissant que son père. Ce roi serait dès lors armé de traits plus aigus que la foudre, plus formidables que le trident, si jamais elle s’unissait à Jupiter, ou à l’un des frères de Jupiter.

Ah ! renoncez à de trop funestes projets, et que Thétis, en partageant sa couche avec un mortel, s’attende à voir périr dans la mêlée son fils, héros comparable au dieu Mars, par la force de son bras, à la rapidité des éclairs par la vitesse de sa course. Maintenant il m’appartient de décerner l’honneur d’une alliance arrêtée par les destins au vertueux Pélée, à ce fils d’Eacus, que nourrirent, dit-on, les champs d’Iolcos. Qu’on dépêche à l’instant même vers l’antre sacré de Chiron, et qu’au moment où l’astre de la nuit aura pris son plein accroissement, la fille de Nérée, loin de jeter une seconde fois parmi nous le germe de la discorde, rompe entre les bras du héros le frein mystérieux de sa virginité.

Et voilà deux coups en un : on fait plaisir à Pélée et les dieux se sauvent d’un futur et hypothétique rival. Voilà les ingrédients dans mariage solide. Le banquet est donc à la hauteur de l’enjeu : les mets les plus fins, les plus précieux et les plus rares ; le cadre bucolique loin de toute tension, la nappe blanche ; la vaisselle fine donne à ce mariage la coloration d’un instant suspendu. L’épithalame de Catulle raconte la noce

Une foule joyeuse inonde le palais ; tous apportent leurs dons ; l’allégresse est peinte sur les visages. Scyros est déserte, la riante Tempé délaissée, ainsi que les demeures de Cranon et les murs de Larisse ; on accourt à Pharsale, on s’empresse sous les toits de Pharsale. Personne ne cultive les champs ; les cous des taureaux se détendent. Le râteau recourbé ne purge plus la vigne rampante ; le taureau ne fend plus la glèbe d’un soc incliné; la faux des élagueurs n’émonde plus le feuillage des arbres et les charrues à l’abandon se couvrent d’une rouille épaisse. (Source)